GARÇON D’HONNEUR en Blu-ray

Entre tradition et modernité, drame et comédie, le film qui a révélé Ang Lee en 1993 est disponible pour la première fois en Blu-ray. Il est assorti d’interviews sensationnelles et inédites du réalisateur, de son producteur James Schamus et de l’acteur Mitchell Lichtenstein. Tous trois reviennent sur la conception de cette comédie juste et touchante autour des déboires d’un homosexuel taïwanais installé à New York. Avec son budget ridicule, et son sujet pour le moins épineux, ce petit film américano-taïwanais n’était pas prédestiné à devenir un phénomène au box-office. Et pourtant…

 

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« Ce qu’il y a de formidable avec les premiers films d’Ang, c’est qu’ils annonçaient qu’on pouvait être transgressif et traditionnel, qu’on pouvait être asiatique et américain, qu’on pouvait être indépendant tout en utilisant un langage qui était le langage hollywoodien classique. Que le contexte faisait tout. » James Schamus, producteur d’Ang Lee

 

Garçon d’honneur (Xy yan/The Wedding Banquet)  

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Ang Lee
1993
En Blu-ray et DVD restaurés chez Carlotta depuis le 25 novembre 2015

Jeune immigré taïwanais, Wai-Tung (Winston Chao) s’est installé avec succès à New York, où il file le grand amour avec Simon (Mitchell Lichtenstein), un jeune yuppie. Restés au pays, ses parents, qui ignorent tout de son homosexualité, le harcèlent régulièrement sur son célibat, faisant valoir l’importance d’un mariage et d’une progéniture. Pour avoir la paix, Wai-Tung, incité par Simon, décide se livrer à une comédie de mariage, en épousant une jeune Chinoise (May Chin) en quête d’une carte verte. C’est alors que ses parents (Sihung Lung et Ya-Lei Kuei), fous de joie, débarquent à New York pour assister à la cérémonie…

A vingt-trois ans, après avoir suivi des études de théâtre et de cinéma à Taïwan, Ang Lee débarque aux Etats-Unis pour étudier le théâtre à l’Université de l’Illinois. Les difficultés linguistiques vont contrecarrer sa vocation d’acteur, et le pousser à intégrer une école de cinéma à New York, afin de devenir réalisateur. C’est avec Fine Line, un de ses moyens-métrages d’étudiant, qu’il attirera, six ans après sa fin d’études, l’attention de James Schamus et Ted Hope, fondateurs de la jeune compagnie de production indépendante Good Machine. En quête de jeunes talents, le tandem new-yorkais souhaite lui confier les rênes d’un premier long-métrage. Ce sera Pushing Hands (Tui Shu), pour lequel Ang Lee avait remporté le premier prix d’un concours de scénario organisé par le Governement Information Office de Taïwan (à ce même concours, il avait également décroché le deuxième prix pour le scénario de Garçon d’honneur). Réalisé sous la houlette de Good Machine avec un financement (chiche) du cinéma taïwanais, Pushing Hands narre les difficultés d’adaptation d’un vieux maître de taî-chi chinois qui vient s’installer chez son fils et sa belle-fille à New York. Le film passe inaperçu aux Etats-Unis, mais remporte un joli succès en Asie, au point que Taïwan décide de financer (toujours très chichement…), le deuxième long-métrage d’Ang Lee, Garçon d’honneur (Wedding Banquet), et cela, malgré l’évocation de l’homosexualité, sujet très sulfureux pour le public asiatique. A nouveau coproduit par Good Machine (James Schamus restera le producteur attitré d’Ang Lee par la suite), le drame familial écrit à l’origine par le cinéaste et son ami Neil Peng va évoluer vers la comédie sur les conseils de Schamus, coauteur du scénario final. Ce dernier suggère en effet à Ang Lee d’opter pour le ton des screwball comedies de George Cukor et Howard Hawks. Ainsi, sans pour autant accumuler les caricatures et les gags, cette confrontation de deux générations et de deux cultures va se révéler résolument plus loufoque. Le mélange de tendresse, de gravité (le plan final, lourd de sens, est magnifique) et d’humour fera mouche. Pivot de l’intrigue, le « garçon d’honneur », est incarné avec finesse et justesse par Mitchell Lichtenstein (fils de la légende du pop art américain Roy Lichtenstein). Seul Occidental de la troupe, Simon porte un regard plein d’empathie sur ces parents asiatiques déboussolés, et s’évertue à créer une harmonie dans le chaos ambiant. Son personnage d’homosexuel cool, respectueux et libéré est pour beaucoup dans la réussite du film, qui paraît en pleine explosion du SIDA (Philadelphia, de Jonathan Demme, est à l’affiche la même année). Les distributeurs français choisiront même de lui rendre hommage en adoptant le titre Garçon d’honneur au lieu d’une traduction littérale du titre américain. Plébiscité dès sa sortie dans de nombreux festivals, ce petit film réalisé avec un budget microscopique, et considéré par Ang Lee lui-même comme « trop gay pour le public asiatique, trop chinois pour le public américain » remportera un succès inattendu, en même temps que l’Ours d’Or à Berlin, le Prix de la critique à Deauville et une nomination à l’Oscar du Meilleur film étranger. L’année suivante, Ang Lee mettra en scène avec le même brio, Salé, sucré (Yin shi nan nu — paru sous le titre Eat Drink Man Woman aux Etats-Unis), lui aussi nommé à l’Oscar du Meilleur film étranger. Cette comédie sur la culture traditionnelle chinoise et l’évolution de la famille constituera le dernier chapitre de sa trilogie appelée Father Knows Best (dans les trois, le père est campé par Sihung Lung). Comme s’il avait réglé ses comptes avec son pays et le thème de la piété filiale, le cinéaste fera ensuite une carrière internationale et preuve d’un éclectisme étonnant, en s’attaquant à des sujets très différents (Raison et sentiments, Ice Storm, Tigre et dragon, Hulk, Le secret de Brokeback Mountain…) qui, chacun dans leur genre pourtant, vibrent de sa passion et de son intérêt pour les relations humaines. C’est là, la clé de son cinéma.
1 h 48

BANDE-ANNONCE

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Test DVD :

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Interactivité ****
Le film est assorti d’une heure et demie d’entretiens captivants, avec Ang Lee, James Schamus et Mitchell Lichtenstein, qui se remémorent avec humour le tournage de ce film emblématique de leurs carrières respectives. On y apprend que le père de Wai-Tung est inspiré du propre père d’Ang Lee, qui n’était pas général, mais proviseur de lycée (ce qui pour lui, était tout comme). James Schamus revient aussi sur la censure, qui a valu au film d’écoper d’une interdiction aux moins de 16 ans aux Etats-Unis (à cause de la présence du mot « fuck ») alors qu’il était diffusé avec une interdiction pour les moins de 12 ans à Taïwan. Enfin Mitchell Lichtenstein, devenu depuis réalisateur de films de genre, se souvient avoir joué très détendu ce rôle de gay libéré, persuadé que cette comédie ne serait vue que par le public de Chinatown, et donc pas par son entourage.

Image **
Format : 1.85
Restauré à partir d’un master HD plus tout jeune, le film offre un rendu très honorable, même si en terme de définition et de piqué, l’image reste inégale, parfois superbe, parfois un peu granuleuse. Les couleurs en revanche sont parfaitement gérées.

Son : ***
DTS-HD Master Audio 2.0 en anglais sous-titré et français
Une piste 2.0 claire et convenable pour ce film plutôt intimiste. A noter que sur la version originale et la version française, les dialogues en mandarin sont uniquement sous-titrés.

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Publié à  la même date chez les mêmes éditeurs, Salé, sucré, lui aussi assorti d’interviews exceptionnelles, est disponible en DVD, Blu-ray. Un coffret DVD réunit également les deux films.GARCON D'HONNEUR 5
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