DIAMANT NOIR

Cette histoire de vengeance dans une riche famille de diamantaires d’Anvers permet à Arthur Harari, déjà remarqué pour ses courts et moyens-métrages, de jongler habilement avec le polar et la tragédie familiale. Transcendé par le jeu fiévreux des jeunes et charismatiques Niels Schneider et August Diehl, ce premier film puissant, âpre et original a été encensé par la critique, et couronné en avril dernier par le Prix du Jury au Festival policier de Beaune. Un cinéaste à suivre.(Pas de spoiler dans cette chronique)

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« Il faut que tu sois clair, calme, précis. »

 

Diamant noir

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Arthur Harari
2016 (en salles depuis le 8 juin)
Prix du Jury du Festival de Beaune 2016 (ex aequo avec Desierto de Jonás Cuarón)

Pier Ulmann (Niels Schneider) vit à Paris de chantiers au noir et de petits braquages qu’il effectue pour Rachid (Hafed Benotman), son ami et mentor. Un jour, il apprend que son père, qui avait disparu depuis des années, a été retrouvé mort dans une rue voisine. Découvrant que ce dernier vivait misérablement dans un foyer, le jeune homme est submergé de colère. Son géniteur était en effet issu d’une famille de riches diamantaires d’Anvers. A l’âge de quinze ans, une de ses mains avait été broyée par une meule à diamant, ce qui lui a valu d’être banni par sa famille, privé de son héritage et condamné à l’errance. Peu après l’enterrement, Pier reçoit un appel inattendu de son cousin Gabi (August Diehl), qui, désireux de le connaître, lui propose d’effectuer des travaux dans les locaux de la société Ulmann à Anvers. D’abord hésitant, le jeune homme y voit vite l’occasion idéale de venger son père…

Arthur Harari frappe fort avec ce premier long-métrage qui a emballé le Festival du film policier de Beaune 2016 (anciennement Festival de Cognac). D’entrée de jeu, la magnifique ouverture du film, spectaculaire et violente (elle lui a valu d’être écarté des sélections de nombreux festivals), met la barre très haut et annonce la couleur On est clairement dans la tragédie grecque. Cette séquence de l’accident du père hante le film comme elle hante Pier. Elle lui avait été probablement relatée ainsi, et a nourri cette haine qui court depuis toujours comme un poison dans ses veines. Cette soif de vengeance est remarquablement restituée par le jeu fiévreux de Niels Schneider, jeune comédien fétiche de Xavier Dolan, qui prête sa grâce et sa beauté à ce personnage christique. Suivant les conseils de son mentor, qui lui a rappelé que la vengeance était un plat qui se mange froid, c’est un Pier maladroit et hésitant, tel le personnage campé par Montgomery Clift dans Une place au soleil, qui entre presque par effraction dans cette famille richissime tant détestée. Et rien ne se ressemble à ce à quoi il s’attendait. Gabi, tout d’abord, est un jeune homme complexe, pétri de fêlures, plus attachant que prévu (remarquable August Diehl, acteur allemand repéré dans Inglourious Basterds). En guise de femme fatale, il y a la fiancée énigmatique et trop jolie de ce dernier (Raphaële Godin). Et puis, il y a les diamants, dont l’univers ne tarde pas de le fasciner, d’autant qu’on lui découvre vite un œil d’expert pour évaluer la pureté des pierres. Bon sang ne saurait mentir. Alors, Rachid a beau le presser d’accomplir sa vengeance, celle-ci ne sera pas si aisée. Ce Diamant noir à l’atmosphère suffocante dévoile peu à peu ses multiples facettes, et se révèle aussi imprévisible que son héros, qui s’emploie, au propre comme au figuré, “à tracer un chemin à la lumière”. La passion du cinéaste pour Shakespeare, et Hamlet en particulier, est manifeste, et comme son aîné James Gray, Arthur Harari parvient de manière souvent éblouissante à entremêler le polar et la tragédie familiale. Et si on s’interroge parfois sur les motivations du héros, on sait gré au réalisateur de n’avoir sacrifié aucun personnage, ni leur libre arbitre. L’humain dans toute sa complexité est au cœur de ce film noir, romanesque et passionnant, premier joyau d’un cinéaste très prometteur.
1h 55 Et avec Hans-Peter Cloos, Guillaume Verdier, Hilde Van Mieghem…
Le film est dédié à Abdel Hafed Benotman (Rachid) décédé après le tournage, en février 2015.

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ELLE de Paul Verhoeven

Retour aux choses sérieuses, après avoir été tenue éloignée des salles obscures par du travail par-dessus la tête, puis par le tournoi de Roland-Garros, mon événement sportif préféré, certes maudit cette année (pluie, forfaits…), mais passionnant tout de même. Et quoi de mieux pour se remettre en selle que ce thriller subversif tordu, osé et dérangeant qui a emballé la critique à Cannes. A soixante-dix-sept ans, et une décennie après son magnifique Black Book, Paul Verhoeven revient en pleine forme et plus provocateur que jamais. Adapté d’un roman de Philippe Djian, le premier film français du « Hollandais violent » semble cousu sur mesure pour Isabelle Huppert, remarquable d’ambiguïté dans la peau de cette femme insaisissable, un tantinet cruelle et volontiers perverse, qui assume ses actes avec une lucidité implacable. (Pas de spoiler dans cette chronique)

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« La honte n’est pas un sentiment assez fort pour nous empêcher de faire quoi que ce soit. »

 

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Paul Verhoeven
2016
Compétition officielle du festival de Cannes 2016

Michèle (Isabelle Huppert), riche directrice d’une société de développement de jeux vidéo, est sauvagement violée chez elle par un inconnu masqué qui a fait irruption par une fenêtre. Elle ne prévient pas la police, ment à son grand dadais de fils (Jonas Bloquet) qui s’étonne en rentrant de voir son visage tuméfié, et reprend le cours de son existence comme si de rien n’était. Enfin, pas tout à fait… Elle achète une bombe de gaz lacrymogène, dort avec un marteau sous son oreiller, et mène une enquête discrète pour identifier le violeur…

En couronnant la chronique sociale de Ken Loach (Moi, Daniel Blake) le jury de Cannes, présidé par George Miller, a donné sa préférence à l’évidence et, d’une certaine façon, au politiquement correct. Une Palme d’Or à Elle, de Paul Verhoeven, aurait été un coup d’éclat, un pavé dans la mare, eu égard au caractère « borderline », voire malsain, de ce thriller plus humain qu’humaniste, emmené par un personnage particulièrement dérangeant. Nulle autre qu’Isabelle Huppert n’aurait pu se fondre aussi divinement dans cette bourgeoise cynique au passé sombre et aux intentions troubles, qui font dire à son ex-époux campé par Charles Berling : « La plus dangereuse, Michèle, c’est tout de même toi … » C’est d’ailleurs elle, Isabelle Huppert, qui, séduite par “Oh…” , le roman de Philippe Djian publié en 2012, s’en est ouverte au producteur franco-tunisien Saïd Ben Saïd (Carnage, Maps To The Stars..), lequel a eu la bonne idée de l’envoyer à Paul Verhoeven. Un sujet idéal pour le cinéaste hollandais exigeant, qui n’attendait que ça pour s’emballer. Jugé trop sulfureux par les Etats-Unis, où son développement a un temps été envisagé, le film s’est finalement fait en France, d’où cette distribution inattendue (Anne Consigny, Laurent Lafitte, Virginie Efira, Charles Berling, Judith Magre… tous excellents). Du coup, ce drame bourgeois à l’ironie mordante (certaines scènes sont franchement drôles) rappelle inévitablement le cinéma de Claude Chabrol, avec lequel Isabelle Huppert a beaucoup tourné, même si son personnage semble échappé de l’univers de Michael Haneke, dont elle est aussi l’une des actrices fétiches. A son comble ici, le mystère Huppert rejaillit sur tout le film. Car malgré ses atours de thriller hitchcockien, c’est bien le personnage de Michèle qui s’impose comme la véritable énigme, celle qui tient le spectateur en haleine jusqu’à la dernière image. Capable d’énoncer les pires monstruosités avec un détachement inouï, de rire de manière irrépressible dans des moments de solennité, de demander à sa meilleure amie, qu’elle vient de trahir impunément, « de ne pas en faire tout un plat », Michèle agit en électron libre et refuse d’être une victime. Sa manière de prendre la vie à bras-le-corps, sans s’apitoyer sur son sort, et de retomber invariablement sur ses pattes (comme son chat), met en exergue le ridicule, l’hypocrisie, la faiblesse, et la médiocrité des gens qui l’entourent, et notamment des hommes (amant, ex-mari, fils, voisin, employés…). De Jennifer Jason Leigh dans La chair et le sang à Carice van Houten dans Black Book en passant par Sharon Stone dans Basic Instinct, Paul Verhoeven a souvent donné le beau rôle aux femmes. Il fait ici d’Isabelle Huppert une guerrière moderne, dure mais capable d’empathie, imprévisible et totalement fascinante. Et si les personnages paraissent extrêmes, les situations, grotesques ou brutales, ce film dissonant et mystérieux brille invariablement par son absence de sentimentalisme et son honnêteté. Et comme il ne livre pas tous ses secrets, il hante encore longtemps après la projection.
2h 10. Et avec Christian Berkel, Alice Isaaz, Vimala Pons, Raphaël Langlet, Arthur Mazet, Lucas Prisor…

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L’ANNÉE DU DRAGON et Sélection DVD/Blu-ray

Pont 
« I guess if you fight a war long enough, you end up marrying the enemy. »

 

L’année du dragon (Year Of The Dragon)

Rourke

Michael Cimino
1985 (en DVD et Blu-ray restaurés depuis le 9 mars 2016 chez Carlotta)
Nommé pour le César du Meilleur film étranger en 1986

Vétéran du Vietnam et policier le plus décoré de New York, Stanley White (Mickey Rourke) est muté à Chinatown où un parrain de la mafia chinoise vient de se faire assassiner. Conronté à la vague de violence qui s’abat sur le quartier, White, qui ne fait pas dans la dentelle, entreprend de déclarer la guerre aux bandes criminelles et trafiquants de drogue à la solde des triades qui gangrènent Chinatown. Il soupçonne notamment Joey Tai (John Lone), un jeune et ambitieux homme d’affaires, de vouloir s’approprier le territoire…

Après quatre années de purgatoire, consécutives au fiasco de La porte du Paradis, Michael Cimino se voit confier par le célèbre producteur Dino De Laurentiis l’adaptation de L’année du dragon, roman publié en 1981 par Robert Daley, journaliste au New York Times (il est également l’auteur du Prince de New York). Cimino saute sur l’occasion, mais obtient la liberté de revoir le scénario, avec la complicité d’Oliver Stone. Ainsi, si L’année du dragon, qui paraît en 1985, brosse un tableau très authentique de ce Chinatown aux mains des triades chinoises, il est également empreint des obsessions du réalisateur et de son scénariste, hantés par la guerre du Vietnam, la question de l’idéal américain et du rôle néfaste des médias dans la société américaine. Conçu comme un western urbain, le film tourne vite à l’affrontement entre deux hommes : un flic d’origine polonaise, arrogant et tête brûlée, et un gangster d’origine chinoise déguisé en homme d’affaires raffiné et élégant. Pour coincer Joey Tai, Stanley White ne fait pas de quartier, et refuse les petits arrangements avec l’ennemi suggérés par sa hiérarchie, quitte à mettre en danger sa femme, sa maîtresse, son équipe, et bien sûr, au mépris de sa propre vie. Dès la scène d’ouverture, spectaculaire, dans un Chinatown sublimé par sa reconstitution en studio, on est subjugué par la beauté des images (le film a été tourné en Scope), et des couleurs, explosives. Toute cette splendeur — les vues de New York sont à couper le souffle, à l’image de l’appartement de la belle journaliste Tracy Tzu — forme un contraste saisissant avec la violence et la sauvagerie des règlements de comptes. Mickey Rourke, alors en pleine gloire, trouve ici l’un de ses meilleurs rôles face à un John Lone extrêmement séduisant, qui campera deux ans plus tard le héros du merveilleux Le dernier empereur, de Bernardo Bertolucci. La rage et la folie des deux personnages confèrent à leur confrontation finale un caractère épique et grandiose, entre le western et le film noir. A sa sortie, L’année du dragon fera les frais de critiques injustifiées, accusant Cimino de racisme éhonté envers la communauté asiatique, assimilant ses convictions à certaines paroles proférées par Stanley White. L’année du dragon essuiera un échec au box office américain (il écopera même de cinq Razzie Awards !), mais obtiendra un joli succès en France. Le film s’impose à ce jour, après Voyage au bout de l’enfer et La porte du Paradis, comme le dernier chef-d’œuvre flamboyant du cinéaste maudit.
2 h 14 Et avec Ariane, Raymond J. Barry, Caroline Cava, Dennis Dun, Victor Wong…

 TracyLone

Test Collector :

The Year DVD

Interactivité ****
Après la magnifique édition Collector consacrée à Body Double de Brian De Palma, Carlotta réitère avec ce beau coffret comprenant le double-DVD et le Blu-ray du film en version restaurée ainsi qu’un livre de 208 pages intitulé L’ordre et le chaos incluant une analyse de François Guérif, des extraits du scénario original, des interviews de Michael Cimino, Mickey Rourke et Robert Daley publiées dans les revues de cinéma à l’époque de la sortie du film, des photos inédites et des notes de production. Les suppléments à proprement dit consistent en une introduction très pertinente de Jean-Baptiste Thoret, et un entretien audio d’environ 30 minutes avec Michael Cimino, qui se remémore le tournage et parle sans langue de bois de ses fiertés et de ses déceptions. L’un des plus grands regrets de sa carrière réside dans le refus de la part du studio de sa réplique finale (« Quand on fait une guerre assez longtemps, on finit par épouser son ennemi. »), qui contenait toute l’essence du film, pour la remplacer par un dialogue d’une banalité confondante.

Image ****
Format : 2.35
La restauration, récente, a fait des merveilles. Il suffit de jeter un œil à la bande-annonce d’époque pour le constater. La définition est quasi parfaite. On ne décèle que de rares flous et fourmillements. Les contrastes sont impressionnants, les couleurs flamboyantes.

Son : ***
DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0 en anglais sous-titré
DTS-HD Master Audio 2.0 en français
Net avantage à la version originale, la seule à disposer d’une piste remixée en 5.1, mais on ne s’en plaindra pas ici. Les puristes préféreront peut-être la version d’origine en 2.0, mais la piste en 5.1 se révèle immersive et harmonieuse. Le caisson de basses soutient efficacement les montées de tension et les effets ajoutés mettent le spectacle en relief.

Rue
Glasses
The Year 2

A noter que le film est également disponible en édition Blu-ray simple.

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Carlotta a publié à la même date, en Blu-ray et DVD, Desperate Hours (La maison des otages), réalisé par Michael Cimino, cinq ans après L’année du dragon, avec le même Mickey Rourke en vedette. Ce film méconnu (et de commande), remake de La maison des otages de William Wyler, a bénéficié lui aussi d’un nouveau master restauré, et est accompagné d’une préface instructive de Jean-Baptiste Thoret.

Desperate

 

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Dragon Hoku

« Je connais un vieil excentrique. Tantôt il dessine un Bodhidharma géant sur une surface de cent vingt tatamis. Et tantôt il dessine deux moineaux sur un grain de riz. »

Miss Hokusai

Seule

Keiichi Hara
2015 (En DVD depuis le 20 janvier 2016 chez Anime)
Prix du Jury 2015 du Festival du film d’animation d’Annecy

En 1814 dans la ville bouillonnante d’Edo (l’actuelle Tokyo), O-Ei, jeune femme indépendante d’une vingtaine d’années, au caractère bien trempé, vit avec son père, le célèbre peintre d’estampes Katsushika Hokusai, qu’elle n’hésite pas à traiter de vieux fou. O-Ei a elle-même un véritable talent de peintre et travaille très souvent sur les œuvres de son père. Elle tente aussi de le convaincre de s’intéresser à son autre fille, la petite O-Nao, aveugle de naissance qui vit dans un temple auprès de religieuses et souffre de l’indifférence de son père à son égard…

Miss Hokusai est adaptée du manga Sarusuberi, de la mangaka et historienne Hinako Sugiura, disparue prématurément en 2005, à l’âge de quarante-six ans. Keiichi Hara, réalisateur des remarqués Un été avec Coo et Colorful, rend hommage à l’œuvre originale publiée dans les années 80, en y ajoutant sa patte (dont l’utilisation du rock dans la bande-son) et ses propres réflexions sur l’art, la mort, la religion. Contrairement au biopic traditionnel, le film d’animation se concentre sur quatre saisons de la vie de O-Ei, et immerge dans le quotidien bohème de la jeune fille, troisième des quatre filles du maître, artiste talentueuse et déterminée, gauche dans les relations humaines, et très protectrice envers sa petite sœur malade. C’est par ses yeux que l’on découvre la personnalité fantasque de son père célèbre (notamment pour la série des Trente-six vues du Mont Fuji, où figure la fameuse estampe Sous la vague au large de Kanagawa, plus connue sous le titre La grande vague et à laquelle le film fait un joli clin d’œil). A l’image de la maison-atelier, véritable fourbi, où sa fille et lui dessinent et dorment sur le sol, à même leurs travaux, Katsushika Hokusai apparaît comme un homme excentrique, obsédé par son art, n’ayant que faire de l’argent, et plutôt indifférent aux problèmes de sa famille. Les va-et-vient incessants de O-Ei à travers Edo, ses rêveries sur le pont, ses incursions dans le Yoshiwara (quartier des plaisirs ou « monde flottant ») permettent de découvrir ce pré-Tokyo déjà grouillant de vie, et sujet aux incendies à cause du bois des habitations (une source d’inspiration pour les peintures d’O-Ei). L’humour, la mélancolie et le fantastique s’entremêlent dans cette chronique intime, ponctuée de scènes sublimes et accompagnée par une bande-son anachronique de toute beauté. Si le rythme lancinant et l’aspect un peu décousu de la narration peuvent déstabiliser, Miss Hokusai est une formidable introduction à l’histoire de cette saga familiale artistique et rend justice à une artiste accomplie, restée pour la postérité dans l’ombre de son père.

Fleur Hoku
Pont Hoku
Fourbi

 

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Le film est disponible en DVD et Blu-ray, éditions Simple ou Collector. Seules ces dernières sont enrichies de suppléments, comprenant notamment un making of de deux heures ainsi qu’une interview de Keiichi Hara.

Wave

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lance
« He recovered from cancer and turned into bloody Superman. Do you think that’s natural ?
– Why are you so obsessed with this ?
– Why are you NOT obsessed with this ? »
 

The Program

Vélo

Stephen Frears
2015 (En Blu-ray et DVD depuis le 26 janvier 2016 chez Studiocanal)

En 1993, Lance Armstrong (Ben Foster), a vingt et un ans et aborde son premier Tour de France. Sa forte personnalité suscite l’intérêt de David Walsh (Chris O’Down), journaliste sportif au Sunday Times, qui a tôt fait de constater qu’ Armstrong fait montre d’un véritable talent sur route, mais beaucoup moins dans les étapes de montagne, où il est invariablement distancé. Révolté en comprenant qu’il n’a aucune chance contre les coureurs consommateurs d’EPO, la substance interdite que leur fournit le médecin italien Michele Ferrari (Guillaume Canet) et qui améliore les performances de manière phénoménale, Armstrong tente de se rapprocher de ce dernier. Au même moment, on lui diagnostique un cancer très virulent…

Stephen Frears n’est pas féru de cyclisme, sport auquel il a même avoué ne pas connaître grand-chose. Mais l’aspect édifiant de l’affaire Lance Armstrong ne lui a pas échappé lorsqu’il est tombé sur une critique de The Secret Race, le livre publié par Tyler Hamilton et Daniel Coyle, ex-coéquipiers du champion déchu, récompensé en 2012 par le Prix William Hill Sports Book Of The Year. The Program sera pourtant adapté d’un autre livre, celui du journaliste David Walsh, qui s’est battu seul contre tous pour que la vérité soit faite. En une heure et quarante-trois minutes, le film de Stephen Frears conte l’ascension et la chute d’un homme dont l’histoire était bien trop belle pour être vraie, et en parallèle, le combat acharné de Walsh, alors que les instances du sport et ses propres confrères préféraient fermer les yeux. Si, en infâme Michele Ferrari, Guillaume Canet tourne son personnage en dérision, l’ensemble de la distribution est un sans-faute. Ben Foster, qui s’est entraîné pour le rôle, est très convaincant en cycliste professionnel. Il l’est aussi en Lance Armstrong mégalo, rusé, calculateur, qu’il rend particulièrement antipathique. On pourra reprocher à la démonstration, étayée par de nombreuses séquences d’archives, de manquer de profondeur et d’ambition artistique, mais ce thriller efficace, nerveux et caustique brosse un tableau implacable des coulisses étonnamment sordides d’un sport pourtant réputé pour sa noblesse.
1h 43 Et avec Jesse Plemons, Lee Pace, Denis Ménochet, Dustin Hoffman, Elaine Cassidy, Edward Hogg…

Canet

Tube 

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Le DVD accompagne le film d’un bouquet de suppléments un peu trop promotionnels qui ont tendance à le paraphraser. On retiendra cependant l’interview de David Walsh, qui souligne qu’Armstrong n’était pas fait pour le Tour de France mais pour « les courses classiques d’un jour », rappelant qu’il était une superstar sur route. Il parle de Michele Ferrari comme d’un « docteur Frankenstein », et ne tarit pas d’éloge sur Betsy Andreu, qui l’a aidé dans son combat. Et de conclure : « La victoire à n’importe quel prix est inacceptable… L’affaire Armstrong est un avertissement gravé dans l’histoire du sport. »

Chris

 

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Main
« Is it you ? Is it ? »

 

Quelque part dans le temps (Somewhere In Time)

Portrait

Jeannot Szwarc
1980 (en Blu-ray et DVD depuis le 24 février 2016 chez Rimini Editions)
Prix de la critique au festival fantastique d’Avoriaz en 1981
Nommé à l’Oscar 1981 des Meilleurs costumes

En 1972 à Chicago, à la fin de la représentation d’une de ses pièces, le jeune dramaturge à succès Richard Collier (Christopher Reeve) est abordé par une vieille dame qui semble le connaître. Elle lui remet une ancienne montre à gousset en lui disant « Reviens-moi ! », avant de disparaître dans la foule. Pensant avoir affaire à une excentrique, Richard n’y prête pas attention. Mais huit ans plus tard, au Grand Hôtel victorien de l’île Mackinac où il est descendu par hasard, il tombe fou amoureux de la photographie d’une jeune femme (Jane Seymour), exposée dans le musée de l’établissement. En effectuant des recherches, il découvre que cette comédienne de théâtre, célèbre au début du siècle, n’est autre que l’étrange vieille dame qui l’avait abordé huit ans plus tôt…

De la carrière du réalisateur franco-américain Jeannot Szwarc, qui s’est principalement consacré à la télévision (il a collaboré à moult séries télévisées populaires telle que Ally McBeal, Smallville, Boston Public, ou la récente Bones), on retiendra quelques films, dont Les dents de la mer 2, Enigma, Supergirl, et ce Quelque part dans le temps, devenu culte avec les années après avoir été massacré par la critique à sa sortie. Cette histoire d’amour fou et de voyage dans temps est librement adaptée du roman Le jeune homme, la mort et le temps (Bid Time Return), écrit en 1975 par Richard Matheson — maître de l’épouvante et de la science-fiction, auteur, entre autres, de Je suis une légende et L’homme qui rétrécit — qui a participé au projet et apparaît ici le temps d’une courte scène. D’un romantisme échevelé, le film, sorte de rêve éveillé, épouse le point de vue de Matheson, plus concerné par l’humain que par la science. Ainsi, plutôt que de recourir aux effets spéciaux classiques d’un voyage temporel, le cinéaste en appelle au pouvoir de la pensée et du rêve, à la manière du Peter Ibbetson d’Henry Hathaway. A l’image du Grand Hotel, personnage à part entière du film, Quelque part dans le temps distille un charme un peu suranné. La belle musique de John Barry et la prestation habitée et sensible de l’attachant Christopher Reeve, révélé deux ans plus tôt par Superman, l’ont rendu inoubliable.
1 h 43 Avec Christopher Plummer, Teresa Wright, Bill Erwin, Susan French…

Plage
Plummer

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Pour sa première sortie en Blu-ray, le film profite d’un nouveau master Haute Définition, un peu inégal (visages un peu trop rosés), mais propre, avec de jolis contrastes dans la partie contemporaine. Si côté son, on doit se contenter d’un DTS 2.0, plus harmonieux en anglais, le programme de suppléments est inespéré, même s’il est moins fourni que l’édition américaine. Jeannot Szwarc, au cours d’une interview de 35 minutes, réalisée en 2015, revient sur les aléas du tournage (pas d’argent, mais de la débrouille et un élan de solidarité incroyable) et révèle moult anecdotes (John Barry était l’époux de la meilleure ami de Jane Seymour, d’où sa présence au générique de ce film fauché…). On peut également découvrir un portrait pertinent de Richard Matheson par le professeur et spécialiste Pascal Monteville (30 minutes). Et enfin, les fans du film apprendront qu’un week-end Somewhere In Time se tient tous les deux ans depuis vingt-cinq ans au Grand Hotel de l’île Mackinac, haut lieu du tourisme du Michigan (le lien vers le site de l’hôtel est fourni).

Hotel

 

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Blunt

« Elle vient d’un monde où elle doit justifier chaque balle tirée, et elle se retrouve là où les gens tirent à tout va. »
Emily Blunt évoquant son personnage

Sicario
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Denis Villeneuve
2015 (En Blu-ray et DVD depuis le 8 février chez Metropolitan Vidéo)
Trois nominations aux Oscars 2016

En Arizona, en recherchant des otages, une unité d’élite du FBI découvre de nombreux corps mutilés dans une maison appartenant à narcotrafiquant. Kate Macer (Emily Blunt), l’agent de terrain chargée de l’affaire, se voit aussitôt proposer d’intégrer une cellule d’intervention clandestine dirigée par la CIA et le ministère de la défense, afin d’arrêter le chef du cartel mexicain responsable des meurtres. Mais la jeune femme est vite désemparée par les méthodes de barbouzes du chef de l’opération, l’agent du FBI Matt Graver (Josh Brolin) et par la personnalité trouble du consultant colombien qui l’accompagne (Benicio Del Toro), d’autant que les deux hommes prennent un malin plaisir à la laisser dans le brouillard…

Voir ma critique du film ICI

Benicio

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Le film, doté d’une image magnifique qui restitue l’immense travail sur la photo, et d’une piste DD 5.1 au relief impressionnant, est enrichi sur le DVD d’un bouquet de suppléments courts mais instructifs. Au cours d’un entretien de 12 minutes, Denis Villeneuve revient sur la manière dont il a adapté le scénario de Taylor Sheridan, en accentuant notamment l’antagonisme entre les personnages de Kate et d’Alejandro. Il ne tarit pas d’éloges envers le chef-opérateur du film, Roger Deakins, dont il admire la puissance poétique et narrative, et rend hommage au musicien Jóhann Jóhannsson auquel il avait demandé une musique façon Dents de la mer. L’interview est étayée par un reportage de 16 minutes dans lequel le cinéaste détaille davantage les aspects techniques et le travail sur les visuels (remarquables contrastes et jeux de lumière). On peut également entendre le point de vue de l’équipe technique. Enfin, un court module donne la parole aux acteurs, et notamment à une Emily Blunt très investie.

Jack

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