MESSIAH Saison 1

Et si Jésus revenait aujourd’hui, à l’heure d’Instagram, Twitter, Daech et des fake news ? Parviendrait-il à unir les peuples ou, au contraire, engendrerait-il un chaos de masse ? C’est la question que pose cette passionnante série écrite par Michael Petroni pour Netflix, sans nul doute le choc télévisuel de ce début d’année. (pas de spoiler dans cette chronique)

 


« This is bigger than what you can imagine. »

 

Messiah Saison 1

Michael Petroni
2020
10 épisodes diffusés sur Netflix depuis le 1er janvier 2020

En Syrie, un jeune prêcheur (Mehdi Dehbi) parvient à empêcher une attaque djihadiste en invoquant une tempête de sable. Les témoins de l’événement, convaincus qu’il est un nouveau messie, entreprennent de le suivre dans le désert jusqu’à la frontière israélienne. Les médias du monde entier se focalisent sur cet homme extrêmement charismatique qui semble venu de nulle part. Tandis que beaucoup s’emballent, d’autres sont méfiants, tels Eva Geller (Michelle Monaghan), agent de la CIA, et Aviram Dahan (Tomer Sisley) du Mossad. Convaincus qu’il est un imposteur, voire un terroriste, ils vont remuer ciel et terre pour le démasquer…

A peine Messiah avait-elle commencé sur Netflix qu’elle suscitait les polémiques. Un boycott de la série est réclamé par ceux qui la jugent anti-islamique, propagandiste ou carrément blasphématoire, tandis que la Jordanie, qui avait pourtant autorisé le tournage sur ses terres, en a purement et simplement interdit la diffusion. Cependant, le discours du mystérieux Al Massih, formidablement campé par le bel acteur belge d’origine tunisienne Medhi Dehbi (remarqué dans Le fils de l’autre et  Un homme très recherché) n’a rien d’offensant. Dans un contexte constamment tendu, et notamment celui du conflit israélo-palestinien, sa sagesse, sa sérénité à toute épreuve et sa manière d’éluder les questions ont quelque chose de fascinant. Le scénariste australien Michael Petroni, déjà à l’œuvre sur La voleuse de livres, Le monde de Narnia ou la série Miracles, a échafaudé une intrigue astucieuse (« fourre-tout » selon ses détracteurs…), et sa neutralité religieuse ne saurait être mise en doute. C’est ce qui fait tout le sel de ce show multilingue qui parle surtout de spiritualité. Entre le thriller géopolitique façon Homeland et le drame mystique, le spectaculaire et l’intime sont savamment enchevêtrés pour faire vaciller les convictions du téléspectateur, confronté à ses propres croyances. La saison 1 s’achève en beauté, de manière on ne peut plus intrigante. On espère une saison 2.
10 épisodes de 40 minutes Et avec John Ortiz, Beau Bridges, Michael O’Neill, Dermot Mulroney, Emily Kinney, Assaad Bouab, Sayyid El Alami…

 

 

SILENCE

Vingt-huit ans après son sulfureux La dernière tentation du Christ, Martin Scorsese s’interroge à nouveau sur le mystère de la foi et divise la critique. Inspiré d’un livre du Japonais Shûsaku Endô, Silence mêle l’intime et le spectaculaire, et cette épopée historique aussi majestueuse qu’épurée se révèle une réflexion mystique, politique et philosophique passionnante jusqu’au bout.

 

« I pray but I’m lost. Am I just praying to silence ? »

 

Silence

Martin Scorsese
2016 (Dans les salles françaises depuis le 8 février 2017)

Au XVIIe siècle, deux jeunes prêtres jésuites portugais, Rodrigues (Andrew Garfield) et Garupe (Adam Driver), obtiennent l’autorisation de se rendre au Japon pour retrouver leur mentor disparu, le Père Ferreira (Liam Neeson), qui aurait renié sa foi en pleine mission évangélisatrice. Bien qu’ils sachent que le catholicisme a depuis peu été décrété illégal au Japon, les deux prêtres sont prêts à braver tous les dangers pour laver leur vénérable professeur de cette accusation…

Le film invite à un voyage, à la fois intime et géographique. Celui que font ces deux jeunes prêtres idéalistes, sûrs de leur foi et du bien-fondé de leur quête, qui débarquent clandestinement dans un pays lointain, fermé aux étrangers, et dont ils ignorent tout. Ils découvrent que les chrétiens y sont traqués, martyrisés et exécutés. Au début, rien n’altère la perception de leur mission, d’autant qu’ils sont accueillis comme le Messie dans les villages chrétiens qui résistent à l’oppression. Mais lorsque leurs ouailles se retrouvent en danger de mort par leur faute, le doute s’installe. Si la foi du Père Garupe semble infaillible, celle du Père Rodrigues est mise à l’épreuve. Andrew Garfield, constamment christique, rend les souffrances de ce combat intérieur palpables : la profession de foi justifie-t-elle que des hommes soient sacrifiés au nom de Dieu ? Ces persécutions bousculent les convictions profondes de ce jeune jésuite qui se heurte invariablement au silence divin. Martin Scorsese, qui a réfléchi durant vingt ans à cette adaptation, s’est débarrassé des artifices fantastiques qui caractérisaient La dernière tentation du Christ. Il aborde ici frontalement la question de la foi, de la trahison et de l’expiation, une véritable obsession chez cet ancien séminariste, qui transpire dans bon nombre de ses films. Mais contrairement à ce que vitupèrent certains critiques, il n’y a dans ce Scorsese ni « martyrologie » des chrétiens, ni prosélytisme à outrance, ni complaisance dans la représentation de la violence. Au contraire, le souci de vérité historique est ici manifeste (le livre de Shûsaku Endô est d’ailleurs inspiré d’un fait historique avéré). Le discours de l’inquisiteur japonais, qui perçoit le christianisme comme le cheval de Troie de l’Occident, n’a rien de fantaisiste, et Scorsese met l’accent sur le pragmatisme des instances japonaises, qui défendent leurs traditions et leur homogénéité culturelle. A ce propos, les joutes verbales qui ponctuent la deuxième partie du film sont remarquables. Elles nourrissent une réflexion politique et philosophique passionnante, non sans rapport avec l’actualité. Il est injuste que cette œuvre ambitieuse, âpre et intelligente ait été à ce point boudé par l’Académie des Oscars. La seule nomination est allée au chef opérateur Rodrigo Prieto, auteur des images fabuleuses qui rendent hommage à la beauté de cette nature majestueuse (le film a été tourné à Taiwan) et renvoient à l’esthétique du cinéma de Kurosawa et Mizoguchi (Scorsese a confié avoir emprunté une scène des Contes de la lune vague après la pluie). On signalera aussi que si les acteurs américains ne déméritent pas, ce sont les performances des comédiens japonais de renommée internationale — Tadanobu Asano, Issei Ogata et Yôsuke Kubozuka — qui éclaboussent l’écran.
2 h 41 Avec Ciaràn Hinds, Shin’ya Tsukamoto, Yoshi Oida…

BANDE-ANNONCE