OSCARS 2021

Ce dimanche 25 avril 2021, l’actrice et réalisatrice Regina King, en robe bleue brodée de sequins signée Louis Vuitton, a traversé le hall de la gare Union Station de Los Angeles pour rejoindre un plateau glamour aux ambiances de cabaret. Lumières tamisées, distanciation de rigueur entre les alcôves où étaient attablés les invités… Loin des fastes d’antan, pour célébrer un 7ème art certes blessé, mais pas tout à fait mis à terre, le show de la 93ème cérémonie des Oscars, produit par Steven Soderbergh et son équipe, a privilégié l’intime et l’humilité.

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« Nous tombons les masques ce soir. Comment est-ce possible ? Voyez la cérémonie comme un plateau de cinéma, un film qui s’intitulerait Oscars avec une distribution de deux cents nommés. Les participants ont tous été vaccinés, testés, retestés. Les mesures de distanciation physique ont été respectées et nous respectons vigoureusement les mesures du protocole sanitaires qui nous ont permis de reprendre le travail en toute sérénité. »

Sans dire qu’elle était moins guindée qu’auparavant (Questlove, aux platines, a eu du mal à chauffer la salle, et ce n’était pas faute d’essayer…), la cérémonie a eu le mérite d’être plus humaine, en laissant notamment les lauréats libres de leur temps de discours, pour une fois pas chronométrés. Petite innovation cette année, la révélation au cours des remises de prix d’anecdotes sur la vie des nommés. On a ainsi pu découvrir qu’Aaron Sorkin, le créateur de A la maison blanche, réalisateur des Sept de Chicago, avait commencé sa carrière au cinéma de son quartier, en poinçonnant les billets et en préparant du pop-corn.

LE PALMARÈS

Le moins qu’on puisse écrire au vu des nominations, c’est que l’Académie a mis à l’honneur la diversité dans les critères d’attribution des prix. Une première. Hélas, pour cause de pandémie, les films présentés durant la soirée n’ont pratiquement pas été vus en salles. D’autres ont été diffusés sur Netflix, comme Mank de David Fincher. C’est lui qui cumulait le plus grand nombre de nominations (dix au total), suivi par Nomadland de Chloé Zhao, The Father, du Français Florian Zeller, Sound Of Metal de Darius Marder, Les sept de Chicago de Aaron Sorkin et Minari, du Coréen Lee Isaac Chung (six chacun).

Mank, probablement jugé trop pointu et trop cinéphile, n’obtiendra pourtant que deux statuettes, pour la direction artistique et la sublime photographie en noir et blanc de Erik Messerschmidt.

 

Le triomphe Nomadland

On s’y attendait vu les récompenses déjà attribuées il y a quelques mois, le grand vainqueur de la soirée, Oscar du Meilleur film, est Nomadland, de Chloé Zhao, déjà encensée pour son précédent, The Rider en 2017. Hollywood célèbre donc un film indépendant qui narre les tribulations d’une sexagénaire, qui, après avoir tout perdu durant la crise de 2008, se lance dans un voyage à travers l’Ouest américain à bord d’un van. Elle est incarnée par la géniale Frances McDormand qui, après Fargo et 3 Billboards, remporte donc pour la troisième fois l’Oscar de la Meilleure actrice. Seule la grande Katharine Hepburn a fait mieux, avec quatre statuettes glanées au cours de sa carrière. Avant d’imiter le cri du loup, en clin d’œil au film, la comédienne a clamé :

 « S’il vous plaît, regardez notre film sur l’écran le plus grand possible et, dans un futur très proche, emmenez tous vos amis dans les salles, épaule contre épaule dans le noir, pour voir tous les films nommés ce soir. »

Onze ans après Kathryn Bigelow (pour Démineurs), la Chinoise Chloé Zhao, pas encore quadragénaire, décroche l’Oscar de la Meilleure réalisatrice. Passionnée par l’Ouest américain (et du coup désavouée dans son propre pays), elle a révélé un de ses secrets : lorsque ça se passe mal sur un tournage, elle pense à Burden Of Dreams, le documentaire sur Fitzcarraldo, et se demande ce que ferait Werner Herzog.

« Je reviens toujours à une phrase d’un poème ancestral chinois qui a marqué mon enfance : ‘Les personnes sont, à la naissance, profondément bonnes’. Même si parfois, nous traversons des périodes difficiles, j’ai toujours trouvé de la bonté dans les individus que j’ai rencontrés et ce, partout dans le monde. Je dédie cette statuette à toutes celles et ceux qui ont la foi et le courage de s’accrocher à la beauté en eux et à celle qu’ils trouvent chez les autres. » 

 

Olivia Colman et Anthony Hopkins dans The Father

The Father de Florian Zeller se distingue par deux Oscars. Florian Zeller et Christopher Hampton remportent celui de la Meilleure adaptation. Ce portrait subtil d’un homme qui sombre dans la démence est adapté de la pièce de Zeller, qui s’était inspiré de sa grand-mère.

Florian Zeller et sa compagne Marine Delterme à Paris. Lewis Joly/Pool via REUTERS

« J’ai écrit le scénario pour Anthony Hopkins, pour moi c’est le plus grand acteur vivant. » a déclaré Florian Zeller

Et alors que le sacre de feu Chadwick Boseman était attendu par ses fans, c’est justement Anthony Hopkins qui a raflé l’Oscar du Meilleur acteur. Le comédien n’était pas présent à Los Angeles, et n’avait pas préparé de discours. Son couronnement, survenu en fin de soirée, a fait un peu pschitt. L’acteur de quatre-vingt-trois ans s’est fendu plus tard d’une modeste bafouille sur Instagram en direct de son Pays de galles natal. Pour faire taire la polémique, il a d’entrée de jeu rendu hommage à Chadwick Boseman, « parti trop tôt ».

« Je ne m’attendais pas à ça, je me sens vraiment privilégié, merci. »

 

Et aussi

Sound of Metal de Darius Marder, l’histoire du batteur d’un groupe de metal, campé par Riz Ahmed, qui devient peu à peu sourd, remporte logiquement l’Oscar du Meilleur son (on le doit, entre autres, au Français Nicolas Becker) ainsi que celui du Meilleur montage.

 

Histoire vraie de Fred Hampton, leader des Black Panthers de Chicago et du traître infiltré dans ses rangs, Judas And The Black Messiah, premier long-métrage de Shaka King, est récompensé par l’Oscar du Meilleur second rôle masculin attribué par la révélation de Get Out, Daniel Kaluuya. Sous les yeux de sa mère et sa sœur, il a livré un discours plein de fougue :

« Merci Dieu ! Merci à ma mère ! Je partage cet Oscar avec le don de Dieu qu’est Lakey standfield, la lumière qu’il représente. Le président Fred Hampton, man, quel homme ! Il a été sur notre Terre pendant vingt et un ans. Il a nourri des enfants, éduqué des enfants, offert des soins médicaux contre toute attente… Le parti Black Panther m’a appris comment voir l’amour et le pouvoir de l’union, qui a débordé sur la communauté noire. Amour ! Paix ! C’est comme ça qu’on avance ! »

Le titre du générique final du film, « Fight For You » par H.E.R. a été salué par l’Oscar de la Meilleure chanson originale. La chanteuse a remercié ses parents de lui avoir fait écouter Marvin Gaye et tous les génies qui l’ont inspirée.

« La connaissance c’est le pouvoir, la musique c’est le pouvoir. »

 

(Judas And The Black Messiah est disponible sur Canal+)

 

C’est la délicieuse actrice coréenne de soixante-treize ans, Yuh-Jung Young, qui vaut à Minari, de Lee Isaac Chung, son seul Oscar, celui du Meilleur second rôle féminin. Très célèbre dans son pays, elle a livré le discours le plus drôle de la soirée, attribuant sa récompense à l’hospitalité américaine.

« Monsieur Brad Pitt ! Enfin, je vous rencontre ! Où étiez-vous pendant que nous tournions en Oklahoma ? »

 

L’Oscar du scénario original est revenu à la très sympathique Emerald Fennell (la Camilla Parker Bowles de The Crown), qui était enceinte de sept mois au moment du tournage de son Promising Young Woman, un film de vengeance avec une Carey Mulligan impressionnante.

 « J’essaie de ne pas verser de larmes, ça va être difficile mais je suis britannique et on n’a pas le droit de pleurer en public. »

 

 Comme on pouvait également s’y attendre, l’Oscar du Meilleur film étranger est allé à Drunk, du Danois Thomas Vinterberg, à qui l’on doit le discours le plus bouleversant. Il a dédié la statuette à sa fille Ida, décédée à dix-neuf ans des suites d’un accident de voiture en Belgique, au moment du tournage.

 « Peut-être as-tu tiré les ficelles quelque part et cet Oscar est pour toi. »

 

Le blues de Ma Rainey, de George C. Wolfe adapté d’August Wilson, avec Viola Davis et Chadwick Boseman remporte deux Oscars, Meilleurs maquillage et coiffure, et Meilleurs Costumes.

 

L’oscar du Meilleur film d’animation a été attribué à Soul de Pete Docter et Kemp Powers.

 « On l’a imaginé comme une lettre d’amour au jazz, mais on ne savait pas que le jazz nous en apprendrait sur la vie. On ne maîtrise pas ce qui se passe, mais comme un musicien de jazz, on peut transformer ce qui se passe en quelque chose de précieux et de beau. » a dit Pete Docter.
Le film remporte également l’Oscar de la Meilleure bande originale, signée Trent Treznor, Atticus Ross et Jon Batiste.

 

L’Oscar des effets visuels est revenu à Tenet de Christopher Nolan.


« Christopher Nolan nous donne des occasions incroyables de faire des choses incroyables. » dixit Scott Fisher, seul des quatre lauréats à être présent, et dont le père était déjà un maître du genre. 

 

L’Oscar du Meilleur documentaire est allé au sud-africain La sagesse de la pieuvre de Pippa Ehrlich et James Reed, celui du Meilleur court-métrage documentaire à Colette. Dans ce film américain d’Anthony Giacchino, on suit l’ancienne résistante française Colette Marin-Catherine qui se rend pour la première fois de sa vie en Allemagne, dans le camp de concentration où son jeune frère, à l’âge de dix-sept ans, a perdu la sienne.

 

 

Déceptions

 Les Sept de Chicago, formidable et regorgeant de performances d’acteurs, est reparti bredouille malgré toutes ses qualités et ses nominations. Il est à découvrir absolument sur Netflix.

Même si j’aime beaucoup Juh-Jung Young, c’est Amanda Seyfried qui aurait idéalement dû remporter le trophée de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Mank, où elle brille littéralement.

L’hommage aux disparus, sur une chanson de Stevie Wonder, a défilé à la vitesse de la lumière, bien trop vite. On avait à peine le temps de lire les noms, alors que certaines légendes, comme Olivia de Havilland, auraient mérité qu’on s’attarde sur elles. On a tout de même remarqué que les Frenchies Bertrand Tavernier, Michel Piccoli ou Jean-Claude Carrière n’avaient pas été oubliés.

Miss Congeniality

Le titre revient à Glenn Close, qui a mouché l’humoriste Lil Rel Howery, animateur du blind test des chansons culte des Oscars organisé par Questlove, en répondant brillamment sur « Da Butt » de Experience Unlimited, chanson du film School Daze de Spike Lee. Elle s’est même prêtée à une démonstration de twerk, qui a vite fait le buzz sur la Toile.

 

Paillettes

Carey Mulligan n’a rien gagné pour sa performance dans Promising Young Woman (qu’on a hâte de découvrir en salles), mais elle avait la plus belle robe, signée Valentino. L’Oscar de la Paillette, c’est à elle qu’il revient.

Merci à Getty Images, l’agence Reuters, Canal+, Netflix, ABC… 

 

 

OSCARS 2020

 

 (Rob Latour/Shutterstock)

« D’aucuns disent qu’il ne faut pas rencontrer ses héros. Mais si vous avez de la chance, vos héros, ce sont vos parents. » (Laura Dern, fille de Diane Ladd et Bruce Dern, Oscar du Meilleur second rôle 2020.)

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C’est au Théâtre Dolby de Los Angeles que s’est déroulée, le 9 février, la 92ème cérémonie des Oscars, avancée de quelques semaines pour coller à celle des Golden Globes. Après le tollé provoqué par cette décision, la cérémonie devrait cependant retrouver sa date coutumière de fin février-début mars l’an prochain. Sans présentateur, à l’instar de l’année précédente, la soirée a été rythmée par les interventions des uns et des autres et des prestations musicales diverses. Après l’ouverture façon broadway de Janelle Monae, Chris Rock et Steve Martin y sont allés de leurs blagues, imputant la disparition du maître de cérémonie à Twitter. Ils ont remarqué que la sélection des réalisateurs nominés « manquait de vagins », et ont confié à Martin Scorsese qu’ils avaient adoré la saison 1 de The Irishman

« On va passer une bonne soirée à ne pas être maîtres de cérémonie ce soir ! »

 

Si la cérémonie s’est révélée plutôt consensuelle, l’audace est venue du palmarès, une première dans l’histoire du 7ème art.

 (Reuters/Mario Anzuoni)

En effet, c’est un film en langue non anglaise, Parasite, du génial Sud-Coréen Bong Joon-ho (lire ma critique), qui a raflé les trophées les plus prestigieux. Ce bijou noir déjà mondialement acclamé et multi-récompensé (Palme d’Or à Cannes, Golden Globe du Meilleur film étranger…) a non seulement remporté l’Oscar attendu du Meilleur film international, mais également ceux du Meilleur film, Meilleur réalisateur et Meilleur scénario original. Le raz de marée Bong Joon-ho a englouti les rêves de Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Sam Mendes et Todd Philips. Au regard de la concurrence, pas sûr qu’il était nécessaire de lui octroyer autant de récompenses. Once Upon A Time… In Hollywood ou 1917, pour ne citer qu’eux, sont également des tours de force. On doit cet événement notable à la nouvelle composition de l’Académie dont les membres comptent depuis 2018 davantage de femmes, de minorités ethniques et de jeunes. Bong Joon-ho lui-même n’en est pas revenu, et le sympathique réalisateur n’a pas omis de rendre hommage à Martin Scorsese, un de ses maîtres à filmer, pour lequel il a fait se lever la salle.

(Kevin Winter/Getty Images)
« Merci, je vais boire jusqu’au petit matin. »

 

Le reste du palmarès est peu ou prou le même que celui des Golden Globes et c’est tant mieux.

Sacré Meilleur acteur de l’année pour sa performance ahurissante dans Joker, Joaquin Phoenix remporte son premier Oscar. Très ému, il a rendu hommage à son frère River, a également évoqué le combat contre l’injustice et l’individualisme, la protection des animaux et celle de la planète, et parlé de l’importance du pardon et d’accorder des deuxièmes chances.

(Noel West/The New York Times)
« Je ne sais pas ce que je serais sans le cinéma. »

 

(Al Seib/Los Angeles Time)

Renée Zellweger remporte son deuxième Oscar (après celui du Meilleur Second rôle dans Cold Mountain) pour Judy, de Rupert Goold. Elle a dédié son trophée à Judy Garland qui n’avait reçu en son temps (1940) qu’un Oscar spécial de « Meilleure jeune actrice ».

 

(Kevin Winter/AFP)

A cinquante-six ans, Brad Pitt reçoit enfin son premier Oscar (du Meilleur second rôle) pour sa prestation irrésistible dans Once Upon A Time… In Hollywood (lire ma critique). Sa petite blague sur Donald Trump n’est pas passée inaperçue : « Ils m’ont dit que j’avais quarante-cinq secondes ici, soit quarante-cinq secondes de plus que ce que le Sénat a accordé à John Bolton cette semaine. » (Allusion au fait que la majorité du Sénat a refusé d’entendre de nouveaux témoins anti-Trump, dont son ancien conseiller John Bolton).

 

Taika Waititi entre Natalie Portman et Timothée Chalamet (Steve Granitz/WireImage)

Tandis que Laura Dern, unanimement adorée, est sacrée Meilleur second rôle féminin de l’année pour sa performance dans Marriage Story de Noah Baumbach (elle a offert le discours le plus touchant de la soirée — voir plus haut), dans la catégorie Meilleur scénario adapté, c’est Jojo Rabbit du facétieux Mauri Néo-Zélandais Taika Waititi, d’après un roman de Christine Leunens, qui l’a emporté, au nez et à la barbe de l’attendu Les filles du Docteur March de Greta Gerwig.

 

 

Malgré l’écrasante victoire de Parasite, les autres favoris ont néanmoins grappillé quelques récompenses techniques :

 


1917 (dix nominations), de Sam Mendes, remporte les Oscars de la Meilleure photo (du maître Roger Deakins), du mixage sonore et des effets spéciaux.

 


Après avoir empoché l’Oscar du Meilleur second rôle pour Brad Pitt, Once Upon A Time… In Hollywood (dix nominations), de Quentin Tarantino, remporte celui des Meilleurs décors et direction artistique.

 


Le Mans 66 (Ford v Ferrari), de James Mangold, est salué par les Oscars du Meilleur montage et du montage sonore

 

Joker (lire ma critique), de Todd Phillips (onze nominations) s’empare aussi de l’Oscar de la Meilleure musique, signée de l’Islandaise Hildur Guõnadóttir.

 


En guise de lot de consolation, Les filles du Docteur March (six nominations) repart avec l’Oscar des Meilleurs costumes (lire ma critique).

 


Revenant sur la triste affaire Roger Ailes, de Fox News, Scandale (Bombshell), de Jay Roach, remporte l’Oscar des Meilleurs maquillages et coiffures.

 

Catégorie Film d’animation, l’excellent J’ai perdu mon corps des Français Jérémy Clapin et Marc du Pontavice n’a hélas pas fait le poids face à Toy Story 4, de Josh Cooley, Mark Nielsen et Jonas Rivera.

 

L’Oscar du Meilleur documentaire est revenu à American Factory, de Steven Bognar, Julia et Jeff Reichert. Il évoque le choc des cultures entre ouvriers américains et chinois expatriés, à la suite de l’implantation en Ohio d’une multinationale appartenant à un milliardaire chinois.

 

(Kevin Winter/Getty Images)

Enfin, Elton John et Bernie Taupin ont logiquement remporté l’Oscar de la Meilleure chanson de l’année avec « (I’m Gonna) Love Again » pour Rocketman. Et si la prestation au piano de l’artiste n’est pas passée inaperçue, on a particulièrement apprécié le joli montage d’extraits de films transcendés par des chansons, du Lauréat à Breakfast Club. Il s’est achevé sur 8 Mile, avec Eminem en personne venu interpréter « Lose Yourself », qui avait obtenu en 2003 l’Oscar de la Meilleure chanson. Ce moment plutôt réjouissant n’a pas plu au commentateur de Canal+ Laurent Weil. Aux côtés d’un Didier Allouch embarrassé, le pseudo-journaliste de cinéma ne s’est pas privé de dire à quel point il ne comprenait pas la présence du rappeur aux Oscars, jugeant même sa prestation pourtant acclamée par la salle « chiantissime et sans aucun intérêt ». Chacun appréciera.

(Marshall Mathers aka Eminem)

 

Le meilleur et le pire

On notera les interventions des hilarantes Kristen Wiig, Maya Rudolph et Olivia Colman, particulièrement réussies, contrairement à la reprise de « Yesterday » par la chanteuse Billie Eilish durant l’hommage aux disparus de l’année, où figuraient les Françaises Agnès Varda et Anna Karina. Chouette aussi, le « moment » Keanu Reeves-Diane Keaton venus remettre l’Oscar du Meilleur film international. Après avoir fait une arrivée remarquée sur le tapis rouge au bras de sa mère, l’interprète de John Wick a eu bien du mal à canaliser son ex-partenaire (et ex tout court) de Tout peut arriver de Nancy Meyers, qui semblait totalement à l’ouest.

(Chris pizzello/Shutterstock)

 

Les grands perdants

En dépit de ses dix nominations et de ses innombrables qualités, The Irishman est reparti bredouille. Martin Scorsese a une fois de plus cette année fait les frais de sa collaboration avec Netflix. Aux Oscars comme aux Golden Globes, les films qui ne sont pas projetés en salles ne sont pas reconnus par les votants. Ça se tient. Un seul Oscar (celui du Meilleur second rôle féminin) pour le remarquable Marriage Story, de Noah Baumbach (6 nominations), avec des impressionnants Scarlett Johansson et Adam Driver, c’est peu. Là aussi, c’est l’effet Netflix.

 

Looks

Côté couture, Natalie Portman avait fait fort avec sa cape « Dark Vador » (Dior) brodée du nom des réalisatrices non-nominées, et la robe de Janelle Monae (Ralph Lauren) n’aurait pas non plus détonné dans Star Wars. Tout au long de la soirée, il y eut de la dentelle, du frou-frou, de l’asymétrique et du déstructuré, mais l’audace ne paie pas toujours. Du coup, l’Oscar de la plus belle robe AFAP revient à Renée Zellweger (en Armani), sobre et classe, ex-aequo avec Penélope Cruz (en Chanel), classique, mais sublime.

 

2019 CÉSAR, OSCARS, ETC

César 2019

 

« Et pour remettre le premier César de la soirée, celui du Meilleur espoir féminin, j’appelle Yann Moix ! Non…  je suis cool… j’déconne… Voici la magnifique Audrey Fleurot ! »

 

 

La 44èmene restera pas dans les mémoires. En dépit de sa prestation grandiloquente, déguisé en Freddie Mercury, lors de l’ouverture (« Tiens, tiens, tiens, tiens, mais y a pas Adjani… » sur l’air de « Another One Bites The Dust » ce qui lui a valu un #tropdrôle de l’actrice sur Twitter), Kad Merad, chutant sur les mots et trouvant rarement le ton juste, s’est révélé plutôt décevant tout au long de la soirée. On retiendra malgré tout de cette cérémonie présidée le 22 février par Kristin Scott Thomas (déguisée en Agnès Varda) en direct de la Salle Pleyel quelques moments vraiment drôles :

Samson/AFP

Jérôme Commandeur, venu remettre le César du Meilleur montage, a suscité l’hilarité générale en rendant hommage à Betty Marmont, star imaginaire du début du siècle qui disait « Un film, c’est comme un homme, c’est quand c’est bien monté que c’est intéressant. »

 

L’arrivée absurde de Niels Arestrup, très renfrogné, venu remettre le César de la Meilleure adaptation sur une chanson de La compagnie Créole.

 

Laurent Lafitte, maquillé comme s’il était botoxé à outrance, a provoqué les rires jaunes dans le parterre des actrices, et une franche hilarité chez ses confrères. Le résultat était si bluffant que beaucoup se sont demandé si l’acteur avait sauté le pas.

 

Gérard Darmon, désopilant dans un sketch absurde, autoportrait en « remettant idéal choisi par le comité des César ».

 

Le César du Meilleur discours revient à Philippe Katerine, plus hurluberlu que jamais, qui a remercié Thierry, qu’il incarne dans Le grand bain, d’une manière irrésistible. Et de poser cette question pertinente : « Que deviennent nos personnages quand on les quitte ? »

 

Plus embarrassant…

La remise du César du Public au film Les Tuche 3, d’Olivier Baroux, laisse songeur. Ok ! Tant mieux pour l’équipe et les fans ! Mais était-il besoin de faire monter les acteurs sur scène et de remettre le prix par le père de Kad Merad, façon fête de famille.

Le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda, réalisateur d’ Une affaire de famille, en lice pour les Oscars, étant à Los Angeles, avait pourtant laissé des consignes (dont un discours) à son équipe française en cas de victoire, mais personne n’est venu chercher son César du Meilleur film étranger. Le lauréat de la Palme d’or de Cannes 2018 s’en est désolé et excusé dans les colonnes du Figaro, qui a publié son discours de remerciement le lendemain de la cérémonie.

La légende vivante Robert Redford, venue recevoir un César d’honneur, a évoqué ses souvenirs de jeunesse en France d’une manière un tantinet soporifique. Le sketch diffusé en amont, dont il était le héros, était bien plus réussi.

@Vu/Benaroch/Sipa

 

PALMARÈS

En fait, on n’était pas là pour rigoler…

Avec dix nominations chacun, Le Grand Bain,de Gilles Lellouche et Jusqu’à la gardede Xavier Legrand faisaient figure de favoris. Illustrant la tonalité d’une soirée placée sous le signe du social (l’époque est aux gilets jaunes… ), c’est Xavier Legrand qui a remporté la mise. Son drame sur les violences conjugales, sec et percutant, a raflé quatre César dont ceuxi du Meilleur film et de la Meilleure actrice, pour la touchante Léa Drucker. La comédie de Gilles Lellouche ne sera honorée qu’à travers la récompense dont on se réjouit, de Philippe Katerine, Meilleur acteur dans un second rôle. Force est de constater que En liberté ! l’exquise comédie de Pierre Salvadori, connaîtra un sort encore moins enviable en repartant bredouille malgré ses neuf nominations !

LP/OlivierCorsan

Autre terme entendu au cours de la soirée : la pédo-criminalité. C’est ce fléau que dénonce avec brio Les Chatouilles, autre film social qui avait obtenu un beau succès en salles en 2018. L’adaptation de la pièce autobiographique d’Andréa Bescond, réalisée par ses soins et son compagnon, Eric Métayer, s’est vue attribuer le César de la Meilleure adaptation et du Meilleur second rôle féminin, pour la toujours excellente Karin Viard, arborant un maquillage smoky du meilleur effet.

On se félicite de la victoire de Guyd’Alex Lutz, film sur un chanteur de variété vieillissant, salué par le César de la Meilleure musique (de Vincent Blanchard et Romain Greffe), tandis qu’Alex Lutz est sacré Meilleur acteur, ce qu’il n’a pas volé. « J’aimerais qu’on n’ait pas peur et qu’on continue d’inventer parce qu’il n’y a que l’imagination et la poésie qui font du bien… »

Getty Images

Les frères Sisters (voir critique), le plus américain des films de Jacques Audiard, a fait main basse sur les César de la Meilleure réalisation, Meilleure photo, Meilleur son et Meilleurs décors, ne laissant que des miettes au très beau Mademoiselle de Joncquières (César des Meilleurs costumes) (voir critique). Dans un monde idéal, Cécile de France aurait été sacrée Meilleure actrice pour sa performance.

 

Contant l’histoire d’amour entre deux gamins des rues de la banlieue de Marseille, Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin, avait été plébiscité par la critique lors du dernier festival de Cannes. Il a logiquement été sacré Meilleur Premier film. Dylan Robert et Kenza Fortas, ses deux acteurs principaux, non-professionnels, ont remporté les César des Meilleurs espoirs.

 

On regrettera quand même l’absence de bons et très beaux films parus en 2018, et encensés par la critique, tels Mes Provinciales, de Jean-Paul Civeyrac ou Mektoub My Love : Canto Uno, d’Abdellatif Kechiche, qui révélaient une brochette de jeunes acteurs talentueux, dont seule Ophélie Bau, formidable dans Mektoub My Love, a été saluée par une nomination au César du Meilleur espoir.

@PathéDistribution

Et aussi

Pour avoir suivi durant trois ans la juge Anne Gruwez, Jean Libon et Yves Hinant remportent le César du Meilleur documentaire pour Ni juge ni soumise, premier long-métrage de l’émission culte belge StripTease.

Réalisé par Michel Ocelot, le papa de Kirikou, Dilili à Paris obtient le César du Meilleur film d’animation.

Et enfin, le César AFAP du plus beau look est attribué à la scintillante Virginie Efira

 

 

Oscars 2019

 

Kevin Winter/Getty

« Un point pour ceux qui sont un peu perdus : Il n’y aura pas de maître ni de maîtresse de cérémonie ce soir. Il n’y aura pas de catégorie ‘films populaires’. Et le Mexique ne paiera pas pour le mur. »

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la 91èmecérémonie des Oscars, qui s’est déroulée le 24 février au Théâtre Dolby de Los Angeles, ne restera pas non plus dans les annales. Le maître de cérémonie aurait dû être Kevin Hart, mais après la polémique suscitée par la remontée d’anciens tweets homophobes que l’humoriste avait posté en 2009 et 2011,  l’Académie a décidé de se passer carrément de chef d’orchestre, laissant les intervenants se succéder avec plus ou moins de bagout. Et après une introduction de Queen avec au micro le chanteur Adam Lambert (pas toujours juste), les trois premières remettantes, les humoristes Tina Fey, Maya Rudolf et Amy Poehler ont bien tenté de mettre un peu de peps, mais l’ambiance est très vite retombée.

Kevin Winter/Getty

 

PALMARÈS

Après les critiques des années précédentes, force est de constater que les nominations et le palmarès de cette année ont célébré la diversité, artistes afro-américains et latino-américains en tête.

Sans surprise, même si Roma, d’Alfonso Cuaron et La favorite, de Yorgos Lanthimos faisaient office de favoris avec dix nominations chacun, l’Oscar du Meilleur Film est allé à Green Book, sur les routes du sud, de Peter Farrelly, sorte de Driving Miss Daisy qui narre l’amitié entre un chauffeur italo-américain chargé de conduire un pianiste de jazz noir, Don Shirley, durant sa tournée dans le sud ségrégationniste. Le film remporte aussi les Oscars du Meilleur scénario original et du Meilleur second rôle masculin. C’est la deuxième fois que le surdoué Marhershala Ali, star de la troisième saison de True Detective, est récompensé dans cette catégorie, après son rôle dans Moonlight en 2017.

Le cas Spike Lee

« Every time somebody is driving somebody, I lose ! »

Ce n’est pas tant le fait de ne pas avoir obtenu la récompense suprême qui a agacé Spike Lee, en compétition lui aussi pour l’Oscar du Meilleur film avec BlacKkKlansman (en 1990, l’année du triomphe de Driving Miss Daisy, son film Do The Right Thing était reparti bredouille). On a en effet vu le réalisateur manquer de s’étrangler de rage à l’annonce du lauréat. Il a alors tenté de quitter la salle, mais refoulé par la sécurité, il est revenu s’assoir pour entamer une discussion intense avec son confrère Jordan Peele, réalisateur de Get Out, lui aussi fervent défenseur de la cause noire. Le film de Peter Farrelly a en effet de nombreux détracteurs dans la communauté noire, et en particulier dans la famille du pianiste Don Shirley, qui a accusé le film, dont le scénario a été écrit par un blanc, d’être « une symphonie de mensonges », ce que Viggo Mortensen a réfuté dans les médias.

« Let’s do the right thing ! »

Un peu plus tôt, Spike Lee avait reçu l’Oscar du Meilleur scénario adapté, pour BlacKkKlansman, une plongée dans l’Amérique raciste des années 70 dans laquelle un officier noir intente d’infiltrer le Ku Klux Klan pour mettre à jour ses exactions. C’est le premier Oscar obtenu par le brillant cinéaste, qui s’est littéralement jeté de bonheur dans les bras de Samuel L. Jackson. Il est quand même évident que le film de Spike Lee aurait pu prétendre à la récompense suprême. Sur un même sujet, il est dommage que les votants aient donné la préférence à la plus consensuelle des deux œuvres. Fidèle à lui-même Spike Lee a livré un discours engagé :

« L’élection présidentielle de 2020 est toute proche. Mobilisons nous, soyons tous du bon côté de l’histoire. Choisissons l’amour au lieu de la haine. Faisons la chose juste ! »

 

« Les enfants, j’espère que vous êtes devant la télé, parce que ça ne se reproduira pas ! »

La Favorite (voir critique), encensée depuis sa parution sur les écrans, n’a pas réussi le même tour de force qu’au BAFTA (les Oscars britanniques) début février, où le film avait raflé sept trophées dont celui du Meilleur film britannique. Un seul Oscar est venu saluer la tragi-comédie de Yorgos Lanthimos. Damant le pion à sa consœur américaine Glenn Close (qui échoue pour la septième fois aux Oscars…), Olivia Colman a légitimement été couronnée Meilleure actrice pour sa performance réellement bluffante. Son discours, entre rires et larmes, a littéralement illuminé la soirée.

 

Lui aussi avait triomphé aux BAFTA (et aux Gloden Globes). Rami Malek reçoit l’Oscar du Meilleur acteur pour son incarnation jubilatoire de Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody (voir critique). Le film de Bryan Singer, controversé sur le plan historique, remporte également les Oscars du Meilleur montage, montage sonore, et mixage sonore.

 

Roma : Mexican power 

Et donc, le Mexicain Alfonso Cuarón n’a pas été pénalisé pour avoir choisi la plate-forme vidéo Netflix comme producteur/diffuseur de son bijou en noir et blanc, quasi-autobiographique. Cette chronique du quotidien d’une jeune employée de maison à Mexico (dont Roma est un quartier) durant les années 70 lui vaut l’Oscar du Meilleur réalisateur, mais aussi de la Meilleure photographie (il est le directeur photo du film) et du Meilleur film étranger. Déjà lauréat de deux Oscars (réalisations et montage) pour Gravity en 2014,  Alfonso Cuarón peut désormais aligner quatre statuettes sur sa cheminée. Et ce n’est sûrement pas fini. Pour rappel, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick ou John Cassavetes n’en ont pas décroché un seul…

Comme Thierry Frémaux, on peut néanmoins s’interroger sur la présence aux Oscars d’un film uniquement diffusé sur une plate-forme vidéo. Steven Spielberg lui-même s’en est affligé il y a quelques jours, suscitant une vaste foire d’empoigne sur Twitter entre les pro-Netflix (arguant du fait que la plate-forme propose de financer des œuvres qui n’existeraient pas sans elle), et les puristes pour qui un film doit se voir au cinéma avant tout.

« Dieu est amour »

Après avoir obtenu un Golden Globe, la pétillante Regina King reçoit l’Oscar du Meilleur second rôle féminin pour sa performance dans If Beale Street Could Talk en remerciant sa mère et… Dieu.

Valerie Macon/AFP/Getty

Discrimination positive

On notera le succès de Black Panther. Sur les sept nominations (très étonnant pour un divertissement très très très léger, qui disons le tout net, n’avait rien à faire ici), le film Marvel de Ryan Coogler a obtenu les Oscars de la Meilleure musique (Ludwig Göransson), Meilleurs décors et Meilleurs costumes. 

Les grand perdants

Malgré ses huit nominations A Star Is Born, de Bradley Cooper, ne repart qu’avec l’Oscar de la Meilleure chanson (« Shallow »co-écrite par Lady Gaga) que Lady Gaga et Bradley Cooper ont interprété avec beaucoup d’émotion au cours de la soirée. Camouflets pour Vice d’Adam McKay qui n’est salué que pour les Meilleurs maquillages, ainsi que pour First Man, la merveille de Damien Chazelle, qui n’obtient qu’un Oscar, pour les Effets spéciaux (voir critique).

Et dans cette soirée où les légendes Barbra Streisand et Bette Midler étaient de sortie, l’Oscar du plus beau look AFAP est attribué à Brie Larson (en Céline par Hedi Slimane).
Frazer Harrison/Getty

Razzies 2019

Le 23 février, la veille des Oscars, avait lieu la cérémonie des Razzie Awards, qui récompense le pire du cinéma.

Le Razzie du Pire Film de 2018 a été attribué à Holmes & Watson, d’Etan Coen, qui remporte également les trophées du Pire Réalisateur, Pire Second rôle masculin (John C. Reilly), et du pire remake.

Melissa McCarthy s’est vue couronnée du Razzie de la Pire actrice de l’année pour son rôle dans Carnage chez les Puppets, de Brian Henson.

Et le Pire Acteur de 2018 n’est autre que Donald Trump pour sa piètre performance dans le documentaire Fahrenheit 9/11 de Michael Moore.

A L’ANNÉE PROCHAINE !