LAUREN BACALL, LA CLASSE INCARNÉE

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« We live in an age of mediocrity. Stars today are not the same stature as Bogie, James Cagney, Spencer Tracy, Henry Fonda and Jimmy Stewart. »
Lauren Bacall

 

Lauren Bacall, qui s’est éteinte le 12 août à 89 ans, était l’une des dernières icônes de l’âge d’or d’Hollywood. Entre autres petits boulots, cette beauté à la silhouette longiligne avait été mannequin. « The Look » (surnom que lui ont valu ses yeux de félin et son regard en-dessous) aurait  pu s’appeler aussi bien « The Voice » tant sa voix rauque et sexy était indissociable de sa personnalité, farouchement indépendante. Quoi qu’il en soit, Lauren Bacall (née Betty Joan Perske à New York, dans une famille d’immigrants juifs roumano-polonais) avait une classe folle. Elle allumait sa cigarette comme personne et, comme tous les gens bien, elle n’était pas dénuée d’humour. Elle était même hilarante dans La femme modèle, de Vincente Minnelli ou dans Comment épouser un millionnaire, de Jean Negulesco, même si les rôles plus graves, tel celui de l’épouse meurtrie d’un alcoolique névrosé dans le remarquable mélodrame de Douglas Sirk, Ecrit sur du vent, lui allaient comme un gant. C’est pourtant dans le registre du film noir qu’elle laissera sa sublime empreinte, du Port de l’angoisse à Key Largo, en passant par Les passagers de la nuit et Le grand sommeil, tous sommets du genre. Elle y donnait la réplique à Humphrey Bogart, avec qui elle a formé, durant douze ans, un couple de rêve, devenu légendaire. Ce qui lui fera dire, bien des années après la mort de Bogie : « A woman isn’t complete without a man. But where do you find a man – a real man – these days ? »

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Lauren Bacall + To Have and Have Not 20Le port de l’angoisse (To Have And Have Not), Howard Hawks 1944

 

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Ecrit sur du vent (Written On The Wind), Douglas Sirk 1956

 

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La femme modèle (Designing Woman), Vincente Minnelli 1957

 

Le grand sommeil (The Big Sleep)

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Howard Hawks
1946

Philip Marlowe (Humphrey Bogart) est engagé par un vieux milliardaire mourant pour surveiller l’une de ses filles (Martha Vickers) qu’il soupçonne être la victime d’un maître chanteur. Au cours de son enquête, véritable puzzle, Marlowe est confronté à de nombreuses figures de la pègre et à la corruption sous toutes ses formes. En même temps, il tombe sous le charme de la seconde fille de son employeur, l’énigmatique Vivian (Lauren Bacall)…

Sorti tout droit de l’imagination de Raymond Chandler, ce roman noir fut un véritable casse-tête pour les trois scénaristes à qui incomba la tâche de l’adapter (l’un d’entre eux n’était autre que le dramaturge William Faulkner). La légende rapporte que Hawks, ne comprenant pas qui pouvait être le responsable d’un des meurtres, appela lui-même Chandler pour en avoir le cœur net : ce dernier lui répondit, en râlant, en savoir fichtrement rien lui-même et qu’il n’avait qu’à deviner ! Il est vrai que l’intrigue est si nébuleuse que l’on s’y perd souvent. Qu’importe ! Les personnages, tous animés de mauvaises intentions, sont passionnants. L’atmosphère lourde et enfumée sied à merveille aux dialogues tranchants et à double sens. Deux ans après Le port de l’angoisse, du même Howard Hawks, le couple Bacall-Bogart se retrouvait plus en phase que jamais, faisant de ce thriller une œuvre inoubliable, mythique, le film noir par excellence.

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Rédigé pour Fnac.com en 2000

 

ROBIN WILLIAMS : HOMMAGE

« La réalité… quel drôle de concept ! » Robin Williams

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« O Captain! My Captain! »

Disparu tragiquement le 11 août 2014 à 63 ans, l’inoubliable interprète du professeur Keating du Cercle des poètes disparus fut tout aussi remarquable en psychologue éclairé dans Will Hunting (rôle qui lui a valu l’Oscar du Meilleur second rôle masculin, le seul de sa carrière) ou en Peter Pan vieillissant dans l’attachant Hook de Steven Spielberg. Acteur caméléon, Robin Williams, né dans une famille aisée de Chicago, excellait dans tous les registres. Et si la comédie restait le domaine de prédilection de ce clown lunaire, il s’est également distingué dans des rôles plus sombres. En 2002, il campait un assassin retors dans l’hitchockien Insomnia, de Christopher Nolan, et la même année, il était cet employé solitaire du méconnu Photo Obsession, réalisé par le vidéaste Mark Romanek, à la croisée du thriller à suspense et de la tragédie humaine.

 

Photo Obsession (One Hour Photo)
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De Mark Romanek
2002

Technicien de labo photo efficace, Seymour Parrish (Robin Williams) est responsable du rayon photo d’un supermarché. Son travail constitue le seul bonheur de sa vie solitaire et misérable. Seymour est particulièrement fasciné par les photos de famille des Yorkin, qu’il développe depuis déjà quelques années et dont il n’oublie jamais de conserver un tirage pour son propre plaisir. Cette famille modèle de la banlieue chic représente pour lui un tel idéal de bonheur, qu’un jour, cédant à une pulsion irrépressible, il entre en contact avec Nina Yorkin (Connie Nielsen)…

Lauréat du Prix du Jury à Deauville en 2002, Photo Obsession a enthousiasmé le public et la critique à sa sortie. Après un premier long-métrage passé inaperçu en 1985 (Static), Mark Romanek, réalisateur de clips surdoué et renommé (pour David Bowie, Madonna, R.E.M. …) réussissait ici un coup de maître en mêlant adroitement les genres (drame de la solitude et thriller à suspense). Si le cinéaste du futur Never Let Me Go a reconnu s’être inspiré des anti-héros schizophréniques et paranoïaques de Taxi Driver et du Locataire, sa mise en scène affiche quant à elle des accents kubrickiens frappants (décors cliniques, lumière soignée, minutie des détails). Robin Williams, méconnaissable, est magistral dans ce rôle sombre et subversif, et ce thriller dérangeant et tragique se révèle plus brillant et intelligent que la moyenne.

Rédigé pour Fnac.com en 2003

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Robin Williams en dix leçons :

 1978-1982 Mork et Mindy (série TV)
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1982 Le monde selon Garp (The World According To Garp) de George Roy Hill
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 1987 Good Morning Vietnam de Barry Levinson
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1989 Le cercle des poètes disparus (Dead Poets Society) de Peter Weir
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1991 Fisher King (The Fisher King) de Terry Gilliam
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1991 Hook ou la revanche du Capitaine Crochet (Hook) de Steven Spielberg
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1993 Madame Doubtfire (Mrs Doubtfire) de Chris Columbus
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1995 Jumanji de Joe Johnston
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1997 Will Hunting (Good Will Hunting) de Gus Van Sant
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2002 Insomnia de Christopher Nolan
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BACK TO BLACK

Cinéphiles et amateurs de films noirs en particulier se jetteront sur ce splendide et monumental ouvrage édité par Taschen tout récemment, qui rend un hommage plutôt audacieux à un genre cinématographique esthétique par essence. Introduit par Notes sur le film noir, texte de référence signé Paul Schrader en 1971, le livre répertorie chronologiquement cent des plus belles œuvres du film noir et néo-noir, du Cabinet du Docteur Caligari à Drive, en passant par les classiques Laura ou Le grand sommeil et les plus inattendus The Dark Knight ou Black Swan. Chaque entrée, enrichie d’analyses et extraits de critiques, est généreusement illustrée d’affiches et de photos. Un must have, qui suscitera immanquablement une réflexion sur un genre plus riche et complexe qu’il y paraît.

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« A l’instar du film noir classique, le néo-noir nous plonge dans les ténèbres pour mieux nous faire entrevoir la lumière. » Douglas Keesey

  

Film Noir, 100 All-Time Favorites

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Paul Duncan, Jürgen Müller
2014
(21,5 x 27,4 cm), 688 pages, 39,99 €

Même si, selon la légende, le terme a été inventé par un Français, le film noir est, avec le western, le genre le plus emblématique du cinéma américain. On doit l’expression au critique Nino Frank qui l’aurait pour la première fois utilisé en 1946 dans un article publié dans l’Ecran français. Un an plus tôt, Jacques Prévert avait baptisé Série noire la collection de polars éditée par Marcel Duhamel, qui a contribué à populariser le roman noir américain en France. Cet engouement pour le polar venu d’outre-Atlantique est né à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir bouleversé Hollywood, les films noirs débarquent en masse sur les écrans français. Ces histoires de corruption, de trahisons et de crimes, influencées par le pulp, sont pétries de pessimisme et de cynisme, et hantées par les visions expressionnistes des réalisateurs européens expatriés, maîtres du clair-obscur (Fritz Lang en tête).

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Dans le film noir, écrit Paul Schrader, scénariste de Taxi Driver, et réalisateur d’ American Gigolo, la forme est toujours plus importante que le fond, et celui-ci ne saurait être assimilé aux films de gangsters, ou réduit à une combinaison d’éléments (femme fatale, détective désabusé, décor urbain, scènes nocturnes, crime… ). « Il ne se définit pas par des compositions et des conflits conventionnels, mais plutôt par de subtils éléments de tonalité et d’atmosphère ». Ainsi, comme s’emploient à le démontrer les deux éditeurs et spécialistes de cinéma Paul Duncan et Jürgen Müller, le film noir, qu’il soit défini comme un genre, un style ou un mouvement, est ouvert. Leur sélection donne la préférence à Quai des brumes, Le trésor de la Sierra Madre, Fenêtre sur cour ou Blade Runner plutôt qu’à Règlement de comptes ou Le carrefour de la mort. Pourquoi pas ? D’autant qu’une liste de mille films figure en index final, histoire de ne pas froisser les susceptibilités.

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Wilde

 

En avant propos, le livre bénéficie également d’une analyse approfondie de La Dame de Shanghai d’Orson Welles par Jürgen Müller et Jörn Hetebrügge, ainsi que d’une Introduction au néo-noir par Douglas Keesey, professeur de cinéma et de littérature et auteur de nombreux ouvrages sur le 7ème art.

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Mon Top 10 perso :
(sans ordre de préférence, mais dominé quand même par Règlement de comptes):

Laura Otto Preminger, 1944
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La griffe du passé (Out of the Past), Jacques Tourneur, 1947
Annex - Mitchum, Robert (Out of the Past)_05

La femme aux cigarettes (Road House), Jean Negulesco, 1948
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Le démon s’éveille la nuit (Clash By Night), Fritz Lang, 1952
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Le port de la drogue (Pickup on South Street), Samuel Fuller, 1953
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Règlement de comptes (The Big Heat), Fritz Lang, 1953
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Traquenard (Party Girl), Nicholas Ray, 1958
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A bout portant (The Killers) Don Siegel, 1964
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N’hésitez pas à donner le vôtre…