MARTY SUPREME

Dans la foulée d’Une bataille après l’autre, voici une autre claque assénée par le cinéma américain ! Librement inspirée de l’histoire vraie d’un pongiste hors-norme, cette fable existentielle qui se déroule dans le New York des fifties est transcendée par la performance de Timothée Chalamet. On doit la mise en scène vertigineuse à Josh Safdie, déjà aux manettes du fabuleux Uncut Gems, réalisé avec son frère Benny.

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« Si je crois en moi, l’argent viendra…
– Et tu feras quoi si ton rêve ne se réalise pas ?
– Cela ne me traverse même pas l’esprit. »

  

MARTY SUPREME

Josh Safdie
2025
Dans les salles françaises depuis le 18 février 2026

Dans le Lower East Side du New York des années 50, Marty Mauser (Timothée Chalamet), gringalet boutonneux à la tchatche irrésistible et au culot monstre, vend des chaussures dans la modeste boutique de son oncle en attendant d’avoir amassé un petit pécule. Car Marty a un rêve : devenir une gloire du tennis de table, une discipline méprisée aux États-Unis, pratiquée dans des salles clandestines, et pour laquelle il est très doué. Ce jeune ambitieux compte bien s’imposer à l’Open d’Angleterre, le tournoi international annuel qui se tient à Londres. Mais son entourage ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues…

Si John Cassavetes avait été un as du ping-pong (ce qu’il était peut-être…), ce portrait du jeune Marty Mauser aurait pu être le sien, à quelques nuances près. Car s’il y a du Cassavetes dans la mise en scène de Josh Safdie, il y en a aussi dans ce portrait d’un jeune homme arrogant ; tête à claques, mais attachant ; fidèle à ses amis, mais les fourrant souvent dans des situations épineuses ; prêt à toutes les combines pour parvenir à ses fins. Tout le film, on est partagé entre l’envie de tordre le cou à Marty et de le prendre dans les bras, un équilibre qu’on doit essentiellement à Timothée Chalamet, acteur décidément prodigieux. Le héros de Dune (voir ma critique) et du biopic sur Bob Dylan (Un parfait inconnu (voir ma critique) apparaît ici sous un jour « déglamourisé », et beaucoup moins aimable. C’est tout à son honneur. Si Marty Mauser, en dépit de ses terribles orgueil et égoïsme, touche autant, c’est parce que sa pauvreté et ses origines (il est juif et fils d’une immigrée russe) ne limitent en aucun cas ses ambitions. La manière dont il défie sans complexe les hommes de pouvoir qui lui font obstacle est assez ahurissante. « Chez moi, c’est chacun pour soi. J’ai grandi comme ça. » se défend-il. La fin justifie les moyens. Marty se bat contre le monde entier sans comprendre qu’il est son pire ennemi. Mais, et c’est tout l’intérêt du film, il apprendra de ses erreurs. 

Aussi incroyable que ça puisse paraître, ce fou furieux est inspiré d’un véritable personnage, le New-Yorkais Marty Reisman, virtuose du tennis de table des fifties et arnaqueur à ses heures. Il a raconté son histoire dans ses mémoires, The Money Player : The Confessions Of America’s Greatest Table Champion and Hustler, parues en 1974. Le livre a emballé Josh Safdie lorsqu’il l’a découvert. Réalisateur quadragénaire venu du cinéma indépendant new-yorkais – travaillant d’ordinaire en binôme avec son frère Benny (on leur doit, entre autres, Mad Love In New York, Good Times et l’impressionnant Uncut Gems (voir ma critique) – Safdie en a fait la trame de son deuxième long-métrage en solo (le premier, The Pleasure Of Being Robbed, réalisé en 2008, n’a pas été distribué en France).

Ici, comme dans Uncut Gems, le spectateur est propulsé dans une course échevelée, celle de son héros qui ne cesse de rebondir d’une galère à une autre. La mise en scène épique de ce joyeux chaos ne laisse aucun répit (on ne voit pas passer les deux heures trente). Darius Khondji, le chef opérateur fétiche de Steven Spielberg, est responsable de la photo. Gwyneth Paltrow campe avec classe une star hollywoodienne sur le retour (ce qu’elle est, au demeurant), et Abel Ferrara joue les gangsters déglingués avec maestria. La bande-son, quelque peu anachronique, réserve des surprises, parmi lesquelles les pertinentes « Forever Young » d’Alphaville, « Everybody’s Got To Learn Sometime » de Korgis ou « Everybody Wants To Rule The World » de Tears For Fears. Quant au tennis de table, clandestin ou officiel, il brille à l’écran le temps de séquences de bravoure mettant en exergue une autre facette du talent de Timothée Chalamet, pongiste occasionnel, mais danseur émérite. S’il ne décroche pas l’Oscar cette année, ce sera à n’y rien comprendre.
2 h 29 Et avec Odessa A’Zion, Tyler The Creator, Fran Drescher, Sandra Bernhard, Koto Kawaguchi (champion sourd de tennis de table, médaillé au Deaflympics), Kevin O’Leary, Penn Jillette, Gézà Röhrig…

 

À PIED D’ŒUVRE

La réalisatrice de La Guerre est déclarée et de L’Amour et les forêts se penche sur les difficultés de la vie d’artiste dans un film original, qui combine habilement cruauté et absurde. Dans le rôle d’un écrivain qui bascule dans la précarité, Bastien Bouillon est formidable.

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« Ce n’est pas la misère, mais on commence à en avoir une vue bien dégagée. »

  

À PIED D’ŒUVRE

Valérie Donzelli
2026
Dans les salles françaises depuis le 4 février 2026

Paul Marquet (Bastien Bouillon) était photographe et gagnait bien sa vie avant de renoncer à son confort de petit-bourgeois pour devenir écrivain. Ses premiers romans ont obtenu un succès d’estime sans lui assurer pour autant un revenu décent. Malgré la désapprobation de sa famille, il persiste. Alors qu’il entame un nouveau livre, son épouse (Valérie Donzelli) le quitte pour s’établir à Montréal avec leurs deux enfants, grands adolescents. Du coup, Paul, qui ne peut plus se permettre de garder son appartement parisien trop grand et trop cher, emménage dans un studio modeste, en sous-sol, prêté par la famille. Ne subsistant qu’au gré de petits boulots mal payés dénichés sur une plateforme « d’hommes à tout faire », il va peu à peu glisser dans la précarité…

« L’écrivain est inaccessible au découragement » dit Paul au détour d’une scène. Ce sont à l’origine les mots de Franck Courtès, auteur du récit au titre homonyme dont ce film de Valérie Donzelli est l’adaptation. Le chemin de croix du personnage campé par Bastien Bouillon, Courtès l’a connu et raconté dans un livre paru en 2023 chez Gallimard. Mais la cinéaste s’est également inspirée de sa propre histoire familiale (son grand-père paternel était peintre et sculpteur précaire). À pied d’œuvre parle de la difficulté de vivre de son art, et d’allier intégrité artistique et confort financier. Mais via ce portrait d’écrivain à la vocation tardive, dont le désir de création tourne à l’obsession voire à l’entêtement, Valérie Donzelli parle aussi des absurdités du monde moderne, de sa cruauté, et de l’ubérisation, principal vecteur de déshumanisation et d’exploitation des travailleurs pauvres.

Vue à travers le regard d’un ex-bobo un peu lunaire, cette dégringolade sociale serre parfois le cœur, mais elle réserve aussi des moments comiques. Car jamais Paul ne se plaint de sa situation, prix, selon lui, de sa liberté. Le besoin, impérieux, d’écrire justifie toutes les galères. Le charisme de Bastien Bouillon, peu disert et pourtant éloquent, fait mouche, et la mise en scène, sobre et humble, épouse parfaitement ses émotions. Au fil des séquences, on profite des présences solides de Virginie Ledoyen, André Marcon, Claude Perron ou Philippe Katerine… Ce « petit film » personnel, qui parle plutôt bien du monde d’aujourd’hui, a été récompensé en 2025 au festival de Venise pour son scénario, coécrit par Valérie Donzelli et Gilles Marchand.
1 h 32 Et avec Mamadou Diallo, Béatrice de Staël, Oscar Tillette, Eve Oron, Marion Lecrivain, Marie Rivière, Michel Gondry, Éric Reinhardt, Christopher Thompson…

 

BEST OF 2025 (films/séries/performances)


Le retour de mes « pétroleuses » préférées, Michelle Randolph et Ali Larter, dans la saison 2 de Landman

 

En attendant de découvrir les trésors de 2026, voici ce que j’ai particulièrement aimé en 2025, au cinéma et sur le petit écran.

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TOP 10 FILMS

 

1 – UNE BATAILLE APRÈS L’AUTRE de Paul Thomas Anderson
24 septembre 2025


Une claque ! Ma critique ici.

 

2 – UN PARFAIT INCONNU de James Mangold
29 janvier 2025


Une immersion bluffante dans le Greenwich Village fantasmatique, avec un Timothée Chalamet impeccable en jeune Bob Dylan. Ma critique ici.

 

3 – VALEUR SENTIMENTALE de Joachim Trier
29 août 2025


Merveille de film. Ma critique ici.

 

4 – EDDINGTON de Ari Aster
16 juillet 2025


Gonflé et terriblement pertinent. Ma critique ici.

 

5 – A HOUSE OF DYNAMITE de Kathryn Bigelow
2 novembre 2025


Idem. Ma critique ici.

 

6 – LIFE OF CHUCK de Mike Flanagan
11 juin 2025


Merveille de film 2. Ma critique ici.

 

7 – CLOUD de Kiyoshi Kurosawa
4 juin 2025


Un employé d’usine lassé de son job abrutissant entreprend de se lancer dans la revente d’objets en ligne. De petites combines en vraies malversations, il finit par se retrouver traqué par des gens animés de très mauvaises intentions. Un jeu de massacre passionnant signé par le cinéaste de Cure et Kaïro.

 

8 – JE SUIS TOUJOURS LÀ de Walter Salles
15 janvier 2025


En 1971, à Rio de Janeiro sous le joug de la dictature militaire, la maison des Paiva, non loin de la plage, est pleine d’enfants, d’amis, de rires. Mais un jour, les hommes du régime viennent arrêter le père, ingénieur, qui disparaît sans laisser de traces. Son épouse et ses enfants vont remuer ciel et terre pour le retrouver. Inspiré d’une histoire vraie, ce film est aussi magnifique que bouleversant.

 

9 – THE BRUTALIST de Brady Corbet
12 février 2025


Une fresque hallucinée et monumentale, à la mise en scène époustouflante. Le travail sur l’image et le son est sidérant. Son réalisateur, Brady Corbet, n’a que trente-sept ans. Adrien Brody et Guy Pearce sont fabuleux.

 

10 – TRAIN DREAMS de Clint Bentley
21 novembre 2025


Cette adaptation d’un livre de Denis Johnson mise en scène par le scénariste du récent Sing Sing et distribuée par Netflix, est d’une beauté renversante. Le toujours impeccable Joel Edgerton campe cet humble bûcheron des grandes forêts du nord de l’état de Washington qui assiste aux grands changements du début du XXe siècle. De la poésie pure sur l’écran. La chanson-titre est une collaboration Nick Cave-Bryce Dessner, par ailleurs compositeur de la musique du film.

 

 

TOP 10 SÉRIES

 

1 – FAMILIES LIKE OURS (Canal+)


Visionnaire. Ma critique ici.

 

2 -TASK (HBO)


Après Mare Of Easttown, on fond à nouveau devant la nouvelle mini-série de Brad Ingelsby. Un sans faute. Ma critique ici.

 

3 – THE STUDIO (Apple TV)


Les affres du quotidien du fraîchement promu directeur de Continental Studios (Seth Rogen), société de production en difficulté, partagé entre l’envie de monter de « grands films », et celle de survivre dans un milieu hypocrite, narcissique et lâche. Très librement inspirée de la française Dix pour cent, la série est particulièrement appréciée des cinéphiles. Martin Scorsese et Ron Howard, dans leur propre rôle, font des apparitions hilarantes.

 

4 – CIMETIÈRE INDIEN (Canal+)


Avec Plaine orientale, cette série policière fait partie des bonnes surprises françaises de l’année. L’ensemble de la distribution assure, à l’image de Mouna Soualem, parfaite. Thomas Bidegain, le scénariste fétiche de Jacques Audiard, est aux manettes. Ma critique ici.

  

5 – ADOLESCENCE  (Netflix)


Le phénomène de 2025. Ma critique ici.

 

6 – LA VOIE DU DROIT (Beyond The Bar) (Netflix)


Un K-drama très réussi, porté par une brochette de comédiens formidablement attachants, qui explore les rouages du système judiciaire coréen. 

 

7 – THE BEAST IN ME (Netflix)


Ce jeu du chat et de la souris entre Claire Danes (experte en l’art de jouer les femmes au bout du rouleau) et Matthew Rhys, ambigu et démoniaque à souhait, est truculent.

 

8 – LE GUÉPARD (Netflix)


Cette somptueuse adaptation en six épisodes du best-seller de Giuseppe Tomasi di Lampedusa n’a pas à rougir de la comparaison avec le chef-d’œuvre de Luchino Visconti. En faisant de la vertueuse et discrète Concetta la véritable héroïne, la série pose un regard neuf sur l’histoire, et gagne également en efficacité. Qu’on se rassure, si le beau Kim Rossi Stuart assure en Prince de Salina, Claudia Cardinale et Alain Delon restent Angelica et Tancrède pour l’éternité.

 

9 – À L’AUBE DE L’AMÉRIQUE (Netflix)


Violente, sauvage, cruelle, cette immersion dans la conquête de l’Ouest, avec un Taylor Kitsch taiseux et héroïque, déménage. Les Mormons, et notamment leur leader Brigham Young, en prennent pour leur grade. Pas pour les âmes sensibles.

  

10 – PLURIBUS (Apple TV)


Forte d’une intrigue plutôt astucieuse, cette série de SF créée par Vince Gilligan, scénariste de Breaking Bad, est la surprise de la fin d’année 2025. Rhea Seehorn fait un vrai numéro. On attend la saison 2 avec impatience.

 

En bonus :  SLOW HORSES Saison 5 (Apple TV) 


Brillantissime, la série se bonifie saison après saison, et Gary Oldman et son équipe sont plus que jamais aux petits oignons. Ma critique ici.

Et SEVERANCE Saison 2 (Apple TV)


L’épatante série lynchienne créée par Dan Erickson et réalisée par Ben Stiller semblait avoir tiré sa révérence en 2025, mais il se pourrait qu’une saison 3 voie le jour. Affaire à suivre. Tant qu’Adam Scott et Britt Lower sont de la partie…

 

TOP 10 PERFORMANCES

Ils et elles ont brillé en 2025.

 

1 – Benedetta Porcaroli (Le Guépard)


La jeune actrice italienne fait une Concetta intelligente, touchante, sublime. Elle a tout pour elle.

 

2 – Rebecca ferguson (A House Of Dynamite, Silo)


En officier supérieur de la Situation Room ou en détective de choc dans un monde post-apocalyptique, l’actrice suédoise force invariablement l’admiration.

 

3 – Inga Ibsdotter Lilleaas (Valeur sentimentale)


Dans le film de Joachim Trier, elle est la douce Agnes, petite soeur de Nora campée par la déménageuse Renate Reinsve. On ne peut que l’aimer.

 

4 – Elle Fanning (Valeur sentimentaleUn parfait inconnu)


On ne la présente plus, mais quoi qu’elle fasse, elle fait des étincelles. Sa justesse est stupéfiante.

 

5 – Mouna Soualem (Cimetière indien)


Une belle et sacrée présence.

 

6 – Verlee Baetens (Plaine orientale, The Deal)


L’actrice belge, très douée, est décidément à l’aise dans tous les registres.

 

7 – Taron Egerton (Smoke)


Comme dans Black Bird, la précédente mini-série de Dennis Lehane, il montre ici toute l’étendue de son talent. Taron Egerton est un acteur génial.

 

8 – Emilia Jones (Task)


Elle est la perle de cette série emmenée par les solides Mark Ruffalo et Tom Pelphrey. Une révélation.

 

9 – Jun Ho-Lee (Typhoon Family)


Passé de beau gosse oisif à sauveur de la petite entreprise léguée par son père, l’acteur coréen déploie une palette d’émotions inouïe. Et en plus, il chante. Une leçon.

 

10 – Pierce Brosnan et Helen Mirren (MobLand)


La série criminelle coproduite par Guy Ritchie n’est peut être pas d’une folle originalité, mais elle est désopilante. Et notamment grâce aux performances d’Helen Mirren et Pierce Brosnan, le couple infernal à la tête d’une famille mafieuse de Londres. En reine des garces, l’actrice de la Royal Shakespeare Company s’en donne à coeur joie. Quant à
celui qui fut l’un des plus séduisants James Bond, son accent irlandais à couper au couteau ainsi que son langage fleuri sont un régal. 

 

BONNE ANNÉE 2026 À TOUS MES LECTEURS ! ♥