WESTERN FOREVER 2 : Le Train sifflera trois fois/Règlement de comptes à O.K. Corral

Deux westerns mythiques loin d’être conventionnels sont parus cet été en versions magnifiquement restaurées (4K Ultra-HD) chez Sidonis Calysta. Ici, pas d’Indiens, pas de cavalerie qui rapplique, mais des explorations de la nature humaine, dans ce qu’elle a de meilleur et de pire.

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« I’ve got to, that’s the whole thing. »

  

LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS (High Noon)

Fred Zinnemann
1952
Combo 4K Ultra-HD Blu-ray paru chez Sidonis Calysta le 7 juillet 2026 dans la collection Westerns de légende

 

Le jour de son mariage avec la jolie Amy (Grace Kelly), Will Kane (Gary Cooper), shérif apprécié d’Hadleyville, décide d’abandonner ses fonctions et de partir avec sa jeune épouse quaker, afin de mener une vie plus paisible. Mais, ce même jour, il apprend l’arrivée imminente en ville du bandit Frank Miller, qu’il avait fait incarcérer cinq ans plus tôt, tout juste relâché. Par ses complices, Miller a fait savoir qu’il comptait revenir se venger. Refusant de céder aux supplications d’Amy, Kane décide d’accomplir son devoir et d’affronter les tueurs, même si aucun habitant ne semble vouloir l’aider…

Rarement western n’aura été aussi primé que Le Train sifflera trois fois, récompensé par quatre Oscars en 1953 — pour la performance magistrale de Gary Cooper, le montage, la musique de Dimitri Tiomkin et sa fameuse chanson interprétée par Tex Ritter « Do Not Forsake Me, Oh My Darling » sur des paroles de Ned Washington et traduite en français par « Si toi aussi tu m’abandonnes ». Pourtant ce splendide western en noir et blanc de Fred Zinnemann, au budget modeste et dont l’intrigue se déroule en temps réel, suscite toujours beaucoup de controverses. Il est inspiré d’une nouvelle de John W. Cunningham (The Tin Star), très librement adaptée par Carl Foreman, scénariste des futurs Le Pont de la rivière Kwaï et des Canons de Navarone. Au moment du tournage, Foreman, homme de gauche, était visé par la Commission des Activités Antiaméricaines (pour ne pas dénoncer ses amis, il sera contraint de s’exiler à Londres). Véritable producteur du film (même si Stanley Kramer s’en est adjugé la paternité), il a conçu Le Train sifflera trois fois comme une parabole de l’Amérique au temps du maccarthysme.

De son propre aveu, Foreman s’est identifié au shérif Kane, seul contre tous, qui reste « droit dans ses bottes » tandis que, par peur des représailles, ses amis lui tournent le dos. Gary Cooper, parfaite incarnation du héros américain, s’était porté volontaire pour camper cet homme intègre, courageux, peu à peu gagné par l’amertume. À ses côtés, la débutante Grace Kelly héritait du rôle ingrat de l’épouse déloyale (elle a ses raisons… ), laissant Katy Jurado briller en aventurière au grand cœur, soutien indéfectible de Kane et féministe avant l’heure. Western atypique voire révolutionnaire, aussi moral que politique, et tourné en grande partie en studio, High Noon se distingue aussi par sa photo, signée Floyd Crosby (père du chanteur et musicien David Crosby), son atmosphère irrespirable, et ses plans truffés de symboles, dont aucun n’est laissé au hasard. L’ouverture d’Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone, sera d’ailleurs une référence directe à High Noon — le chef des tueurs, campé par Henry Fonda, se nomme également Frank. Mais à la sortie du film de Zinnemann aux États-Unis, beaucoup, dont John Wayne et Howard Hawks, s’offusqueront de cette vision de l’Amérique lâche, froussarde, et de l’image donnée par ce shérif qui quémande de l’aide. S’estimant trahis, ils répliqueront en 1959 avec le fameux Rio Bravo.
1 h 25 Et avec Thomas Mitchell, Otto Kruger, Lon Chaney Jr., Harry Morgan, Lee Van Cleef, Robert J. Wilke

 

LE BLU-RAY

Grâce au tout nouveau master 4K, l’image proposée par cette édition Blu-ray est de toute beauté. Le noir et blanc est parfaitement contrasté, et la lumière, éblouissante. Le son, bien que mono, est clair et harmonieux, notamment en version originale.

L’édition réunit les mêmes très bons suppléments que le Blu-ray Collector de 2020, auxquels s’ajoute un documentaire de 50 minutes sur le légendaire Gary Cooper. On y retrouve donc l’interview du passionné (et passionnant) Bertrand Tavernier, qui remet les pendules à l’heure en mettant en exergue l’importance de la contribution du scénariste Carl Foreman, trop souvent minimisée au profit de celle de Stanley Kramer. Tavernier, qui a recueilli les propos des uns et des autres au cours de sa carrière de critique, sait de quoi il parle, et l’histoire du tournage est un véritable roman. Il évoque notamment, et de manière truculente, l’attitude peu glorieuse de John Wayne, qui avait conspué le film, mais s’était proposé pour venir chercher sur scène l’Oscar de Gary Cooper, retenu sur un tournage (l’extrait de la cérémonie figure au menu des suppléments).

 Le tout aussi érudit Patrick Brion y va également de son expertise. Dans un reportage, on peut entendre Bill Clinton comparer la solitude du shérif Kane à celle d’un président. Un autre making of, réalisé en 1992 et présenté par le critique Leonard Maltin, est ponctué d’interventions de Lloyd Bridges, Fred Zinnemann, Stanley Kramer ou encore de David Crosby. Un focus sur la musique est également au programme.

« C’est l’histoire d’un homme aux abois qui demande de l’aide, et personne ne vient à son secours. Chacun a de bonnes raisons pour ne rien faire. Et ça arrive tous les jours. Ça ne change pas. L’histoire se répète continuellement. » Fred Zinnemann

 

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« All gunfighters are lonely. They live in fear. They die without a dime, a woman or a friend. »

 

RÈGLEMENT DE COMPTES À O.K. CORRAL (Gunfight At The O.K. Corral)

John Sturges
1957
Édition Collector 4K Ultra-HD Blu-ray parue chez Sidonis Calysta le 19 juin 2026 dans la collection Westerns de légende

 

À la recherche du renégat Ike Clanton, Wyatt Earp (Burt Lancaster), shérif de Dodge City, débarque dans la petite ville de Fort Griffin, sous l’autorité de son ami Cotton Wilson. Il découvre avec dépit que celui-ci, un peu usé, l’a laissé s’échapper. Earp tente alors de glaner des renseignements auprès de Doc Holliday (Kirk Douglas), joueur de poker doué de la gâchette, qui l’envoie promener. Pourtant, ces deux hommes que tout oppose vont être amenés à s’entraider et, entre eux, va naître une véritable amitié…

Ce western immensément populaire à sa sortie reconstitue un événement réel survenu en 1881 dans la ville de Tombstone, en Arizona : une fusillade mortelle considérée comme l’une des plus célèbres de la conquête de l’Ouest. Elle implique deux des plus fameuses figures de l’époque, le shérif Wyatt Earp et Doc Holliday, joueur de poker, autrefois dentiste (d’où le « Doc »). La confrontation avait déjà inspiré plusieurs films, dont deux particulièrement réussis : L’Aigle des frontières (Frontier Marshal), réalisé par Allan Dwan en 1939, avec Randolph Scott et Cesar Romero, et La Poursuite infernale (My Darling Clementine) signé John Ford en 1946, avec Henry Fonda et Victor Mature. Une décennie après, à la faveur d’un article dans un journal, le puissant producteur Hal B. Wallis entreprend de revenir sur cette histoire légendaire. Il sollicite pour le scénario l’écrivain Leon Uris, confie la mise en scène à John Sturges, futur réalisateur du Dernier train de Gun Hill et des Sept Mercenaires, qui vient d’obtenir un joli succès avec Un homme est passé (Bad Day At Black Rock), et engage Kirk Douglas, emballé par l’idée de jouer Doc Holliday. C’est à la demande de ce dernier que Burt Lancaster va endosser le costume de Wyatt Earp.

À l’écran, le tandem de ces deux stars à la notoriété et à la prestance égales est fascinant. Car contre toute attente, le shérif rigide et incorruptible et le joueur de poker tuberculeux, alcoolique, autodestructeur et sarcastique, animés par une admiration et un respect réciproques, vont peu à peu déteindre l’un sur l’autre. Dans ce contexte, les personnages féminins qui les entourent — incarnés par la rousse Rhonda Fleming, et surtout Jo Van Fleet, dans un numéro sensationnel de femme amoureuse bafouée – décidés à être davantage que de simples faire-valoir, ont du mérite. Parmi les truands, on reconnaît John Ireland, Lee Van Cleef et le jeune Dennis Hopper, déjà épatant. Certes, la vérité historique est un peu ébranlée (la vraie fusillade ayant duré trente secondes, contre cinq minutes ici), mais ce western lyrique, un brin théâtral et intensément dramatique a séduit les aficionados (du genre) et les néophytes. L’excellence des acteurs, la beauté des plans, des décors et de la photo signée Charles Lang — les couleurs flamboyantes sont inspirées des tableaux de Remington — ont contribué à faire de ce film un classique. Et comme pour Le Train sifflera trois fois, Dimitri Tiomkin est responsable de la musique et du thème, la chanson Gunfight At The O.K. Corral, interprétée par Frankie Laine, sur des paroles, une fois encore, de Ned Washington… « Boot Hill, Boot Hill, so cold, so still… »
2 h 02 Et avec Lyle Bettger, Earl Holliman, Frank Faylen, Ted de Corsia…

 

 

LE BLU-RAY

Cette nouvelle restauration présente une image somptueuse, précise, aux couleurs vibrantes. Le son en 5.1 est lui aussi à la hauteur des attentes.

Côté suppléments, on est un peu déçu de ne trouver qu’une présentation, intéressante par ailleurs, de l’historien du cinéma Noël Simsolo (19 minutes). Il mentionne l’admiration des cinéastes du western italien pour ce film très adulte, véritable « théâtre de la cruauté », et balaie la théorie de l’homosexualité latente entre les protagonistes. Également au programme, un documentaire diffusé en 1972 à la télévision américaine et présenté par l’acteur Lorne Greene (Bonanza) retraçant l’histoire de la fusillade la plus célèbre de l’Ouest. Enfin, le digipak est enrichi d’un livret de 52 pages signé du monteur Jean-François Giré, spécialiste du western italien.

EDDINGTON

Descendu en flammes par la critique lors de sa présentation au festival de Cannes dernier, où il était en compétition, l’impopulaire Eddington a réussi à inverser la tendance au point de s’imposer trois mois plus tard comme « Le film de l’été 2025 ». Ce n’est que justice pour le quatrième long-métrage du réalisateur des cauchemardesques Hereditary, Midsommar et Beau Is Afraid. Ici, il se penche sur le cas de l’Amérique au temps du Covid, tournant selon lui de l’histoire d’une société qui ne fait plus la différence entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas.  Emmenée par un Joaquin Phoenix littéralement possédé, cette satire hystérique aux allures de western, aussi drôle que flippante, est surtout terriblement pertinente.(PAS DE SPOILERS DANS CET ARTICLE)

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« Comment en est-on arrivé là ? »

 

EDDINGTON

Ari Aster
2025
Dans les salles françaises depuis le 16 juillet 2025

Mai 2020. Quelques jours après le meurtre de George Floyd à Minneapolis, les États-Unis font face à des émeutes et des manifestations antiracistes. Mais ce qui préoccupe surtout Joe Cross (Joaquin Phoenix), shérif de la petite ville d’Eddington au Nouveau-Mexique, ce sont les mesures pour limiter la propagation du Covid-19 (distanciation, port du masque…) mises en place par le maire (Pedro Pascal) qu’il a dans le collimateur depuis longtemps…

Le chaos. C’est à cela que ressemble le dernier opus en date de Ari Aster, cinéaste américain réputé pour ses fims horrifiques et malaisants. Avec Eddington, son quatrième long-métrage, le quadragénaire s’attaque cette fois aux dérives de l’Amérique, à la fracture sociale (le Civil War de Alex Garland, n’est pas loin), et met dans une même cocotte-minute tous les fléaux modernes : addiction aux réseaux sociaux, débilité, racisme, wokisme, anti-wokisme, complotisme, désinformation, paranoïa, corruption, violence… Dans une ville en vase clos, deux personnalités s’affrontent : un maire progressiste qui favorise l’implantation d’un data center, et un shérif pétri de névroses et de rancœurs, époux d’une femme dépressive et épié par une belle-mère conspirationniste. L’obligation du port du masque sera chez ce gardien de la paix au bord de l’implosion (et asthmatique de surcroît…) la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Joaquin Phoenix, déjà de Beau Is Afraid, s’en donne à cœur joie dans la peau de ce loser frustré qui part en vrille. Son comportement erratique et absurde (puis extrême) suscite souvent l’hilarité. Pedro Pascal est impeccable en maire pas si propre sur lui qui ne cesse d’humilier et de damer le pion à son rival. Dans ce western magnifiquement photographié par Darius Khonji, où le téléphone portable a remplacé les armes à feu, quasiment chaque personnage est, à sa manière, un syndrome de la déliquescence de la société contemporaine. Chronique d’une catastrophe annoncée, Eddington, excessif et outré (l’épilogue est carrément grotesque), est un miroir à peine déformant de son époque et d’un monde en perdition dont le sort est entre les mains de psychopathes avérés. Hélas, c’est le nôtre.

 À noter qu’Eddington n’existe pas. La ville du Nouveau-Mexique qui sert de décor au film se nomme en réalité Truth or Consequences. Ironie ? On ne sait pas…

2 h 28. Et avec Emma Stone, Austin Butler, Luke Grimes, Michael Ward, Deirdre O’Connell, Clifton Collins Jr., Matt Gomez Hidaka, William Belleau, Amelie Hoeferle, Cameron Mann…

 

LES CLASSIQUES DE L’ÉTÉ en Blu-ray : Alamo/Marché de brutes

                                            « Je ne savais pas que la nuit pouvait être si noire. » Jim Bowie (Richard Widmark)

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ALAMO (The Alamo)

John Wayne
1960
Éditions Blu-ray et DVD parues chez ESC Distribution en juillet 2021

 

En 1836, le Texas, alors gouverné par le Mexique mais peuplé par une majorité d’Américains, refuse la dictature du général Santa Anna et réclame son indépendance. Ce dernier, à la tête d’une armée de sept mille soldats aguerris, a bien l’intention de mettre ces révoltés au pas. Pour se préparer à le contrer, le commandant Houston (Richard Boone) charge le colonel Travis (Laurence Harvey) de retarder l’avance de l’armée mexicaine dans la petite mission fortifiée d’Alamo, près de la frontière. La poignée de soldats de Travis est rejointe par les volontaires menés par le légendaire Davy Crockett (John Wayne) et la petite bande de fidèles du non moins célèbre Jim Bowie (Richard Widmark). Au total, 187 hommes pour en arrêter des milliers…

 

Réaliser Alamo était un rêve que John Wayne caressait depuis vingt ans. L’immense notoriété de l’acteur ne lui a pas pour autant permis de convaincre un studio, et c’est en indépendant qu’il s’est finalement attelé à ce projet, se chargeant de la production, de la mise en scène et endossant, en prime, le costume à franges de Davy Crockett. Le tournage, à Bracketville au Texas, fut mémorable, et le budget, colossal (John Wayne mit de longues années à s’en remettre). Il ne fallait pas lésiner sur les moyens pour rendre hommage aux héros d’Alamo  : construction du fort à l’identique ainsi qu’une partie du village, figurants par milliers, pléthore de cascadeurs, mille cinq cents chevaux, quatre cents vaches… John Wayne, qui avait tout appris de John Ford, s’est entouré d’une équipe de chevronnés dont le directeur photo William H. Clothier (Les Cheyennes, L’homme qui tua Liberty Valance…) ou le compositeur Dimitri Tiomkin — le fameux thème nostalgique The Green Leaves Of Summer accentue la puissance émotionnelle du film. Car par ses scènes d’action spectaculaires, bagarres viriles suivies de beuveries et séquences intimistes, Alamo célèbre le courage, l’esprit de sacrifice, d’indépendance, le sens de l’honneur et de l’amitié : toutes les valeurs chères au Duke et à l’Amérique. Sans manichéisme cependant, le film regorge d’humanisme et glorifie la hardiesse des combattants mexicains. Certes, tout ça manque parfois de subtilité et prend des libertés avec la vérité historique, mais on se délecte des joutes verbales entre Travis et Jim Bowie (ou entre Travis et Davy Crockett), et de l’humour bon enfant émanant des seconds rôles, certains étant des figures du western. Au grand dam de son réalisateur, cette fresque épique dont la mise en scène emprunte au classicisme de Ford, ne sera saluée que par un seul Oscar (sur sept nominations) pour le son (la campagne des Oscars, plutôt maladroite, avait joué contre le film). Aujourd’hui réhabilité, Alamo, dont la durée initiale fut très tôt amputée, ne fut pas plus un succès critique que public. En ce début des 60’s, le cinéma était en plein bouleversement. L’écume des nouvelles vagues commençait à bouillonner et ce western élégiaque n’était pas du goût de la critique. Quant au public, il connaissait trop bien la fin tragique des héros d’Alamo et n’avait nulle envie de voir mourir Wayne ou Widmark à l’écran. Enfin, la légende veut que John Ford, venu en ami sur le tournage, ait réalisé des séquences (une caméra lui avait même été allouée pour qu’il filme quelques plans). Mais de l’aveu des témoins de l’époque, peu de choses ont été conservées. John Wayne, malgré toute l’amitié et admiration qu’il portait au cinéaste, n’avait nulle envie de se faire voler la paternité de son œuvre.

 2h 35 Et avec Frankie Avalon, Patrick Wayne, Linda Cristal, Joan O’Brien, Chill Wills…

 

TEST BLU-RAY COLLECTOR ****

 

 

Version cinéma et version longue en VF et VOST
Le digipack collector Blu-ray, accompagnée d’un livret de 48 pages supervisé par Marc Toullec, propose la version cinéma du film (2 h 35) assortie d’une présentation de 38 mn par le spécialiste du western Jean-François Giré. La copie est magnifique, contrastée et très propre. Sur le second Blu-ray consacré aux suppléments, on peut découvrir la version longue du film (3 h 21), dans une copie plus médiocre, provenant d’une source analogique et dite de « qualité d’archives ». On y trouve notamment l’ouverture musicale et l’intermède, mais aussi plusieurs scènes intimistes, telles ces séquences romantiques avec Linda Cristal ou l’anniversaire de la petite Lisa Dickinson (Aissa, fille de John Wayne). Les amoureux du film apprécieront tous ces instants supplémentaires, mais aucune de ces scènes ne vient combler un quelconque manque.

 

Making of et interview de Patrick Wayne

Les autres suppléments sont excellents. Le making of du film (68 mn), réalisé en 1992, est truffé de témoignages (Budd Boetticher, le chef-opérateur William H. Clothier, Frankie Avalon…) et de séquences d’archives du tournage. On y voit John Ford sur le plateau, et comment John Wayne, un peu embarrassé par sa présence, lui avait alloué un cameraman pour l’occuper, tout en sachant qu’il ne garderait rien, ou presque, des images tournées. Dans un formidable entretien réalisé en 2021, Patrick Wayne, jeune acteur dans Alamo, dévoile la relation forte qu’il entretenait avec son père, et se remémore des anecdotes truculentes du tournage. Une visite du musée John Wayne (10 mn) à Winterset en Iowa, lieu de naissance de l’acteur, une galerie de photos et la bande-annonce originale complètent le programme.

 

 

Une édition 2-DVD est également disponible. Elle ne comprend pas la version longue ni le making of. 

 

 

 

 

 

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« Mon père était instituteur. Il est mort pendant la Dépression… Vous croyez vous battre ! Stupidement, avec une arme ! Mais il y a une autre manière : se battre, tous les jours, pour manger, s’instruire, avoir un travail et de l’amour-propre. »

 

MARCHÉ DE BRUTES (Raw Deal)

Anthony Mann
1948

Combo Blu-ray-DVD paru chez Rimini Éditions le 15 juin 2021

Le truand Joe Sullivan (Dennis O’Keefe) s’évade de la prison de San Quentin, au nord de San Francisco, avec l’aide de son amie Pat (Claire Trevor), très éprise de lui. Le réservoir de la voiture ayant été touché par les tirs des gardiens, Joe est contraint de demander de l’aide à Ann Martin (Marsha Hunt), la jeune assistante de son avocat, qui en pince pour lui. Mais celle-ci, intègre, menace de le dénoncer. Il n’a d’autre choix que de la prendre en otage, au grand dam de Pat. Joe entraîne les deux femmes dans une folle cavale, avec l’intention de retrouver son complice, le caïd Rick Cole (Raymond Burr), qui lui doit de l’argent et a fomenté son évasion. Il ignore que ce dernier a juré sa perte…

Marché de brutes paraît aux États-Unis en 1948, cinq mois après La brigade du suicide (T-Men), autre excellent film noir de Mann, déjà interprété par Dennis O’Keefe. Aujourd’hui oublié, l’acteur à la silhouette sportive s’est distingué dans des longs métrages d’action et quelques comédies, comme Brewster’s Millions d’Allan Dwan. Il n’a cependant pas le charisme ni le talent d’un James Stewart qui sera, quelques années plus tard, l’acteur fétiche de Mann, et contribuera aux chefs-d’œuvre du western réalisés par ce dernier (Winchester 73, L’appât, L’homme de la plaine…). O’Keefe donne ici la réplique à Claire Trevor, l’inoubliable prostituée de La chevauchée fantastique de John Ford, qui décrochera en 1949 l’Oscar du Meilleur second rôle pour sa performance dans Key Largo. C’est elle qui donne le ton à ce film noir désespéré, marqué par la fatalité. Il est en effet introduit par le récit de Pat, en voix off, sur une musique lancinante, façon Rebecca d’Alfred Hitchcock, qui installe aussitôt une atmosphère romanesque, onirique et désenchantée. Car en dépit de son titre viril (en français notamment), Marché de brutes est un film féminin. Alors qu’il vient de s’évader, Joe Sullivan se retrouve très vite coincé. Non seulement il a la police et ses ex-complices aux trousses (Raymond Burr et John Ireland, les brutes du film, campent des malfrats véritablement sadiques — la scène dans laquelle Rick ébouillante sa petite amie préfigure celle de Règlement de comptes de Fritz Lang), mais il est constamment déchiré entre les deux femmes qui l’accompagnent dans sa cavale. Il est reconnaissant envers celle de mauvaise vie, dite « la fatale » (qui n’en est pas moins humaine) et irrésistiblement attiré par l’honnête, garante de la morale, qui voit en lui l’homme qu’il aurait pu être. Anthony Mann filme de main de maître et à un rythme trépidant cette course-poursuite à travers la Californie. À la photo, le génial chef-opérateur John Alton, « peintre de la lumière » et alter ego du cinéaste, fait des merveilles : clairs obscurs, jeux d’ombres, brouillards, contrastes prononcés, profondeurs de champ audacieuses, cadrages inquiétants… Le film noir dans toute sa splendeur !
1 h 19 Et avec Curt Conway, Richard Fraser, Whit Bissell…

 

TEST BLU-RAY ***

 

 

Le combo Blu-ray+DVD propose le film, récemment et superbement restauré par ClassicFix, assorti d’une analyse de Jacques Demange, critique à Positif, qui met l’accent sur la maîtrise d’Anthony Mann et de son chef-opérateur (14 mn).

Il est accompagné d’un épatant livret illustré, signé Christophe Chavdia. Le journaliste revient sur la carrière d’Anthony Mann (que Jean-Luc Godard avait surnommé « Super Mann ») et sur celle de son directeur photo John Alton, avec qui le cinéaste a écrit une sorte de « grammaire » du film noir. Il narre aussi les aléas de la production de Marché de brutes, qui eut maille à partir avec la censure de l’époque et évoque la personnalité de l’actrice Marsha Hunt, cent trois ans en 2021, ce qui fait d’elle la doyenne des comédiennes américaines vivantes !