REGARDER LES CÉSAR QUOI QU’IL EN COÛTE

« Au début on l’a appelé “le Covid”, mais quand on a compris que ce serait très très long et très très chiant, on l’a mis au féminin. »

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CÉSAR 2021

« Pourquoi moi pour présenter les César ? Cinq nominations, zéro César. C’est quand même un peu sadique de me le proposer, et c’est carrément maso d’accepter. Mais bon, je suis actrice, donc en même temps j’ai un respect de moi-même assez limité. Mais c’est maso. C’est comme avoir une pharmacienne à la culture en temps de pandémie. »

Si quelques vannes méritent d’être relevées, tout ça n’était pas classe et avait un goût amer. Marina Foïs, aidée (ou pas) par les textes trash et cash de Laurent Lafitte et Blanche Gardin, a tenté de donner du peps à une cérémonie forcément singulière (cent cinquante nommés répartis dans la salle de l’Olympia, qui en contient deux mille…). Mais, en dépit de sa jolie robe à paillettes signée Nicolas Ghesquière pour Vuitton, on a compris dès son entrée en scène (elle a ramassé une crotte qui aurait été oubliée par le chien de Florence Foresti) que d’élégance, il n’y aurait point.

En fait, on n’était pas là pour parler de cinéma…

« Comme Dieu merci, à Noël, les salles de spectacles étaient fermées, il y avait moins de flux de gens. On a donc pu organiser des gros flux dans les grands magasins et les centres commerciaux… Tout ça pour soutenir le personnel soignant et pour qu’il y ait du monde en réa. Parce que quoi de plus triste qu’un lit vide ? C’est comme une salle vide pour un artiste. »

Sur la scène de l’Olympia, en cette 46e cérémonie des César présidée par Roschdy Zem (meilleur acteur qu’orateur) et organisée par une nouvelle Académie a priori plus démocratique, l’heure n’était plus à la charge contre Roman Polanski, ni à la défense de la parité ou de la diversité (sauf pour Jean-Pascal Zadi, dans un discours très politique, avec une volonté assumée de vouloir « foutre la merde »), mais à la dénonciation de l’impact des mesures sanitaires sur le monde de la culture. La réouverture des salles se faisant attendre, Marina Foïs et bien d’autres intervenants y sont allés de leurs revendications, avec plus ou moins d’esprit. C’est un fait, le secteur de la culture est en détresse, et beaucoup de situations, dont celle des intermittents, sont alarmantes. Mais on préfèrera retenir le discours d’Anny Duperey (formidable dans la récente série La faute à Rousseau) au numéro « malaisant » de l’insoumise Corinne Masiero. L’interprète du Capitaine Marleau s’est entièrement dénudée, dévoilant sur son corps, côté face, l’inscription « No culture, No futur » (avec une faute donc…) et, côté pile, « Rend nous l’art, Jean ! » (avec une autre faute…). Juste avant, elle était apparue dans le costume de Peau d’âne, portant en dessous une robe ensanglantée, et arborant deux Tampax usagés en guise de boucles d’oreilles, recyclant, quarante-cinq ans plus tard et probablement sans le savoir, le moins relevé des gimmicks punk. À Marina Foïs qui s’étonnait (faussement ou pas) de l’accoutrement, elle a répondu avec mépris : « Pourquoi tu dis que c’est dégueu, t’es vegan ? » Ces derniers ont dû apprécier…

« J’ai une idée étrange qui m’est passée par l’esprit en coulisses. Je me suis dit que c’était extraordinaire quand même que ces derniers mois il y ait tellement de nos grands, de nos aînés, qui soient partis quasiment en même temps. Tous les copains d’ Un éléphant ça trompe (énormément NdlR), Jean-loup, Jean-claude, Bacri, tout ça… Quelle que soit la cause de leur mort, m’est venue l’idée saugrenue qu’ils avaient quelque part choisi de ne pas voir ce qu’on vit. Alors Roselyne, je pense qu’il va falloir se battre plus fort pour nous, avant qu’ils se tirent tous ! »

A noter que la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a été interpellée maintes fois au cours de la soirée et rhabillée pour l’hiver, mais elle n’était pas présente dans la salle (seulement en coulisses).

Séquence émotion

 

Heureusement, les César, c’est aussi la nostalgie. Le choix de l’affiche en disait déjà long. Les séquences consacrées aux disparus de 2020 ont non seulement insufflé de l’émotion à une soirée militante, mais rappelé que le cinéma français pouvait avoir de la gueule. On a frémi à l’apparition de Jean-Pierre Bacri en personnage animé, lauréat d’un César d’honneur posthume, assis dans le public, mais aussi durant les hommages à Claude Brasseur, Caroline Cellier, Michel Piccoli, Jean-Claude Carrière (par un Louis Garrel très ému), à Ennio Morricone par l’orchestre dirigé pour l’occasion par Benjamin Biolay, plus dandy que jamais, qui a plus tard interprété avec sa classe coutumière « Que reste-t-il de nos amours ? » de Trenet (même si on aurait préféré une chanson de Christophe — un extrait de La route de Salina au hasard —, cinéphile devant l’Éternel, expédié dans le diaporama des disparus).

 

Une pointe de déception

Le moment attendu, la remise du César Anniversaire, nouveauté de 2021, a un peu fait pschitt. Récompensée pour le quarantième anniversaire de la création du fameux café-théâtre de la Porte Saint-Martin, la troupe du Splendid était sur scène et pour l’occasion, Thierry Lhermitte avait revêtu son costume de Le père Noël est une ordure. Mais tout ce petit monde semblait guindé, et bien moins drôle qu’avant. Christian Clavier a glissé :
« Je remercie l’Académie pour cet honneur. Ils se sont quand même débrouillés pour nous le donner l’année où il n’y a personne. Mais enfin bon… »

Gérard Jugnot, sortant un fatras de papiers au moment de prendre le micro a marmonné « Ah non, c’est pas mon discours, ça, c’est mes tests PCR… » et a terminé par un chaleureux :
« Je remercie la chance, le destin, Dieu peut-être, de nous avoir réunis et d’avoir rencontré ces crétins. Et je m’aperçois quand même que nous sommes depuis plus de cinquante ans… cas contact. »

 

PALMARÈS

Avec ses treize nominations, l’épatant Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, d’Emmanuel Mouret partait favori. A mon grand dam, il n’aura pourtant récolté qu’un seul César, celui du Meilleur second rôle féminin, pour la formidable Émilie Dequenne. Comme Été 85 de François Ozon (douze nominations) et Antoinette dans les Cévennes (huit nominations), le film d’Emmanuel Mouret s’est fait coiffer au poteau par Adieu les cons. La fable burlesque et lyrique d’Albert Dupontel a remporté à elle seule sept statuettes dont celles des Meilleur Film, Meilleure réalisation, Meilleur scénario et Meilleur second rôle (pour Nicolas Marié). Le film — que je n’ai l’ai pas encore vu pour cause de pandémie — a également été récompensé par le César des Lycéens, autre nouveauté de cette édition. Dupontel, qui boude les César depuis ses débuts, a brillé par son absence.

 

Le César du Meilleur premier film a récompensé l’audace de Deux, de Filippo Meneghetti, histoire d’amour entre deux femmes d’âge mûr, campées par deux comédiennes exceptionnelles, Martine Chevallier et Barbara Sukowa.

La fille au bracelet de Stéphane Demoustier, frère d’Anaïs (il était en 2014 le réalisateur de l’intéressant Terre battue) a remporté le César de la Meilleure adaptation (d’un thriller argentin, Accusada, de Gonzalo Tobal).

Sans surprise, le César de la Meilleure actrice est allée à la pétillante et sympathique Laure Calamy, héroïne d’ Antoinette dans les Cévennesla comédie rafraîchissante de Caroline Vignal, qui a fait l’unanimité lors de sa sortie, en septembre dernier. Entre rires et larmes, son bonheur faisait plaisir à voir :

« Je repense à la jeune provinciale que j’étais. Je repense au Centre National Dramatique d’Orléans et au cinéma Les Carmes où j’ai eu mes premières émotions, notamment au festival Frank Capra où j’ai découvert La vie est belle. Je pense du coup à ceux qu’on appelait des fous, qui au sortir de la Seconde guerre mondiale, ont décidé de créer la décentralisation et des théâtres dans les provinces pour que l’accès à l’art ne soit pas uniquement parisien. Sans tous ces James Stewart-là, la provinciale que j’étais aurait eu une vie beaucoup plus sinistre. »

 

Le toujours excellent Sami Bouajila, a été récompensé par le César du Meilleur acteur pour son rôle dans Un fils, drame sur fond de terrorisme de Mehdi M. Barsaoui. Il a ému l’assemblée en évoquant l’histoire de son père récemment décédé, originaire de la région de Tunisie où le film a été tourné.

 

La remise du César du Meilleur espoir féminin a été introduite par une vidéo touchante mais non dénuée de cruauté dans laquelle Jean-Louis Trintignant a cité la chanson de Georges Brassens :

« Marquise, si mon visage a quelques traits un peu vieux
Souvenez-vous qu’à mon âge, vous ne vaudrez guère mieux…
Le temps aux plus belles choses se plaît à faire un affront
Et saura faner vos roses comme il a ridé mon front. »

La statuette est revenue à la jeune Fathia Youssouf, quatorze ans, pour son rôle dans le sulfureux Mignonnes de Maimouna Doucouré. L’adolescente a invité les jeunes de son âge à « suivre leurs rêves ».

 

Le César du Meilleur espoir est allé à Jean-Pascal Zadi, acteur et réalisateur avec John Wax de Tout simplement noir, phénomène de l’été 2020. Ce faux-documentaire inégal, fichu comme une succession de sketches, était bien plus amusant que le discours du lauréat :

« Quand on parle d’humanité on est en droit de se poser la question si l’humanité de certaines personnes n’est pas souvent remise en cause… Dans cette optique, j’ai envie de parler d’Adama Traoré, de Michel Zecler… »

Et aussi

Le César du Meilleur documentaire a couronné Adolescentes, de Sébastien Lifshitz, déjà distingué en 2013 pour Les invisibles. Le réalisateur a suivi durant cinq ans deux jeunes filles, amies d’enfance. Ce portrait sensible de la jeunesse est aussi la chronique pertinente d’une époque. Dans la foulée, le film a également remporté les César du Meilleur montage et du Meilleur son.

 

Évocation de la fuite des Républicains persécutés par la dictature franquiste, et qui vont se retrouver parqués dans des camps dans le sud de la France, Josep, d’Aurel, a remporté le César du Meilleur film d’animation.

 

Drunk, ou la dérive de quatre potes qui décident de vivre dans l’ivresse, du Danois Thomas Vinterberg (Festen, La chasse…) a raflé le César du Meilleur film étranger.

 

Le César de la Meilleure musique est allé à Rone pour la bande originale planante de La nuit venue, premier long-métrage de Frédéric Farrucci, avec Camélia Jordana et la révélation Guang Huo.

 

Glamour

L’ambiance n’était pas à la fête, et pas sûr que le spectacle ait donné envie d’aller au cinéma. Merci tout de même à Fanny Ardant pour sa fougue, à la charmante Catherine Bozorgan, productrice et compagne d’Albert Dupontel, qui ne s’attendait pas à être la star de la soirée, et à la toujours sublime Virginie Efira, pour avoir mis une touche de glamour dans une soirée qui en était fort dépourvue.

 

En attendant, là-haut, ils doivent bien rigoler…

Crédits photos : Villiard-Pool/Sipa, Canal+, Getty Images

+3

Les César en DVD/BR : J’ACCUSE/ALICE ET LE MAIRE

Après le grand déballage des César, retour à la case cinéma et à deux films honorés, à juste titre, pour leurs innombrables qualités, tous deux disponibles en DVD/Blu-ray.

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« Je pense m’être exprimé clairement, je ne veux pas d’une autre affaire Dreyfus !
– Ce n’est pas une autre affaire Dreyfus mon général, c’est la même. »

 

J’ACCUSE

Roman Polanski
2019
Paru en France le 13 novembre 2019
Disponible en DVD et Blu-ray le 18 mars 2020 chez Gaumont
Lion d’argent (Prix du Jury) du Festival de Venise 2019
César 2020 du Meilleur réalisateur, de la Meilleure adaptation et des Meilleurs costumes (12 nominations)

En janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus (Louis Garrel), accusé de haute trahison pour avoir livré des secrets d’État à l’Allemagne, est condamné à la dégradation militaire publique et à la déportation sur l’île du Diable. Peu de temps après, le très estimé commandant Marie-Georges Picquart (Jean Dujardin), qui avait eu Dreyfus comme élève à l’école militaire, est promu lieutenant-colonel et chef de la Section de Statistique, autant dire des services du renseignement. En enquêtant sur les activités troubles d’un certain commandant Esterhazy, Picquart va découvrir que ce dernier est le véritable auteur des lettres compromettantes attribuées à Dreyfus…

Impressionnant. C’est l’adjectif qui vient à l’esprit dès la première séquence. Et le reste l’est tout autant. Du bouton d’uniforme jusqu’à la reconstitution de ce Paris fin de siècle, le film de Roman Polanski est un éblouissement. Pourtant, il s’en dégage une solennité et une incroyable austérité ; celle de son personnage principal, campé par un excellent Jean Dujardin, raide comme la justice. Les partis pris du cinéaste sont payants, et notamment d’avoir sollicité la fine fleur du cinéma français. Bon nombre des acteurs, choisis pour leur ressemblance avec les vrais protagonistes, sont issus de la Comédie Française. Filmé comme un thriller d’investigation, avec un réel sens du suspense, J’accuse dépeint admirablement l’atmosphère viciée de cette France antisémite et de son armée bête et méchante, soudée jusqu’à l’absurde, qui n’a jamais mieux porté son nom de Grande Muette. Les historiens mettent cependant en garde : même si le Picquart du film est dépeint à juste titre comme ambigu et antisémite, ses intentions sont plus nobles que celles du véritable personnage, davantage soucieux de protéger l’honneur de l’armée que de défendre un malheureux accusé à tort. Il faut donc prendre cette œuvre pour ce qu’elle est véritablement : l’adaptation de D. roman historique de Robert Harris publié en 2013 (le titre original, An Officer And A Spy est également celui du film à l’international). L’écrivain britannique, coauteur du scénario avec Roman Polanski, avait d’ailleurs prévenu avoir pris quelques libertés avec certains détails de l’histoire, romanesque oblige. J’accuse n’en reste pas moins un film puissant, passionnant, instructif et magnifique.
2 h 12 Et avec Grégory Gadebois, Emmanuelle Seigner, Wladimir Yordanoff, Didier Sandre, Melvil Poupaud, Mathieu Amalric, Eric Ruf, Laurent Stocker, Vincent Pérez, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Hervé Pierre, André Marcon…

 

Test Blu-ray :

 

 

Interactivité ***
Le making of de 32 minutes, co-réalisé par Morgane Polanski, fille du cinéaste, est truffé d’interviews et emmène sur le vif du tournage. Six ans de préparation et quatre mois de tournage ont été nécessaires pour ce film très documenté, caractérisé par un souci d’authenticité. On découvre également le cinéaste au travail, au plus près de ses acteurs.

Image ****
Format : 1.85
Le Blu-ray restitue toute la beauté de la photographie un peu métallique (elle est signée Pawel Edelman, chef-opérateur fétiche de Polanski depuis Le Pianiste), des couleurs (qui immergent dans l’époque) et de la lumière, même dans les intérieurs plus sombres. Le piqué est excellent.

Son ***
DTS-HD Master Audio 2.0 et 5.1 en français
Audiodescription
Sous-titres français pour sourds et malentendants
La version DTS-HD 5.1 est d’une rare puissance même si la plupart des bruits d’ambiance proviennent des enceintes frontales. Les basses impressionnent dès le menu animé.

 

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« Avant, les électeurs exigeaient toujours plus de droits, toujours plus de démocratie, et dans les dernières années de mon mandat, j’ai eu l’impression qu’ils se méfiaient de la démocratie elle-même. »

 

ALICE ET LE MAIRE

Nicolas Pariser
2019
Paru en France le 2 octobre 2019
Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 5 février 2020 chez M6 Vidéo
César 2020 de la Meilleure actrice

Normalienne, agrégée de lettres et diplômée en philosophie, Alice Heimann (Anaïs Demoustier), qui n’a qu’une petite expérience d’enseignante à l’étranger, vient d’être embauchée à la mairie de Lyon. Le matin même où elle se présente, on lui annonce que son poste vient d’être supprimé, mais qu’un autre a été créé dans la foulée spécialement pour elle. Il se trouve que le maire, Paul Théraneau (Fabrice Luchini), épuisé par des années de vie politique, n’a plus d’idées et « n’arrive plus à penser ». Il compte sur cette jeune philosophe pour l’aider à se remettre en selle…

Inévitablement, on pense à Eric Rohmer et à L’arbre, le maire et la médiathèque dans lequel excellait déjà Fabrice Luchini. Avec sa fraîcheur, ses grands yeux innocents et son sourire amusé devant les situations cocasses et parfois ubuesques qui se présentent à elle, Alice (excellente Anaïs Demoustier), fait elle-même une héroïne très rohmérienne. Mais chez Nicolas Pariser, qui a suivi les cours du cinéaste précité à la Sorbonne, le badinage n’est pas de mise. Le réalisateur s’intéresse surtout à cette relation inattendue entre la jeune intellectuelle – qui n’a aucune expérience, ni de la politique ni de la vie – et ce maire au bout du rouleau, qui cherche désespérément un sens à son action. Au fil des dialogues destinés à rattacher la politique et le réel à l’aide de la littérature et de la philosophie, va se tisser, entre ces deux êtres en déséquilibre, une jolie complicité. D’abord considérée comme le messie qui pourrait sauver la mairie de la débâcle, Alice va bientôt se mettre tous les membres du cabinet à dos et, notamment, les communicants qui se voient peu à peu déposséder de leur influence. La machinerie se grippe alors et l’efficace chef de cabinet (épatante Léonie Simaga) apparaît de plus en plus déboussolée. Le cinéaste, qui signe ici son deuxième long-métrage après Le grand jeu (2015), manie, avec subtilité, l’ironie (certaines scènes sont franchement comiques) et la mélancolie. Car si ses personnages manquent un peu de chair, la comédie, un brin désenchantée, a le mérite de viser juste. Elle cible la crise de la démocratie, mais aussi celle des vocations chez les jeunes gens surdiplômés, déconnectés, eux aussi, du réel. Le film pourrait se résumer dans la question qui taraude le réalisateur : « Pourquoi est-ce que ceux qui agissent ne pensent pas, et pourquoi ceux qui pensent n’agissent pas ? ».
1 h 43 Et avec Nora Hamzawi, Alexandre Steiger, Maud Wyler, Pascal Reneric, Antoine Reinartz…

 

Test DVD :

Interactivité ***
Le temps d’une interview d’une trentaine de minutes, le réalisateur revient sur son parcours (études de droit, critique de cinéma) et son travail auprès du grand cinéphile Pierre Rissient dont il a été l’assistant. Il évoque aussi ses premiers courts-métrages (ses gammes) et la raison pour laquelle la politique est un thème peu abordé par le cinéma français. Enfin, il ne tarit pas d’éloges au sujet de Fabrice Luchini, qui lui a en quelque sorte inspiré le film.

Image ***
Format : 1.85
Le DVD propose une image naturelle, contrastée, dominée par les bleus intenses. Bien qu’elle n’atteigne pas la pureté de l’image du Blu-ray, la définition est ici tout à fait convaincante.

Son ***
Audiodescription
Sous-titres français pour sourds et malentendants
Une piste 5.1 harmonieuse et très agréable.

 

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2019 CÉSAR, OSCARS, ETC

César 2019

 

« Et pour remettre le premier César de la soirée, celui du Meilleur espoir féminin, j’appelle Yann Moix ! Non…  je suis cool… j’déconne… Voici la magnifique Audrey Fleurot ! »

 

 

La 44èmene restera pas dans les mémoires. En dépit de sa prestation grandiloquente, déguisé en Freddie Mercury, lors de l’ouverture (« Tiens, tiens, tiens, tiens, mais y a pas Adjani… » sur l’air de « Another One Bites The Dust » ce qui lui a valu un #tropdrôle de l’actrice sur Twitter), Kad Merad, chutant sur les mots et trouvant rarement le ton juste, s’est révélé plutôt décevant tout au long de la soirée. On retiendra malgré tout de cette cérémonie présidée le 22 février par Kristin Scott Thomas (déguisée en Agnès Varda) en direct de la Salle Pleyel quelques moments vraiment drôles :

Samson/AFP

Jérôme Commandeur, venu remettre le César du Meilleur montage, a suscité l’hilarité générale en rendant hommage à Betty Marmont, star imaginaire du début du siècle qui disait « Un film, c’est comme un homme, c’est quand c’est bien monté que c’est intéressant. »

 

L’arrivée absurde de Niels Arestrup, très renfrogné, venu remettre le César de la Meilleure adaptation sur une chanson de La compagnie Créole.

 

Laurent Lafitte, maquillé comme s’il était botoxé à outrance, a provoqué les rires jaunes dans le parterre des actrices, et une franche hilarité chez ses confrères. Le résultat était si bluffant que beaucoup se sont demandé si l’acteur avait sauté le pas.

 

Gérard Darmon, désopilant dans un sketch absurde, autoportrait en « remettant idéal choisi par le comité des César ».

 

Le César du Meilleur discours revient à Philippe Katerine, plus hurluberlu que jamais, qui a remercié Thierry, qu’il incarne dans Le grand bain, d’une manière irrésistible. Et de poser cette question pertinente : « Que deviennent nos personnages quand on les quitte ? »

 

Plus embarrassant…

La remise du César du Public au film Les Tuche 3, d’Olivier Baroux, laisse songeur. Ok ! Tant mieux pour l’équipe et les fans ! Mais était-il besoin de faire monter les acteurs sur scène et de remettre le prix par le père de Kad Merad, façon fête de famille.

Le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda, réalisateur d’ Une affaire de famille, en lice pour les Oscars, étant à Los Angeles, avait pourtant laissé des consignes (dont un discours) à son équipe française en cas de victoire, mais personne n’est venu chercher son César du Meilleur film étranger. Le lauréat de la Palme d’or de Cannes 2018 s’en est désolé et excusé dans les colonnes du Figaro, qui a publié son discours de remerciement le lendemain de la cérémonie.

La légende vivante Robert Redford, venue recevoir un César d’honneur, a évoqué ses souvenirs de jeunesse en France d’une manière un tantinet soporifique. Le sketch diffusé en amont, dont il était le héros, était bien plus réussi.

@Vu/Benaroch/Sipa

 

PALMARÈS

En fait, on n’était pas là pour rigoler…

Avec dix nominations chacun, Le Grand Bain,de Gilles Lellouche et Jusqu’à la gardede Xavier Legrand faisaient figure de favoris. Illustrant la tonalité d’une soirée placée sous le signe du social (l’époque est aux gilets jaunes… ), c’est Xavier Legrand qui a remporté la mise. Son drame sur les violences conjugales, sec et percutant, a raflé quatre César dont ceuxi du Meilleur film et de la Meilleure actrice, pour la touchante Léa Drucker. La comédie de Gilles Lellouche ne sera honorée qu’à travers la récompense dont on se réjouit, de Philippe Katerine, Meilleur acteur dans un second rôle. Force est de constater que En liberté ! l’exquise comédie de Pierre Salvadori, connaîtra un sort encore moins enviable en repartant bredouille malgré ses neuf nominations !

LP/OlivierCorsan

Autre terme entendu au cours de la soirée : la pédo-criminalité. C’est ce fléau que dénonce avec brio Les Chatouilles, autre film social qui avait obtenu un beau succès en salles en 2018. L’adaptation de la pièce autobiographique d’Andréa Bescond, réalisée par ses soins et son compagnon, Eric Métayer, s’est vue attribuer le César de la Meilleure adaptation et du Meilleur second rôle féminin, pour la toujours excellente Karin Viard, arborant un maquillage smoky du meilleur effet.

On se félicite de la victoire de Guyd’Alex Lutz, film sur un chanteur de variété vieillissant, salué par le César de la Meilleure musique (de Vincent Blanchard et Romain Greffe), tandis qu’Alex Lutz est sacré Meilleur acteur, ce qu’il n’a pas volé. « J’aimerais qu’on n’ait pas peur et qu’on continue d’inventer parce qu’il n’y a que l’imagination et la poésie qui font du bien… »

Getty Images

Les frères Sisters (voir critique), le plus américain des films de Jacques Audiard, a fait main basse sur les César de la Meilleure réalisation, Meilleure photo, Meilleur son et Meilleurs décors, ne laissant que des miettes au très beau Mademoiselle de Joncquières (César des Meilleurs costumes) (voir critique). Dans un monde idéal, Cécile de France aurait été sacrée Meilleure actrice pour sa performance.

 

Contant l’histoire d’amour entre deux gamins des rues de la banlieue de Marseille, Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin, avait été plébiscité par la critique lors du dernier festival de Cannes. Il a logiquement été sacré Meilleur Premier film. Dylan Robert et Kenza Fortas, ses deux acteurs principaux, non-professionnels, ont remporté les César des Meilleurs espoirs.

 

On regrettera quand même l’absence de bons et très beaux films parus en 2018, et encensés par la critique, tels Mes Provinciales, de Jean-Paul Civeyrac ou Mektoub My Love : Canto Uno, d’Abdellatif Kechiche, qui révélaient une brochette de jeunes acteurs talentueux, dont seule Ophélie Bau, formidable dans Mektoub My Love, a été saluée par une nomination au César du Meilleur espoir.

@PathéDistribution

Et aussi

Pour avoir suivi durant trois ans la juge Anne Gruwez, Jean Libon et Yves Hinant remportent le César du Meilleur documentaire pour Ni juge ni soumise, premier long-métrage de l’émission culte belge StripTease.

Réalisé par Michel Ocelot, le papa de Kirikou, Dilili à Paris obtient le César du Meilleur film d’animation.

Et enfin, le César AFAP du plus beau look est attribué à la scintillante Virginie Efira

 

 

Oscars 2019

 

Kevin Winter/Getty

« Un point pour ceux qui sont un peu perdus : Il n’y aura pas de maître ni de maîtresse de cérémonie ce soir. Il n’y aura pas de catégorie ‘films populaires’. Et le Mexique ne paiera pas pour le mur. »

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la 91èmecérémonie des Oscars, qui s’est déroulée le 24 février au Théâtre Dolby de Los Angeles, ne restera pas non plus dans les annales. Le maître de cérémonie aurait dû être Kevin Hart, mais après la polémique suscitée par la remontée d’anciens tweets homophobes que l’humoriste avait posté en 2009 et 2011,  l’Académie a décidé de se passer carrément de chef d’orchestre, laissant les intervenants se succéder avec plus ou moins de bagout. Et après une introduction de Queen avec au micro le chanteur Adam Lambert (pas toujours juste), les trois premières remettantes, les humoristes Tina Fey, Maya Rudolf et Amy Poehler ont bien tenté de mettre un peu de peps, mais l’ambiance est très vite retombée.

Kevin Winter/Getty

 

PALMARÈS

Après les critiques des années précédentes, force est de constater que les nominations et le palmarès de cette année ont célébré la diversité, artistes afro-américains et latino-américains en tête.

Sans surprise, même si Roma, d’Alfonso Cuaron et La favorite, de Yorgos Lanthimos faisaient office de favoris avec dix nominations chacun, l’Oscar du Meilleur Film est allé à Green Book, sur les routes du sud, de Peter Farrelly, sorte de Driving Miss Daisy qui narre l’amitié entre un chauffeur italo-américain chargé de conduire un pianiste de jazz noir, Don Shirley, durant sa tournée dans le sud ségrégationniste. Le film remporte aussi les Oscars du Meilleur scénario original et du Meilleur second rôle masculin. C’est la deuxième fois que le surdoué Marhershala Ali, star de la troisième saison de True Detective, est récompensé dans cette catégorie, après son rôle dans Moonlight en 2017.

Le cas Spike Lee

« Every time somebody is driving somebody, I lose ! »

Ce n’est pas tant le fait de ne pas avoir obtenu la récompense suprême qui a agacé Spike Lee, en compétition lui aussi pour l’Oscar du Meilleur film avec BlacKkKlansman (en 1990, l’année du triomphe de Driving Miss Daisy, son film Do The Right Thing était reparti bredouille). On a en effet vu le réalisateur manquer de s’étrangler de rage à l’annonce du lauréat. Il a alors tenté de quitter la salle, mais refoulé par la sécurité, il est revenu s’assoir pour entamer une discussion intense avec son confrère Jordan Peele, réalisateur de Get Out, lui aussi fervent défenseur de la cause noire. Le film de Peter Farrelly a en effet de nombreux détracteurs dans la communauté noire, et en particulier dans la famille du pianiste Don Shirley, qui a accusé le film, dont le scénario a été écrit par un blanc, d’être « une symphonie de mensonges », ce que Viggo Mortensen a réfuté dans les médias.

« Let’s do the right thing ! »

Un peu plus tôt, Spike Lee avait reçu l’Oscar du Meilleur scénario adapté, pour BlacKkKlansman, une plongée dans l’Amérique raciste des années 70 dans laquelle un officier noir intente d’infiltrer le Ku Klux Klan pour mettre à jour ses exactions. C’est le premier Oscar obtenu par le brillant cinéaste, qui s’est littéralement jeté de bonheur dans les bras de Samuel L. Jackson. Il est quand même évident que le film de Spike Lee aurait pu prétendre à la récompense suprême. Sur un même sujet, il est dommage que les votants aient donné la préférence à la plus consensuelle des deux œuvres. Fidèle à lui-même Spike Lee a livré un discours engagé :

« L’élection présidentielle de 2020 est toute proche. Mobilisons nous, soyons tous du bon côté de l’histoire. Choisissons l’amour au lieu de la haine. Faisons la chose juste ! »

 

« Les enfants, j’espère que vous êtes devant la télé, parce que ça ne se reproduira pas ! »

La Favorite (voir critique), encensée depuis sa parution sur les écrans, n’a pas réussi le même tour de force qu’au BAFTA (les Oscars britanniques) début février, où le film avait raflé sept trophées dont celui du Meilleur film britannique. Un seul Oscar est venu saluer la tragi-comédie de Yorgos Lanthimos. Damant le pion à sa consœur américaine Glenn Close (qui échoue pour la septième fois aux Oscars…), Olivia Colman a légitimement été couronnée Meilleure actrice pour sa performance réellement bluffante. Son discours, entre rires et larmes, a littéralement illuminé la soirée.

 

Lui aussi avait triomphé aux BAFTA (et aux Gloden Globes). Rami Malek reçoit l’Oscar du Meilleur acteur pour son incarnation jubilatoire de Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody (voir critique). Le film de Bryan Singer, controversé sur le plan historique, remporte également les Oscars du Meilleur montage, montage sonore, et mixage sonore.

 

Roma : Mexican power 

Et donc, le Mexicain Alfonso Cuarón n’a pas été pénalisé pour avoir choisi la plate-forme vidéo Netflix comme producteur/diffuseur de son bijou en noir et blanc, quasi-autobiographique. Cette chronique du quotidien d’une jeune employée de maison à Mexico (dont Roma est un quartier) durant les années 70 lui vaut l’Oscar du Meilleur réalisateur, mais aussi de la Meilleure photographie (il est le directeur photo du film) et du Meilleur film étranger. Déjà lauréat de deux Oscars (réalisations et montage) pour Gravity en 2014,  Alfonso Cuarón peut désormais aligner quatre statuettes sur sa cheminée. Et ce n’est sûrement pas fini. Pour rappel, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick ou John Cassavetes n’en ont pas décroché un seul…

Comme Thierry Frémaux, on peut néanmoins s’interroger sur la présence aux Oscars d’un film uniquement diffusé sur une plate-forme vidéo. Steven Spielberg lui-même s’en est affligé il y a quelques jours, suscitant une vaste foire d’empoigne sur Twitter entre les pro-Netflix (arguant du fait que la plate-forme propose de financer des œuvres qui n’existeraient pas sans elle), et les puristes pour qui un film doit se voir au cinéma avant tout.

« Dieu est amour »

Après avoir obtenu un Golden Globe, la pétillante Regina King reçoit l’Oscar du Meilleur second rôle féminin pour sa performance dans If Beale Street Could Talk en remerciant sa mère et… Dieu.

Valerie Macon/AFP/Getty

Discrimination positive

On notera le succès de Black Panther. Sur les sept nominations (très étonnant pour un divertissement très très très léger, qui disons le tout net, n’avait rien à faire ici), le film Marvel de Ryan Coogler a obtenu les Oscars de la Meilleure musique (Ludwig Göransson), Meilleurs décors et Meilleurs costumes. 

Les grand perdants

Malgré ses huit nominations A Star Is Born, de Bradley Cooper, ne repart qu’avec l’Oscar de la Meilleure chanson (« Shallow »co-écrite par Lady Gaga) que Lady Gaga et Bradley Cooper ont interprété avec beaucoup d’émotion au cours de la soirée. Camouflets pour Vice d’Adam McKay qui n’est salué que pour les Meilleurs maquillages, ainsi que pour First Man, la merveille de Damien Chazelle, qui n’obtient qu’un Oscar, pour les Effets spéciaux (voir critique).

Et dans cette soirée où les légendes Barbra Streisand et Bette Midler étaient de sortie, l’Oscar du plus beau look AFAP est attribué à Brie Larson (en Céline par Hedi Slimane).
Frazer Harrison/Getty

Razzies 2019

Le 23 février, la veille des Oscars, avait lieu la cérémonie des Razzie Awards, qui récompense le pire du cinéma.

Le Razzie du Pire Film de 2018 a été attribué à Holmes & Watson, d’Etan Coen, qui remporte également les trophées du Pire Réalisateur, Pire Second rôle masculin (John C. Reilly), et du pire remake.

Melissa McCarthy s’est vue couronnée du Razzie de la Pire actrice de l’année pour son rôle dans Carnage chez les Puppets, de Brian Henson.

Et le Pire Acteur de 2018 n’est autre que Donald Trump pour sa piètre performance dans le documentaire Fahrenheit 9/11 de Michael Moore.

A L’ANNÉE PROCHAINE !

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