OSCARS – CÉSAR 2022


Jessica Chastain, Oscar de la Meilleure actrice (Photo Abaca)

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OSCARS 2022

La 94ème édition, qui s’est tenue le 27 mars au Dolby Theater de Los Angeles, marque un tournant dans l’histoire des Oscars et pas seulement pour l’accès de violence de Will Smith : 2022 sonne l’avènement des plateformes de streaming. Trois films en compétition cette année y étaient destinés : Netflix pour Power Of The Dog et Don’t Look Up et Apple TV pour CODA, qui a reçu la récompense suprême. D’autres, comme Spencer, Being The Ricardos et Dans les yeux de Tammy Faye, qui ont valu à Kristen Stewart, Nicole Kidman et Jessica Chastain d’être nommées à l’Oscar de la Meilleur actrice, l’étaient aussi. Après des années d’atermoiements, l’Académie a plié et s’est adaptée à son époque.


Photo People.com

Il n’y a pas qu’envers les plateformes qu’on a pu constater une volonté d’ouverture. En 2022, exit les hashtags #oscarssowhite. Place désormais à la diversité. Le coup d’envoi de la soirée a été donné par les sœurs Williams, en décolletés Elie Saab pour l’une, Gucci pour l’autre, Les championnes de tennis ont introduit Beyoncé, interprète de « Be Alive », chanson en compétition pour le film La méthode Williams (King Richard), qui retrace leurs débuts et brosse le portrait de leur père autoritaire. Cette séquence musicale spectaculaire couleur balle de tennis a été filmée sur un cours de Compton, dans la banlieue de Los Angeles, là où Venus et Serena s’entraînaient dans leur jeunesse. C’est ensuite à l’actrice Regina Hall et les humoristes Wanda Sykes et Amy Schumer qu’est revenu l’honneur d’ouvrir la cérémonie.


Photo Robyn Beck/AFP/Getty Images

Regina Hall : « Je suis ravie d’être maîtresse de cérémonie, représentante des femmes noires qui sont fières de l’être.
Wanda Sykes : Oui, et on le dit haut et fort.
Amy Schumer : Et moi, je représente ces femmes blanches insupportables qui appellent les flics si elles s’expriment un peu trop fort. »

 

L’UKRAINE

Une minute de silence a été observée durant la cérémonie et certains invités, comme Jason Momoa, Jamie Lee Curtis ou Benedict Cumberbatch, arboraient un rappel des couleurs de l’Ukraine sur leurs tenues.

 

LA GIFLE


Photo Robyn Beck/AFP

La soirée se serait déroulée sans accroc si le comédien Chris Rock, dont la subtilité n’est pas légendaire, ne s’était mis en tête de tacler des invités, dont la belle Jada Pinkett Smith, en comparant son crâne rasé à celui de Demi Moore dans À armes égales (G.I. Jane) de Ridley Scott. A priori, pas de quoi fouetter un chat. Sauf que l’épouse de Will Smith souffre d’alopécie, une maladie auto-immune qu’elle a publiquement évoquée sur sa chaîne YouTube au début de l’année. Alors que Will Smith semblait s’amuser de la plaisanterie, son épouse a clairement montré sa désapprobation. Will Smith a alors choisi de défendre l’honneur de celle-ci en fondant sur Chris Rock et en lui administrant une gifle, laissant l’assemblée abasourdie, ne sachant s’il s’agissait d’un sketch ou d’un véritable coup de sang. En se rasseyant, tandis que Chris Rock tentait de reprendre ses esprits, il lui a intimé de plus prononcer le nom de sa femme : « Keep my wife’s name out your fuckin’ mouth ».

Ce n’est pas la première fois que Chris Rock s’en prend à Jada Pinkett Smith. Il ne s’était pas privé de la tourner en ridicule en 2016 alors qu’il était maître de cérémonie :

« Jada Pinkett Smith était folle. Elle a dit qu’elle ne viendrait pas en signe de protestation. Jada qui boycotte les Oscars, c’est comme moi qui boycotterais la culotte de Rihanna… Je n’y étais pas invité ! »

« Jada n’était pas contente. Son homme n’était pas nommé pour Seul contre tous (Concussion). Ce n’est pas juste que Will ait été si bon et qu’il ne soit pas nommé. C’est vrai. Mais c’est également injuste que Will ait été payé vingt millions d’euros pour Wild Wild West. OK ? »

Faut-il voir dans le geste de Will Smith l’expression d’une vieille rancœur ? Cette séquence, qui a jeté un voile glacial sur la soirée, est embarrassante pour l’image des Oscars. Elle continue de faire le bonheur des internautes qui rivalisent d’imagination pour la relayer sur les réseaux sociaux. Depuis, l’Académie des arts et sciences du cinéma a condamné le geste de l’acteur quinquagénaire, mais ce dernier a devancé les éventuelles sanctions en démissionnant de la vénérable institution, dans un communiqué dans lequel il se confond en excuses. De son côté, Chris Rock, dont on peut louer le sang-froid sur le moment, n’a pas souhaité porter plainte, d’autant que, depuis, l’affaire a donné un sacré coup de boost aux ventes de places de son spectacle !


Photo Dan MacMedan/USA Today

 

PALMARÈS

 

Malgré ses douze nominations The Power Of The Dog, de Jane Campion s’est fait coiffer au poteau par un petit film indépendant, CODA (acronyme de Child Of Deaf Adultenfant entendant de parents sourds), de Sian Heder, remake du succès français La famille Bélier, d’Éric Lartigau, et qui avait déjà raflé le Grand Prix du Jury et le Prix du public à Sundance. Cette production Apple est majoritairement interprétée par des acteurs sourds. On y retrouve notamment Marlee Matlin, oscarisée en 1987 pour sa performance dans Les enfants du Silence. L’Oscar du Meilleur film est sorti directement sur la plateforme Apple TV en août 2021. CODA a également remporté les deux autres Oscars pour lesquels il avait été distingué : Meilleur scénario adapté et Meilleur second rôle, pour Troy Kotsur, qui devient le premier acteur malentendant récompensé.

 

Avec ses six Oscars (sur dix nominations), Dune (voir critique) est l’autre gagnant de la soirée. Le film monumental de Denis Villeneuve a été récompensé pour la musique (Hans Zimmer), la photo (Creig Fraser) les décors, le montage, les effets visuels et le mixage son.

 

The Power Of The Dog, western psychologique pataud dont je n’ai été sensible qu’à la beauté des images (due au talent de la jeune chef-opératrice Ari Wegner), n’est pas pour autant revenu bredouille. La néo-zélandaise Jane Campion a remporté l’Oscar de la Meilleure réalisatrice, devenant la troisième femme à recevoir ce trophée après Kathryn Bigelow (Démineurs, 2010) et Chloé Zao l’année dernière pour Nomadland.


Photo Robyn Beck/AFP

 

Will Smith, encore lui, a raflé l’Oscar du Meilleur acteur pour son rôle de Richard Williams dans La méthode Williams (King Richard, surnom de Richard Williams), de Reinaldo Marcus Green. Visiblement retourné après son coup d’éclat, l’acteur s’est excusé auprès de l’Académie, et, en larmes, a tenté de justifier son geste de manière brouillonne en faisant un parallèle avec son personnage de père protecteur dans le film. Quand il a évoqué son envie d’être un ambassadeur de l’amour, certains y ont vu du sublime, d’autres… de l’égarement.

À noter que la veille, à la cérémonie des Razzie Awards, qui récompensent le pire du cinéma américain, Will Smith avait remporté le Prix de la rédemption pour son rôle de Richard Williams, face à Nicolas Cage (Pig) et Jamie Dorman (Belfast). Ironie, je ne sais pas…


Photo Robyn Beck/AFP

« L’amour vous fait faire des choses dingues… »

 

Quelques minutes avant, c’était Jessica Chastain, en robe de princesse (Gucci), qui célébrait l’amour et la tolérance en recevant l’Oscar de la Meilleure actrice pour sa performance dans Dans les yeux de Tammy Faye (The Eyes Of Tammy Fayede Michael Showalter (Disponible sur Disney +). Elle y campe la chanteuse et télé-évangéliste Tammy Faye Bakker, icône très populaire aux États-Unis dans les années 70 et 80. Avec son mari Jim Bakker, elle avait créé la plus grande chaîne de télévision évangélique. Mais les malversations financières de son époux, à l’ambition démesurée (campé par Andrew Garfield), ont entraîné la chute de cet empire médiatique très lucratif. L’actrice de quarante-cinq ans, à l’origine du projet, y apparaît grimée et très maquillée, mais parvient à donner à ce personnage souvent pathétique une humanité extraordinaire. Contrairement aux évangélistes de cette période marquée par l’explosion du Sida, Tammy Faye a combattu l’homophobie, et s’est opposée à toute tentative de manipulation de la droite conservatrice, devenant même une fervente militante des droits LGBT. Jessica Chastain, sacrée pour la première fois après deux nominations infructueuses, a livré un discours particulièrement poignant, et a invité à s’inspirer du message d’amour inconditionnel porté par Tammy Faye.


« Elle a pris dans ses bras ceux qui étaient systématiquement rejetés et s’est investie durant des décennies dans l’amour des personnes LGBT »

 

L’Oscar du Meilleur second rôle féminin est allé à Ariana DeBose pour sa performance dans le remake de West Side Story, réalisé par Steven Spielberg et nommé dans six catégories. La comédienne et chanteuse américaine ouvertement queer y campe Anita, rôle qui avait également valu à Rita Moreno, il y a soixante ans, l’Oscar du Meilleur second rôle féminin. Elle s’imposait alors comme la première actrice latino-américaine à recevoir ce trophée (Rita Moreno figure également au générique du remake).

« Maintenant, vous comprenez pourquoi Anita dit : “Je veux être en Amérique”. Parce que même dans ce monde fatigué dans lequel nous vivons, les rêves deviennent réalité. »

 

Salué par sept nominations dont celle du Meilleur film, Belfast de Kenneth Brannagh, ou la guerre civile en Irlande vue à travers le regard d’un enfant, obtient l’Oscar du Meilleur scénario original. C’est le premier obtenu par le cinéaste, déjà cinq fois nominé par le passé.


Photo Jordan Strauss/Invision/AP
« Cette histoire c’est avant tout la recherche de la voie de l’espoir en dépit de la violence. »

 

Logiquement, c’est l’éblouissant Drive My Car, du Japonais Ryûsuke Hamaguchi, déjà multi-récompensé, qui obtient l’’Oscar du Meilleur film étranger.

 

Encanto, la fantastique famille Madrigal, comédie musicale des studios Disney, autour d’une légende sud-américaine, rafle l’Oscar du Meilleur film d’animation.

 

L’Oscar de la Meilleure chanson revient à No Time To Die du film homonyme (en français Mourir pour attendre), signée Billie Eilish et son frère Finneas O’Connell.

 

C’est Summer Of Soul, de Questlove, évocation du Harlem Cultural Festival de 1969, qui remporte l’Oscar du Meilleur documentaire (il est visionnable sur Disney+)

 

DÉCEPTIONS

Dommage que l’Académie n’ait pas daigné prendre en considération Annette de Leos Carax, l’événement cinématographique de 2021 en termes d’innovation, d’originalité, et de puissance. Que l’audacieux Licorice Pizza, de Paul Thomas Anderson n’ai rien glané est une autre aberration, tout comme le magnifique Spencer. Dommage aussi pour l’irrésistible Don’t Look Up : déni cosmique, nommé dans quatre catégories, et qui a fait chou blanc.

 

AUTRES TEMPS FORTS DE LA SOIRÉE


Photo Robyn Beck/AFP

La salle s’est levée lors de l’arrivée sur scène de Francis Ford Coppola, Al Pacino et Robert De Niro, réunis pour célébrer le cinquantième anniversaire du Parrain, au son de la musique de Nino Rota. Avant de quitter la scène, le réalisateur a lancé un vibrant « Viva Ukraine ! »

 

Uma Thurman, John Travolta et Samuel L. Jackson sont venus remettre à leur manière l’Oscar du Meilleur scénario (Pulp Fiction remportait le même trophée il y a vingt-huit ans). Pour l’occasion, Uma Thurman et John Travolta ont esquissé quelques pas de leur danse devenue mythique.

 


Photo B.Snyder/Reuters

Un trio inattendu, composé de légendes des sports de glisse, a introduit le clip en hommage à la saga James Bond, dont le premier épisode 007 contre Docteur No est sorti en 1962, il y a juste soixante ans. Il s’agit de Tony Hawk (skate), Kelly Slater (surf) et Shaun White (snowboard), excusez du peu…

 

Le très rare Kevin Costner, venu remettre l’Oscar du Meilleur réalisateur, a livré un discours extrêmement émouvant sur la puissance du cinéma.

 

FAUTES DE GOÛT

En 2022, pour faire remonter les audiences de la cérémonie, en chute libre d’année en année, l’Académie a eu l’idée d’instaurer un Prix du public, organisé sur Twitter. Et le gagnant est… Army Of The Dead, de Zack Snyder (autant dire un navet), disponible sur Netflix, et qui dame le pion à l’attendu Spider-Man : No Way Home, gros carton de 2021 auprès de la jeune génération.

Dans le même genre, on a eu droit aux cinq moments les plus intenses du cinéma d’après les votes du public, et c’est une séquence de Justice League, du même Zack Snyder, qui l’emporte. Heu…

 

LOOKS

Timothée Chalamet en Vuitton ( Getty Images) Penelope Cruz en Chanel (Mirador Sthanlee/SPUS/ABACA)

 

Lupita NYong’o en Prada (Gilbert Flores), Saniyya Sidney en Armani Privé (Runway Magazine)

 

 

CÉSAR 2022

 


Canal+

Quasiment un mois avant, le 25 février, se tenait à l’Olympia la 47ème cérémonie des César. Ce lendemain de l’invasion de l’Ukraine, à l’heure du spectre de la Troisième guerre mondiale, l’ambiance n’était pas celle des grands jours. Les paillettes étaient de mise, mais le cœur n’y était pas. Le vétéran Antoine de Caunes, pour la dixième fois maître de cérémonie, pro à défaut d’être brillant, a annoncé dès l’entame de la soirée :

« Comment ne pas évoquer ce qui se passe en ce moment même à trois heures d’ici ? Eh bien déjà en disant que ce que nous célébrons aux César, est précieux : l’art, la parole libre, le travail d’équipe. Alors évidemment, ce soir, on ne va pas changer le monde. On s’est fait beau, on va rire, on va être ému. Parce que l’essence de notre métier est de continuer quoi qu’il arrive, même si le monde semble s’effondrer autour de nous. Ce soir, nous pensons aux Ukrainiens, et soyons à la hauteur de la chance qu’ils n’ont pas. »

 


Photo Best Image/Borde-Jacovides

Présidente pour un jour, Danièle Thompson a salué la bonne cuvée 2021 et le travail effectué par le monde du cinéma, en dépit de la peur du Covid, du casse-tête des masques et du pass vaccinal, et s’est félicité du nombre de spectateurs qui se sont déplacés pour voir les films en salles françaises (quatre-vingt-seize millions) .

Dans l’assemblée d’ailleurs, on distinguait des gens masqués, de noir, d’autres non, d’autres avec le masque flottant sous le nez, à l’image du flou qui caractérise toujours à l’heure actuelle les mesures sanitaires.

Les petits jeux de mots du maître de cérémonie n’ont pas toujours été heureux. Dans une soirée qui manquait sérieusement de rythme, les tentatives des intervenants venus amuser la galerie ont souvent fait flop, notamment le happening de Marie s’infiltre, venue montrer ses fesses. Même le tandem du Palmashow s’y est cassé le nez. Gilles Lellouche a tenté de dérider un Pierre Niney qui n’a pas eu l’air de s’amuser un seul instant.


Canal+

PALMARÈS

L’ absence de Leos Carax et de Xavier Giannoli, les deux cinéastes des films lauréats de la soirée, a également plombé la fête, mais on ne peut que se réjouir que ces œuvres aient eu la préférence des votants.

Grand gagnant, le magnifique Illusions perdues (voir critique) de Xavier Giannoli, rafle sept César sur quinze nominations : Meilleur filmMeilleur espoir masculin (Benjamin Voisin), Meilleur second rôle (Vincent Lacoste), Meilleure adaptation, Meilleure photo (Christophe Beaucarne), Meilleurs costumes et Meilleurs décors.


Benjamin Voisin, ému (Photo Sipa)


Vincent Lacoste, hilare (Photo Laurent VU/Sipa)

 

Annette, de Leos Carax (voir critique), obtient cinq César sur onze nominations : Meilleur réalisateur, Meilleure musique (Sparks), Meilleur montage, Meilleurs effets spéciaux, Meilleur son.

DÉCEPTIONS

Illusions perdues et Annette n’ont laissé que des miettes aux autres films, et beaucoup sont revenus bredouille, tel Bac Nord de Cédric Jimenez, pourtant nommé dans sept catégories. Idem pour Benedetta, de Paul Verhoeven ou Eiffel de Martin Bourboulon. Snobées également, les deux excellents comédies que sont Les deux Alfred, de Bruno Podalydès, et Le discours de Laurent Tirard. Quant à Titane, le phénomène clivant de Cannes, n’a pas transformé une seule de ses cinq nominations.

 

TEMPS FORTS DE LA SOIRÉE


Photo Laurent VU/Sipa

Le discours plein de fougue et d’émotion d’Anamaria Vartolomei, la jeune interprète de L’événement d’Audrey Diwan, sacrée Meilleur espoir féminin,


Photo Bertrand Guay/AFP

Arthur Harari, lauréat du César du Meilleur scénario original pour Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, a fait sensation avec son discours vibrant sur l’essence du cinéma, dénonçant l’invasion des plateformes de streaming.

« On ne va pas au supermarché pour avoir une émotion ! »


Photo Bertrand Guay/AFP

Valérie Lemercier, drôle et touchante en recevant son César de la Meilleure actrice pour Aline.

 

La jolie tirade de Sofiane Zermani dit Fianso, venu remettre le César de la Meilleure musique originale.


Photo Bertrand Guay/AFP

Le groupe Sparks, forcément César de la Meilleure musique pour Annette (il était un peu hors catégorie) a prouvé qu’on pouvait être américain et extrêmement cultivé. La déclaration d’amour de Russell Mael au cinéma français (citant Godard, Truffaut, Jean-Paul Belmondo…) était aussi celui de la star australienne Cate Blanchett, invitée d’honneur de l’édition, qui a livré un discours fougueux et flamboyant.


Photo Bertrand Guay/AFP


Photo AFP

La cérémonie qui s’est ouverte sur le sourire de Gaspard Ulliel, décédé en janvier dernier, lui était dédiée, et c’est son ami Xavier Dolan, le cinéaste qui lui a offert son plus beau rôle, qui lui a rendu hommage. Certains cyniques ont fustigé l’incohérence du discours ponctué de larmes du prodige québécois, ratrappé par l’émotion et incapable de dissimuler son chagrin, mais Dolan sera toujours Dolan. Et en substance, il a dit ce qu’il fallait.


Photo Laurent VU/Sipa
« Son talent, nous le possédons encore. Et ça personne ne pourra nous l’enlever »

 

HOMMAGE À JEAN-PAUL BELMONDO


« Au Conservatoire, on me disait que j’avais une tête qui pourrait me gêner pour prendre des dames dans mes bras… »

 

ET AUSSI


Photo Laurent VU/Sipa

Damant le pion à l’Américain Adam Driver, star de Annette et qui s’était pourtant déplacé, Benoît Magimel remporte le César du Meilleur acteur pour son rôle de directeur de théâtre condamné par un cancer dans De son Vivant d’Emmanuelle Bercot, un rôle que par superstition, il avait hésité à accepter.

Le César du Meilleur second rôle féminin revient à une actrice non-professionnelle, Aïssatou Diallo Sagna, aide-soignante dans la vie et dans La Fracture de Catherine Corsini.


Photo Bertrand Guay/AFP
« Je pensais être là pour de la figuration… »

 

Le César du Meilleur film d’animation est allé au Sommet des Dieux, de Patrick Imbert, adapté du manga de Jirô Taniguchi.

 

Celui du Meilleur documentaire à La panthère des neiges de Marie Amiguet et Vincent Munier.

 

Les Magnétiques, de Vincent Maël Cardona, a remporté le César du Premier film.

 

The Father, de Florian Zeller, celui du Meilleur film étranger, damant le pion à Drive My Car, sérieux concurrent. Le film avait valu à Anthony Hopkins l’Oscar du Meilleur acteur l’année précédente, tandis que Florian Zeller et Christopher Hampton recevaient celui de la meilleure adaptation (de la propre pièce de Florian Zeller).

PLUS BEAUX LOOKS  

Cette année, le noir était quasiment de rigueur mais ça n’a pas empêché Valérie Lemercier en Stéphane Rolland (Dominique Charriau/Getty Images) et Léa Sédoux en Louis Vuitton (Pascal Le Segretain/Getty Images) de briller.


Les lauréats de la 47ème (Laurent VU/Sipa)

REGARDER LES CÉSAR QUOI QU’IL EN COÛTE

« Au début on l’a appelé “le Covid”, mais quand on a compris que ce serait très très long et très très chiant, on l’a mis au féminin. »

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CÉSAR 2021

« Pourquoi moi pour présenter les César ? Cinq nominations, zéro César. C’est quand même un peu sadique de me le proposer, et c’est carrément maso d’accepter. Mais bon, je suis actrice, donc en même temps j’ai un respect de moi-même assez limité. Mais c’est maso. C’est comme avoir une pharmacienne à la culture en temps de pandémie. »

Si quelques vannes méritent d’être relevées, tout ça n’était pas classe et avait un goût amer. Marina Foïs, aidée (ou pas) par les textes trash et cash de Laurent Lafitte et Blanche Gardin, a tenté de donner du peps à une cérémonie forcément singulière (cent cinquante nommés répartis dans la salle de l’Olympia, qui en contient deux mille…). Mais, en dépit de sa jolie robe à paillettes signée Nicolas Ghesquière pour Vuitton, on a compris dès son entrée en scène (elle a ramassé une crotte qui aurait été oubliée par le chien de Florence Foresti) que d’élégance, il n’y aurait point.

En fait, on n’était pas là pour parler de cinéma…

« Comme Dieu merci, à Noël, les salles de spectacles étaient fermées, il y avait moins de flux de gens. On a donc pu organiser des gros flux dans les grands magasins et les centres commerciaux… Tout ça pour soutenir le personnel soignant et pour qu’il y ait du monde en réa. Parce que quoi de plus triste qu’un lit vide ? C’est comme une salle vide pour un artiste. »

Sur la scène de l’Olympia, en cette 46e cérémonie des César présidée par Roschdy Zem (meilleur acteur qu’orateur) et organisée par une nouvelle Académie a priori plus démocratique, l’heure n’était plus à la charge contre Roman Polanski, ni à la défense de la parité ou de la diversité (sauf pour Jean-Pascal Zadi, dans un discours très politique, avec une volonté assumée de vouloir « foutre la merde »), mais à la dénonciation de l’impact des mesures sanitaires sur le monde de la culture. La réouverture des salles se faisant attendre, Marina Foïs et bien d’autres intervenants y sont allés de leurs revendications, avec plus ou moins d’esprit. C’est un fait, le secteur de la culture est en détresse, et beaucoup de situations, dont celle des intermittents, sont alarmantes. Mais on préfèrera retenir le discours d’Anny Duperey (formidable dans la récente série La faute à Rousseau) au numéro « malaisant » de l’insoumise Corinne Masiero. L’interprète du Capitaine Marleau s’est entièrement dénudée, dévoilant sur son corps, côté face, l’inscription « No culture, No futur » (avec une faute donc…) et, côté pile, « Rend nous l’art, Jean ! » (avec une autre faute…). Juste avant, elle était apparue dans le costume de Peau d’âne, portant en dessous une robe ensanglantée, et arborant deux Tampax usagés en guise de boucles d’oreilles, recyclant, quarante-cinq ans plus tard et probablement sans le savoir, le moins relevé des gimmicks punk. À Marina Foïs qui s’étonnait (faussement ou pas) de l’accoutrement, elle a répondu avec mépris : « Pourquoi tu dis que c’est dégueu, t’es vegan ? » Ces derniers ont dû apprécier…

« J’ai une idée étrange qui m’est passée par l’esprit en coulisses. Je me suis dit que c’était extraordinaire quand même que ces derniers mois il y ait tellement de nos grands, de nos aînés, qui soient partis quasiment en même temps. Tous les copains d’ Un éléphant ça trompe (énormément NdlR), Jean-loup, Jean-claude, Bacri, tout ça… Quelle que soit la cause de leur mort, m’est venue l’idée saugrenue qu’ils avaient quelque part choisi de ne pas voir ce qu’on vit. Alors Roselyne, je pense qu’il va falloir se battre plus fort pour nous, avant qu’ils se tirent tous ! »

A noter que la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a été interpellée maintes fois au cours de la soirée et rhabillée pour l’hiver, mais elle n’était pas présente dans la salle (seulement en coulisses).

Séquence émotion

 

Heureusement, les César, c’est aussi la nostalgie. Le choix de l’affiche en disait déjà long. Les séquences consacrées aux disparus de 2020 ont non seulement insufflé de l’émotion à une soirée militante, mais rappelé que le cinéma français pouvait avoir de la gueule. On a frémi à l’apparition de Jean-Pierre Bacri en personnage animé, lauréat d’un César d’honneur posthume, assis dans le public, mais aussi durant les hommages à Claude Brasseur, Caroline Cellier, Michel Piccoli, Jean-Claude Carrière (par un Louis Garrel très ému), à Ennio Morricone par l’orchestre dirigé pour l’occasion par Benjamin Biolay, plus dandy que jamais, qui a plus tard interprété avec sa classe coutumière « Que reste-t-il de nos amours ? » de Trenet (même si on aurait préféré une chanson de Christophe — un extrait de La route de Salina au hasard —, cinéphile devant l’Éternel, expédié dans le diaporama des disparus).

 

Une pointe de déception

Le moment attendu, la remise du César Anniversaire, nouveauté de 2021, a un peu fait pschitt. Récompensée pour le quarantième anniversaire de la création du fameux café-théâtre de la Porte Saint-Martin, la troupe du Splendid était sur scène et pour l’occasion, Thierry Lhermitte avait revêtu son costume de Le père Noël est une ordure. Mais tout ce petit monde semblait guindé, et bien moins drôle qu’avant. Christian Clavier a glissé :
« Je remercie l’Académie pour cet honneur. Ils se sont quand même débrouillés pour nous le donner l’année où il n’y a personne. Mais enfin bon… »

Gérard Jugnot, sortant un fatras de papiers au moment de prendre le micro a marmonné « Ah non, c’est pas mon discours, ça, c’est mes tests PCR… » et a terminé par un chaleureux :
« Je remercie la chance, le destin, Dieu peut-être, de nous avoir réunis et d’avoir rencontré ces crétins. Et je m’aperçois quand même que nous sommes depuis plus de cinquante ans… cas contact. »

 

PALMARÈS

Avec ses treize nominations, l’épatant Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, d’Emmanuel Mouret partait favori. A mon grand dam, il n’aura pourtant récolté qu’un seul César, celui du Meilleur second rôle féminin, pour la formidable Émilie Dequenne. Comme Été 85 de François Ozon (douze nominations) et Antoinette dans les Cévennes (huit nominations), le film d’Emmanuel Mouret s’est fait coiffer au poteau par Adieu les cons. La fable burlesque et lyrique d’Albert Dupontel a remporté à elle seule sept statuettes dont celles des Meilleur Film, Meilleure réalisation, Meilleur scénario et Meilleur second rôle (pour Nicolas Marié). Le film — que je n’ai l’ai pas encore vu pour cause de pandémie — a également été récompensé par le César des Lycéens, autre nouveauté de cette édition. Dupontel, qui boude les César depuis ses débuts, a brillé par son absence.

 

Le César du Meilleur premier film a récompensé l’audace de Deux, de Filippo Meneghetti, histoire d’amour entre deux femmes d’âge mûr, campées par deux comédiennes exceptionnelles, Martine Chevallier et Barbara Sukowa.

La fille au bracelet de Stéphane Demoustier, frère d’Anaïs (il était en 2014 le réalisateur de l’intéressant Terre battue) a remporté le César de la Meilleure adaptation (d’un thriller argentin, Accusada, de Gonzalo Tobal).

Sans surprise, le César de la Meilleure actrice est allée à la pétillante et sympathique Laure Calamy, héroïne d’ Antoinette dans les Cévennesla comédie rafraîchissante de Caroline Vignal, qui a fait l’unanimité lors de sa sortie, en septembre dernier. Entre rires et larmes, son bonheur faisait plaisir à voir :

« Je repense à la jeune provinciale que j’étais. Je repense au Centre National Dramatique d’Orléans et au cinéma Les Carmes où j’ai eu mes premières émotions, notamment au festival Frank Capra où j’ai découvert La vie est belle. Je pense du coup à ceux qu’on appelait des fous, qui au sortir de la Seconde guerre mondiale, ont décidé de créer la décentralisation et des théâtres dans les provinces pour que l’accès à l’art ne soit pas uniquement parisien. Sans tous ces James Stewart-là, la provinciale que j’étais aurait eu une vie beaucoup plus sinistre. »

 

Le toujours excellent Sami Bouajila, a été récompensé par le César du Meilleur acteur pour son rôle dans Un fils, drame sur fond de terrorisme de Mehdi M. Barsaoui. Il a ému l’assemblée en évoquant l’histoire de son père récemment décédé, originaire de la région de Tunisie où le film a été tourné.

 

La remise du César du Meilleur espoir féminin a été introduite par une vidéo touchante mais non dénuée de cruauté dans laquelle Jean-Louis Trintignant a cité la chanson de Georges Brassens :

« Marquise, si mon visage a quelques traits un peu vieux
Souvenez-vous qu’à mon âge, vous ne vaudrez guère mieux…
Le temps aux plus belles choses se plaît à faire un affront
Et saura faner vos roses comme il a ridé mon front. »

La statuette est revenue à la jeune Fathia Youssouf, quatorze ans, pour son rôle dans le sulfureux Mignonnes de Maimouna Doucouré. L’adolescente a invité les jeunes de son âge à « suivre leurs rêves ».

 

Le César du Meilleur espoir est allé à Jean-Pascal Zadi, acteur et réalisateur avec John Wax de Tout simplement noir, phénomène de l’été 2020. Ce faux-documentaire inégal, fichu comme une succession de sketches, était bien plus amusant que le discours du lauréat :

« Quand on parle d’humanité on est en droit de se poser la question si l’humanité de certaines personnes n’est pas souvent remise en cause… Dans cette optique, j’ai envie de parler d’Adama Traoré, de Michel Zecler… »

Et aussi

Le César du Meilleur documentaire a couronné Adolescentes, de Sébastien Lifshitz, déjà distingué en 2013 pour Les invisibles. Le réalisateur a suivi durant cinq ans deux jeunes filles, amies d’enfance. Ce portrait sensible de la jeunesse est aussi la chronique pertinente d’une époque. Dans la foulée, le film a également remporté les César du Meilleur montage et du Meilleur son.

 

Évocation de la fuite des Républicains persécutés par la dictature franquiste, et qui vont se retrouver parqués dans des camps dans le sud de la France, Josep, d’Aurel, a remporté le César du Meilleur film d’animation.

 

Drunk, ou la dérive de quatre potes qui décident de vivre dans l’ivresse, du Danois Thomas Vinterberg (Festen, La chasse…) a raflé le César du Meilleur film étranger.

 

Le César de la Meilleure musique est allé à Rone pour la bande originale planante de La nuit venue, premier long-métrage de Frédéric Farrucci, avec Camélia Jordana et la révélation Guang Huo.

 

Glamour

L’ambiance n’était pas à la fête, et pas sûr que le spectacle ait donné envie d’aller au cinéma. Merci tout de même à Fanny Ardant pour sa fougue, à la charmante Catherine Bozorgan, productrice et compagne d’Albert Dupontel, qui ne s’attendait pas à être la star de la soirée, et à la toujours sublime Virginie Efira, pour avoir mis une touche de glamour dans une soirée qui en était fort dépourvue.

 

En attendant, là-haut, ils doivent bien rigoler…

Crédits photos : Villiard-Pool/Sipa, Canal+, Getty Images

Les César en DVD/BR : J’ACCUSE/ALICE ET LE MAIRE

Après le grand déballage des César, retour à la case cinéma et à deux films honorés, à juste titre, pour leurs innombrables qualités, tous deux disponibles en DVD/Blu-ray.

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« Je pense m’être exprimé clairement, je ne veux pas d’une autre affaire Dreyfus !
– Ce n’est pas une autre affaire Dreyfus mon général, c’est la même. »

 

J’ACCUSE

Roman Polanski
2019
Paru en France le 13 novembre 2019
Disponible en DVD et Blu-ray le 18 mars 2020 chez Gaumont
Lion d’argent (Prix du Jury) du Festival de Venise 2019
César 2020 du Meilleur réalisateur, de la Meilleure adaptation et des Meilleurs costumes (12 nominations)

En janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus (Louis Garrel), accusé de haute trahison pour avoir livré des secrets d’État à l’Allemagne, est condamné à la dégradation militaire publique et à la déportation sur l’île du Diable. Peu de temps après, le très estimé commandant Marie-Georges Picquart (Jean Dujardin), qui avait eu Dreyfus comme élève à l’école militaire, est promu lieutenant-colonel et chef de la Section de Statistique, autant dire des services du renseignement. En enquêtant sur les activités troubles d’un certain commandant Esterhazy, Picquart va découvrir que ce dernier est le véritable auteur des lettres compromettantes attribuées à Dreyfus…

Impressionnant. C’est l’adjectif qui vient à l’esprit dès la première séquence. Et le reste l’est tout autant. Du bouton d’uniforme jusqu’à la reconstitution de ce Paris fin de siècle, le film de Roman Polanski est un éblouissement. Pourtant, il s’en dégage une solennité et une incroyable austérité ; celle de son personnage principal, campé par un excellent Jean Dujardin, raide comme la justice. Les partis pris du cinéaste sont payants, et notamment d’avoir sollicité la fine fleur du cinéma français. Bon nombre des acteurs, choisis pour leur ressemblance avec les vrais protagonistes, sont issus de la Comédie Française. Filmé comme un thriller d’investigation, avec un réel sens du suspense, J’accuse dépeint admirablement l’atmosphère viciée de cette France antisémite et de son armée bête et méchante, soudée jusqu’à l’absurde, qui n’a jamais mieux porté son nom de Grande Muette. Les historiens mettent cependant en garde : même si le Picquart du film est dépeint à juste titre comme ambigu et antisémite, ses intentions sont plus nobles que celles du véritable personnage, davantage soucieux de protéger l’honneur de l’armée que de défendre un malheureux accusé à tort. Il faut donc prendre cette œuvre pour ce qu’elle est véritablement : l’adaptation de D. roman historique de Robert Harris publié en 2013 (le titre original, An Officer And A Spy est également celui du film à l’international). L’écrivain britannique, coauteur du scénario avec Roman Polanski, avait d’ailleurs prévenu avoir pris quelques libertés avec certains détails de l’histoire, romanesque oblige. J’accuse n’en reste pas moins un film puissant, passionnant, instructif et magnifique.
2 h 12 Et avec Grégory Gadebois, Emmanuelle Seigner, Wladimir Yordanoff, Didier Sandre, Melvil Poupaud, Mathieu Amalric, Eric Ruf, Laurent Stocker, Vincent Pérez, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Hervé Pierre, André Marcon…

 

Test Blu-ray :

 

 

Interactivité ***
Le making of de 32 minutes, co-réalisé par Morgane Polanski, fille du cinéaste, est truffé d’interviews et emmène sur le vif du tournage. Six ans de préparation et quatre mois de tournage ont été nécessaires pour ce film très documenté, caractérisé par un souci d’authenticité. On découvre également le cinéaste au travail, au plus près de ses acteurs.

Image ****
Format : 1.85
Le Blu-ray restitue toute la beauté de la photographie un peu métallique (elle est signée Pawel Edelman, chef-opérateur fétiche de Polanski depuis Le Pianiste), des couleurs (qui immergent dans l’époque) et de la lumière, même dans les intérieurs plus sombres. Le piqué est excellent.

Son ***
DTS-HD Master Audio 2.0 et 5.1 en français
Audiodescription
Sous-titres français pour sourds et malentendants
La version DTS-HD 5.1 est d’une rare puissance même si la plupart des bruits d’ambiance proviennent des enceintes frontales. Les basses impressionnent dès le menu animé.

 

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« Avant, les électeurs exigeaient toujours plus de droits, toujours plus de démocratie, et dans les dernières années de mon mandat, j’ai eu l’impression qu’ils se méfiaient de la démocratie elle-même. »

 

ALICE ET LE MAIRE

Nicolas Pariser
2019
Paru en France le 2 octobre 2019
Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 5 février 2020 chez M6 Vidéo
César 2020 de la Meilleure actrice

Normalienne, agrégée de lettres et diplômée en philosophie, Alice Heimann (Anaïs Demoustier), qui n’a qu’une petite expérience d’enseignante à l’étranger, vient d’être embauchée à la mairie de Lyon. Le matin même où elle se présente, on lui annonce que son poste vient d’être supprimé, mais qu’un autre a été créé dans la foulée spécialement pour elle. Il se trouve que le maire, Paul Théraneau (Fabrice Luchini), épuisé par des années de vie politique, n’a plus d’idées et « n’arrive plus à penser ». Il compte sur cette jeune philosophe pour l’aider à se remettre en selle…

Inévitablement, on pense à Eric Rohmer et à L’arbre, le maire et la médiathèque dans lequel excellait déjà Fabrice Luchini. Avec sa fraîcheur, ses grands yeux innocents et son sourire amusé devant les situations cocasses et parfois ubuesques qui se présentent à elle, Alice (excellente Anaïs Demoustier), fait elle-même une héroïne très rohmérienne. Mais chez Nicolas Pariser, qui a suivi les cours du cinéaste précité à la Sorbonne, le badinage n’est pas de mise. Le réalisateur s’intéresse surtout à cette relation inattendue entre la jeune intellectuelle – qui n’a aucune expérience, ni de la politique ni de la vie – et ce maire au bout du rouleau, qui cherche désespérément un sens à son action. Au fil des dialogues destinés à rattacher la politique et le réel à l’aide de la littérature et de la philosophie, va se tisser, entre ces deux êtres en déséquilibre, une jolie complicité. D’abord considérée comme le messie qui pourrait sauver la mairie de la débâcle, Alice va bientôt se mettre tous les membres du cabinet à dos et, notamment, les communicants qui se voient peu à peu déposséder de leur influence. La machinerie se grippe alors et l’efficace chef de cabinet (épatante Léonie Simaga) apparaît de plus en plus déboussolée. Le cinéaste, qui signe ici son deuxième long-métrage après Le grand jeu (2015), manie, avec subtilité, l’ironie (certaines scènes sont franchement comiques) et la mélancolie. Car si ses personnages manquent un peu de chair, la comédie, un brin désenchantée, a le mérite de viser juste. Elle cible la crise de la démocratie, mais aussi celle des vocations chez les jeunes gens surdiplômés, déconnectés, eux aussi, du réel. Le film pourrait se résumer dans la question qui taraude le réalisateur : « Pourquoi est-ce que ceux qui agissent ne pensent pas, et pourquoi ceux qui pensent n’agissent pas ? ».
1 h 43 Et avec Nora Hamzawi, Alexandre Steiger, Maud Wyler, Pascal Reneric, Antoine Reinartz…

 

Test DVD :

Interactivité ***
Le temps d’une interview d’une trentaine de minutes, le réalisateur revient sur son parcours (études de droit, critique de cinéma) et son travail auprès du grand cinéphile Pierre Rissient dont il a été l’assistant. Il évoque aussi ses premiers courts-métrages (ses gammes) et la raison pour laquelle la politique est un thème peu abordé par le cinéma français. Enfin, il ne tarit pas d’éloges au sujet de Fabrice Luchini, qui lui a en quelque sorte inspiré le film.

Image ***
Format : 1.85
Le DVD propose une image naturelle, contrastée, dominée par les bleus intenses. Bien qu’elle n’atteigne pas la pureté de l’image du Blu-ray, la définition est ici tout à fait convaincante.

Son ***
Audiodescription
Sous-titres français pour sourds et malentendants
Une piste 5.1 harmonieuse et très agréable.