JUSTE LA FIN DU MONDE

Choisir de voir un Dolan au cinéma, c’est prendre le risque d’être chahuté, agacé parfois et bouleversé souvent. Rares, aujourd’hui, sont les réalisateurs qui suscitent autant de curiosité et d’excitation. Pour autant, passer pour un prodige n’a rien de confortable, et Xavier Dolan, cinéaste aussi écorché et vif que ses films, semble ne mettre aucune distance entre son art et les autres. Il s’expose ainsi, inconsidérément, à la cruauté des journalistes et des réseaux sociaux. Comme ses personnages, ce jeune homme de vingt-sept ans éprouve le besoin désespéré d’être aimé de tous. A Cannes cette année, on l’a vu déçu comme un gosse, vexé d’avoir raté la Palme d’Or, considérant son Grand Prix comme un lot de consolation, prêt à remettre son œuvre en question pour quelques mauvaises critiques. Tout ce « cinéma », qui n’en est pas un, le rend insupportable pour les uns, attachant pour les autres. Une chose est certaine, il émane une fraîcheur et une force extraordinaire de cette ambition doublée d’une hypersensibilité assumée, dans un monde aseptisé où le cynisme est roi.

 

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« Et pourtant, ce n’est qu’un déjeuner en famille. C’est pas la fin du monde. »

 

Juste la fin du monde

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Xavier Dolan
2016 (Dans les salles françaises depuis le 21 septembre)
Grand Prix et Prix du Jury œcuménique à Cannes 2016

Après une absence de douze ans, Louis (Gaspard Ulliel), rend visite à sa famille pour annoncer sa mort prochaine…

Il n’avait pas envisagé les choses ainsi. Louis pensait pouvoir se réconcilier avec le passé, avec les siens, trouver du réconfort. Mais, à peine arrivé, il doit se rendre à l’évidence : personne ne lui a pardonné son absence de douze ans, ponctuée de simples cartes postales. Xavier Dolan propulse son héros, en même temps que le spectateur, dans le chaos. Tout le monde parle fort, en même temps, et la caméra virevolte de l’un à l’autre en plans serrés (on pense au Faces de Cassavetes). La mère de Louis (Nathalie Baye), outrageusement fardée, est hystérique. Suzanne, sa jeune sœur (Léa Seydoux), joue les branleuses, et le grand frère, Antoine (Vincent Cassel), rugit plus qu’il ne parle, a la raillerie facile, et se chamaille avec tout le monde. En permanence. Seule Catherine (Marion Cotillard), la femme d’Antoine que Louis ne connaît pas encore, est effacée, timide, mais mal à l’aise. Le contraste entre ce jeune homme, doux, posé et bienveillant, et cette meute donne le vertige. Louis est étranger à sa propre famille, comme il devait l’être enfant. Le mélange de rancœurs, de jalousie et d’admiration (Louis est l’intellectuel de la famille, un auteur qui a réussi) est un poison violent. Comment pourraient-ils lui pardonner de leur avoir tourné le dos, et ne pas prendre son silence pour du mépris ? Le vide ne se comble pas aisément, chacun en fait trop et n’en dit pas assez. Louis ne peut jamais en placer une, interrompu aussitôt par une pique de son frère ou le babillage de sa mère. Le parti pris de la mise en scène (jamais de plans larges) crée une sensation d’asphyxie. La maison est sombre, la chaleur suffocante. Les blessures sont des plaies ouvertes et la souffrance est palpable. On pardonne au réalisateur de Mommy ses petites facilités, car de ce chaos jaillit une vérité saisissante. Rarement, hormis chez Cassavetes (encore), l’incommunicabilité entre les êtres n’aura été si poignante, l’amour-haine dans la cellule familiale si bien illustrée. L’univers de Xavier Dolan et celui de Jean-Luc Lagarce, auteur de la pièce dont le film est adapté, se sont magnifiquement télescopés. On en sort secoué, ébranlé, en état de choc.
1h 37

BANDE-ANNONCE (concoctée par Xavier Dolan, elle est un petit bijou à elle seule…)

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SIX DVD/BLU-RAY pour prolonger l’été

De Everybody Wants Some!! à Café Society, en passant par Ce sentiment de l’étéI Origins, The Finest Hours et Ave César, six DVD/Blu-ray pour rêver, rire, s’émouvoir et en prendre plein les yeux. 


« Frontiers are where you find them. »

 

Everybody Wants Some!!


Richard Linklater
2016 (En Blu-ray et DVD chez Metropolitan depuis le 20 août)

Fin août 1980, Jake (Blake Jenner) s’apprête à débuter sa première année d’étudiant dans l’équipe de base-ball de l’université. Il rencontre ses coéquipiers et colocataires. Trois jours avant la rentrée, tous se préparent à passer un week-end de folie, entre soirées arrosées sur le campus, bizutages, disco et drague…

Impossible de ne pas tomber sous le charme du dernier film en date du réalisateur de l’encensé Boyhood, qui pourrait constituer la suite de son Génération Rebelle (Dazed And Confused) de 1993. Everybody Wants Some!!, chronique de la jeunesse volontairement dénuée d’enjeux dramatiques, suspend le temps et immerge dans ce début des années 80. Il y a du fétichisme dans la manière dont Richard Linklater reconstitue ces scènes de vie, ne laissant aucun détail au hasard (voitures, musique, vêtements, coupes de cheveux, langage, attitudes… ), comme s’il avait capté pour l’éternité l’air de cette période d’insouciance, avant les années Reagan et le sida. Succession de blagues potaches, de bizutages, de compétitions viriles, de discussions existentielles autour du bong, de virées en boîtes et de fêtes arrosées, les tribulations de ces garçons qui aiment jouer les grandes gueules n’ont pourtant rien en commun avec celles des personnages d’American Pie. Les protagonistes, tous attachants, ont du bagout et une énergie communicative. Ils sont interprétés par une brochette de jeunes d’acteurs quasi-inconnus et excellents — caution ultime, Zoey Deutch est la fille d’Howard Deutch et Lea Thompson, réalisateur et actrice de la comédie romantique culte des eigthies Some Kind Of Wonderful, écrite par John Hugues). Linklater célèbre l’instant présent, la fugacité du bonheur, et il émane de son film une nostalgie et une pureté singulières. Quant à la bande-son, de « My Sharona » à « Good Times Roll », en passant par « Rapper’s Delight », elle décoiffe, tout simplement.
1 h 57 Et avec Tyler Hoechlin, Ryan Guzman, Juston Street, Glen Powell, J. Quinton Johnson, Will Britain…

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Les amoureux du film se réjouiront de la présence d’un enchaînement de 25 minutes de scènes coupées ou alternatives. Quatre courts reportages sur les coulisses du tournage figurent également au menu. On peut y découvrir les vidéos des auditions des acteurs, les répétitions des scènes dansées, le travail sur le style des années 80, et l’érudition en la matière de Richard Linklater appelé « Rickipedia » par ses comédiens. Le réalisateur a choisi de tourner en numérique, mais l’image proposée par le Blu-ray n’est pas lisse pour autant. Elle a même un aspect désaturé de toute beauté, et les couleurs sont éclatantes. Côté son, la piste DTS-HD Master Audio 5 .1 de la version originale fait parfaitement le job. Bonne idée, l’option Liner Notes (dans les sous-titres) permet de visionner le film avec le titre des chansons inscrit à l’écran.
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“Mon Dieu, regarde tous ces gens ! Tu réalises qu’ils ont tous des vies compliquées. Avec leur lot de peurs, d’amour, de haine. Ils ont des crises existentielles. T’imagines, ils ont des crises existentielles. On n’est pas les seuls.”

 

Ce sentiment de l’été

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Mikhaël Hers
2016 (En Blu-ray et DVD depuis le 21 juin chez Pyramide Distribution)

A Berlin, au beau milieu de l’été, en revenant de l’atelier où elle travaille, Sasha (Stéphanie Daub-Laurent), trente ans, s’écroule dans un parc, et décède peu après. Son compagnon, Lawrence (Anders Danielsen Lie), est dévasté. La famille française de Sasha arrive aussitôt, et Lawrence fait la connaissance de Zoé (Judith Chemla), la sœur de Sasha. Entre Berlin, Paris et New York, tous deux vont tenter de survivre à leur chagrin…

Le deuxième long-métrage du Français Mikhaël Hers, remarqué par ses courts et moyens métrages, puis son premier long, Memory Lane, a beaucoup de points communs avec Oslo, 31 août, de Joachim Trier, et pas seulement son acteur principal, le formidable comédien Norvégien Anders Danielsen Lie. Ici aussi, on suit les errances d’un homme qui tente de se reprendre contact avec le monde. Lawrence s’appuie sur la sœur de sa compagne, perdue également après ce deuil improbable (touchante Judith Chemla). Elle lui fait découvrir Paris, il lui montrera New York. Il croise des gens, retrouve des amis, tombe amoureux, se balade beaucoup. On pourrait s’ennuyer. Au contraire. On se laisse porter par ce film mélancolique et lumineux, par ses images d’été qui s’enfuit, son soleil qui décline, ses éclats de rires, ses instants de grâce, les vues insolites et magiques de Berlin, Paris, New York. Mikhaël Hers capture merveilleusement la vie, le temps en suspens, et aussi les incertitudes, les hésitations et l’émerveillement de ses protagonistes. On en ressort, apaisé, ébloui et heureux.
1 h 46. Et avec Marie Rivière, Feodor Atkine, Dounia Sichov, Lana Cooper, Joshua Safdie, Marin Ireland, Jean-Pierre Kalfon…

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En prolongement de ce film tourné en 16 mm, on peut découvrir deux très jolis clips du groupe Amor de Días réalisés par Mikhaël Hers, qui a travaillé une image très vintage. Au programme des bonus également : les scènes intégrales de deux chansons du concert de Mac DeMarco, dont on voit des extraits durant le film. Très fidèle à l’esprit de la photographie de Sébastien Buchmann, l’image proposée par le DVD est naturelle, lumineuse, dotée d’un grain parfois un peu trop prononcé. La piste DD 5.1, harmonieuse et ample, sert idéalement la bande originale mélancolique composée par le Français Tahiti Boy.
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« Pourquoi cherches-tu autant à réfuter l’existence de Dieu ?
– Réfuter ? Quelqu’un a-t-il déjà prouvé son existence ? »

 

I Origins


Mike Cahill
2014 (En Blu-ray et DVD chez Koba Films depuis le 7 septembre)

Ian Gray (Michael Pitt), jeune docteur en biologie moléculaire qui mène depuis plusieurs années des recherches sur l’œil, tombe fou amoureux de Sofi (Astrid Berges-Frisbey), mannequin dont l’iris des yeux le fascine. Ils filent le parfait amour même si la jeune femme, qui croit à la spiritualité de l’âme, tente sans succès d’ébranler les convictions scientifiques bien arrêtées de Ian. Un mauvais tour du destin va permettre au jeune homme de faire une découverte qui pourrait non seulement gommer ses certitudes, mais également changer la face de l’humanité…

Repéré à Sundance puis au festival de Deauville 2014 où il était en compétition, le deuxième long-métrage du réalisateur de l’épatant Another Earth n’a eu droit qu’à une sortie confidentielle dans les salles françaises. Il est heureux que Koba Films, deux ans après, permette de découvrir ce long métrage audacieux, controversé et moins abouti peut-être que son prédécesseur, qui mérite néanmoins le détour. Fasciné par la fameuse photo prise par Steve McCurry de la jeune Afghane aux yeux verts parue en couverture de National Geographic en 1985, Mike Cahill, qui a deux frères scientifiques, s’est intéressé aux yeux et au programme d’identification basé sur la biométrie de l’iris (d’où le titre I Origins – Eye Origins). Ses recherches lui ont inspiré cette fable romantique new-age qui oppose spiritualité et science. Elles sont symbolisées par deux femmes, Sofi et Karen, la jeune laborantine assistante de Ian, campée par la toujours juste Brit Marling, l’inoubliable héroïne d’Another Earth. On ne dévoilera pas davantage de l’intrigue, véritable jeu de piste, au propre comme au figuré, et qui réserve des surprises parfois cruelles. Le film, très proche de l’univers de M. Night Shyamalan, paraîtra pour certains un peu trop éthéré. Mais pour peu qu’on se laisse embarquer par ce cocktail de mystère, de poésie et d’émotion, on tombera immanquablement sous le charme. Ne manquez pas la séquence post-générique de fin.
1 h 46 Et avec Steven Yeun, Archie Panjabi, Kashish, William Mapother…

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Comme le DVD, le Blu-ray n’est doté d’aucun supplément. Il bénéficie en revanche d’une belle image, naturelle, qui rend hommage à la photo de Markus Förderer. Généreuse, la piste DTS-HD Master Audio 5.1 favorise une immersion totale, et permet d’apprécier l’excellente bande originale (la musique est signée Will Bates et Phil Mossman, mais on y trouve aussi The Dø ou Radiohead)
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« Chez les garde-côtes, on vous oblige à y aller. On ne vous oblige pas à revenir. C’est la règle. »

 

The Finest Hours

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Craig Gillespie
2016 (En DVD depuis le 6 juillet chez Disney)

En février 1952, une tempête effroyable s’abat sur la côte Est des Etats-Unis. Au large de Chatham, près de Cape Cod, un navire, brisé en deux par une lame, réclame le soutien des garde-côtes les plus chevronnés. Mais quelques heures après, dans un secteur tout proche, un second pétrolier, le S. S. Pendleton, subit la même avarie. Le premier-maître (Eric Bana) ordonne alors au timonier timide et controversé Bernie Webber (Chris Pine), de monter une mission de secours. Trois matelots, dont deux bleus, se portent volontaires. Malgré les supplications de la fiancée de Bernie (Holliday Grainger), l’équipage se prépare pour une véritable mission suicide, tandis que sur le S. S. Pendleton, l’ingénieur Ray Sybert (Casey Affleck) tente de maintenir la moitié du navire à flot pour sauver les trente hommes à bord…

Adapté du roman de Casey Sherman et Michael J. Tougias inspiré de l’histoire vraie du sauvetage du S. S. Pendelton, le film de Craig Gillespie (Fright Night) renoue avec brio avec un certain cinéma à l’ancienne, romanesque et héroïque. Le classicisme hollywoodien est de rigueur, et les scènes de bravoure en haute mer sont spectaculaires. On est tenu en haleine durant toute la durée de ce survival qui se révèle très fidèle à la véritable histoire. Si le charismatique Chris Pine ne semble pas toujours à sa place dans ce contre-emploi, le reste de la distribution fait un sans-faute. On saluera particulièrement la prestation de Casey Affleck, excellent en McGyver courageux, et celle de Ben Foster, taciturne et pince-sans-rire. Les images du générique de fin, dévoilant les véritables portraits des personnages, donnent le frisson.
1 h 57 Et avec John Ortiz, Kyle Gallner, Graham McTavish, Josh Stewart, Rachel Brosnahan…

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The Finest Hours
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THE FINEST HOURS

 

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Le film était passé inaperçu en salles, il ne fait pas non plus de vagues en vidéo puisqu’il ne bénéficie même pas d’une sortie Blu-ray. Il faudra se contenter d’un DVD sans supplément, heureusement doté d’une image de très bonne tenue, et d’une piste DD 5.1 décoiffante dans les scènes d’action.
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« Would that it were so simple. »

 

Ave César (Hail, Cesar!)
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Ethan et Joel Coen
2016 (En Blu-ray et DVD depuis le 28 juin chez Universal)

Dans les années 50. Eddy Mannix (Josh Brolin) est « fixer » pour l’un des studios les plus prolifiques d’Hollywood. Son job consiste à résoudre tous les problèmes. Jour et nuit, au grand dam de son épouse, il n’a de cesse de gérer les embrouilles de la vie privée des acteurs, leurs caprices, les griefs des metteurs en scène, les problèmes avec la censure, les indiscrétions des journalistes… Et lorsque la star Baird Witlock (George Clooney) est kidnappée, en plein tournage de péplum, c’est encore à Eddy Mannix de répondre à la demande de rançon…

La bande-annonce avait fait du personnage incarné par George Clooney le héros du film. Or, le kidnapping de Baird Witlock n’est qu’une des multiples intrigues qui nourrissent ce pastiche éblouissant de l’âge d’or d’Hollywood, vu côté coulisses, sur lequel plane le spectre de la Guerre froide et du maccarthysme. Entre des reconstitutions sublimes de péplum, de ballet aquatique (Scarlett Johansson est une jolie émanation d’Esther Williams), de western, de comédie musicale (Channing Tatum se fend d’un épatant numéro de claquettes façon Un jour à New York), et de comédie sophistiquée, on découvre les tracasseries auxquelles Eddy Mannix est confronté, comme lorsqu’une star du western est engagée pour jouer dans un drame de salon dirigée par un croisement de Noël Coward et Laurence Olivier, et que cet as du lasso est incapable d’aligner une réplique. Cette séquence désopilante interprétée à merveille par Alden Ehrenreich (une révélation !) et Ralph Fiennes, est le sommet du film. Pourtant, malgré ses dialogues percutants et ses performances d’acteurs hilarantes, Ave César fait surtout l’effet d’un joyeux méli-mélo, souvent bavard et parfois déroutant. Les frères Coen se sont visiblement davantage amusés à travailler la forme que le fond et le film n’est pas tout à fait abouti. Il n’empêche que pour les amoureux du 7ème art, cette déclaration d’amour au cinéma, truffée de clins d’œil aux cinéphiles, est franchement jubilatoire.
1 h 46 Et avec Tilda Swinton, Frances McDormand, Jonah Hill, David Krumholtz, Alison Pill, Christophe Lambert…

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Ave 18Le film est suivi de quatre featurettes sur les coulisses du tournage, ponctuées d’interventions des comédiens (George Clooney admet n’avoir jamais joué un personnage aussi débile). Techniquement, le Blu-ray frise la perfection. La définition de l’image est renversante et met en valeur la photo de Roger Deakins. Côté son, avantage à la version originale, dotée d’une piste DTS-HD Master Audio 5.1 ample et généreuse (la piste française est en DTS 5.1).
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« La vie est une comédie, écrite par un auteur sadique. »

 

Café Society
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Woody Allen
2016 (En Blu-ray et DVD depuis le 13 septembre chez Studiocanal)

A la fin des années 30 à Hollywood, le jeune Bobby Dorfman (Jesse Eisenberg) débarque de son Bronx natal pour échapper à sa famille juive envahissante, à la bijouterie de son père et à son frère gangster (Corey Stoll). Son oncle (Steve Carell), prestigieux agent de stars, lui offre un job de coursier et demande à sa secrétaire, la jolie Vonnie (Kristen Stewart) de lui faire visiter la ville. Les deux jeunes gens ne tardent pas à tomber amoureux, mais Vonnie n’est pas disponible. Elle entretient une liaison secrète avec un homme plus âgé…

Après le noir et cynique L’homme irrationnel, Woody Allen renoue avec les ambiances un peu foutraques de Broadway Danny Rose ou Radio Days. C’est en effet la famille juive de Bobby qui offre les meilleures réparties de ce Café Society, présenté en ouverture officielle du festival de Cannes 2016. Cette histoire d’amour contrariée permet surtout au cinéaste d’y aller de ses petites phrases et aphorismes sur la vie, dont certains sont déjà des classiques : « Vis chaque jour comme si c’était le dernier. Un jour ça le sera. », « Pas de réponse, c’est aussi une réponse. », « Je n’ai pas peur de mourir — Tu es trop idiot pour comprendre ce que ça implique. » ou encore « C’est bête que le judaïsme ne propose pas de vie après la mort, ils auraient beaucoup plus de clients. ». L’intelligence des dialogues, la beauté de Kristen Stewart, constamment sublimée par la photo de Vittorio Storaro (qui a signé celles de chefs-d’œuvre comme Apocalypse Now ou Le dernier empereur…) et la splendeur des décors ne suffisent cependant pas à faire de Café Society un grand cru allenien. La faute à une histoire d’amour sans véritable enjeu, et à un Jesse Eisenberg pas assez charismatique pour susciter la moindre émotion. La fluidité de la mise en scène, les numéros d’acteurs sont certes délectables, mais le film finit par apparaître un peu superficiel.
1 h 36 Et avec Jeannie Berlin, Ken Stott, Parker Posey, Blake Lively, Paul Schneider, Anna Camp…

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Comme il est d’usage avec Woody Allen, le Blu-ray ne propose pas de suppléments, mais une définition d’image somptueuse et une piste en DTS-HD Master Audio 5.1 toute en finesse, et idéale.
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Les amateurs de classiques noteront que la collection Hollywood Legends Premium, initiée par ESC Conseils, s’enrichit ce mois-ci de titres incontournables en DVD et Blu-ray, tels Carrefour de la mort, d’Henry Hathaway, Back Door To Hell, de Monte Hellman (DVD) et Allez Coucher ailleurs, d’Howard Hawks (DVD). Les films disposent de nouveaux masters HD et d’entretiens ou présentations par des spécialistes tels Olivier Père, Jean-Loup Bourget ou Jacky Goldberg.

 

« THE YEAR OF » RIZ AHMED

 

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« When I was growing up, I felt like I had to qualify it and I say I was a British-Pakistani. But, now, in this day and age, I feel like this is what British looks like me. It looks like me, like Idris Elba. And hopefully through Nasir Khan people will see that’s what American can look like as well. » Riz Ahmed, The Late Show, août 2016.

 

The Night Of

 

Evénement télévisuel de l’été 2016, la mini-série The Night Of, de Steven Zaillian et Richard Price, diffusée sur la chaîne OCS, a enthousiasmé tous ceux qui l’ont vue. Narrant la descente aux enfers de Nasir Khan, dit « Naz », jeune New-yorkais d’origine pakistanaise suspecté d’avoir sauvagement massacré une jeune fille blanche de Manhattan, le show intense et palpitant bénéficie d’une distribution en béton armé, incluant notamment le fantastique John Turturro. Mais la révélation de la série, c’est bien lui, Riz Ahmed, interprète de Naz. Les yeux de biche de ce gentil garçon sont à fendre le cœur, mais son regard peut virer au glacial en une fraction de seconde et le rendre particulièrement inquiétant. 

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Si The Night Of fait un mystère de Naz, son interprète est loin d’être un inconnu. A trente-quatre ans, le Britannique Riz Ahmed est une figure récurrente et souvent tourmentée des thrillers politiques ou engagés (The Road To Guantanamo, We Are Four Lions, The Reluctant Fundamentalist, Close Circuit…), et on a notamment pu le voir dans les récents Night Call, aux côtés de Jake Gyllenhaal, et Jason Bourne.

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The Road To Guantanamo, de Michael Winterbottom et Mat Whitecross (2006)

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The Reluctant Fundamentalist, de Mira Nair (2012)

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Night Call, de Dan Gilroy (2014)

 

Rizwan Ahmed est né en 1982 à Londres, dans le quartier de Wembley, de parents pakistanais musulmans (comme Naz dans la série). Diplômé de Christ Church, de l’Université d’Oxford, en philosophie, politique et économie, il a ensuite rejoint la prestigieuse école d’art dramatique londonienne, Central School of Speech and Drama. Les tensions raciales s’étant exacerbées après le 11 septembre, évoluer entre deux univers — l’Angleterre traditionnelle et la communauté pakistanaise musulmane — a fait s’interroger le jeune homme sur son identité. Parallèlement à ses débuts d’acteur en 2006, il entame une carrière de rapper engagé sous le nom de Riz MC. Influencé par la jungle et le hip-hop, il participe à des battles, et se fait remarquer par le clip politiquement incorrect de sa chanson « Post 9/11 Blues ». Laissant fuser l’humour noir et l’ironie, il y dénonce l’islamophobie, et éveille les consciences sur les abus que subissent les membres de sa communauté. Riz MC publie un premier album en 2011, Microscope, et rejoint Heems de Das Racist pour former le duo Swet Shop Boys (leur nouvel opus, Cashmere, est attendu pour octobre). Le Brexit, Donald Trump et les préjugés racistes sont au cœur des préoccupations de Riz MC, dont le dernier album, Englistan, est paru en avril. Chantre du multiculturalisme, comme il l’a encore affirmé, il y a quelques semaines, sur le plateau du Late Show, il fustige l’hypocrisie et le racisme ambiant dans des titres comme « Ain’t Being Racist But… » ou le catchy « Englistan », à découvrir dare-dare, en attendant de retrouver Riz Ahmed cet hiver dans le spin-off de Star Wars, Rogue One. Et quant à savoir si The Night Of aura une saison 2, les débats sont ouverts.