UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK

UN JOUR DE PLUIE À DEAUVILLE

 

En accord avec le film d’ouverture, c’est sous les nuages que Deauville a ouvert vendredi soir la 45èmeédition du Festival du Film Américain. Une coupe au Normandy, vers 18 heures, histoire de vérifier que l’ami Rodolphe Baudry avait pris position dans le carré interview de France Bleu, avant de retrouver la bande à l’O2, le bar lounge du Casino Barrière, où l’on a attendu la fin de la pluie en sirotant du champagne au son de remixes de chansons vintage. « Quizás, Quizás, Quizás » Plus tard dans la soirée, on croisera Roman Polanski dans le hall du Normandy, qui ignorait à ce moment qu’il allait décrocher le Prix du Jury le lendemain à Venise (pour J’accuse) où il était, un comble, persona non grata. Il pleuviotait encore un peu lorsqu’on est entrés au Palais des Congrès, alors que sur le tapis rouge, Pierce Brosnan, invité du jour, répondait aux questions de l’indispensable Genie Godula. Les membres du jury présidé par Catherine Deneuve avaient déjà pris place dans la salle (Gaspard Ulliel, Orelsan, Gaël Morel, Nicolas Saada, Claire Burger…) ainsi que ceux de celui de la Révélation chapeauté cette année par Anna Mouglalis. Tout ce petit monde aura une semaine pour départager les quatorze longs-métrages en compétition, dont neuf premiers films. Le maire de Deauville a officiellement ouvert l’édition avant de céder la place au réalisateur Régis Wargnier qui a rendu un hommage vibrant et joliment tourné à celui qui fut 007 de 1995 à 2002. Emu, Pierce Brosnan, aussi barbu qu’élégant, est revenu sur sa carrière avec modestie et humour, reconnaissant que sans James Bond, il n’aurait pu avoir cette vie-là. Acteur de talent (The Tailor Of Panama, The Ghost Writer,Mamma Mia !, la série The Son…) et désormais producteur heureux très concerné par l’écologie (il a réalisé avec son épouse le documentaire Poisoning Paradise, présenté hors compétition à Cannes en 2018) et l’interdiction des armes à feu, l’Irlandais à la voix un peu voilée par un léger rhume, a toujours sacrément la classe, à tous points de vue.

Photo Olivier Vigerie

 

 WOODY ALLEN ET LA FRANCE : UNE HISTOIRE D’AMOUR

Photo Sundholm, Magnus/Action Press/Rex.Sutterstock

« J’ai le cœur brisé d’être retenu aux Etats-Unis, j’aurais aimé être présent. »

Puisqu’il ne pouvait être à Deauville, Woody Allen a quand même tenu à enregistrer un petit communiqué à l’intention du public, qui a été diffusé juste avant la projection de Un jour de pluie à New York tourné en 2017. Le cinéaste new-yorkais, accusé en plein mouvement #MeToo d’agression sexuelle par sa fille adoptive Dylan Farrow alors qu’elle n’avait de sept ans, a été lâché par son distributeur Amazon et vu son film privé de sortie aux Etats-Unis. Même si les poursuites à l’encontre du réalisateur (qui a toujours nié les faits) ont été abandonnées après deux enquêtes, la programmation en première au festival de Deauville a irrité les féministes. Dans sa petite allocution, Woody Allen dont la parole est plutôt rare, a tenu à remercier le public français qui a toujours défendu ses films. Vu la qualité de celui-là, il eut été dommage qu’il reste à jamais dans les tiroirs.

 

« Real life is fine for people who can’t do any better. »

 

UN JOUR DE PLUIE À NEW YORK (A RAINY DAY IN NEW YORK)


Woody Allen
2019
Dans les salles françaises à partir du 18 septembre 2019

Bien qu’élève à Yardley, université provinciale choisie par sa mère autoritaire, Gatsby Welles (Timothée Chalamet), intello et joueur de poker invétéré, est new-yorkais de cœur. Ainsi lorsqu’Ashleigh (Elle Fanning), sa petite amie étudiante originaire de l’Arizona, lui apprend qu’elle doit se rendre à New York afin d’interviewer un cinéaste célèbre pour la gazette de l’université, Gatsby se réjouit à l’idée de lui faire découvrir les lieux qu’il aime. Mais il semble que le destin a décidé de jouer des tours aux deux jeunes gens, à l’image du ciel new-yorkais, de plus en plus maussade…

A quatre-vingt-trois ans, Woody Allen continue à faire des films d’une fraîcheur et d’une fantaisie sidérantes. Un jour de pluie à New York, privé de sortie aux Etats-Unis, mais heureusement pas dans de nombreux pays d’Europe, est une comédie romantique absolument exquise, dont les protagonistes ont à peine vingt-cinq ans. En étudiant intello et sarcastique, réfractaire à sa famille WASP et fortunée, passionné de jazz, de littérature et joueur de poker doué, Timothée Chalamet est renversant. Le jeune phénomène franco-américain révélé par Call Me By Your Name est en quelque sorte la version idéalisée du cinéaste jeune, qui a confié avoir mis beaucoup de lui dans ce personnage en décalage avec son époque. Sa petite amie est campée par une Elle Fanning irrésistible dans son numéro d’ingénue ambitieuse. Cette adorable provinciale a le chic pour se mettre dans des situations rocambolesques, en conservant quoi qu’il arrive son allure de jeune fille de bonne famille. Au hasard de leurs rencontres respectives, les deux tourtereaux vont aller de découvertes en déconvenues et vice versa, et en apprendre davantage sur eux-mêmes. On baigne ici dans du pur Woody Allen, avec des personnages à la croisée des chemins et un héros (au nom prédestiné) qui ne cesse d’argumenter et de chercher un sens à sa vie. On y parle beaucoup et on rit énormément. Le cinéaste parvient à faire de petits riens des grands moments de cinéma. Il est aidé par le talent du chef opérateur Vittorio Storaro (Le dernier tango à Paris, Apocalypse Now…) qui confère à ce New York sous la pluie un aspect magnifiquement iconique. Sous des airs choisis, les jeunes protagonistes emportent les spectateurs des grands hôtels aux clubs de jazz, en passant par le MoMA et sans oublier Central Park et sa balade en calèche. Quiproquos, occasions manquées, révélations… Tout cela est charmant, spirituel, mélancolique, terriblement intelligent et infiniment romantique.
1h 32. Et avec Selena Gomez, Jude Law, Rebecca Hall, Liev Schreiber, Kelly Rohrbach, Diego Luna, Cherry Jones…

Site officiel Festival du Film Américain de Deauville 2019

LE SECRET DES KENNEDY (Chappaquiddick)

 

@Olivier Vigerie

Loin du faste d’antan et plus que jamais temple d’une cinéphilie de circonstance, le festival du Cinéma Américain de Deauville a choisi d’ouvrir les festivités vendredi 31 août avec Le secret des Kennedy, une reconstitution de l’affaire Chappaquiddick qui avait coûté la vie à la jeune Mary Jo Kopechne et, à Ted Kennedy, sa candidature à la présidentielle. Jason Clarke en étant l’interprète principal, c’est à lui que le festival a rendu hommage vendredi soir, en lui décernant un Deauville Talent Award. Si son nom est encore inconnu du grand public – et apparemment de Sandrine Kiberlain, Présidente du jury, visiblement très sommairement briefée, qui a éprouvé quelques difficultés en lisant (découvrant ?) le texte d’hommage et notamment les titres de films – le comédien australien remarqué dans Des hommes sans loi, Zero Dark Thirty, Mudbound, HHhH, Everest ou Terminator Genesys possède déjà une solide filmographie. Dans ce film présenté en première française, il endosse avec brio le costume du dernier de la fratrie Kennedy : un biopic pertinent et moins académique qu’il n’y paraît.

 

« My conduct and conversations during the next several hours, to the extent that I can remember them, make no sense to me at all. »
(Ted Kennedy, discours télévisé, 25 juillet 1969)

 

Le secret des Kennedy (Chappaquiddick)

John Curran
2017
Présenté hors compétition, date de sortie française encore inconnue

Le soir du 18 juillet 1969, alors que les Américains et le monde entier ont les yeux tournés vers la Lune, le jeune sénateur Ted Kennedy (Jason Clarke) et sa garde rapprochée participent à une soirée sur la petite île de Chappaquidick au large de l’île de Martha’s Vineyard. La question de la candidature de Ted à la prochaine élection présidentielle est sur toutes les lèvres Après avoir discuté avec la jeune Mary Jo Kopechne (Kate Mara), qui s’était très impliquée dans la campagne de feu Robert Kennedy, le sénateur lui propose une virée en voiture. Mais au moment de passer un pont sans garde-fou, leur véhicule fait une embardée et tombe dans l’étang. Ted parvient à s’extirper de la voiture qui coule inexorablement, mais pas la jeune fille, qui reste prisonnière. Au lieu de prévenir les secours et les autorités, le sénateur se met à agir de manière on ne peut plus inappropriée et erratique…

Dans True Compass, ses mémoires posthumes parues en 2009, un mois après sa mort, Edward « Ted » Kennedy confiait que l’affaire Chappaquiddick l’avait hanté toute sa vie et pas seulement parce qu’elle lui a fermé les portes de la Maison Blanche. Presque cinquante ans après cet événement tragique, le film réalisé par l’habile John Curran (Stone, Le voile des illusions, We Don’t Live Here Anymore) le reconstitue avec minutie, s’attachant aux faits, mais en ne s’interdisant pas de les dramatiser ni de les interpréter. Ted Kennedy, dont l’attitude avait été qualifiée par le rapport de police de l’époque de « lâche et indigne », mettra dix heures à donner l’alerte. Pourtant, d’après le plongeur qui a ramené le corps, Mary Jo Kopechne aurait vraisemblablement pu être sauvée dans les premières heures. A la question : « Que s’est-il passé dans la tête du jeune sénateur ? », nul et encore moins le principal intéressé, n’a jamais apporté de réponse. Mais le biopic parvient néanmoins à donner des pistes. Sous l’apparence d’un gosse de riche, gâté et choyé, Ted Kennedy est surtout un homme perturbé, encore sous le choc des assassinats de ses deux frères prodiges, et en proie au doute sur son avenir. Son manque d’assurance contraste avec la ferveur de la jeune équipe féminine de campagne de Bobby (les fameuses boiler room girls dont faisait partie Mary Jo), qui lui fait comprendre lors de cette fameuse soirée du 18 juillet qu’elle est prête à relever avec lui le défi de la prochaine élection présidentielle. Le comportement de Ted relèvera tant de l’absurde après l’accident que le film prend une tournure presque comique. Ni les recommandations avisées de son cousin et proche conseiller Joe Gargan (formidable Ed Helms) abasourdi par la stupeur et l’incompréhension, ni la grosse artillerie déployée par l’équipe de choc de Joe Kennedy n’y feront. La presse va faire ses choux gras des égarements du sénateur et de ses revirements. « On a dit la vérité, du moins notre version de la vérité. » clame Ted avec une certaine inconscience. Le film n’y va pas non plus avec le dos de la cuiller lorsqu’il s’agit de montrer l’intensité du mépris du patriarche de la famille envers son fils. Quant à la jeune Mary Jo Kopechne, elle trouve ici enfin une véritable identité. Cette jeune fille brillante et promise à un bel avenir avait été qualifiée par les médias de l’époque, incapables d’écrire et de prononcer correctement son nom, de « blonde » et de « poule ». Enfin, plus encore que la clémence obscène de la justice et de la presse (sous prétexte que la famille Kennedy avait déjà tant souffert… ), c’est celle du peuple qui interroge. Car ni le scandale et ni l’humiliation n’empêcheront le benjamin du clan d’être réélu sénateur du Massachusetts l’année suivante (il le sera constamment jusqu’en 2006, ce qui lui vaudra le surnom de « Lion du Sénat »). Comme si, en touchant le fond lors de l’accident de Chappaquiddick, il s’était enfin trouvé, pour n’avoir ensuite de cesse de travailler à sa rédemption.
1h 46 Et avec Bruce Dern, Jim Gaffigan, Olivia Thirlby, Clancy Brown…

BANDE-ANNONCE (sur « Atlantis », de Donovan)

Site officiel Festival de Deauville 2018

DEAUVILLE 2017 – Barry Seal/Le château de verre

Bien que chahuté par les conditions météo franchement automnales, le 43ème festival de Deauville n’a pas failli à sa mission première : faire découvrir le meilleur du cinéma américain du moment. Depuis quelques années, la programmation fait la part (très) belle au cinéma indépendant et force est de constater que le festival est désormais devenu un haut lieu de la cinéphilie, une sorte de réplique sympathique du festival de Sundance. Les invités eux-mêmes sont moins des stars que des acteurs chevronnés, des sortes de « petites mains » du cinéma américain qu’on aime, même si le grand public a parfois du mal à mettre un nom sur leur visage. Ainsi pouvait-on entendre le jour de l’ouverture, où un hommage était rendu à l’inoubliable Lula de David Lynch : « Laura Dern… ? C’est qui ? »  « Elle a joué dans quoi ? » ; « C’est pas la fille de Jurassic Park ? » Woody Harrelson lui-même était ébahi d’être applaudi à tout rompre le soir du palmarès, après l’hommage pertinent et hilarant rendu par Michel Hazanavicius. Le héros de Tueurs nés, fils d’un vrai tueur à gages et acteur épatant, a confirmé dans son discours qu’il était conscient de ne pas véhiculer le même glamour que George Clooney ou même de son complice de True Detective, Matthew McConaughey. Les curieux auront quand même pu débattre de la nouvelle coupe de cheveux de Robert Pattinson, venu fouler les planches après sa défection d’il y a deux ans, et admirer la plastique de la torride Michelle Rodriguez, qui a confirmé vouloir désormais s’attaquer à des rôles plus « complexes »…

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PALMARES

Si le jury présidé par Michel Hazanavicius a choisi de couronner The Rider, de Chloé Zhao (Les chansons que les frères m’ont apprises), sur la quête d’identité d’un cow-boy dont la vie bascule après un accident de rodéo, c’est bien A Ghost Story qui a créé la sensation.

Le film de David Lowery a en effet remporté le Prix du Jury, le Prix de la Critique et le Prix Kiehl’s de la Révélation 2017. A sa grande surprise, le réalisateur du magnifique Les amants du Texas , déjà interprété par Rooney Mara et Casey Affleck (héros de A Ghost Story), est donc monté sur scène à trois reprises pour recevoir ses trophées qu’il a dit humblement vouloir partager avec ses concurrents. Chose rare pour être signalée : il a clamé son amour pour les critiques, qu’il considère comme des artistes à part entière. A noter qu’il faudra attendre le 20 décembre pour découvrir A Ghost Story en France.

Bande-annonce A Ghost Story

Bande-annonce The Rider

Brooklyn Yiddish, de Joshua Z. Weinstein, a reçu le Prix ex-aequo de la Critique
Bande-annonce

Mary, de Marc Webb, le Prix du Public de la ville de Deauville
Bande-annonce

Jeune femme, de Léonor Serraille, le Prix d’Ornano-Valenti (ex-Prix Michel d’Ornano), qui récompense les premiers films français.
Bande-annonce

Les membres du Jury Emmanuelle Devos, Charlotte Le Bon, Clotilde Hesme et Alice Winocour entourant leur président Michel Hazanavicius, et les lauréats David Lowery et Joshua Z. Weinstein (Photo Charly Triballeau/AFP)

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Présentés hors compétition et en premières françaises, les films d’ouverture et de clôture, Barry Seal, American Traffic et Le château de verre, ou deux facettes du cinéma américain

 

Barry Seal : American Traffic (American Made)


« All this is legal ?
– If you’re doing it for the good guys. »

Doug Liman

2017
Dans les salles françaises depuis le 13 septembre

A la fin des années 70 aux Etats-Unis, Barry Seal (Tom Cruise), pilote de ligne pour la WTA, s’adonne à un petit trafic de cigares pour arrondir ses fins de mois, mais aussi pour mettre du piment dans un job qu’il trouve trop routinier. Pris la main dans le sac par Monty Schafer (Domhnall Gleeson), de la CIA, qui l’a surtout repéré pour son côté casse-cou, il est recruté pour survoler l’Amérique latine et prendre des photos stratégiques des bases des rebelles communistes. Mais les allers et venues de Seal ne tardent pas à alerter un certain Pablo Escobar, qui lui propose une association très lucrative. Et ce n’est que le début…

La réalité dépasse souvent la fiction, comme en témoigne l’histoire vraie de Barry Seal — qui éclaboussa l’administration Reagan dans les années 80 — ici mise en scène façon comédie rocambolesque par Doug Liman. Tom Cruise se donne à cœur joie (et à corps perdu) dans le rôle de cet aventurier tête brûlée sans scrupule, opportuniste, tantôt malin, tantôt benêt, et père de famille aussi aimant qu’irresponsable. En osmose évidente avec Doug Liman, qui l’a déjà dirigé dans The Edge Of Tomorrow, l’acteur roule constamment des mécaniques, à la manière du Maverick de Top Gun dont il prépare la suite pour 2019, et effectue un véritable numéro comique. Privilégiant le rythme (constamment trépidant), le cinéaste insiste sur le caractère absurde de cette histoire, dénonçant avec virtuosité les agissements douteux de la CIA et du gouvernement américain. Le traitement visuel vintage, l’insertion d’images d’archives de la télévision américaine de l’époque, et la bande-son ad hoc permettent une immersion totale dans cette période qui fait décidément fantasmer les cinéastes comme les musiciens (ce passage des 70’s aux 80’s). L’excellent Domhnall Gleeson campe un agent de la CIA ambigu et cynique à souhait, chacune de ses apparitions semblant siffler la fin de la récréation pour notre héros survolté. On peut juger le divertissement clippesque, léger et trop superficiel, mais s’il ne restera pas dans les annales, ce numéro de voltige souvent hilarant a quelque chose d’éminemment jubilatoire.
1 h 55 Et avec Sarah Wright, Jesse Plemons, Caleb Landry Jones, Benito Martinez, Jed Rees, Alejandro Edda…

BANDE-ANNONCE

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Le château de verre (The Glass Castle)


« This place doesn’t have any running water or electricity.
– Ignore her, she’s was born without vision. »

Destin Daniel Cretton
2017
Dans les salles françaises le 27 septembre 2017

Chroniqueuse mondaine au New York Magazine, Jeannette Walls (Brie Larson) est sur le point de se fiancer. En voyant cette jeune femme sophistiquée, nul ne peut imaginer ce que fut son enfance. Jeannette a en effet été élevée avec son frère et ses sœurs par une mère artiste irresponsable (Naomi Watts) et un père inventeur, rêveur et alcoolique (Woody Harrelson). Déménageant constamment de ville en ville dans des maisons miteuses pour fuir les créanciers, les Walls se sont refusés à scolariser leur progéniture. En grandissant, les enfants vont avoir autant de difficultés à supporter ce mode d’existence marginal, certes baigné de rêve et de poésie, mais bien précaire, que les promesses jamais tenues de leur père…

Une des premières scènes du film est glaçante : dans le taxi new-yorkais qui la ramène chez elle après un dîner mondain, Jeannette Walls aperçoit par la vitre un couple de clochards fouillant une benne à ordure : il s’agit de ses parents. Elle s’enfonce alors dans le siège arrière, tandis que le taxi file à toute allure. Jeannette se remémore alors l’admiration qu’elle portait, enfant, à ce père génial et fantasque. Par un jeu constant de flash-backs, Destin Daniel Cretton va reconstituer l’histoire vraie de cette famille dysfonctionnelle, telle que racontée par Walls dans The Glass Castle, son best-seller paru en 2005. Des années 60 jusqu’à aujourd’hui, on suit à travers le regard de Jeannette les tribulations de cette tribu excentrique, dont le père n’a de cesse d’exalter l’imagination de ses enfants et de les engager à ne jamais céder à la peur, aux préjugés et au conformisme. Ces parents hippies aimants, mais irresponsables, ont exposé leur progéniture à des dangers, et les ont contraints à grandir dans la misère. Avec l’âge, Jeannette va changer de regard sur ses parents, et notamment sur son père. Les promesses non tenues, les dérives alcooliques auront raison de l’admiration et céderont la place à la honte et la colère. Brie Larson, Oscar de la Meilleure actrice en 2016 (pour Room), retrouve quatre ans après son metteur en scène de States Of Grace (Short Term 12). Elle restitue parfaitement la rage rentrée, la dureté et la détermination de son personnage. Mais si les acteurs dans leur ensemble ne déméritent pas, il est dommage que le cinéaste ait un peu trop versé dans le mélodrame (c’était déjà un peu le cas dans States Of Grace). Passionnant sur le papier, ce sujet aurait mérité un traitement plus radical qui aurait conféré au film un caractère plus universel. Et le générique de fin, dans lequel apparaissent des séquences des vrais protagonistes de l’histoire, n’ajoute rien à l’affaire.
2 h 07 Et avec Max Greenfield, Ella Anderson, Chandler Head, Sadie Sink, Sarah Snook…

BANDE-ANNONCE



Site officiel Festival de Deauville 2017

Photos Denis Guignebourg/Bestimages, Le pays d’Auge, Charly Triballeau/AFP, Getty Images, Robin Uzan…