THE ADDICTION en Blu-ray

Les éditions Carlotta exhument en beauté le film culte d’Abel Ferrara paru en 1995. Métaphore de la toxicomanie, ce film de vampires étrangement barré et magnifiquement photographié dans un New York hivernal, est porté par une Lili Taylor habitée. Remarquable, cette édition propose de très bons suppléments dont le formidable Entretien avec les vampires, un documentaire réalisé par le cinéaste lui-même, parti, vingt-trois ans après le tournage, à la rencontre de ses acteurs principaux, dont le génial Christopher Walken..

 

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« Les films qui comptent sont tous en noir et blanc. »
Abel Ferrara

 

THE ADDICTION

Abel Ferrara
1995
Paru le 24 mars chez Carlotta en Blu-ray, avec une nouvelle restauration 4K approuvée par Abel Ferrara et son chef-opérateur Ken Welsch
Également disponible en DVD

Brillante étudiante en philosophie, Kathleen Conklin (Lili Taylor) prépare son doctorat à l’Université de New York. Un soir, en rentrant chez elle, elle croise une séduisante inconnue (Annabella Sciorra) qui l’entraîne brutalement dans une impasse avant de la mordre au cou. Affolée, la jeune femme se rend à l’hôpital, mais ses analyses ne révèlent rien de particulier. Pourtant de jour en jour, son comportement change tandis qu’elle est tenaillée par une insatiable soif de sang humain…

Lorsque je l’avais découvert en salle lors de sa sortie en France en 1996, ce film m’avait fait une très forte impression, celle d’avoir vécu une expérience sensorielle étrange. Vingt-cinq ans après, grâce à cette version magnifiquement restaurée, le visionnage de The Addiction suscite la même fascination. Et pourtant, Ferrara se donne du mal pour décourager le spectateur, notamment par un verbiage philosophique étayé de moult citations (Kierkegaard, Nietzsche, Sartre…), ceci parfois devant des images d’archives de charniers (de My Lai au Vietnam ou de camps de concentration nazis). La réflexion sur le mal  — « Est-on est mauvais parce qu’on fait le mal ou le fait-on parce qu’on est fondamentalement mauvais ? » — ne nécessitait pas ce gloubi-boulga intello (dans un document d’époque fourni par l’édition, on voit même le réalisateur se marrer en regardant les rushes). « Si l’homme ne tire jamais les leçons de l’histoire, dit Kathleen plus simplement, c’est parce qu’il est fondamentalement mauvais. » Il ne peut résister à la tentation. Comme beaucoup d’œuvres de Ferrara (L’ange de la vengeance, New York 2 heures du matin, China Girl, The King Of New York, Snake Eyes…), The Addiction a été écrit par le très catholique Nicholas St. John, ami et complice du réalisateur depuis l’école. On lui doit la connotation chrétienne du film (rédemption, pardon, résurrection…) que Ferrara tempère avec une bonne dose d’humour noir. Ici, les vampires sont vus comme des junkies (à moins que ce ne soit l’inverse). Il est question de dépendance, de manque, de quête de soi, mais aussi de contamination et d’un mal qui se propage, comme dans Body Snatchers, le remake de L’invasion des profanateurs que Ferrara avait réalisé deux ans auparavant. La beauté de ce film à très petit budget (l’équipe a travaillé sans être payée — elle le sera en partie par la suite) saute au visage. Chaque plan est une merveille, qui renvoie au cinéma expressionniste allemand, mais aussi à l’école expérimentale new-yorkaise. Abel Ferrara, natif du Bronx et amoureux transi de la Grosse Pomme, retrouve ici les impulsions de ses débuts, de ses premiers courts-métrages underground des années 70. Beaucoup de séquences ont été tournées en pleine rue (on pense à Shadows, de Cassavetes) et leur dynamisme est palpable. La métamorphose de Lili Taylor, d’étudiante intello en vampire enragée, est glaçante. Tantôt sublime, tantôt grotesque ou effrayante, cette plongée dans les ténèbres réserve au moins deux grands moments d’anthologie : l’apparition de Christopher Walken en vampire millénaire et sage, amateur de Burroughs et Baudelaire, et une incroyable séquence de carnage lors d’une soirée universitaire, où les vampires fondent sauvagement sur les invités sans autre forme de procès. Les discussions ampoulées vont alors céder la place à des hurlements désespérés et des grognements de bêtes enragées. Sale temps pour la philo.
1 h 22 Et avec Edie Falco, Paul Calderon, Fredro Starr, Kathryn Erbe…

 

TEST ÉDITION BLU-RAY

Interactivité ****
Le programme de suppléments est un régal. Le morceau de choix est Entretien avec les vampires, documentaire réalisé par Ferrara en 2018 (31 minutes). Accompagné par son fidèle chef-opérateur Ken Kelsch, il interviewe lui-même Lili Taylor, Christopher Walken et le compositeur Joe Delia. Chacun y va de ses anecdotes et confidences. Christopher Walken évoque son ami Philip Seymour Hoffman récemment décédé. Il confie aussi ne pas s’intéresser à la psychologie de ses personnages, se contentant d’apprendre ses lignes (ceci explique pourquoi il n’est pas devenu complètement cinglé). Abel Ferrara se remémore le tournage dans un entretien de 16 minutes. Il cite Quincy Jones : « Quand l’argent entre dans la pièce, Dieu en sort. » pour affirmer qu’avec un gros budget, on ne peut réaliser un film comme The Addiction. Le critique britannique Brad Stevens fait ensuite une brève analyse du film et s’attarde sur les dissensions entre Ferrara et son scénariste, causes, selon lui du message ambivalent du film. Enfin un court reportage d’époque montre le réalisateur en plein montage, à une heure tardive, et qui ne cesse de clamer son amour pour New York.
 

Image ****
Format : 1.85
Une remasterisation 4K absolument divine avec un grain argentique de toute beauté. Le noir et blanc est somptueux, contrasté, et toujours lumineux même dans les séquences nocturnes.

Son ****
DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0 en VOST
Deux pistes pour la version originale. Celle en 5.1 offre une très belle spatialisation, subtile et impressionnante, qui met en valeur les passages musicaux et les montées en tension.

LAURA ANTONELLI N’EXISTE PLUS

Ce n’est pas un scoop, le journal L’Équipe a longtemps été l’un des journaux les mieux écrits de France. Il ne s’agit pas seulement pour ces rédacteurs de décrire le beau geste ou la liesse des supporters. Ce métier nécessite une connaissance aiguë de la nature humaine. Le sport est un mélange de passion, de discipline, de dépassement de soi, de courage mais aussi de douleur et d’amertume. Il y a du romantisme là-dedans. Tout comme son aîné feu Antoine Blondin, et son collègue Vincent Duluc — spécialiste du foot qui vient de publier une biographie romancée de Carole Lombard et Clark Gable, Philippe Brunel, était, jusqu’à l’été 2020, une plume de L’Équipe. Il a quitté le journal après quatre décennies de bons et loyaux services consacrées à ennoblir le cyclisme, sa passion. L’homme sait raconter les histoires, qui, souvent, finissent mal. Il a signé les essais Vie et mort de Marco Pantani (Grasset, 2009) et Rouler plus vite que la mort (Grasset, 2018). Côté romans, on lui doit déjà La nuit de San Remo (Grasset, 2012), qui revenait sur le suicide présumé du jeune Luigi Tenco, beau chanteur italien et amant de Dalida, retrouvé mystérieusement mort d’une balle dans la tête dans sa chambre d’hôtel en 1967, lors du festival de San Remo. Avec Laura Antonelli n’existe plus, Philippe Brunel explore à nouveau un mythe de l’Italie, sa seconde patrie, et rend un hommage poétique à celle qui fut un sex-symbol des seventies, et dont la destinée fut aussi cruelle que tragique.

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Passion d’amour (Passione D’Amore) d’Ettore Scola (1981)

« On n’est jamais à l’abri de rater sa vie. L’abîme est toujours proche. Un jour, tout se désagrège, s’anéantit dans le vide sans qu’on n’y puisse rien. »

 

 

LAURA ANTONELLI N’EXISTE PLUS

Roman de Philippe Brunel
Publié chez Grasset le 3 février 2021

 

À la suite du coup de fil énigmatique d’un producteur, le narrateur embarque pour Rome investi d’une obscure mission : retrouver Laura Antonelli, l’actrice solaire, oubliée, dont Visconti disait qu’elle était « la plus belle femme du monde »…

Il Maestro, qui lui avait offert en 1976 sont plus beau rôle, dans L’Innocent, disait aussi qu’elle avait « un visage d’ange sur un corps de pécheresse ». Et cela pour son malheur. L’un des films dans lesquels elle a tourné, signé Luigi Comencini, s’intitule Mon Dieu, comment suis-je tombée si bas ? Un titre prémonitoire… Laura Antonelli était née Laura Antonaz en 1941 à Pola, en Istrie alors italienne, (aujourd’hui croate). Sa famille, comme bon nombre de familles italiennes d’Istrie après la Seconde Guerre mondiale, est condamnée à l’exil. En 1962, après des études supérieures à Naples et avec un diplôme de professeur d’éducation physique en poche, Laura s’installe à Rome. Elle passe moins de temps à enseigner qu’à tourner des spots publicitaires qui vont bientôt attirer l’attention des producteurs de cinéma. Son nom d’actrice apparaît pour la première fois, en 1964, au générique de L’espion qui venait du surgelé, de Mario Bava. Ce sera la première d’une longue série de ce que Philippe Brunel décrit comme « des comédies osées, frivoles, des pochades sans prétention ». Car la puissance érotique qui émane de ses courbes et postures va faire de Laura Antonelli un sex-symbol, un fantasme, et lui valoir le surnom de « la Bardot italienne. »

Divine créature, de Giuseppe Patroni Griffi (1975)

« Laura n’a pas la splendeur sculpturale d’Anita Ekberg, la déesse païenne, phosphorescente de la Dolce Vita, ni les pâleurs diaphanes d’une Monica Vitti insatisfaite, existentialisée par Antonioni, mais elle incarnait quelque chose de plus rare, la femme du peuple « pasta e fagioli » accessible et désirable, à la beauté embarrassante, qui vous remuait les sangs. »

 

Malicia (Malizia)

 

En 1973, Malicia, de Salvatore Samperi, va même l’ériger en icône du cinéma érotique. Elle y campe une domestique fraîchement engagée par un veuf, et dont la sensualité ne tarde pas à mettre en émoi toute la maisonnée, dont un adolescent de quatorze ans. Le succès, phénoménal, va aussi cantonner la comédienne, excellente au demeurant, à ce genre de rôle. Rares sont les films qui en réchappent. On retient surtout Les mariés de l’an II de Jean-Paul Rappeneau qu’elle tourne en 1971 aux côtés de Marlène Jobert et Jean-Paul Belmondo (qui sera son compagnon durant huit ans), Sans Mobile apparent de Philippe Labro, L’innocent, et Passion d’amour d’Ettore Scola. Après avoir connu l’ivresse de la gloire durant la décennie 70, Laura Antonelli va peu à peu basculer du côté obscur au cours de la suivante. La chute sera inexorable.

Les mariés de l’an II de Jean-Paul Rappeneau (1971)

Avec Jean-Paul Belmondo au Festival de Cannes en 1974

L’innocent (L’innocente) de Luchino Visconti (1976)

Péché véniel (Peccato Veniale) de Salvatore Samperi (1974)

 « La mélancolie, c’est comme une maladie, on ne s’en débarrasse jamais… »

En 1991, elle est arrêtée pour possession de cocaïne et fait la une de la presse à scandale. Cette exposition malsaine lui vaut d’être sollicitée pour reprendre son rôle de soubrette dans le piètre remake de Malicia, Malicia 2000, paresseusement réalisé par le même Salvatore Samperi. Sur le tournage, des injections de collagène destinées à atténuer ses rides vont lui provoquer une allergie si sévère qu’elle sera quasiment défigurée. Laura Antonelli, fragile, mal entourée, va dès lors entamer une lente descente aux enfers. Elle s’isole, se débarrasse de tous ses biens matériels et se tourne vers la religion. Jusqu’à sa mort, survenue en 2015 (à soixante-treize ans), elle vivra en ermite, méconnaissable, dans un modeste deux-pièces de Ladispoli, ville côtière à quarante kilomètres de Rome.

Voyage en Italie

Au moment où Philippe Brunel écrit le livre, Laura Antonelli est encore de ce monde. Au dernier journaliste qui avait souhaité la rencontrer elle avait répondu : « Laissez-moi. Laura Antonelli n’existe plus. » Le récit de cette quête fiévreuse transporte dans une Italie écrasée de soleil, des plages de Maccarese à Ladispoli en passant par la villa de Cerveteri, autrefois demeure de l’actrice et de tous les scandales. Les quartiers de Rome n’ont pas de secrets pour l’auteur. On y croise les fantômes de Luchino Visconti, Danilo Donati, Pier Paolo Pasolini, Alida Valli, Anna Magnani, mais aussi des amis de Laura Antonelli, tel Marco Risi, fils de Dino, ou l’acteur Lino Banfi. Toutes ces rencontres, ces rendez-vous dans des lieux insolites parfois, finissent par lever le voile sur le mystère Laura Antonelli. À l’expérience de journaliste viennent se mêler les souvenirs de jeunesse. La plume à la fois alerte et poétique de Philippe Brunel bouleverse et tient le lecteur en haleine. Jusqu’à la fin, le suspense est total.

 

« Je n’ai toujours pas résolu ce qui m’attirait dans cette histoire, au-delà de cette fascination qu’on éprouve devant l’absurdité de notre présence au monde… »

Laura Antonelli

IT’S A SIN, la mini-série

La nouvelle mini-série choc du créateur de Years And Years et Queer As Folk se penche sur l’arrivée de l’épidémie du Sida en Angleterre. Cinq épisodes intenses, lumineux et bouleversants pour rendre hommage à toute une génération fauchée en pleine jeunesse et mise au ban de la société avec une cruauté inouïe.

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« When I look back upon my life
It’s always with a sense of shame
I’ve always been the one to blame… »
(Pet Shop Boys « It’s A Sin »)

 

IT’S A SIN

Mini-série britannique créée par Russell T. Davies
Diffusée pour la première fois sur Channel 4 en janvier 2021, disponible en France depuis mars 2021 sur Canal+

En 1981, Ritchie Tozer (Olly Alexander) quitte la maison familiale sur l’île de Wight pour aller étudier le droit à Londres, mais aspire, en secret, à devenir acteur. Roscoe Babatunde (Omari Douglas) s’échappe de justesse de chez lui, avant que son père, pasteur Nigérian rigoriste, effaré par les mœurs de son rejeton, ne le mette dans un avion pour aller se purifier au pays. Pendant ce temps, le doux Colin (Callum Scott Howells) débarque de son Pays de Galles dans la capitale britannique où il a été embauché comme apprenti chez un tailleur de Saville Row. Tous les trois vont se retrouver à cohabiter dans le même appartement, qui abrite également le bel étudiant Ash Mukherjee (Nathaniel Curtis) et Jill Baxter (Lydia West), aspirante comédienne. Déterminés à croquer la vie à pleines dents, après des années passées à refouler leur inclination, les garçons vont découvrir ensemble les joies de la liberté. Mais la rumeur, venue des États-Unis, de l’existence d’une maladie inconnue et mortelle qui ciblerait les gays, va bientôt jeter une ombre sur leur belle insouciance…

Longtemps, le scénariste Russell T. Davies, créateur du premier gay drama anglais (Queer As Folk) s’est défendu d’évoquer l’homosexualité à travers le prisme du sida. Il aura fallu trente ans pour qu’il parvienne à aborder de front la décennie tragique qu’il a traversé avec plus de chance que d’autres de ses amis, partis trop jeunes. Dans une récente interview au Guardian, il a même révélé s’être senti coupable d’avoir parfois détourné le regard et fui des proches, homosexuels comme lui, mais touchés par la maladie. It’s A Sin, qui emprunte son titre au splendide tube de Pet Shop Boys paru en 1987, est un hommage à ceux qui ont été emportés dans la tourmente, mais aussi à ceux qui leur ont tendu la main, comme le personnage de Jill Baxter, totalement autobiographique (l’auteur a offert à son amie, la vraie Jill, le rôle de la mère de cette dernière dans le show). Pilier du Pink Paradise, surnom de l’appartement de la bande, Jill — sa formidable interprète, Lydia West, figurait déjà au générique de Years And Years — est une figure solaire et humaniste, autant la bonne copine que l’infirmière, celle qui console et comprend tout des drames de ces garçons, pour la plupart rejetés par leur famille. Avec délicatesse et habileté, le scénariste a brossé des portraits intimes et attachants de ces jeunes aux aspirations différentes, formant une famille de cœur aux liens indestructibles. Ils sont campés par une brochette de jeunes comédiens fougueux, emmenés par Olly Alexander, chanteur du groupe pop Years & Years. La flamboyance des moments de bonheur contraste avec la noirceur du désastre qui s’annonce. Ni la sensiblerie, ni le pathos ne sont l’apanage de Russell T. Davies qui nuance toujours ses propos. Ainsi, les réactions des protagonistes face à l’épidémie qui se profile ne sont pas toutes héroïques. Les personnages pèchent parfois par ignorance, mais parfois par orgueil et égoïsme. De manière tout aussi implacable, It’s A Sin met en exergue la stigmatisation dont la population homosexuelle a été victime et la cruauté des traitements dont les institutions et la société thatchérienne de l’époque, très largement homophobe, ont fait preuve envers les malades (parfois enfermés de force dans leur chambre d’hôpital par peur de la contagion). La violence de certains propos (dans le cercle familial notamment) amenait certains gays à penser que le Sida était véritablement une punition divine de leur mode de vie hédoniste. Mais la série ne saurait être réduite à la tragédie. Remarquablement mise en scène, boostée par les tubes d’époque, de « Enola Gay » à « Call Me » en passant par « Sweet Dreams (Are Made Of This) » ou « Smalltown Boy » (la chanson de Pet Shop Boys est subtilement effleurée), cette reconstitution magnifique déborde d’humour et d’ironie. À la manière de ses héros qui refusent de baisser les bras et de n’être que des victimes, It’s A Sin est avant tout une ode à la vie, à l’amour et à l’ouverture d’esprit. Dans la série, tout cela est symbolisé par le talisman magique des locataires du Pink Paradise. Il consiste en un tout petit mot : « La ! »
5 épisodes de 45 minutes Et avec Keeley Hawes, Neil Patrick Harris, Stephen Fry, David Carlyle, Susan Brown, Shaun Dooley…

ARTICLE CONNEXE : YEARS AND YEARS