3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE

En lice pour les Oscars avec sept nominations, le troisième film de Martin McDonagh, réalisateur du génial Bons baisers de Bruges, a déjà raflé quatre Golden Globes, dont celui du Meilleur film dramatique de l’année, ainsi que le Lion d’Or du Meilleur scénario au festival de Venise. Avec ce récit quasi biblique sur la loi du talion, gorgé de tendresse et de violence, le cinéaste anglais d’origine irlandaise se penche sur l’Amérique profonde et ses autochtones. Sans jamais tomber dans la caricature et avec un humour noir dévastateur.

 

« Aussi triste que soit un tel spectacle, j’espère pour ma part que ça signe la fin de cette étrange saga des trois panneaux…
– Ca signe que dalle abrutie ! Ce n’est qu’un début ! Passe ça dans ta matinale de mes deux “Bonjour Missouri” connasse ! »

  

3 Billboards, les panneaux de la vengeance (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri)

Martin McDonagh
2017
Dans les salles françaises depuis le 17 janvier 2018

Sept mois après la découverte du corps de la jeune Angela Hayes, violée et assassinée dans un champ non loin de chez elle, l’enquête locale n’a pas avancé d’un pouce. Désespérée et ulcérée par l’apathie des policiers de cette petite ville du Missouri, Mildred Hayes (Frances McDormand), la mère de la jeune fille, décide de les rappeler à l’ordre. Elle loue les trois immenses panneaux publicitaires laissés à l’abandon à la sortie de la ville, et fait afficher un message interpellant directement le chef de la police, le respecté Chef Willoughby (Woody Harrelson)…

Dramaturge renommé en Angleterre et en Irlande (en 1996, sa pièce The Beauty Queen Of Leenane, avait été encensée par la critique, et avait raflé moult récompenses), Martin McDonagh n’avait jusqu’ici signé que deux longs métrages : Bons baisers de Bruges, une petite merveille de comédie noire qui avait fait sensation à sa sortie en 2008, et le délirant 7 psychopathes, en 2012, nettement moins abouti (du propre aveu du réalisateur lui-même). Les amoureux de Bons Baisers de Bruges retrouveront dans 3 Billboards ce qui faisait son charme : cet enchaînement de situations absurdes et jamais manichéennes qui font passer du rire aux larmes, et ces personnages attachants, qui n’en finissent pas de surprendre. C’est en découvrant, au cours d’un voyage aux Etats-Unis, que des panneaux publicitaires avaient été utilisés pour interpeller la police locale, que Martin McDonagh a imaginé un récit sur les effets de ce type de propagande sur la population d’une petite ville du Midwest. Il s’est laissé ensuite porté par l’écriture, donnant ainsi une chance à chaque personnage. Si ses dialogues sont aux petits oignons (on rit énormément), le film doit aussi beaucoup aux numéros d’acteurs. En John Wayne au féminin, bandana roulé sur le front façon Robert De Niro dans Voyage au bout de l’enfer, Frances McDormand est sensationnelle et trouve ici son plus beau rôle depuis Fargo. Mais celui qui épate encore davantage, c’est bien Sam Rockwell, tout bonnement renversant dans la peau de ce flic idiot, raciste et brutal, qui se découvre peu à peu une conscience. Le bien et le mal, l’amour et la haine, la soif de justice et la quête de vengeance se confondent dans ce mélodrame encré d’Americana, réflexion sur la destinée et le pardon, illustrée par la musique ad hoc de Carter Burwell, le compositeur fétiche de Martin McDonagh. Moins satirique et plus tendre que le cinéma des frères Coen auquel on pense inévitablement, ce grand huit émotionnel, imprévisible et profondément humaniste vaut bougrement ses quatre Golden Globes (Meilleur film dramatique, Meilleur scénario, Meilleure actrice et Meilleur second rôle). On lui souhaite la même rafle aux Oscars.
1 h 55 On salue également les prestations gratinées et inspirées de Woody Harrelson, Caleb Landry Jones, Zeljko Ivanek, Peter Dinklage, Sandy Martin ainsi que les excellents Abbie Cornish, John Hawkes, Lucas Hedge, Samara Weaving, Nick Searcy…

BANDE-ANNONCE








MOON

Moon 3

« Gerty, we’re not programmed. We’re people, do you understand ? »
 
 
Moon

Moon 1

Duncan Jones
2009

Dans un futur proche, les hommes ont trouvé une solution à leurs besoins énergétiques : une nouvelle source d’énergie propre, l’hélium 3, provenant du soleil, et récoltée par des machines sur la Lune. Sur la base lunaire de Sarang, Sam (Sam Rockwell) est employé par Lunar Industries pour extraire l’hélium 3. Il est le seul être humain de la base, et a pour toute compagnie l’ordinateur de bord, Gerty (voix de Kevin Spacey). Heureusement, sa mission de trois ans touche à son terme et il attend impatiemment de rejoindre sa femme et sa fille. Mais à deux semaines du retour, il commence à avoir des hallucinations, et se demande s’il n’est pas manipulé…

Moon est le premier long-métrage du jeune cinéaste indépendant britannique Duncan Jones, fils du mythique David Bowie. Sous influence 2001 : l’odyssée de l’espace et Solaris, ce film intimiste de science-fiction, intrigant et visuellement magnifique, est une réussite éclatante et révèle un cinéaste prometteur. Sorte de huis clos lunaire, Moon brouille constamment les pistes, bouleverse, et tient en haleine jusqu’à la dernière image. Sam Rockwell (Confessions d’un homme dangereux) effectue une performance troublante, et les effets visuels de ce petit film indépendant audacieux parviennent à damer le pion à tous les récents blockbusters du genre. Couvert de récompenses dans les festivals (Sundance, Tribeca, Dinard, Gérardmer…), Moon a été acclamé par la critique en 2009. Un vrai petit miracle cinématographique !
1h 37 Et avec Dominique McElligott, Kaya Scodelario, Benedict Wong, Adrienne Shaw…

BANDE-ANNONCE

Moon 2
Moon 4
Moon 5

Rédigé pour Fnac.com en 2009