OSCARS – CÉSAR 2022


Jessica Chastain, Oscar de la Meilleure actrice (Photo Abaca)

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OSCARS 2022

La 94ème édition, qui s’est tenue le 27 mars au Dolby Theater de Los Angeles, marque un tournant dans l’histoire des Oscars et pas seulement pour l’accès de violence de Will Smith : 2022 sonne l’avènement des plateformes de streaming. Trois films en compétition cette année y étaient destinés : Netflix pour Power Of The Dog et Don’t Look Up et Apple TV pour CODA, qui a reçu la récompense suprême. D’autres, comme Spencer, Being The Ricardos et Dans les yeux de Tammy Faye, qui ont valu à Kristen Stewart, Nicole Kidman et Jessica Chastain d’être nommées à l’Oscar de la Meilleur actrice, l’étaient aussi. Après des années d’atermoiements, l’Académie a plié et s’est adaptée à son époque.


Photo People.com

Il n’y a pas qu’envers les plateformes qu’on a pu constater une volonté d’ouverture. En 2022, exit les hashtags #oscarssowhite. Place désormais à la diversité. Le coup d’envoi de la soirée a été donné par les sœurs Williams, en décolletés Elie Saab pour l’une, Gucci pour l’autre, Les championnes de tennis ont introduit Beyoncé, interprète de « Be Alive », chanson en compétition pour le film La méthode Williams (King Richard), qui retrace leurs débuts et brosse le portrait de leur père autoritaire. Cette séquence musicale spectaculaire couleur balle de tennis a été filmée sur un cours de Compton, dans la banlieue de Los Angeles, là où Venus et Serena s’entraînaient dans leur jeunesse. C’est ensuite à l’actrice Regina Hall et les humoristes Wanda Sykes et Amy Schumer qu’est revenu l’honneur d’ouvrir la cérémonie.


Photo Robyn Beck/AFP/Getty Images

Regina Hall : « Je suis ravie d’être maîtresse de cérémonie, représentante des femmes noires qui sont fières de l’être.
Wanda Sykes : Oui, et on le dit haut et fort.
Amy Schumer : Et moi, je représente ces femmes blanches insupportables qui appellent les flics si elles s’expriment un peu trop fort. »

 

L’UKRAINE

Une minute de silence a été observée durant la cérémonie et certains invités, comme Jason Momoa, Jamie Lee Curtis ou Benedict Cumberbatch, arboraient un rappel des couleurs de l’Ukraine sur leurs tenues.

 

LA GIFLE


Photo Robyn Beck/AFP

La soirée se serait déroulée sans accroc si le comédien Chris Rock, dont la subtilité n’est pas légendaire, ne s’était mis en tête de tacler des invités, dont la belle Jada Pinkett Smith, en comparant son crâne rasé à celui de Demi Moore dans À armes égales (G.I. Jane) de Ridley Scott. A priori, pas de quoi fouetter un chat. Sauf que l’épouse de Will Smith souffre d’alopécie, une maladie auto-immune qu’elle a publiquement évoquée sur sa chaîne YouTube au début de l’année. Alors que Will Smith semblait s’amuser de la plaisanterie, son épouse a clairement montré sa désapprobation. Will Smith a alors choisi de défendre l’honneur de celle-ci en fondant sur Chris Rock et en lui administrant une gifle, laissant l’assemblée abasourdie, ne sachant s’il s’agissait d’un sketch ou d’un véritable coup de sang. En se rasseyant, tandis que Chris Rock tentait de reprendre ses esprits, il lui a intimé de plus prononcer le nom de sa femme : « Keep my wife’s name out your fuckin’ mouth ».

Ce n’est pas la première fois que Chris Rock s’en prend à Jada Pinkett Smith. Il ne s’était pas privé de la tourner en ridicule en 2016 alors qu’il était maître de cérémonie :

« Jada Pinkett Smith était folle. Elle a dit qu’elle ne viendrait pas en signe de protestation. Jada qui boycotte les Oscars, c’est comme moi qui boycotterais la culotte de Rihanna… Je n’y étais pas invité ! »

« Jada n’était pas contente. Son homme n’était pas nommé pour Seul contre tous (Concussion). Ce n’est pas juste que Will ait été si bon et qu’il ne soit pas nommé. C’est vrai. Mais c’est également injuste que Will ait été payé vingt millions d’euros pour Wild Wild West. OK ? »

Faut-il voir dans le geste de Will Smith l’expression d’une vieille rancœur ? Cette séquence, qui a jeté un voile glacial sur la soirée, est embarrassante pour l’image des Oscars. Elle continue de faire le bonheur des internautes qui rivalisent d’imagination pour la relayer sur les réseaux sociaux. Depuis, l’Académie des arts et sciences du cinéma a condamné le geste de l’acteur quinquagénaire, mais ce dernier a devancé les éventuelles sanctions en démissionnant de la vénérable institution, dans un communiqué dans lequel il se confond en excuses. De son côté, Chris Rock, dont on peut louer le sang-froid sur le moment, n’a pas souhaité porter plainte, d’autant que, depuis, l’affaire a donné un sacré coup de boost aux ventes de places de son spectacle !


Photo Dan MacMedan/USA Today

 

PALMARÈS

 

Malgré ses douze nominations The Power Of The Dog, de Jane Campion s’est fait coiffer au poteau par un petit film indépendant, CODA (acronyme de Child Of Deaf Adultenfant entendant de parents sourds), de Sian Heder, remake du succès français La famille Bélier, d’Éric Lartigau, et qui avait déjà raflé le Grand Prix du Jury et le Prix du public à Sundance. Cette production Apple est majoritairement interprétée par des acteurs sourds. On y retrouve notamment Marlee Matlin, oscarisée en 1987 pour sa performance dans Les enfants du Silence. L’Oscar du Meilleur film est sorti directement sur la plateforme Apple TV en août 2021. CODA a également remporté les deux autres Oscars pour lesquels il avait été distingué : Meilleur scénario adapté et Meilleur second rôle, pour Troy Kotsur, qui devient le premier acteur malentendant récompensé.

 

Avec ses six Oscars (sur dix nominations), Dune (voir critique) est l’autre gagnant de la soirée. Le film monumental de Denis Villeneuve a été récompensé pour la musique (Hans Zimmer), la photo (Creig Fraser) les décors, le montage, les effets visuels et le mixage son.

 

The Power Of The Dog, western psychologique pataud dont je n’ai été sensible qu’à la beauté des images (due au talent de la jeune chef-opératrice Ari Wegner), n’est pas pour autant revenu bredouille. La néo-zélandaise Jane Campion a remporté l’Oscar de la Meilleure réalisatrice, devenant la troisième femme à recevoir ce trophée après Kathryn Bigelow (Démineurs, 2010) et Chloé Zao l’année dernière pour Nomadland.


Photo Robyn Beck/AFP

 

Will Smith, encore lui, a raflé l’Oscar du Meilleur acteur pour son rôle de Richard Williams dans La méthode Williams (King Richard, surnom de Richard Williams), de Reinaldo Marcus Green. Visiblement retourné après son coup d’éclat, l’acteur s’est excusé auprès de l’Académie, et, en larmes, a tenté de justifier son geste de manière brouillonne en faisant un parallèle avec son personnage de père protecteur dans le film. Quand il a évoqué son envie d’être un ambassadeur de l’amour, certains y ont vu du sublime, d’autres… de l’égarement.

À noter que la veille, à la cérémonie des Razzie Awards, qui récompensent le pire du cinéma américain, Will Smith avait remporté le Prix de la rédemption pour son rôle de Richard Williams, face à Nicolas Cage (Pig) et Jamie Dorman (Belfast). Ironie, je ne sais pas…


Photo Robyn Beck/AFP

« L’amour vous fait faire des choses dingues… »

 

Quelques minutes avant, c’était Jessica Chastain, en robe de princesse (Gucci), qui célébrait l’amour et la tolérance en recevant l’Oscar de la Meilleure actrice pour sa performance dans Dans les yeux de Tammy Faye (The Eyes Of Tammy Fayede Michael Showalter (Disponible sur Disney +). Elle y campe la chanteuse et télé-évangéliste Tammy Faye Bakker, icône très populaire aux États-Unis dans les années 70 et 80. Avec son mari Jim Bakker, elle avait créé la plus grande chaîne de télévision évangélique. Mais les malversations financières de son époux, à l’ambition démesurée (campé par Andrew Garfield), ont entraîné la chute de cet empire médiatique très lucratif. L’actrice de quarante-cinq ans, à l’origine du projet, y apparaît grimée et très maquillée, mais parvient à donner à ce personnage souvent pathétique une humanité extraordinaire. Contrairement aux évangélistes de cette période marquée par l’explosion du Sida, Tammy Faye a combattu l’homophobie, et s’est opposée à toute tentative de manipulation de la droite conservatrice, devenant même une fervente militante des droits LGBT. Jessica Chastain, sacrée pour la première fois après deux nominations infructueuses, a livré un discours particulièrement poignant, et a invité à s’inspirer du message d’amour inconditionnel porté par Tammy Faye.


« Elle a pris dans ses bras ceux qui étaient systématiquement rejetés et s’est investie durant des décennies dans l’amour des personnes LGBT »

 

L’Oscar du Meilleur second rôle féminin est allé à Ariana DeBose pour sa performance dans le remake de West Side Story, réalisé par Steven Spielberg et nommé dans six catégories. La comédienne et chanteuse américaine ouvertement queer y campe Anita, rôle qui avait également valu à Rita Moreno, il y a soixante ans, l’Oscar du Meilleur second rôle féminin. Elle s’imposait alors comme la première actrice latino-américaine à recevoir ce trophée (Rita Moreno figure également au générique du remake).

« Maintenant, vous comprenez pourquoi Anita dit : “Je veux être en Amérique”. Parce que même dans ce monde fatigué dans lequel nous vivons, les rêves deviennent réalité. »

 

Salué par sept nominations dont celle du Meilleur film, Belfast de Kenneth Brannagh, ou la guerre civile en Irlande vue à travers le regard d’un enfant, obtient l’Oscar du Meilleur scénario original. C’est le premier obtenu par le cinéaste, déjà cinq fois nominé par le passé.


Photo Jordan Strauss/Invision/AP
« Cette histoire c’est avant tout la recherche de la voie de l’espoir en dépit de la violence. »

 

Logiquement, c’est l’éblouissant Drive My Car, du Japonais Ryûsuke Hamaguchi, déjà multi-récompensé, qui obtient l’’Oscar du Meilleur film étranger.

 

Encanto, la fantastique famille Madrigal, comédie musicale des studios Disney, autour d’une légende sud-américaine, rafle l’Oscar du Meilleur film d’animation.

 

L’Oscar de la Meilleure chanson revient à No Time To Die du film homonyme (en français Mourir pour attendre), signée Billie Eilish et son frère Finneas O’Connell.

 

C’est Summer Of Soul, de Questlove, évocation du Harlem Cultural Festival de 1969, qui remporte l’Oscar du Meilleur documentaire (il est visionnable sur Disney+)

 

DÉCEPTIONS

Dommage que l’Académie n’ait pas daigné prendre en considération Annette de Leos Carax, l’événement cinématographique de 2021 en termes d’innovation, d’originalité, et de puissance. Que l’audacieux Licorice Pizza, de Paul Thomas Anderson n’ai rien glané est une autre aberration, tout comme le magnifique Spencer. Dommage aussi pour l’irrésistible Don’t Look Up : déni cosmique, nommé dans quatre catégories, et qui a fait chou blanc.

 

AUTRES TEMPS FORTS DE LA SOIRÉE


Photo Robyn Beck/AFP

La salle s’est levée lors de l’arrivée sur scène de Francis Ford Coppola, Al Pacino et Robert De Niro, réunis pour célébrer le cinquantième anniversaire du Parrain, au son de la musique de Nino Rota. Avant de quitter la scène, le réalisateur a lancé un vibrant « Viva Ukraine ! »

 

Uma Thurman, John Travolta et Samuel L. Jackson sont venus remettre à leur manière l’Oscar du Meilleur scénario (Pulp Fiction remportait le même trophée il y a vingt-huit ans). Pour l’occasion, Uma Thurman et John Travolta ont esquissé quelques pas de leur danse devenue mythique.

 


Photo B.Snyder/Reuters

Un trio inattendu, composé de légendes des sports de glisse, a introduit le clip en hommage à la saga James Bond, dont le premier épisode 007 contre Docteur No est sorti en 1962, il y a juste soixante ans. Il s’agit de Tony Hawk (skate), Kelly Slater (surf) et Shaun White (snowboard), excusez du peu…

 

Le très rare Kevin Costner, venu remettre l’Oscar du Meilleur réalisateur, a livré un discours extrêmement émouvant sur la puissance du cinéma.

 

FAUTES DE GOÛT

En 2022, pour faire remonter les audiences de la cérémonie, en chute libre d’année en année, l’Académie a eu l’idée d’instaurer un Prix du public, organisé sur Twitter. Et le gagnant est… Army Of The Dead, de Zack Snyder (autant dire un navet), disponible sur Netflix, et qui dame le pion à l’attendu Spider-Man : No Way Home, gros carton de 2021 auprès de la jeune génération.

Dans le même genre, on a eu droit aux cinq moments les plus intenses du cinéma d’après les votes du public, et c’est une séquence de Justice League, du même Zack Snyder, qui l’emporte. Heu…

 

LOOKS

Timothée Chalamet en Vuitton ( Getty Images) Penelope Cruz en Chanel (Mirador Sthanlee/SPUS/ABACA)

 

Lupita NYong’o en Prada (Gilbert Flores), Saniyya Sidney en Armani Privé (Runway Magazine)

 

 

CÉSAR 2022

 


Canal+

Quasiment un mois avant, le 25 février, se tenait à l’Olympia la 47ème cérémonie des César. Ce lendemain de l’invasion de l’Ukraine, à l’heure du spectre de la Troisième guerre mondiale, l’ambiance n’était pas celle des grands jours. Les paillettes étaient de mise, mais le cœur n’y était pas. Le vétéran Antoine de Caunes, pour la dixième fois maître de cérémonie, pro à défaut d’être brillant, a annoncé dès l’entame de la soirée :

« Comment ne pas évoquer ce qui se passe en ce moment même à trois heures d’ici ? Eh bien déjà en disant que ce que nous célébrons aux César, est précieux : l’art, la parole libre, le travail d’équipe. Alors évidemment, ce soir, on ne va pas changer le monde. On s’est fait beau, on va rire, on va être ému. Parce que l’essence de notre métier est de continuer quoi qu’il arrive, même si le monde semble s’effondrer autour de nous. Ce soir, nous pensons aux Ukrainiens, et soyons à la hauteur de la chance qu’ils n’ont pas. »

 


Photo Best Image/Borde-Jacovides

Présidente pour un jour, Danièle Thompson a salué la bonne cuvée 2021 et le travail effectué par le monde du cinéma, en dépit de la peur du Covid, du casse-tête des masques et du pass vaccinal, et s’est félicité du nombre de spectateurs qui se sont déplacés pour voir les films en salles françaises (quatre-vingt-seize millions) .

Dans l’assemblée d’ailleurs, on distinguait des gens masqués, de noir, d’autres non, d’autres avec le masque flottant sous le nez, à l’image du flou qui caractérise toujours à l’heure actuelle les mesures sanitaires.

Les petits jeux de mots du maître de cérémonie n’ont pas toujours été heureux. Dans une soirée qui manquait sérieusement de rythme, les tentatives des intervenants venus amuser la galerie ont souvent fait flop, notamment le happening de Marie s’infiltre, venue montrer ses fesses. Même le tandem du Palmashow s’y est cassé le nez. Gilles Lellouche a tenté de dérider un Pierre Niney qui n’a pas eu l’air de s’amuser un seul instant.


Canal+

PALMARÈS

L’ absence de Leos Carax et de Xavier Giannoli, les deux cinéastes des films lauréats de la soirée, a également plombé la fête, mais on ne peut que se réjouir que ces œuvres aient eu la préférence des votants.

Grand gagnant, le magnifique Illusions perdues (voir critique) de Xavier Giannoli, rafle sept César sur quinze nominations : Meilleur filmMeilleur espoir masculin (Benjamin Voisin), Meilleur second rôle (Vincent Lacoste), Meilleure adaptation, Meilleure photo (Christophe Beaucarne), Meilleurs costumes et Meilleurs décors.


Benjamin Voisin, ému (Photo Sipa)


Vincent Lacoste, hilare (Photo Laurent VU/Sipa)

 

Annette, de Leos Carax (voir critique), obtient cinq César sur onze nominations : Meilleur réalisateur, Meilleure musique (Sparks), Meilleur montage, Meilleurs effets spéciaux, Meilleur son.

DÉCEPTIONS

Illusions perdues et Annette n’ont laissé que des miettes aux autres films, et beaucoup sont revenus bredouille, tel Bac Nord de Cédric Jimenez, pourtant nommé dans sept catégories. Idem pour Benedetta, de Paul Verhoeven ou Eiffel de Martin Bourboulon. Snobées également, les deux excellents comédies que sont Les deux Alfred, de Bruno Podalydès, et Le discours de Laurent Tirard. Quant à Titane, le phénomène clivant de Cannes, n’a pas transformé une seule de ses cinq nominations.

 

TEMPS FORTS DE LA SOIRÉE


Photo Laurent VU/Sipa

Le discours plein de fougue et d’émotion d’Anamaria Vartolomei, la jeune interprète de L’événement d’Audrey Diwan, sacrée Meilleur espoir féminin,


Photo Bertrand Guay/AFP

Arthur Harari, lauréat du César du Meilleur scénario original pour Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, a fait sensation avec son discours vibrant sur l’essence du cinéma, dénonçant l’invasion des plateformes de streaming.

« On ne va pas au supermarché pour avoir une émotion ! »


Photo Bertrand Guay/AFP

Valérie Lemercier, drôle et touchante en recevant son César de la Meilleure actrice pour Aline.

 

La jolie tirade de Sofiane Zermani dit Fianso, venu remettre le César de la Meilleure musique originale.


Photo Bertrand Guay/AFP

Le groupe Sparks, forcément César de la Meilleure musique pour Annette (il était un peu hors catégorie) a prouvé qu’on pouvait être américain et extrêmement cultivé. La déclaration d’amour de Russell Mael au cinéma français (citant Godard, Truffaut, Jean-Paul Belmondo…) était aussi celui de la star australienne Cate Blanchett, invitée d’honneur de l’édition, qui a livré un discours fougueux et flamboyant.


Photo Bertrand Guay/AFP


Photo AFP

La cérémonie qui s’est ouverte sur le sourire de Gaspard Ulliel, décédé en janvier dernier, lui était dédiée, et c’est son ami Xavier Dolan, le cinéaste qui lui a offert son plus beau rôle, qui lui a rendu hommage. Certains cyniques ont fustigé l’incohérence du discours ponctué de larmes du prodige québécois, ratrappé par l’émotion et incapable de dissimuler son chagrin, mais Dolan sera toujours Dolan. Et en substance, il a dit ce qu’il fallait.


Photo Laurent VU/Sipa
« Son talent, nous le possédons encore. Et ça personne ne pourra nous l’enlever »

 

HOMMAGE À JEAN-PAUL BELMONDO


« Au Conservatoire, on me disait que j’avais une tête qui pourrait me gêner pour prendre des dames dans mes bras… »

 

ET AUSSI


Photo Laurent VU/Sipa

Damant le pion à l’Américain Adam Driver, star de Annette et qui s’était pourtant déplacé, Benoît Magimel remporte le César du Meilleur acteur pour son rôle de directeur de théâtre condamné par un cancer dans De son Vivant d’Emmanuelle Bercot, un rôle que par superstition, il avait hésité à accepter.

Le César du Meilleur second rôle féminin revient à une actrice non-professionnelle, Aïssatou Diallo Sagna, aide-soignante dans la vie et dans La Fracture de Catherine Corsini.


Photo Bertrand Guay/AFP
« Je pensais être là pour de la figuration… »

 

Le César du Meilleur film d’animation est allé au Sommet des Dieux, de Patrick Imbert, adapté du manga de Jirô Taniguchi.

 

Celui du Meilleur documentaire à La panthère des neiges de Marie Amiguet et Vincent Munier.

 

Les Magnétiques, de Vincent Maël Cardona, a remporté le César du Premier film.

 

The Father, de Florian Zeller, celui du Meilleur film étranger, damant le pion à Drive My Car, sérieux concurrent. Le film avait valu à Anthony Hopkins l’Oscar du Meilleur acteur l’année précédente, tandis que Florian Zeller et Christopher Hampton recevaient celui de la meilleure adaptation (de la propre pièce de Florian Zeller).

PLUS BEAUX LOOKS  

Cette année, le noir était quasiment de rigueur mais ça n’a pas empêché Valérie Lemercier en Stéphane Rolland (Dominique Charriau/Getty Images) et Léa Sédoux en Louis Vuitton (Pascal Le Segretain/Getty Images) de briller.


Les lauréats de la 47ème (Laurent VU/Sipa)

OSCARS 2021

Ce dimanche 25 avril 2021, l’actrice et réalisatrice Regina King, en robe bleue brodée de sequins signée Louis Vuitton, a traversé le hall de la gare Union Station de Los Angeles pour rejoindre un plateau glamour aux ambiances de cabaret. Lumières tamisées, distanciation de rigueur entre les alcôves où étaient attablés les invités… Loin des fastes d’antan, pour célébrer un 7ème art certes blessé, mais pas tout à fait mis à terre, le show de la 93ème cérémonie des Oscars, produit par Steven Soderbergh et son équipe, a privilégié l’intime et l’humilité.

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« Nous tombons les masques ce soir. Comment est-ce possible ? Voyez la cérémonie comme un plateau de cinéma, un film qui s’intitulerait Oscars avec une distribution de deux cents nommés. Les participants ont tous été vaccinés, testés, retestés. Les mesures de distanciation physique ont été respectées et nous respectons vigoureusement les mesures du protocole sanitaires qui nous ont permis de reprendre le travail en toute sérénité. »

Sans dire qu’elle était moins guindée qu’auparavant (Questlove, aux platines, a eu du mal à chauffer la salle, et ce n’était pas faute d’essayer…), la cérémonie a eu le mérite d’être plus humaine, en laissant notamment les lauréats libres de leur temps de discours, pour une fois pas chronométrés. Petite innovation cette année, la révélation au cours des remises de prix d’anecdotes sur la vie des nommés. On a ainsi pu découvrir qu’Aaron Sorkin, le créateur de A la maison blanche, réalisateur des Sept de Chicago, avait commencé sa carrière au cinéma de son quartier, en poinçonnant les billets et en préparant du pop-corn.

LE PALMARÈS

Le moins qu’on puisse écrire au vu des nominations, c’est que l’Académie a mis à l’honneur la diversité dans les critères d’attribution des prix. Une première. Hélas, pour cause de pandémie, les films présentés durant la soirée n’ont pratiquement pas été vus en salles. D’autres ont été diffusés sur Netflix, comme Mank de David Fincher. C’est lui qui cumulait le plus grand nombre de nominations (dix au total), suivi par Nomadland de Chloé Zhao, The Father, du Français Florian Zeller, Sound Of Metal de Darius Marder, Les sept de Chicago de Aaron Sorkin et Minari, du Coréen Lee Isaac Chung (six chacun).

Mank, probablement jugé trop pointu et trop cinéphile, n’obtiendra pourtant que deux statuettes, pour la direction artistique et la sublime photographie en noir et blanc de Erik Messerschmidt.

 

Le triomphe Nomadland

On s’y attendait vu les récompenses déjà attribuées il y a quelques mois, le grand vainqueur de la soirée, Oscar du Meilleur film, est Nomadland, de Chloé Zhao, déjà encensée pour son précédent, The Rider en 2017. Hollywood célèbre donc un film indépendant qui narre les tribulations d’une sexagénaire, qui, après avoir tout perdu durant la crise de 2008, se lance dans un voyage à travers l’Ouest américain à bord d’un van. Elle est incarnée par la géniale Frances McDormand qui, après Fargo et 3 Billboards, remporte donc pour la troisième fois l’Oscar de la Meilleure actrice. Seule la grande Katharine Hepburn a fait mieux, avec quatre statuettes glanées au cours de sa carrière. Avant d’imiter le cri du loup, en clin d’œil au film, la comédienne a clamé :

 « S’il vous plaît, regardez notre film sur l’écran le plus grand possible et, dans un futur très proche, emmenez tous vos amis dans les salles, épaule contre épaule dans le noir, pour voir tous les films nommés ce soir. »

Onze ans après Kathryn Bigelow (pour Démineurs), la Chinoise Chloé Zhao, pas encore quadragénaire, décroche l’Oscar de la Meilleure réalisatrice. Passionnée par l’Ouest américain (et du coup désavouée dans son propre pays), elle a révélé un de ses secrets : lorsque ça se passe mal sur un tournage, elle pense à Burden Of Dreams, le documentaire sur Fitzcarraldo, et se demande ce que ferait Werner Herzog.

« Je reviens toujours à une phrase d’un poème ancestral chinois qui a marqué mon enfance : ‘Les personnes sont, à la naissance, profondément bonnes’. Même si parfois, nous traversons des périodes difficiles, j’ai toujours trouvé de la bonté dans les individus que j’ai rencontrés et ce, partout dans le monde. Je dédie cette statuette à toutes celles et ceux qui ont la foi et le courage de s’accrocher à la beauté en eux et à celle qu’ils trouvent chez les autres. » 

 

Olivia Colman et Anthony Hopkins dans The Father

The Father de Florian Zeller se distingue par deux Oscars. Florian Zeller et Christopher Hampton remportent celui de la Meilleure adaptation. Ce portrait subtil d’un homme qui sombre dans la démence est adapté de la pièce de Zeller, qui s’était inspiré de sa grand-mère.

Florian Zeller et sa compagne Marine Delterme à Paris. Lewis Joly/Pool via REUTERS

« J’ai écrit le scénario pour Anthony Hopkins, pour moi c’est le plus grand acteur vivant. » a déclaré Florian Zeller

Et alors que le sacre de feu Chadwick Boseman était attendu par ses fans, c’est justement Anthony Hopkins qui a raflé l’Oscar du Meilleur acteur. Le comédien n’était pas présent à Los Angeles, et n’avait pas préparé de discours. Son couronnement, survenu en fin de soirée, a fait un peu pschitt. L’acteur de quatre-vingt-trois ans s’est fendu plus tard d’une modeste bafouille sur Instagram en direct de son Pays de galles natal. Pour faire taire la polémique, il a d’entrée de jeu rendu hommage à Chadwick Boseman, « parti trop tôt ».

« Je ne m’attendais pas à ça, je me sens vraiment privilégié, merci. »

 

Et aussi

Sound of Metal de Darius Marder, l’histoire du batteur d’un groupe de metal, campé par Riz Ahmed, qui devient peu à peu sourd, remporte logiquement l’Oscar du Meilleur son (on le doit, entre autres, au Français Nicolas Becker) ainsi que celui du Meilleur montage.

 

Histoire vraie de Fred Hampton, leader des Black Panthers de Chicago et du traître infiltré dans ses rangs, Judas And The Black Messiah, premier long-métrage de Shaka King, est récompensé par l’Oscar du Meilleur second rôle masculin attribué par la révélation de Get Out, Daniel Kaluuya. Sous les yeux de sa mère et sa sœur, il a livré un discours plein de fougue :

« Merci Dieu ! Merci à ma mère ! Je partage cet Oscar avec le don de Dieu qu’est Lakey standfield, la lumière qu’il représente. Le président Fred Hampton, man, quel homme ! Il a été sur notre Terre pendant vingt et un ans. Il a nourri des enfants, éduqué des enfants, offert des soins médicaux contre toute attente… Le parti Black Panther m’a appris comment voir l’amour et le pouvoir de l’union, qui a débordé sur la communauté noire. Amour ! Paix ! C’est comme ça qu’on avance ! »

Le titre du générique final du film, « Fight For You » par H.E.R. a été salué par l’Oscar de la Meilleure chanson originale. La chanteuse a remercié ses parents de lui avoir fait écouter Marvin Gaye et tous les génies qui l’ont inspirée.

« La connaissance c’est le pouvoir, la musique c’est le pouvoir. »

 

(Judas And The Black Messiah est disponible sur Canal+)

 

C’est la délicieuse actrice coréenne de soixante-treize ans, Yuh-Jung Young, qui vaut à Minari, de Lee Isaac Chung, son seul Oscar, celui du Meilleur second rôle féminin. Très célèbre dans son pays, elle a livré le discours le plus drôle de la soirée, attribuant sa récompense à l’hospitalité américaine.

« Monsieur Brad Pitt ! Enfin, je vous rencontre ! Où étiez-vous pendant que nous tournions en Oklahoma ? »

 

L’Oscar du scénario original est revenu à la très sympathique Emerald Fennell (la Camilla Parker Bowles de The Crown), qui était enceinte de sept mois au moment du tournage de son Promising Young Woman, un film de vengeance avec une Carey Mulligan impressionnante.

 « J’essaie de ne pas verser de larmes, ça va être difficile mais je suis britannique et on n’a pas le droit de pleurer en public. »

 

 Comme on pouvait également s’y attendre, l’Oscar du Meilleur film étranger est allé à Drunk, du Danois Thomas Vinterberg, à qui l’on doit le discours le plus bouleversant. Il a dédié la statuette à sa fille Ida, décédée à dix-neuf ans des suites d’un accident de voiture en Belgique, au moment du tournage.

 « Peut-être as-tu tiré les ficelles quelque part et cet Oscar est pour toi. »

 

Le blues de Ma Rainey, de George C. Wolfe adapté d’August Wilson, avec Viola Davis et Chadwick Boseman remporte deux Oscars, Meilleurs maquillage et coiffure, et Meilleurs Costumes.

 

L’oscar du Meilleur film d’animation a été attribué à Soul de Pete Docter et Kemp Powers.

 « On l’a imaginé comme une lettre d’amour au jazz, mais on ne savait pas que le jazz nous en apprendrait sur la vie. On ne maîtrise pas ce qui se passe, mais comme un musicien de jazz, on peut transformer ce qui se passe en quelque chose de précieux et de beau. » a dit Pete Docter.
Le film remporte également l’Oscar de la Meilleure bande originale, signée Trent Treznor, Atticus Ross et Jon Batiste.

 

L’Oscar des effets visuels est revenu à Tenet de Christopher Nolan.


« Christopher Nolan nous donne des occasions incroyables de faire des choses incroyables. » dixit Scott Fisher, seul des quatre lauréats à être présent, et dont le père était déjà un maître du genre. 

 

L’Oscar du Meilleur documentaire est allé au sud-africain La sagesse de la pieuvre de Pippa Ehrlich et James Reed, celui du Meilleur court-métrage documentaire à Colette. Dans ce film américain d’Anthony Giacchino, on suit l’ancienne résistante française Colette Marin-Catherine qui se rend pour la première fois de sa vie en Allemagne, dans le camp de concentration où son jeune frère, à l’âge de dix-sept ans, a perdu la sienne.

 

 

Déceptions

 Les Sept de Chicago, formidable et regorgeant de performances d’acteurs, est reparti bredouille malgré toutes ses qualités et ses nominations. Il est à découvrir absolument sur Netflix.

Même si j’aime beaucoup Juh-Jung Young, c’est Amanda Seyfried qui aurait idéalement dû remporter le trophée de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Mank, où elle brille littéralement.

L’hommage aux disparus, sur une chanson de Stevie Wonder, a défilé à la vitesse de la lumière, bien trop vite. On avait à peine le temps de lire les noms, alors que certaines légendes, comme Olivia de Havilland, auraient mérité qu’on s’attarde sur elles. On a tout de même remarqué que les Frenchies Bertrand Tavernier, Michel Piccoli ou Jean-Claude Carrière n’avaient pas été oubliés.

Miss Congeniality

Le titre revient à Glenn Close, qui a mouché l’humoriste Lil Rel Howery, animateur du blind test des chansons culte des Oscars organisé par Questlove, en répondant brillamment sur « Da Butt » de Experience Unlimited, chanson du film School Daze de Spike Lee. Elle s’est même prêtée à une démonstration de twerk, qui a vite fait le buzz sur la Toile.

 

Paillettes

Carey Mulligan n’a rien gagné pour sa performance dans Promising Young Woman (qu’on a hâte de découvrir en salles), mais elle avait la plus belle robe, signée Valentino. L’Oscar de la Paillette, c’est à elle qu’il revient.

Merci à Getty Images, l’agence Reuters, Canal+, Netflix, ABC… 

 

 

OSCARS 2020

 

 (Rob Latour/Shutterstock)

« D’aucuns disent qu’il ne faut pas rencontrer ses héros. Mais si vous avez de la chance, vos héros, ce sont vos parents. » (Laura Dern, fille de Diane Ladd et Bruce Dern, Oscar du Meilleur second rôle 2020.)

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C’est au Théâtre Dolby de Los Angeles que s’est déroulée, le 9 février, la 92ème cérémonie des Oscars, avancée de quelques semaines pour coller à celle des Golden Globes. Après le tollé provoqué par cette décision, la cérémonie devrait cependant retrouver sa date coutumière de fin février-début mars l’an prochain. Sans présentateur, à l’instar de l’année précédente, la soirée a été rythmée par les interventions des uns et des autres et des prestations musicales diverses. Après l’ouverture façon broadway de Janelle Monae, Chris Rock et Steve Martin y sont allés de leurs blagues, imputant la disparition du maître de cérémonie à Twitter. Ils ont remarqué que la sélection des réalisateurs nominés « manquait de vagins », et ont confié à Martin Scorsese qu’ils avaient adoré la saison 1 de The Irishman

« On va passer une bonne soirée à ne pas être maîtres de cérémonie ce soir ! »

 

Si la cérémonie s’est révélée plutôt consensuelle, l’audace est venue du palmarès, une première dans l’histoire du 7ème art.

 (Reuters/Mario Anzuoni)

En effet, c’est un film en langue non anglaise, Parasite, du génial Sud-Coréen Bong Joon-ho (lire ma critique), qui a raflé les trophées les plus prestigieux. Ce bijou noir déjà mondialement acclamé et multi-récompensé (Palme d’Or à Cannes, Golden Globe du Meilleur film étranger…) a non seulement remporté l’Oscar attendu du Meilleur film international, mais également ceux du Meilleur film, Meilleur réalisateur et Meilleur scénario original. Le raz de marée Bong Joon-ho a englouti les rêves de Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Sam Mendes et Todd Philips. Au regard de la concurrence, pas sûr qu’il était nécessaire de lui octroyer autant de récompenses. Once Upon A Time… In Hollywood ou 1917, pour ne citer qu’eux, sont également des tours de force. On doit cet événement notable à la nouvelle composition de l’Académie dont les membres comptent depuis 2018 davantage de femmes, de minorités ethniques et de jeunes. Bong Joon-ho lui-même n’en est pas revenu, et le sympathique réalisateur n’a pas omis de rendre hommage à Martin Scorsese, un de ses maîtres à filmer, pour lequel il a fait se lever la salle.

(Kevin Winter/Getty Images)
« Merci, je vais boire jusqu’au petit matin. »

 

Le reste du palmarès est peu ou prou le même que celui des Golden Globes et c’est tant mieux.

Sacré Meilleur acteur de l’année pour sa performance ahurissante dans Joker, Joaquin Phoenix remporte son premier Oscar. Très ému, il a rendu hommage à son frère River, a également évoqué le combat contre l’injustice et l’individualisme, la protection des animaux et celle de la planète, et parlé de l’importance du pardon et d’accorder des deuxièmes chances.

(Noel West/The New York Times)
« Je ne sais pas ce que je serais sans le cinéma. »

 

(Al Seib/Los Angeles Time)

Renée Zellweger remporte son deuxième Oscar (après celui du Meilleur Second rôle dans Cold Mountain) pour Judy, de Rupert Goold. Elle a dédié son trophée à Judy Garland qui n’avait reçu en son temps (1940) qu’un Oscar spécial de « Meilleure jeune actrice ».

 

(Kevin Winter/AFP)

A cinquante-six ans, Brad Pitt reçoit enfin son premier Oscar (du Meilleur second rôle) pour sa prestation irrésistible dans Once Upon A Time… In Hollywood (lire ma critique). Sa petite blague sur Donald Trump n’est pas passée inaperçue : « Ils m’ont dit que j’avais quarante-cinq secondes ici, soit quarante-cinq secondes de plus que ce que le Sénat a accordé à John Bolton cette semaine. » (Allusion au fait que la majorité du Sénat a refusé d’entendre de nouveaux témoins anti-Trump, dont son ancien conseiller John Bolton).

 

Taika Waititi entre Natalie Portman et Timothée Chalamet (Steve Granitz/WireImage)

Tandis que Laura Dern, unanimement adorée, est sacrée Meilleur second rôle féminin de l’année pour sa performance dans Marriage Story de Noah Baumbach (elle a offert le discours le plus touchant de la soirée — voir plus haut), dans la catégorie Meilleur scénario adapté, c’est Jojo Rabbit du facétieux Mauri Néo-Zélandais Taika Waititi, d’après un roman de Christine Leunens, qui l’a emporté, au nez et à la barbe de l’attendu Les filles du Docteur March de Greta Gerwig.

 

 

Malgré l’écrasante victoire de Parasite, les autres favoris ont néanmoins grappillé quelques récompenses techniques :

 


1917 (dix nominations), de Sam Mendes, remporte les Oscars de la Meilleure photo (du maître Roger Deakins), du mixage sonore et des effets spéciaux.

 


Après avoir empoché l’Oscar du Meilleur second rôle pour Brad Pitt, Once Upon A Time… In Hollywood (dix nominations), de Quentin Tarantino, remporte celui des Meilleurs décors et direction artistique.

 


Le Mans 66 (Ford v Ferrari), de James Mangold, est salué par les Oscars du Meilleur montage et du montage sonore

 

Joker (lire ma critique), de Todd Phillips (onze nominations) s’empare aussi de l’Oscar de la Meilleure musique, signée de l’Islandaise Hildur Guõnadóttir.

 


En guise de lot de consolation, Les filles du Docteur March (six nominations) repart avec l’Oscar des Meilleurs costumes (lire ma critique).

 


Revenant sur la triste affaire Roger Ailes, de Fox News, Scandale (Bombshell), de Jay Roach, remporte l’Oscar des Meilleurs maquillages et coiffures.

 

Catégorie Film d’animation, l’excellent J’ai perdu mon corps des Français Jérémy Clapin et Marc du Pontavice n’a hélas pas fait le poids face à Toy Story 4, de Josh Cooley, Mark Nielsen et Jonas Rivera.

 

L’Oscar du Meilleur documentaire est revenu à American Factory, de Steven Bognar, Julia et Jeff Reichert. Il évoque le choc des cultures entre ouvriers américains et chinois expatriés, à la suite de l’implantation en Ohio d’une multinationale appartenant à un milliardaire chinois.

 

(Kevin Winter/Getty Images)

Enfin, Elton John et Bernie Taupin ont logiquement remporté l’Oscar de la Meilleure chanson de l’année avec « (I’m Gonna) Love Again » pour Rocketman. Et si la prestation au piano de l’artiste n’est pas passée inaperçue, on a particulièrement apprécié le joli montage d’extraits de films transcendés par des chansons, du Lauréat à Breakfast Club. Il s’est achevé sur 8 Mile, avec Eminem en personne venu interpréter « Lose Yourself », qui avait obtenu en 2003 l’Oscar de la Meilleure chanson. Ce moment plutôt réjouissant n’a pas plu au commentateur de Canal+ Laurent Weil. Aux côtés d’un Didier Allouch embarrassé, le pseudo-journaliste de cinéma ne s’est pas privé de dire à quel point il ne comprenait pas la présence du rappeur aux Oscars, jugeant même sa prestation pourtant acclamée par la salle « chiantissime et sans aucun intérêt ». Chacun appréciera.

(Marshall Mathers aka Eminem)

 

Le meilleur et le pire

On notera les interventions des hilarantes Kristen Wiig, Maya Rudolph et Olivia Colman, particulièrement réussies, contrairement à la reprise de « Yesterday » par la chanteuse Billie Eilish durant l’hommage aux disparus de l’année, où figuraient les Françaises Agnès Varda et Anna Karina. Chouette aussi, le « moment » Keanu Reeves-Diane Keaton venus remettre l’Oscar du Meilleur film international. Après avoir fait une arrivée remarquée sur le tapis rouge au bras de sa mère, l’interprète de John Wick a eu bien du mal à canaliser son ex-partenaire (et ex tout court) de Tout peut arriver de Nancy Meyers, qui semblait totalement à l’ouest.

(Chris pizzello/Shutterstock)

 

Les grands perdants

En dépit de ses dix nominations et de ses innombrables qualités, The Irishman est reparti bredouille. Martin Scorsese a une fois de plus cette année fait les frais de sa collaboration avec Netflix. Aux Oscars comme aux Golden Globes, les films qui ne sont pas projetés en salles ne sont pas reconnus par les votants. Ça se tient. Un seul Oscar (celui du Meilleur second rôle féminin) pour le remarquable Marriage Story, de Noah Baumbach (6 nominations), avec des impressionnants Scarlett Johansson et Adam Driver, c’est peu. Là aussi, c’est l’effet Netflix.

 

Looks

Côté couture, Natalie Portman avait fait fort avec sa cape « Dark Vador » (Dior) brodée du nom des réalisatrices non-nominées, et la robe de Janelle Monae (Ralph Lauren) n’aurait pas non plus détonné dans Star Wars. Tout au long de la soirée, il y eut de la dentelle, du frou-frou, de l’asymétrique et du déstructuré, mais l’audace ne paie pas toujours. Du coup, l’Oscar de la plus belle robe AFAP revient à Renée Zellweger (en Armani), sobre et classe, ex-aequo avec Penélope Cruz (en Chanel), classique, mais sublime.