EFFACER L’HISTORIQUE

Il est bien moins spectaculaire que le blockbuster de Christopher Nolan, mais le dernier cru des trublions de Groland a fait lui aussi revenir les spectateurs dans les salles en cette fin d’été, et est en passe de devenir un phénomène. Un succès légitime. Attaque en règle contre les géants du Net, Effacer l’historique vaut son pesant de cacahuètes. Les réalisateurs de Mammuth, Le grand soir, Saint Amour ou I feel Good continuent à porter un regard tendre et poétique sur les oubliés d’une société de consommation impitoyable, déshumanisée, phagocytée par les nouvelles technologies.

 

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« Et puis un jour, il y a eu l’accident. Au lieu de regarder les écrans je regardais Dr. House, la saison 6. J’ai pas vu… il y a eu une fuite radioactive. J’ai perdu mon job, j’ai perdu mon mari. Bon mon mari, c’était à cause de House Of Cards… » (Christine, accro aux séries)

 

EFFACER L’HISTORIQUE

2020
Dans les salles françaises depuis le 26 août 2020
Ours d’argent du 70e anniversaire du festival de Berlin en février 2020

Ils s’étaient rencontrés sur un rond-point en manifestant avec les « gilets jaunes » avant de découvrir qu’ils étaient voisins dans le même petit lotissement pavillonnaire, à la périphérie d’une ville. Christine (Corine Masiero), Marie (Blanche Gardin) et Bertrand (Denis Podalydès) sont restés amis et devenus camarades de galère. Car des ennuis, ces trois-là en ont par-dessus la tête. La faute à Internet, aux réseaux sociaux, au surendettement, à la surconsommation, aux séries télé… Trop c’est trop. Un jour, ils décident de partir en guerre contre les GAFA…

Il fallait bien le talent de ce tandem de doux dingues pour évoquer les absurdités du monde moderne avec autant de pertinence et de drôlerie. Et pourtant, il y a quelque chose d’infiniment désespéré dans le portrait de ces trois paumés, rêveurs à côté de la plaque, dépassés par le monde qui les entoure et perclus de solitude. Ils sont divorcés ou chômeurs, ou les deux, désargentés et loin d’être des parents modèles. Leur lotissement est sans âme, leur maison aussi (le film est tourné exprès en 16 mm et basse définition). Bien que fantaisistes, leurs tribulations s’appuient sur une réalité effarante et des situations du quotidien auxquelles les cinéastes ont eux-mêmes été confrontés (comparatifs de mutuelles, impossibilité de dialoguer avec un être humain sur une plate-forme du service public…). Tout ça sent le vécu. Pas d’éclaircie du côté des ados, constamment sur leur téléphone portable, plus hébétés encore que les adultes. De saynètes édifiantes en moments de pur délire, chacun y va de son numéro hilarant. Si dans ce trio haut en couleur et en verbe, Corinne — Capitaine Marleau — Masiero était attendue, Denis Podalydès (sociétaire de la Comédie Française) et Blanche Gardin, l’humoriste en vogue, ne déparent pas dans le décor. Cette dernière ne ménage pas sa peine en mère catastrophe qui attire les emmerdes, tantôt déchaînée, tantôt bouleversante. Parmi les copains venus faire « un petit tour », on notera les apparitions mémorables de Benoît Poelvoorde (en livreur d’Amazon en plein burn-out), Vincent Lacoste (en étudiant sans scrupule), Vincent Dedienne (en fermier bio), Michel Houellebecq (en suicidaire… ), Bouli Lanners (en Dieu…) et même de Jean Dujardin en chasseur de pandas ! Il émane de ce pamphlet farfelu et bancal un joyeux esprit de rébellion. On se dit que le monde n’est pas tout à fait foutu.
1 h 50 Et avec Jackie Berroyer, Philippe Rebbot, Monique Leroux… (Ad Vitam)

 

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