PEGGY SUE S’EST MARIÉE

Si vous aviez la possibilité de retourner en arrière, sachant ce que vous savez aujourd’hui, que changeriez-vous ? Le plus tendre et enchanteur des films de Francis Ford Coppola revient dans une édition Blu-ray inédite, assorti d’une analyse pertinente de Jean-Baptiste Thoret intitulée Réparer le présent.

 

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« I am a grown woman with a life time of experience that you can’t understand.
– Yeah, girls mature faster than guys ! »

 

PEGGY SUE S’EST MARIÉE (Peggy Sue Got Married)

Francis Ford Coppola
1986
En édition Prestige limitée combo Blu-ray/DVD+Memorabilia et éditions Blu-ray et DVD séparées chez Carlotta depuis le 17 février 2021

Peggy Sue (Kathleen Turner) a passé la quarantaine et n’est pas heureuse. Mère de deux grands adolescents, elle se morfond dans sa ville natale où elle est restée vivre après avoir épousé son amour de jeunesse, Charlie (Nicolas Cage). Plus rien ne va entre eux et le divorce est inéluctable. Pour lui redonner le sourire, sa fille (Helen Hunt) la pousse à assister à la soirée des anciens élèves du lycée. Peggy retrouve ses amies et y est élue reine du bal, comme autrefois. Mais une fois sur scène, submergée par l’émotion, elle s’évanouit. Lorsqu’elle revient à elle, elle se retrouve plus de vingt ans en arrière, en 1960. Va-t-elle changer son destin ?

Il fut un temps où Francis Ford Coppola était le réalisateur le plus puissant de l’histoire du cinéma. Visionnaire, mégalomane, il était l’auteur de chefs-d’œuvre incontestés (Le parrain, Conversation secrète, Le parrain 2, Apocalypse Now…). Il aura suffi d’un film pour que tout s’écroule. En 1981, sa comédie musicale Coup de cœur (One From The Heart), trop audacieuse, trop expérimentale (formidable au demeurant), pour laquelle il avait hypothéqué sa maison et ses biens, est un échec financier si cuisant que le cinéaste se retrouve en faillite. Contraint de vendre ses studios Zoetrope et d’éponger ses dettes, il va dès lors revoir ses ambitions à la baisse et accepter de tourner des œuvres de commande. Certaines porteront néanmoins fièrement la marque Coppola, notamment Outsiders, Rusty James, et ce Peggy Sue Got Married de 1986. Empruntant son titre à une chanson de Buddy Holly, cette très jolie comédie mélancolique qui flirte avec le fantastique se situe entre Retour vers le futur, la pièce Our Town, de Thornton Wilder, et La vie est belle de Frank Capra, auquel Francis Ford Coppola a avoué avoir délibérément souhaité rendre hommage. Peggy Sue Got Married est une fable, sur le temps qui passe trop vite, sur les choix, les regrets et les incertitudes de l’existence. Peggy Sue retourne à l’année de ses dix-sept ans. Bien qu’elle ne comprenne pas le pourquoi du comment de ce qui lui arrive, elle prend tout de suite la mesure de la seconde chance qui lui est offerte. Elle porte sur ce et ceux qui l’entourent, à commencer par ses parents, sa petite sœur, un regard émerveillé, et elle savoure toutes ces choses qui lui semblaient insignifiantes alors. Le cinéaste cultive la nostalgie avec un souci du détail inouï. Comme dans American Graffiti (qu’il avait produit en 1973), il idéalise cette Amérique prospère, en plein âge d’or. Les voitures sont rutilantes, la jeunesse insouciante, les chansons fabuleuses (Dion & The Belmonts, The Diamonds, The Duprees…). Autour d’une épatante Kathleen Turner qui avait remplacé au pied levé Debra Winger, victime d’un accident avant le tournage, on reconnaît une brochette de jeunes acteurs à l’aube de leur carrière. Nicolas Cage, le neveu de Coppola, cabotine déjà, mais émeut en crooner de pacotille voué à une carrière de vendeur de hi-fi. On y trouve aussi Jim Carrey, Joan Allen, Helen Hunt et la toute jeune Sofia Coppola. Il est temps de réhabiliter ce film injustement oublié, plus profond qu’il n’y paraît, et dont John Barry a signé la musique, délicate et romantique.
1 h 43 Et avec Barry Miller, Kevin J. O’Connor, Lisa Jane Persky, Don Murray, Barbara Harris, Maureen O’Sullivan, Catherine Hicks…

 

TEST ÉDITION BLU-RAY

 

Interactivité ****
On ne peut qu’adhérer à l’analyse de Jean-Baptiste Thoret, qui revient avec justesse sur tous les thèmes abordés dans le film. On y apprend aussi, et entre autres, que la cinéaste pressentie à l’origine était Penny Marshall, la future réalisatrice de Big (24 minutes). La bande-annonce originale figure également au menu.

Image ***
Format : 1.85
L’image, restaurée depuis 2013, est douce et vaporeuse, mais suffisamment contrastée pour rendre hommage à la photo de Jordan Cronenweth, chef opérateur, entre autres, de
Blade Runner.

Son ***
DTS-HD Master Audio 5.0 et 1.0 en VOST
DTS-HD Master Audio 1.0 en français
La piste 5.0 offre davantage de spatialisation, même si l’essentiel provient surtout des enceintes frontales. Mais la piste mono, propre et parfois plus claire, est une option non négligeable.

 

Le coffret de l’édition Prestige limitée Combo Blu-ray+DVD comprend le fac-similé du dossier de presse de l’époque, un jeu de cinq photos et l’affiche du film.

 

 

 

À noter que Jardins de pierre (Gardens Of Stone), réalisé par Francis Ford Coppola en 1987, chronique subtile qui montre la face cachée de la guerre du Vietnam, profite lui aussi d’une édition similaire parue à la même date chez les mêmes éditeurs.

 

 

 

ARTICLE CONNEXE : CAMILLE REDOUBLE

+1

THE OUTSIDER Série

Il aura fallu à peine deux ans pour que le best-seller angoissant de Stephen King soit adapté à la télévision. Brillant et cauchemardesque, ce thriller passionnant monte en puissance au fil des épisodes. A découvrir d’urgence ! (pas de spoiler dans cette chronique)

 

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« Je n’ai pas de tolérance pour l’inexplicable. »

  

THE OUTSIDER

Mini-série de dix épisodes développée par Richard Price en 2020 pour HBO d’après un roman de Stephen King
Disponible sur OCS depuis le 13 janvier

Aux Etats-Unis, une petite ville de Géorgie est en émoi après la découverte du cadavre de Frankie Peterson. Le jeune garçon a été retrouvé dans un parc, sauvagement mutilé, avec des traces de morsures humaines. Tous les indices mènent à Terry Maitland (Jason Bateman), le coach de l’équipe junior de base-ball locale, figure appréciée de tous. Le chef de la police, Ralph Anderson (Ben Mendelsohn) dont le fils décédé a été entraîné par Maitland autrefois, est très remonté. Les preuves (empreintes, ADN et caméras de surveillance) étant irréfutables, le coach est arrêté sans égard en plein match. Le hic, c’est qu’il n’était pas dans la région au moment du meurtre. Il participait à une conférence dans un autre état et y a même été filmé…

Après l’excellente 11.22.63, voici une autre mini-série qui a de quoi réjouir les aficionados du Maître de l’horreur, souvent déçus par les adaptations télévisées de ses œuvres. On doit cette réussite à Richard Price (déjà aux manettes de la géniale The Night Of ) — à l’écrivain Dennis Lehane (Mystic River, Shutter Island…) qui a collaboré au scénario subtil — à une mise en scène intelligente (deux épisodes sont été réalisés par l’acteur Jason Bateman, également producteur ici) et à une distribution de haute volée. On y retrouve, en autres, Bill Camp, Mare Winningham, Julianne Nicholson, Cynthia Erivo, Yul Vazquez et Ben Mendelsohn, magistral dans le rôle de Ralph Anderson. C’est d’ailleurs ce personnage de flic cartésien et désenchanté qui impose à la série sa petite musique particulière et son tempo lancinant. Portrait d’une Amérique rurale sombre et triste, le show rappelle furieusement l’univers de Nic Pizzolatto (les ambiances de la série True Detectiveet plus particulièrement de sa première saison, ont fortement inspirées Richard Price). La peur s’installe dès le premier épisode, non seulement face à l’horreur absolue du crime commis, mais aussi lorsque les enquêteurs comprennent qu’ils ont en main des preuves contradictoires. Un individu peut-il être à deux endroits à la fois ? Non, pense Ralph Anderson qui va chercher à tout prix une explication rationnelle. Malgré les évidences qui s’accumulent, il repousse l’idée d’une créature surnaturelle, théorie de la détective autiste surdouée qu’il a sollicitée (formidable Cynthia Erivo), et qui pourtant interpelle sa propre épouse. C’est dans le combat intérieur de ce flic buté mais intègre que réside le sel de la série, sorte de Stranger Things pour adultes, qui s’amuse à faire vaciller les certitudes du spectateur pour lui faire accepter l’impossible. Tout ça en lui fichant une trouille bleue. On n’est pas chez Stephen King pour rien !
2 h 14 Et avec Paddy Considine, Michael Esper, Hettienne Park, Derek Cecil, Mark Menchaca…

 

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John Carpenter’s CHRISTINE

Elle n’est pas à l’origine du film le plus terrifiant de tous les temps et pas même de l’œuvre du réalisateur d’Halloween, mais cette histoire de voiture tueuse librement adaptée de Stephen King possède un indéniable charme et une patine vintage qui lui ont permis de résister au passage du temps. Authentique œuvre culte, Christine est à l’honneur chez Carlotta, qui lui a consacré son 13ème coffret Ultra Collector (Restauration 4K Ultra HD en Blu-ray + Blu-ray standard + DVD + Suppléments + Livre de 200 pages). En fin de piste, mon top 10 des « thrillers horrifiques avec des voitures ».

 

« God, I hate rock’n’roll ! »

  

CHRISTINE

John Carpenter
1983

Coffret Ultra Collector (et éditions simples séparées) chez Carlotta depuis le 18 septembre

Dans la banlieue de Los Angeles, Arnie (Keith Gordon) est un adolescent intelligent, mais complexé, qui passe pour un loser aux yeux de ses camarades de lycée. Seul Dennis (John Stockwell), son meilleur ami, beau gosse et capitaine de l’équipe de football, le défend bec et ongles. Un jour, en rentrant de l’école, Arnie aperçoit, près d’une habitation délabrée, un panneau à vendre sur une Plymouth Fury rouge de 1958 en très piteux état. Malgré les réticences de Dennis, à qui le vendeur n’inspire pas confiance, le jeune homme, qui semble envoûté par l’épave nommée Christine par son défunt propriétaire, décide de l’acheter pour la restaurer…

En 1983, refroidi par l’échec (incompréhensible) de The Thing, John Carpenter accepte la proposition de Richard Kobritz d’adapter au cinéma le nouveau roman fantastique de Stephen King, Christine, sur le point d’être publié et dont le producteur avait acquis les droits. Le cinéaste et le scénariste Bill Phillips vont effectuer quelques changements, notamment en ce qui concerne l’origine du mal. Dans le livre de King, c’était le premier et défunt propriétaire, véritable psychopathe, qui hantait la voiture. Ici, dès le départ, il est clair que l’auto est le monstre. Elle est d’ailleurs introduite au son de la chanson « Bad To The Bone » de George Thorogood & The Destroyers (Thorogood devait apparaître dans le film, mais sa piètre performance a été coupée au montage). C’est autant la métamorphose du jeune homme possédé que le concept de la voiture démoniaque qui a amusé John Carpenter. Allégorie du mal-être adolescent en même temps que de l’attachement du mâle moderne à son automobile, Christine fait mouche sur les deux tableaux. « Pour la première fois de ma vie, j’ai trouvé un truc de plus laid que moi, et je sais que je peux le réparer » dit Arnie à Dennis qui s’inquiète de cet attachement soudain. Avec sa Plymouth Fury (un nom prédestiné…) qu’il a magnifiquement restaurée (et dont la radio ne diffuse que du vieux rock’n’roll), le loser va prendre sa revanche sur des années d’humiliations et de frustrations. L’adolescent timide change de look, prend de l’assurance, devient arrogant et parvient même à sortir avec la plus belle fille du lycée. La malfaisante Christine prend le contrôle d’Arnie qui se déshumanise peu à peu. Obsédé par sa voiture qu’il chérit davantage que sa propre petite amie, il prend ses distances avec ses proches et sombre dans la folie. Ironiquement, Christine est souvent appréhendé comme un film féministe (la voiture est une femme qui se venge), alors que justement, les féministes, à l’époque, ont jugé l’œuvre misogyne (Christine étant jalouse, possessive, capricieuse et méchante.) Quoi qu’il en soit, comme c’était déjà le cas pour Halloween, la réussite de cette série B au budget modeste tient à la manière dont le fantastique et l’horreur s’inscrivent dans le cadre a priori rassurant de la banlieue américaine des 80’s. Toute l’imagerie est là : le mach de football avec les pom-pom girls, le sportif populaire, les bad boys, la nouvelle élève canon qui préfère les livres aux garçons, la drague au drive-in. Les répliques des teenagers sont truffées d’allusions (souvent crues et drôles) à la montée d’hormones qui les préoccupe. Grâce au talent des jeunes acteurs, tous inconnus à l’époque (pour ne pas faire de l’ombre à la voiture), les personnages sont bien plus que des clichés. Si les scènes d’action sont astucieuses, c’est bien la façon dont est décrite la montée en puissance du mal qui confère à Christine son aspect passionnant. Pas un véritable film d’horreur donc, mais attachant… assurément.
1h 50. Et avec Alexandra Paul, Harry Dean Stanton, Robert Prosky, Christine Beldford, Kelly Preston…

BANDE-ANNONCE

 

 

Test Edition Ultra Collector n°13
Edition limitée et numérotée (3 000 exemplaires), dont le superbe visuel est signé du créateur d’affiches Mainger (alias Germain Barthélemy).

Interactivité ****
Sur les trois formats (Blu-ray AK Ultra HD, Blu-ray standard et DVD), on trouve les suppléments de l’édition anniversaire de 2003, soit le commentaire audio de John Carpenter et Keith Gordon, qui bavardent chaleureusement en évoquant leurs souvenirs de tournage, mais aussi le super making of de Laurent Bouzereau truffé d’interviews de l’équipe (46 minutes) qui révèle moult secrets de fabrication (Kevin Bacon devait incarner Arnie, mais au dernier moment, il s’est envolé pour jouer dans Footloose … ), ainsi que la bande-annonce originale. Seuls les deux formats Blu-ray proposent les vingt scènes inédites (comprenant notamment des petits éclairages bienvenus sur la relation entre Leigh et Dennis) et la master class de 74 minutes de John Carpenter à Cannes, en 2019, où lui a été décerné le Carrosse d’Or. Il est interviewé par les réalisateurs Katell Quillevéré et Yann Gonzalez. Voici ce qu’il répond à la question sur l’Amérique de Trump :

« Ce qui me fait garder espoir, ce sont les gens. Je pense que l’être humain est fondamentalement bon. Partager avec de nouvelles personnes, comme les jeunes cinéastes ou le public qui viennent à ma rencontre, qui sont curieux de l’autre, du cinéma et qui s’intéressent à autre chose qu’à leur nombril, c’est une raison pour moi d’espérer que les épreuves actuelles passeront. Trump passera et les lendemains seront meilleurs. »

Enfin, intitulé Plus furieuse que l’enfer, le livre de deux cents pages qui sert d’écrin à ces trois disques est signé par l’historien du cinéma et auteur australien Lee Gambin. Il revient largement sur les thèmes abordés par le roman et son adaptation, et inclut de nombreuses interviews des acteurs, du cinéaste et de l’équipe. Un document exhaustif illustré par cinquante photos d’archives.

Image ****
Format : 2.35
La restauration 4K est une splendeur. Les contrastes sont saisissants, les couleurs rutilantes. Le grain original a été conservé et le piqué est excellent.

Son : ****
Dolby TrueHD Atmos 7.1et DTS-HD Master Audio 2.0 en anglais
DTS-HD Master Audio 2.0 en français
Sous-titres français non imposés
Pour qui est équipé d’un bon système sonore en 7.1, la piste TrueHD est un régal ! Le bruit de moteur qui se fait entendre au début du générique fait vibrer les murs. Et les bidouillages sonores de John Carpenter (qui a signé la musique avec Alan Howarth) sont efficacement répercutés.

  

Mon top 10 des thrillers (plus ou moins) horrifiques impliquant des véhicules :

 

Christine de John Carpenter — 1983

 

Duel de Steven Spielberg — 1977

 

Boulevard de la mort (Death Proof) de Quentin Tarantino — 2007

 

Hitcher de Robert Harmon — 1986

 

Hell Driver (Drive Angry) de Patrick Lussier — 2011

 

Une virée en enfer (Joy Ride) de John Dahl — 2001

 

Jeepers Creepers de Victor Salva — 2001

 

Highwaymen : La poursuite infernale de Robert Harmon – 2004

 

Enfer mécanique (The Car) de Elliot Silverstein — 1977

 

Maximum Overdrive de Stephen King — 1986

Et bien sûr Tous les Mad Max excepté Le dôme du Tonnerre

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