STAR WARS : LE RÉVEIL DE LA FORCE (sans spoilers)

Mission accomplie pour J. J. Abrams, qui, dix ans après la parution de La Revanche des Sith de George Lucas, relance la franchise de manière sensationnelle voire inespérée. Très justement nommé, Le réveil de la Force est un retour aux sources, et une formidable passerelle entre les générations. On y retrouve tout ce qui faisait l’essence du premier épisode de 1977, et qui a tant manqué à la « prélogie » des années 2000. L’humour bon enfant, la poésie et les batailles échevelées l’emportent sur les effets créés par ordinateur et les grands questionnements philosophiques (réduits ici à l’éternel combat entre le bien et le mal). Grâce à J. J. Abrams, Star Wars regagne enfin son label de « western galactique » populaire. Et comme tout y est histoire de famille, la trame narrative de cet épisode est quasiment jumelle du premier. Un phénomène de répétition qui donne l’impression que tout ça pourrait se recycler à l’infini. Car qu’on se le dise, Star Wars, c’est bien plus que du cinéma.

En-direct-de-la-convention-Star-Wars_article_landscape_pm_v8

« There are stories about what happened.
– It’s true. All Of It. The Dark Side, The Jedi. They’re real. »

 

Star Wars : Le réveil de la Force (Star Wars : The Force Awakens)

639708

J. J. Abrams
2015 (sur les écrans français depuis le 16 décembre)

Star Wars, ce n’est pas du cinéma. Partant de là, les critiques peuvent bien s’évertuer à en dénoncer les faiblesses et trouver à redire. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Et, s’agissant de Star Wars, l’affect est une constante primordiale. Il y a quelque chose d’irrationnel dans l’amour qu’on porte à la saga. OUI, il y a du niaiseux, voire du ridicule dans Le réveil de la Force : le comique, partis pris de George Lucas dès 1977, a toujours été de la partie. Et côté humour décomplexé, J. J. Abrams n’y est pas allé de main morte. OUI, le scénario, qui reprend peu ou prou celui de La guerre des étoiles, manque singulièrement d’originalité. Mais certaines idées sont judicieuses, et l’intrigue tient la route. Elle a été concoctée par Michael Arndt (Little Miss Sunshine, Oblivion…), J. J. Abrams et Lawrence Kasdan (ce dernier était déjà aux commandes du scénario de L’Empire contre-attaque, considéré comme le meilleur épisode à ce jour). Les personnages s’emboîtent comme par magie et le choix des nouveaux acteurs est un sans-faute (on se félicite de la présence d’Oscar Isaac, qui, décidément, sait tout faire). Soutenue par la musique du fidèle John Williams, la mise en scène de J. J. Abrams, fluide et enlevée, fait merveille, et le rouleau compresseur annoncé est beaucoup plus gracieux que prévu. Fan de la saga devant l’Eternel, le créateur de la révolutionnaire série Lost s’est amusé, comme un gosse, à réveiller le mythe. Ça se sent, ça se voit. Et comme au premier jour, on se laisse happer, durant deux heures quinze, dans cette course-poursuite palpitante, en espérant qu’elle ne s’arrête jamais.

BANDE-ANNONCE

669082

le-dernier-trailer-de-star-wars-7-le-reveil
584840
star-wars-7-le-reveil-de-la-force-photo-5530cf406d755

832502_w650
star-wars-episode-vii-reveil-de-la-force
BB

GARÇON D’HONNEUR en Blu-ray

Entre tradition et modernité, drame et comédie, le film qui a révélé Ang Lee en 1993 est disponible pour la première fois en Blu-ray. Il est assorti d’interviews sensationnelles et inédites du réalisateur, de son producteur James Schamus et de l’acteur Mitchell Lichtenstein. Tous trois reviennent sur la conception de cette comédie juste et touchante autour des déboires d’un homosexuel taïwanais installé à New York. Avec son budget ridicule, et son sujet pour le moins épineux, ce petit film américano-taïwanais n’était pas prédestiné à devenir un phénomène au box-office. Et pourtant…

 

6781_backdrop_scale_1280xauto

« Ce qu’il y a de formidable avec les premiers films d’Ang, c’est qu’ils annonçaient qu’on pouvait être transgressif et traditionnel, qu’on pouvait être asiatique et américain, qu’on pouvait être indépendant tout en utilisant un langage qui était le langage hollywoodien classique. Que le contexte faisait tout. » James Schamus, producteur d’Ang Lee

 

Garçon d’honneur (Xy yan/The Wedding Banquet)  

garcon-d-honneur-02-g

Ang Lee
1993
En Blu-ray et DVD restaurés chez Carlotta depuis le 25 novembre 2015

Jeune immigré taïwanais, Wai-Tung (Winston Chao) s’est installé avec succès à New York, où il file le grand amour avec Simon (Mitchell Lichtenstein), un jeune yuppie. Restés au pays, ses parents, qui ignorent tout de son homosexualité, le harcèlent régulièrement sur son célibat, faisant valoir l’importance d’un mariage et d’une progéniture. Pour avoir la paix, Wai-Tung, incité par Simon, décide se livrer à une comédie de mariage, en épousant une jeune Chinoise (May Chin) en quête d’une carte verte. C’est alors que ses parents (Sihung Lung et Ya-Lei Kuei), fous de joie, débarquent à New York pour assister à la cérémonie…

A vingt-trois ans, après avoir suivi des études de théâtre et de cinéma à Taïwan, Ang Lee débarque aux Etats-Unis pour étudier le théâtre à l’Université de l’Illinois. Les difficultés linguistiques vont contrecarrer sa vocation d’acteur, et le pousser à intégrer une école de cinéma à New York, afin de devenir réalisateur. C’est avec Fine Line, un de ses moyens-métrages d’étudiant, qu’il attirera, six ans après sa fin d’études, l’attention de James Schamus et Ted Hope, fondateurs de la jeune compagnie de production indépendante Good Machine. En quête de jeunes talents, le tandem new-yorkais souhaite lui confier les rênes d’un premier long-métrage. Ce sera Pushing Hands (Tui Shu), pour lequel Ang Lee avait remporté le premier prix d’un concours de scénario organisé par le Governement Information Office de Taïwan (à ce même concours, il avait également décroché le deuxième prix pour le scénario de Garçon d’honneur). Réalisé sous la houlette de Good Machine avec un financement (chiche) du cinéma taïwanais, Pushing Hands narre les difficultés d’adaptation d’un vieux maître de taî-chi chinois qui vient s’installer chez son fils et sa belle-fille à New York. Le film passe inaperçu aux Etats-Unis, mais remporte un joli succès en Asie, au point que Taïwan décide de financer (toujours très chichement…), le deuxième long-métrage d’Ang Lee, Garçon d’honneur (Wedding Banquet), et cela, malgré l’évocation de l’homosexualité, sujet très sulfureux pour le public asiatique. A nouveau coproduit par Good Machine (James Schamus restera le producteur attitré d’Ang Lee par la suite), le drame familial écrit à l’origine par le cinéaste et son ami Neil Peng va évoluer vers la comédie sur les conseils de Schamus, coauteur du scénario final. Ce dernier suggère en effet à Ang Lee d’opter pour le ton des screwball comedies de George Cukor et Howard Hawks. Ainsi, sans pour autant accumuler les caricatures et les gags, cette confrontation de deux générations et de deux cultures va se révéler résolument plus loufoque. Le mélange de tendresse, de gravité (le plan final, lourd de sens, est magnifique) et d’humour fera mouche. Pivot de l’intrigue, le « garçon d’honneur », est incarné avec finesse et justesse par Mitchell Lichtenstein (fils de la légende du pop art américain Roy Lichtenstein). Seul Occidental de la troupe, Simon porte un regard plein d’empathie sur ces parents asiatiques déboussolés, et s’évertue à créer une harmonie dans le chaos ambiant. Son personnage d’homosexuel cool, respectueux et libéré est pour beaucoup dans la réussite du film, qui paraît en pleine explosion du SIDA (Philadelphia, de Jonathan Demme, est à l’affiche la même année). Les distributeurs français choisiront même de lui rendre hommage en adoptant le titre Garçon d’honneur au lieu d’une traduction littérale du titre américain. Plébiscité dès sa sortie dans de nombreux festivals, ce petit film réalisé avec un budget microscopique, et considéré par Ang Lee lui-même comme « trop gay pour le public asiatique, trop chinois pour le public américain » remportera un succès inattendu, en même temps que l’Ours d’Or à Berlin, le Prix de la critique à Deauville et une nomination à l’Oscar du Meilleur film étranger. L’année suivante, Ang Lee mettra en scène avec le même brio, Salé, sucré (Yin shi nan nu — paru sous le titre Eat Drink Man Woman aux Etats-Unis), lui aussi nommé à l’Oscar du Meilleur film étranger. Cette comédie sur la culture traditionnelle chinoise et l’évolution de la famille constituera le dernier chapitre de sa trilogie appelée Father Knows Best (dans les trois, le père est campé par Sihung Lung). Comme s’il avait réglé ses comptes avec son pays et le thème de la piété filiale, le cinéaste fera ensuite une carrière internationale et preuve d’un éclectisme étonnant, en s’attaquant à des sujets très différents (Raison et sentiments, Ice Storm, Tigre et dragon, Hulk, Le secret de Brokeback Mountain…) qui, chacun dans leur genre pourtant, vibrent de sa passion et de son intérêt pour les relations humaines. C’est là, la clé de son cinéma.
1 h 48

BANDE-ANNONCE

 GARCON D'HONNEUR 6

 

Test DVD :

3D GARCON D'HONNEUR BD

 

Interactivité ****
Le film est assorti d’une heure et demie d’entretiens captivants, avec Ang Lee, James Schamus et Mitchell Lichtenstein, qui se remémorent avec humour le tournage de ce film emblématique de leurs carrières respectives. On y apprend que le père de Wai-Tung est inspiré du propre père d’Ang Lee, qui n’était pas général, mais proviseur de lycée (ce qui pour lui, était tout comme). James Schamus revient aussi sur la censure, qui a valu au film d’écoper d’une interdiction aux moins de 16 ans aux Etats-Unis (à cause de la présence du mot « fuck ») alors qu’il était diffusé avec une interdiction pour les moins de 12 ans à Taïwan. Enfin Mitchell Lichtenstein, devenu depuis réalisateur de films de genre, se souvient avoir joué très détendu ce rôle de gay libéré, persuadé que cette comédie ne serait vue que par le public de Chinatown, et donc pas par son entourage.

Image **
Format : 1.85
Restauré à partir d’un master HD plus tout jeune, le film offre un rendu très honorable, même si en terme de définition et de piqué, l’image reste inégale, parfois superbe, parfois un peu granuleuse. Les couleurs en revanche sont parfaitement gérées.

Son : ***
DTS-HD Master Audio 2.0 en anglais sous-titré et français
Une piste 2.0 claire et convenable pour ce film plutôt intimiste. A noter que sur la version originale et la version française, les dialogues en mandarin sont uniquement sous-titrés.

3D COFFRET ANG LEE 2 DVD DEF copie

GARCON 1

 

 

Publié à  la même date chez les mêmes éditeurs, Salé, sucré, lui aussi assorti d’interviews exceptionnelles, est disponible en DVD, Blu-ray. Un coffret DVD réunit également les deux films.GARCON D'HONNEUR 5
Garçon 10
Garçon 11

007 SPECTRE

En 2006, Casino Royale et Daniel Craig avaient donné un coup de fouet à la franchise James Bond, alors mise à mal par tous les thrillers d’action (Jason Bourne, Mission : impossible…), sans oublier la fameuse série TV 24 heures chrono. Six ans après, en mettant en scène un 007 vieillissant et faillible, Sam Mendes en a remis une couche, et offert à la saga une authenticité et une modernité imparables. Faisant fi des codes éculés du genre, Skyfall jouait avec les clichés pour mieux s’en affranchir et explorer la mythologie de son héros. Le film, hanté par un méchant particulièrement terrifiant et retors campé à la perfection par Javier Bardem, était sombre, intense, surprenant et extrêmement émouvant. Le hic, c’est qu’en mettant la barre très haut, le réalisateur anglais s’est aussi compliqué… la suite. Et ce cru 2015, à nouveau dirigé par ses soins et en dépit de belles scènes de bravoure, est loin de susciter le même enthousiasme.

tom-ford-james-bond-spectre

Oberhauser : « Why did you come ?
James Bond : I came here to kill you.
Oberhauser : And I thought you came here to die.
James Bond : Well, it’s all a matter of perspective. »

 

007 Spectre (Spectre)

james

Sam Mendes
2015 (dans les salles françaises depuis le 11 novembre)

SPECTRE : Service Pour l’Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l’Extorsion

Après une mission à Mexico effectuée sans autorisation de sa hiérarchie, James Bond (Daniel Craig) est mis sur la touche par le nouveau M (Ralph Fiennes). Il va devoir à nouveau désobéir s’il veut accomplir la mission laissée par M (Judi Dench) dans une vidéo posthume, et qui l’envoie à Rome, assister aux obsèques de l’homme qu’il vient de tuer au Mexique. Bond ne peut plus compter désormais que sur l’aide clandestine de Q (Ben Whishaw) et Moneypenny (Naomie Harris), car un politicard dépêché au M16 (Andrew Scott) a l’intention de mettre un terme au programme 00, et remet en cause l’existence même du M16…

La 24ème aventure de James Bond s’ouvre de manière incroyablement spectaculaire. Tourné pendant la parade de la Fête des morts à Mexico, ce long plan-séquence dans lequel James déploie le grand jeu frise la démesure. S’ensuit le générique, superbement chanté par Sam Smith, qui à défaut d’avoir un thème musical inoubliable, reprend joliment l’imagerie des grandes heures de la saga. Tout à l’écran porte à croire que Sam Mendes a reçu la consigne de « faire du James Bond » plutôt que du cinéma d’auteur. Il lui a donc fallu trouver l’équilibre entre les deux. Par fulgurances, c’est réussi. Comme dans Skyfall, la mise en scène, ici magnifiée par la photo léchée du Suisse Hoyte Van Hoytema (Interstellar, Her), est une splendeur, et il n’y a pas un plan de James Bond à Londres qui ne soit un exercice de style. Les quais du Tibre à Rome, le désert marocain et les montagnes autrichiennes enneigées offrent également un décor idéal aux scènes d’action grandioses, ici en voiture (Aston Martin et Jaguar de rigueur), là en avion, et plus loin en train. Le film panache le moderne — toutes les scènes de Londres et a fortiori les jeunes Q et Moneypenny (excellents Ben Whishaw et Naomie Harris) — et le vintage. Les séquences à bord du train de luxe ont des accents de La mort aux trousses. Léa Seydoux elle-même joue les blondes hitchcockiennes et sa garde-robe est rétro à souhait. Visuellement, Spectre en met plein la vue. Et si James a pris de la bouteille, il manie l’ironie comme au premier jour. Pourtant, quelque chose cloche. Est-ce le manque de conviction dans le jeu de Daniel Craig, qui a participé à l’aventure à contrecœur (l’acteur de quarante-sept ans a eu des propos plutôt acerbes en déclarant qu’il souhaitait passer la main) ? Ou celui de Sam Mendes ? Une chose est sûre : la mayonnaise ne prend pas. En psychopathe, Christoph Waltz cabotine et fait du réchauffé (il n’en finit plus de décliner son personnage de nazi d’Inglourious Basterds) et son bras de fer avec James Bond manque cruellement d’intensité (la scène de torture est particulièrement incohérente). La (trop ?) jeune Léa Seydoux n’a ni la prestance, ni le glamour, ni le mystère requis par le rôle, et sa romance avec 007 ne convainc pas davantage. Enfin, même si elle marque le retour de l’organisation criminelle SPECTRE, au cœur de nombreux épisodes de la saga, l’intrigue souffre de trop de similitudes avec celle de Skyfall pour susciter la surprise, et pire encore, l’intérêt. 007 Spectre est un joli revolver, mais son chargeur est un peu vide.
(2 h 28) Et avec Monica Bellucci, Ralph Fiennes, Dave Bautista, Rory Kinnear, Jesper Christensen, Stephanie Sigman…

BANDE-ANNONCE

James 6
Monica
Bond 4
bond-spectre-q

SITE_LEA
spectre-lea-seydoux-1280jpg-73e5f9_1280w
James 7