MARGUERITE, MON ROI, LA TÊTE HAUTE : Les bien-nommés

En attendant le palmarès de la cérémonie des César qui se déroulera ce soir, sous la présidence de Claude Lelouch, retour sur trois films français en lice, disponibles en DVD/Blu-ray, dont ce Marguerite absolument renversant. Un vrai coup de cœur !

Piano
« Mais pourquoi a-t-elle besoin de beugler comme ça ? » (George, époux désespéré de Marguerite.)

 Marguerite
Voix
Xavier Giannoli
2015
En Blu-ray et DVD chez Francetv distribution depuis le 20 janvier 2016
Onze nominations aux César 2016

A Paris, dans les années 20, la riche et généreuse Marguerite Dumont (Catherine Frot) a une passion pour la musique et l’opéra. Elle se rêve en cantatrice et chante régulièrement devant un cercle d’habitués. Mais Marguerite chante horriblement faux. Elle l’ignore. Par délicatesse, son époux (André Marcon) et ses proches ne lui ont rien dit, et les autres, qui profitent de ses largesses, entretiennent ses illusions tout en riant sous cape. Les choses se corsent le jour où Marguerite, encouragée par un journaliste cynique (Sylvain Dieuaide) et un jeune dadaïste (Aubert Fenoy), entreprend de chanter devant un vrai public à l’opéra…

L’histoire vraie et incroyablement farfelue de l’Américaine Florence Foster Jenkins a inspiré à Xavier Giannoli un petit bijou de cinéma, probablement le meilleur film français de 2015. Baroque, moderne et formidablement émouvant, Marguerite est un fil tendu entre la tragédie et la comédie, l’intime et le grandiose, et illustre parfaitement la passion du cinéaste pour les personnages décalés (le chanteur de bal usé de Quand j’étais chanteur) et les imposteurs (l’escroc mythomane de A l’origine), qu’il sait rendre immensément attachants. Car cette excentrique à qui tout le monde ment, à des degrés divers, touche par sa sincérité alors que les vampires autour d’elle ne sont que fêlures et amertume. Aucun manichéisme chez le cinéaste, qui jongle brillamment avec la cruauté, le grotesque et un certain romantisme, afin d’étoffer son intrigue rocambolesque. La splendeur du film (costumes, décors, photo) éblouit. Délaissant le contexte de la véritable histoire — celle que Stephen Frears a restituée dans le biopic Florence Foster Jenkins, attendu sur les écrans courant 2016 (avec Meryl Street dans le rôle-titre) — Xavier Giannoli a propulsé son héroïne dans le Paris des années folles en pleine ébullition, remarquablement reconstitué, où anarchistes, artistes avant-gardistes ou non, intellectuels, escrocs et mondains se côtoient. Un éclectisme qui se retrouve également dans la bande-son, qui fait se rencontrer l’opéra, le jazz et la musique noire. Catherine Frot excelle une fois encore, comme habitée par son personnage de Castafiore touchante et délicieusement à côté de la plaque. Elle parvient à laisser sans voix ses interlocuteurs (des jeunes intellectuels fauchés) lorsqu’elle déclare sans malice : « L’argent n’a pas d’importance. L’important, c’est d’en avoir. » André Marcon et Michel Fau (tous deux nominés pour le César du Meilleur second rôle) sont épatants, et les jeunes Sylvain Dieuaide et Aubert Fenoy, des révélations. Marguerite a obtenu onze nominations méritées aux César 2011, ex aequo avec Trois souvenirs de ma jeunesse, d’Arnaud Desplechin. Verdict le 26 février.
2 h 09 Et avec Christa Théret, Denis Mpunga, Sophia Leboutte, Théo Cholbi, Vincent Schmitt…

Jeunes BANDE-ANNONCE

Test DVD :  

Unknown

Interactivité **
Le film est enrichi d’une master class de 18 minutes de Xavier Giannoli, qui revient généreusement sur les secrets de création, et notamment sur ses partis-pris esthétiques (il a utilisé des objectifs des années 60 qu’il a fait polir avec de la poudre de diamant pour obtenir une texture particulière). On peut également découvrir quatre scènes coupées dont deux sont consacrées à la relation entre Lucien (Sylvain Dieuaide) et Hazel (Christa Théret), un peu sacrifiée dans le film. La bande-annonce figure au menu.

Image ***
Format : 2.35
La définition soignée rend hommage à la photo léchée (utilisation de filtres) du Flamand Glynn Speeckaert, aux teintes un peu métalliques.

Son : ***
DD 5.1 et 2.0 en français
Audiodescription
Sous-titres pour sourds et malentendants
Une piste DD 5.1 harmonieuse et ample, qui sert à merveille les passages musicaux.

Marcon
Café
Seule

 

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Toit
Toi, toi mon toit
Toi, toi mon tout mon roi
Elli Medeiros

Mon roi
Pied
Maïwenn
2015
En Blu-ray et DVD chez Studiocanal le 26 février 2016
Huit nominations aux César 2016

Marie-Antoinette, dite Tony (Emmanuelle Bercot), s’est gravement abîmé le genou au ski. En rééducation au centre de Capbreton, elle se remémore son histoire d’amour avec Georgio (Vincent Cassel) et tente de comprendre pourquoi elle s’est soumise toutes ces années à cette passion destructrice…

Manifestement, Maïwenn n’aime pas ce qui est tiède. Une histoire d’amour, ça passe ou ça casse. Et ici, ça casse. La première rencontre entre Tony et Georgio se place d’emblée sous le signe de l’agressivité. Entre le séducteur beau parleur et l’avocate plus discrète (on ne la voit d’ailleurs jamais travailler) naît très vite une complicité fusionnelle et une passion dévorante. Mais entre deux fous rires, il y a un trou noir qui envahit peu à peu leur vie. Georgio n’est pas celui que Tony s’imaginait. Et tandis que ce pervers narcissique révèle peu à peu ses facettes déplaisantes, elle s’accroche, se soumet, se perd. On comprend pourquoi Emmanuelle Bercot a décroché le Prix d’interprétation à Cannes en 2015. La malheureuse s’en prend plein la figure. Son jeu est proche de l’hystérie. Elle n’a rien entre les rires et les larmes, hormis un air hébété. Le film est tendu comme un arc. Toutes les situations menacent de déraper et dérapent. Cette vision de l’amour, façon montagnes russes, est pleine de bruit et de fureur. C’est un peu fatigant. On peut ne pas y être sensible, même si la cinéaste est sincère. Il y manque la puissance d’un Pialat. La métaphore (la rupture du couple en parallèle avec celle des ligaments du genou) illustrée par les séquences au centre de rééducation, n’apporte rien à l’affaire. Il faut reconnaître malgré tout à Vincent Cassel et Louis Garrel un vrai potentiel comique. Le premier dans la peau du séducteur lâche et menteur, mais doté d’un sens de l’humour irrésistible, le second en frère protecteur, tout en nonchalance et persiflage, et seul personnage sensé du film.
2 h 04 Et avec Isild Le Besco, Chrystèle Saint Louis Augustin, Norman Thavaud, Marie Guillard…

Louis

BANDE-ANNONCE

Test DVD : 
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Interactivité**
Les amoureux du film se réjouiront de découvrir 30 minutes de scènes inédites, avec demande en mariage, et foule d’autres pitreries de Vincent Cassel. S’ensuit un bêtisier de quinze minutes, festival de fous rires tous azimuts.

Image **
Format : 2.35
Belle qualité d’image qui restitue le naturel de la lumière et le côté solaire de la photographie. On y dénote cependant un petit manque de netteté en basse lumière, et l’image n’est pas exempte de fourmillements.

Son : **
DD 5.1 et 2.0 en français
Audiodescription
Sous-titres pour sourds et malentendants
Une piste DD 5.1 harmonieuse et confortable, même si elle ne sollicite pas énormément les enceintes arrière.

Pharma

Pluie

 

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Cath

« On ne te demande pas de nous aimer, on te demande d’agir ! Nous non plus on n’est pas là pour t’aimer, on est là pour t’aider ! Et crois-moi, ça devient… difficile. »

La tête haute

Rod

Emmanuelle Bercot
2015
En Blu-ray et DVD chez Wild Side Video depuis le 30 septembre 2015
Huit nominations aux César 2016

Malony (Rod Paradot) a toujours été un enfant turbulent, « difficile », que sa mère (Sara Forestier), elle-même immature et paumée, n’a pas su élever. Mais à seize ans, l’adolescent, sous contrôle judiciaire, cumule les larcins, rend fous les éducateurs et plonge dans la délinquance. Malgré ses efforts, la juge pour enfants (Catherine Deneuve) qui le suit depuis des années, commence à désespérer de pouvoir le sauver…

Présenté en ouverture du festival de Cannes en 2015, La tête haute ne fait pas toujours dans la subtilité, mais, dira-t-on, c’est pour la bonne cause. Passionnée par son sujet, qui l’a poussée à effectuer des stages d’observation au Tribunal pour enfants de Paris, Emmanuelle Bercot a restitué le fruit de son expérience dans cette fiction très réaliste, qui reconstitue avec minutie le fonctionnement de la justice pour mineurs. Un enfant qui a poussé comme une herbe folle dans un contexte familial déficient a tout de l’animal sauvage, qui ne se laisse pas apprivoiser facilement. Le jeune Rod Paradot, acteur (de composition) débutant très convaincant, prête son visage d’ange et son corps frêle à cet adolescent au regard buté, et pétri d’une violence qui ne demande qu’à exploser. Si les ficelles de l’intrigue sont parfois un peu grosses, et quelques personnages, un peu caricaturaux (Sara Forestier en fait des tonnes), le film a le mérite de brosser un tableau très instructif des rouages de ce monde pénal méconnu du grand public. Les rendez-vous dans le bureau de la juge, qui ponctuent l’évolution de Malony, constituent les séquences les plus passionnantes du film. Car cette femme, à la fois autoritaire et bienveillante, est le seul point de repère de ce gamin livré à lui-même. Entre eux se tisse un lien fragile, mais manifeste. Catherine Deneuve se révèle d’une justesse sidérante, et Benoît Magimel est touchant en éducateur tourmenté. La réalisatrice ne s’en est pas cachée, son film est un hommage aux hommes et aux femmes qui se battent dans l’ombre pour aider ces enfants « qui ne sont pas nés délinquants ». Malgré ses imperfections, cette chronique sociale qui s’inscrit dans la veine du cinéma de Ken Loach, mérite indéniablement le détour.
2 heures Et avec Diane Rouxel, Elizabeth Mazev, Anne Suarez, Christophe Meynet, Martin Loizillon…

Ben

BANDE-ANNONCE

 Test Blu-ray : 

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Interactivité ****
Le film est étoffé d’un programme de suppléments plutôt exemplaire, qui permet d’en savoir plus sur la création du film, le comédien Rod Paradot, et la cinéaste. Après les intéressantes huit scènes coupées, proposées avec option de commentaires de la réalisatrice, on peut découvrir un entretien croisé d’Emmanuelle Bercot et Rod Paradot, conduit par Jean-Pierre Lavoignat (25 minutes). David Allonsius, vice-président chargé des fonctions de juge des enfants au tribunal pour enfants de Paris, et qui a été consulté par Emmanuelle Bercot pendant l’écriture du scénario, parle du réalisme et de la justesse du film (16 minutes). Les essais de Rod Paradot, l’interview de la réalisatrice, Benoît Magimel et Rod Paradot à Cannes, et deux courts-métrages d’Emmanuelle Bercot (La puce et Les vacances), tous deux consacrés à l’adolescence figurent également au menu.

Image ***
Format : 2.40
Une définition très probante. L’image est lumineuse, la lumière naturelle.

Son : ***
DTS-HD Master Audio 5.1 en français
Audiodescription
Sous-titres pour sourds et malentendants
Une piste DD 5.1 équilibrée, qui met en valeur les passages musicaux.

Sara
Cather
Paradot

LES COMBATTANTS en DVD

Aussi efficace qu’audacieux, le film initiatique réalisé par Thomas Cailley en 2014 a décroché trois César mérités le 20 février dernier – Meilleur premier film, Meilleure actrice (pour Adèle Haenel) et Meilleur espoir masculin (pour Kévin Azaïs). Il est paru en DVD et Blu-ray début 2015. Déjà culte !

Les combattants

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Thomas Cailley
20 août 2014 (en Blu-ray et DVD chez francetvdistribution depuis le 7 janvier 2015)
Récompensé à la Quinzaine des réalisateurs 2014 par les Prix Label Europa Cinémas, Art Cinema Award et SACD

Dans le sud-ouest de la France… Alors qu’Arnaud (Kévin Azaïs) s’apprête à passer un été tranquille, entre l’entreprise familiale et ses deux meilleurs copains, il rencontre Madeleine (Adèle Haenel), un garçon manqué. Elle projette d’entrer dans les commandos pour, dit-elle, « se préparer au pire ». Fasciné par cette fille étrange, brusque et déterminée, le doux Arnaud décide de la suivre dans le stage de formation gratuit proposé par l’armée de Terre…

Tout comme Delphine et Muriel Coulin en 2011 avec leur 17 filles, dans lequel dix-sept adolescentes décidaient d’être enceintes en même temps, pour tromper leur ennui, trouver leur place dans la société et se réinventer une vie ensemble, Thomas Cailley brosse dans Les combattants un portrait inattendu et attachant de la jeunesse d’aujourd’hui, loin des clichés et des caricatures. Arnaud est un jeune homme gentil, rêveur, un peu apathique, sans idéal et qui ne sait pas très bien ce qu’il veut (peut-on véritablement l’en blâmer ?). Madeleine, au contraire, est déterminée. Diplômée d’un master de macroéconomie, elle se prépare à une apocalypse, imminente selon elle. Obsédée par la survie et ses techniques, elle ne jure que par l’armée et ses méthodes « à la dure ». Totalement en décalage, les deux jeunes gens feraient un couple improbable. Mais Arnaud s’accroche, au point d’accompagner la jeune fille dans une démarche à laquelle il n’adhère même pas, et de bouleverser sa vie. Entre comédie romantique et film initiatique, Les combattants trouve son équilibre et un ton très personnel, tendre, mélancolique, poétique et souvent très drôle (toutes les scènes du stage d’entraînement militaire sont hilarantes). On est séduit par l’incongruité du personnage incarné par Adèle Haenel, son nihilisme, son air en permanence buté, autant que par la douceur de ce jeune homme emprunté que Madeleine malmène sans cesse et qui, pour elle, sera prêt à soulever des montagnes. Thomas Cailley, remarqué par ses courts-métrages, réussit ici un splendide coup d’essai. On pourra lui reprocher de rester un peu trop à la surface des choses en privilégiant les petits effets comiques, et les facilités qu’il s’accorde dans la dernière partie. Mais cette volonté de conserver coûte que coûte une certaine légèreté (la musique electro du groupe français Hit’n Run en témoigne) est salutaire. La jeunesse a ce privilège de pouvoir dire ou faire des choses insensées avant de les balayer d’un revers de main ou d’un éclat de rire. Certes, la fin du monde est pour demain, mais tout cela n’est pas si grave.

BANDE-ANNONCE

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Test DVD :

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Interactivité **
Curieusement, le DVD de ce film remarqué et remarquable brille par son absence de suppléments : pas de commentaire audio, d’interviews ou de making of donc. Est toutefois proposé le court-métrage de Thomas Cailley réalisé en 2011, l’irrésistible Paris-Shanghai (24 minutes) primé dans plusieurs festivals. Le programme comprend également la bande-annonce et un clip ultracourt sur la présentation des Combattants à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, où il a raflé tous les prix.

Image **
Format : 1.85
La magnifique photo du chef opérateur David Cailley, frère du cinéaste, n’a pas le piqué qu’elle devrait sur ce support, mais hormis quelques défaillances, l’ensemble est honorable.

Son ***
DD 5.1 en français
Sous-titres français pour sourds et malentendants
Sans être d’une ampleur phénoménale, le DD 5.1 assure le nécessaire, et sert aussi bien les dialogues que la musique, plutôt bien mise en avant.

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Critique 17 filles
César 2015 Palmarès

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CÉSAR 2015 PALMARÈS

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Director Abderrahmane Sissako reacts next to his trophy after winning the Best Director Award for the film "Timbuktu" at the 40th Cesar Awards ceremony in Paris

« Il n’y a pas de choc des civilisations, il y a une rencontre de civilisations. » Abderrahmane Sissako

 

Finalement, les César ont du bon ! Injustement ignoré par le palmarès de Cannes en mai dernier, Timbuktu, fable poétique et ode à la résistance qui témoigne de la barbarie perpétrée par les djihadistes dans le nord du Mali, a raflé vendredi soir sept trophées sur les huit nominations annoncées, dont les plus prestigieux (Meilleurs film, réalisateur et scénario original). Sur scène, son réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako a rendu hommage à la France « capable de se dresser devant l’horreur » et a mis de la solennité et de la gravité dans une cérémonie toujours aussi longue, mais plus réussie que d’habitude, animée avec brio par un Edouard Baer survolté.

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Président inattendu de cette 40ème, Dany Boon, drôle comme il ne l’a pas été depuis longtemps, a d’emblée donné le ton en ironisant sur son manque de réussite aux César, où il a été trois fois nominé par le passé et est toujours reparti bredouille : « Mais, comme dirait Raymond Devos, trois fois rien, c’est déjà quelque chose. » Dans la foulée, il a évoqué avec humour l’absence, dans la liste des nominations, de Lucy de Luc Besson et de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu?, les deux succès populaires retentissants de l’année. On saluera aussi les petits intermèdes plutôt pertinents (les enfants des nommés abandonnés par leurs parents en pleine période de vacances scolaires, le duel des auditions de Pierre Niney et Eric Elmosnino pour le rôle d’ Yves Saint Laurent, ou ce tournage de court-métrage improvisé auquel la Ministre de la culture Fleur Pellerin, « la fine fleur du gouvernement » s’est prêtée de bonne grâce). Ajoutés à cela la superbe prestation de Fatouma Diawara interprétant la chanson de Timbuktu, l’hommage émouvant et en chansons à Alain Resnais par ses comédiens fétiches devant une Sabine Azéma en larmes, et un second, à François Truffaut, par -M- revisitant la chanson de L’amour en douce créée par Alain Souchon alors qu’Edouard Baer tendait une trompette à Ibrahim Maalouf, et vendredi soir, les César avaient un petit goût d’Oscars.

Fatouma

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Côté compétition, les cartes ont été rebattues à chaque récompense engrangée par Timbuktu, qui n’a finalement laissé que des miettes aux autres films français en compétition. Saint Laurent, le grand favori aux dix nominations, est le premier à en avoir fait les frais. Le biopic de Bertrand Bonello, en dépit de qualités manifestes, s’est seulement vu attribuer le César des Meilleurs costumes. Malgré tout, ce trophée symbolique a tout d’une revanche pour une équipe à qui Pierre Bergé (il a tenté de faire barrage à cette production depuis le début) a interdit l’accès aux archives et collections du grand couturier. Aussi furibond que mauvais joueur, l’homme d’affaires a d’ailleurs tweeté, à l’issue de la cérémonie : « YSL Bonello. César du costume. Os à ronger. César de complaisance qu’il ne mérite même pas. Film méchant, homophobe, où seul Ulliel existe. »

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Le duel entre les deux Saint Laurent a finalement été désamorcé par Pierre Niney, venu chercher son César du Meilleur acteur. Très sport, le jeune acteur s’est adressé à son concurrent et ami Gaspard Ulliel, en regrettant que les médias aient fait des gorges chaudes de cette guerre entre les deux productions (un César au final pour chacune). On peut déplorer l’aspect « singe savant » de son jeu dans le film, mais Pierre Niney, comédien surdoué, n’a cependant pas volé sa récompense, même si le grand atout de ce biopic restera l’incarnation de Pierre Bergé par Guillaume Gallienne, immensément attachant en amant protecteur et jaloux. Hélas, ce dernier, nommé pour le César du Meilleur second rôle, s’est fait damer le pion par Reda Kateb, épatant aussi pour son rôle de médecin humaniste dans Hippocrate. Sur scène, tout en humilité, l’acteur de trente-sept ans, qui fait une carrière internationale, n’a pas boudé son plaisir, et a dit tout le bien qu’il pensait des seconds rôles, « ceux qui ne prennent pas toute la lumière. »

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L’autre grand favori de la compétition, Les Combattants, de Thomas Cailley, a en revanche reçu les honneurs qu’il mérite. Sacré Meilleur premier film, il voit ses deux jeunes comédiens principaux récompensés. Kévin Azaïs, frère de l’acteur Vincent Rottiers, remporte le César du Meilleur espoir (son discours, désarmant de naturel, a suscité l’hilarité générale), tandis qu’Adèle Haenel obtient celui de la Meilleure actrice (un an après avoir obtenu le César du Meilleur second rôle pour Suzanne), écartant ses prestigieuses aînées Marion Cotillard, Juliette Binoche et Catherine Deneuve. Désopilante dans le film de Thomas Cailley, la comédienne est venue recevoir son trophée en robe de soirée, mais avec la même allure de baroudeuse qui fait merveille dans Les combattants.

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“Place aux jeunes !” semblait être le mot d’ordre de cette quarantième qui a offert à Kristen Stewart, autre jeune fonceuse en robe du soir, le César du Meilleur second rôle féminin pour sa performance remarquée dans Sils Maria, d’Olivier Assayas. C’est la première fois qu’un César est attribué à une actrice américaine.

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Parmi les autres petits événements de la soirée, qui a, selon l’usage, traîné en longueur, on notera les larmes de la jeune Louane Emera, ex-candidate de The Voice, qui a décroché le César du Meilleur espoir féminin pour son rôle dans La famille Bélier (comédie largement plébiscitée par le public),

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la présence rare d’Etienne Daho, venu remettre (en chansons et avec l’actrice-chanteuse Cécile Cassel) le César de la Meilleure musique, la distinction attendue de Mommy au César du Meilleur film étranger (même si on pouvait lui préférer Grand Budapest Hotel), et l’hommage à rallonges de Marion Cotillard, dont la robe Dior (aussitôt rebaptisée « robe badminton » sur Tweeter) n’a pas fait l’unanimité, au génial Sean Penn, aussi chic que hagard, et qui n’en demandait pas tant. Enfin, si personne n’a mentionné Charlie au cours de la soirée, le dessinateur et réalisateur Joann Sfar, venu remettre le César du Meilleur film d’animation, a fait une allusion poignante aux événements tragiques de janvier en concluant « On n’est même pas sûr de pouvoir encore travailler tranquille. Mais on va essayer… »

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PALMARÈS

Meilleur film : Timbuktu

Meilleur premier film : Les Combattants (de Thomas Cailley) lire critique

Meilleur réalisateur : Abderrahmane Sissako (Timbuktu)

Meilleur actrice : Adèle Haenel (Les Combattants)

Meilleur acteur : Pierre Niney (Yves Saint Laurent)

Meilleur scénario original : Abderrahmane Sissako et Kessen Tall (Timbuku)

Meilleure adaptation : Volker Schlöndorff et Cyril Gely (Diplomatie)

Meilleur second rôle féminin : Kristen Stewart (Sils Maria)

Meilleur second rôle masculin : Reda Kateb (Hippocrate) lire critique et test DVD

Meilleur espoir féminin : Louane Emera (La famille Bélier)

Meileur Espoir masculin : Kévin Azaïs (Les Combattants)

Meilleur documentaire : Le sel de la terre (de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado)

Meilleur film étranger : Mommy (de Xavier Dolan)

Meilleur film d’animation : Minuscule, la vallée des fourmis perdues (de Thomas Szabo et Hélène Giraud)

Meilleur court-métrage d’animation : Les petit cailloux (de Chloé Mazlo)

Meilleur court-métrage : La femme de Rio (d’Emma Luchini et Nicolas Rey)

Meilleure musique : Amine Bouhafa (Timbuktu)

Meilleurs costumes : Anaïs Romand (Saint Laurent)

Meilleur son : Roman Dymny, Thierry Delor et Philippe Welsh (Timbuktu)

Meilleure photo : Sofian El Fani (Timbuktu)

Meilleurs décors : Thierry Flamand (La Belle et la bête de Christophe Gans) lire critique

Meilleur montage : Nadia Ben Rachid (Timbuktu)

César d’honneur : Sean Penn

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