SILENCE

Vingt-huit ans après son sulfureux La dernière tentation du Christ, Martin Scorsese s’interroge à nouveau sur le mystère de la foi et divise la critique. Inspiré d’un livre du Japonais Shûsaku Endô, Silence mêle l’intime et le spectaculaire, et cette épopée historique aussi majestueuse qu’épurée se révèle une réflexion mystique, politique et philosophique passionnante jusqu’au bout.

 

« I pray but I’m lost. Am I just praying to silence ? »

 

Silence

Martin Scorsese
2016 (Dans les salles françaises depuis le 8 février 2017)

Au XVIIe siècle, deux jeunes prêtres jésuites portugais, Rodrigues (Andrew Garfield) et Garupe (Adam Driver), obtiennent l’autorisation de se rendre au Japon pour retrouver leur mentor disparu, le Père Ferreira (Liam Neeson), qui aurait renié sa foi en pleine mission évangélisatrice. Bien qu’ils sachent que le catholicisme a depuis peu été décrété illégal au Japon, les deux prêtres sont prêts à braver tous les dangers pour laver leur vénérable professeur de cette accusation…

Le film invite à un voyage, à la fois intime et géographique. Celui que font ces deux jeunes prêtres idéalistes, sûrs de leur foi et du bien-fondé de leur quête, qui débarquent clandestinement dans un pays lointain, fermé aux étrangers, et dont ils ignorent tout. Ils découvrent que les chrétiens y sont traqués, martyrisés et exécutés. Au début, rien n’altère la perception de leur mission, d’autant qu’ils sont accueillis comme le Messie dans les villages chrétiens qui résistent à l’oppression. Mais lorsque leurs ouailles se retrouvent en danger de mort par leur faute, le doute s’installe. Si la foi du Père Garupe semble infaillible, celle du Père Rodrigues est mise à l’épreuve. Andrew Garfield, constamment christique, rend les souffrances de ce combat intérieur palpables : la profession de foi justifie-t-elle que des hommes soient sacrifiés au nom de Dieu ? Ces persécutions bousculent les convictions profondes de ce jeune jésuite qui se heurte invariablement au silence divin. Martin Scorsese, qui a réfléchi durant vingt ans à cette adaptation, s’est débarrassé des artifices fantastiques qui caractérisaient La dernière tentation du Christ. Il aborde ici frontalement la question de la foi, de la trahison et de l’expiation, une véritable obsession chez cet ancien séminariste, qui transpire dans bon nombre de ses films. Mais contrairement à ce que vitupèrent certains critiques, il n’y a dans ce Scorsese ni « martyrologie » des chrétiens, ni prosélytisme à outrance, ni complaisance dans la représentation de la violence. Au contraire, le souci de vérité historique est ici manifeste (le livre de Shûsaku Endô est d’ailleurs inspiré d’un fait historique avéré). Le discours de l’inquisiteur japonais, qui perçoit le christianisme comme le cheval de Troie de l’Occident, n’a rien de fantaisiste, et Scorsese met l’accent sur le pragmatisme des instances japonaises, qui défendent leurs traditions et leur homogénéité culturelle. A ce propos, les joutes verbales qui ponctuent la deuxième partie du film sont remarquables. Elles nourrissent une réflexion politique et philosophique passionnante, non sans rapport avec l’actualité. Il est injuste que cette œuvre ambitieuse, âpre et intelligente ait été à ce point boudé par l’Académie des Oscars. La seule nomination est allée au chef opérateur Rodrigo Prieto, auteur des images fabuleuses qui rendent hommage à la beauté de cette nature majestueuse (le film a été tourné à Taiwan) et renvoient à l’esthétique du cinéma de Kurosawa et Mizoguchi (Scorsese a confié avoir emprunté une scène des Contes de la lune vague après la pluie). On signalera aussi que si les acteurs américains ne déméritent pas, ce sont les performances des comédiens japonais de renommée internationale — Tadanobu Asano, Issei Ogata et Yôsuke Kubozuka — qui éclaboussent l’écran.
2 h 41 Avec Ciaràn Hinds, Shin’ya Tsukamoto, Yoshi Oida…

BANDE-ANNONCE








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