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QUIZ RÉALISÉ PAR SYLVIE FORTIN ET FÉLIX TROCQUET LE 28 FÉVRIER 2014 DANS LE CADRE DES SOIRÉES DU BISTROT.
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Il faut remonter à Match Point pour retrouver un Woody Allen aussi cynique. Les ombres de Tennessee Williams et Dostoïevski planent sur cette satire de haute volée, portée par une Cate Blanchett en état de grâce.
Blue Jasmine
Woody Allen
2013 (DVD/Blu-ray TF1 Vidéo)
Jasmine French (Cate Blanchett) avait une existence de rêve, des vêtements de luxe, des bijoux, un appartement sur la 5ème Avenue, une maison de vacances dans les Hamptons, jusqu’à ce que son époux (Alec Baldwin), homme d’affaires, soit arrêté pour escroquerie. Fauchée, elle n’a pas d’autre alternative que de déposer ses valises Vuitton à San Francisco, dans le modeste appartement de sa sœur adoptive (Sally Hawkins), caissière. Histoire de reprendre ses marques, trouver un job et rebondir. Mais pour cette snob invétérée, portée sur l’alcool et les tranquillisants, la reconversion a tout du chemin de croix…
Le génial réalisateur de Manhattan semble être revenu à la raison après une longue période d’égarements, de laquelle on retiendra essentiellement Match Point et Whatever Works. En 2013, avec ce portrait de mondaine déchue, Woody Allen se fait subtil et signe une satire corrosive, drôle et cynique, mais aussi terriblement juste et cruelle, qui illustre avec brio sa connaissance aiguë de la nature humaine. A l’heure où ses confrères se passionnent pour les loups de la finance et les grands fraudeurs, lui préfère se pencher sur le cas des épouses, et leur moralité. A la fois victime et complice de son escroc de mari, Jasmine est surtout coupable d’avoir fermé les yeux, par pur égoïsme. Woody Allen explore les rouages et les obsessions de cette femme fragile, complexe et décalée, incapable de s’adapter à son nouvel environnement. Jasmine tente de sauver sa peau et perd les pédales en même temps que ses repères. Il émane une ironie jubilatoire des flash-backs révélateurs qui mettent habilement le personnage en perspective. Le retour à la réalité est brutal et le choc des cultures génère des situations désopilantes. Jasmine est, dans la vie ordinaire, aussi à l’aise qu’un poisson hors de l’eau. Les confrontations avec le petit ami pas très distingué de sa sœur, ou avec ses jeunes neveux prennent un tour surréaliste. La performance de Cate Blanchett force l’admiration, et lui a déjà valu, en attendant les Oscars, le Golden Globe 2014 de la Meilleure actrice. L’œil hagard, la moue dédaigneuse et le port de tête impeccable, l’actrice, véritablement habitée, parvient à rendre son personnage attachant et humain, même dans les moments les plus pathétiques. Car cette mondaine n’est pas une garce, et c’est ce qui la sauve. Sous ses remarques caustiques, sa tendresse pour sa sœur (épatante Sally Hawkins !) est manifeste. Jasmine est juste terriblement à côté de la plaque, et Woody Allen, impitoyable, ne lui épargne rien.
Test DVD :
Interactivité*
Rien de rien, Woody Allen est allergique au concept de suppléments.
Image ***
Format : 2.40
L’image est un peu douce, conforme au souhait du réalisateur, mais manque souvent de précision. Rien de dommageable néanmoins.
Son ***
DD 5.1 et DD 2.0 en anglais sous-titré et français
Sous-titres français imposés
Sous-titres français pour sourds et malentendants
Audiodescription
Une piste DD 5.1 dynamique, qui ne fait pas de vagues dans les enceintes arrière et se resserre sur les dialogues. A noter que le phrasé de Cate Blanchett est bien plus probant en version originale, à privilégier absolument.

Décors et costumes somptueux, images renversantes de beauté… Le conte fantastique réalisé par Christophe Gans est visuellement époustouflant. L’histoire d’amour, en revanche, peine à convaincre.
La Belle et la Bête
Christophe Gans
2014
En 1810, un riche et respectable marchand (André Dussollier) se retrouve ruiné après le naufrage de ses trois navires. Pour cacher sa misère, il n’a d’autre choix que de s’exiler à la campagne avec ses six grands enfants. Contrairement à ses deux sœurs aînées frivoles, Belle (Léa Seydoux), douce et généreuse, se réjouit de cette vie modeste et rustique. Mais un soir, alors qu’il revient de la ville, le père est pris dans une violente tempête de neige. Il trouve refuge dans un château étrange dont il repart couvert de richesses, sans avoir vu âme qui vive. Juste avant de quitter le domaine, il remarque une magnifique rose, qu’il cueille pour Belle. Aussitôt, une bête (Vincent Cassel) se jette sur lui et le condamne à mort : « Une vie pour une rose ». S’il ne revient pas le lendemain, toute sa famille mourra…
Le journaliste Jean-Baptiste Morain, des Inrocks, juge le film « assez laid ». Il a bien évidemment tort. C’est tout le contraire. La Belle et la Bête est sublime et renversant… visuellement. Dès l’ouverture — un naufrage spectaculaire — on est propulsé dans un rêve grandiose. D’entrée de jeu, la version de Christophe Gans se distingue de celle de Jean Cocteau en revenant aux sources de l’histoire telle qu’elle fut écrite en 1740 par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (elle sera popularisée dix-sept ans plus tard par Madame Leprince de Beaumont). On reconnaît vite la patte du réalisateur du Pacte des loups, amoureux du cinéma de genre (il est le cofondateur du culte et regretté magazine Starfix). L’évocation de la chute de cette famille de riches marchands soudainement ruinée ancre l’histoire dans un contexte social très réaliste, idéal pour introduire le fantastique. Gans excelle lorsqu’il filme l’arrivée du père au château, piégé par une tempête de neige et une forêt hostile, et éblouit le temps de séquences oniriques féeriques. Les effets spéciaux digitaux (le film a été réalisé en studio, celui de Babelsberg, près de Berlin, où ont été tournés Metropolis et L’Ange bleu) font littéralement tourner la tête (telle cette porte d’eau à travers laquelle Belle entrevoit le passé de la Bête). Mais la splendeur semble ici l’unique ambition. Et comme trop souvent chez Gans, meilleur artisan que directeur d’acteur, le bât blesse du côté des personnages, mal exploités ou pire, incohérents, tel celui de Belle, qui passe inexplicablement de la jeune fille sage à l’adolescente arrogante. Léa Seydoux a par instants la froideur de la pierre et son amour pour la Bête semble totalement artificiel. Il n’émane guère de trouble des échanges entre ces deux êtres (les dialogues sont curieusement plats) et aucune tension sexuelle n’est palpable (un comble pour un acteur aussi charismatique que Vincent Cassel !). Dommage, parce que cette vision épique, romantique et grandiose a un panache qui manque cruellement au cinéma français. Avec un peu plus d’émotion, ce Belle et la Bête aurait pu faire date. Et par sympathie pour Christophe Gans, on ne s’étendra pas sur la chanson de générique de fin (interprétée par Yoann Fréget), impardonnable faute de goût.