À PIED D’ŒUVRE

La réalisatrice de La Guerre est déclarée et de L’Amour et les forêts se penche sur les difficultés de la vie d’artiste dans un film original, qui combine habilement cruauté et absurde. Dans le rôle d’un écrivain qui bascule dans la précarité, Bastien Bouillon est formidable.

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« Ce n’est pas la misère, mais on commence à en avoir une vue bien dégagée. »

  

À PIED D’ŒUVRE

Valérie Donzelli
2026
Dans les salles françaises depuis le 4 février 2026

Paul Marquet (Bastien Bouillon) était photographe et gagnait bien sa vie avant de renoncer à son confort de petit-bourgeois pour devenir écrivain. Ses premiers romans ont obtenu un succès d’estime sans lui assurer pour autant un revenu décent. Malgré la désapprobation de sa famille, il persiste. Alors qu’il entame un nouveau livre, son épouse (Valérie Donzelli) le quitte pour s’établir à Montréal avec leurs deux enfants, grands adolescents. Du coup, Paul, qui ne peut plus se permettre de garder son appartement parisien trop grand et trop cher, emménage dans un studio modeste, en sous-sol, prêté par la famille. Ne subsistant qu’au gré de petits boulots mal payés dénichés sur une plateforme « d’hommes à tout faire », il va peu à peu glisser dans la précarité…

« L’écrivain est inaccessible au découragement » dit Paul au détour d’une scène. Ce sont à l’origine les mots de Franck Courtès, auteur du récit au titre homonyme dont ce film de Valérie Donzelli est l’adaptation. Le chemin de croix du personnage campé par Bastien Bouillon, Courtès l’a connu et raconté dans un livre paru en 2023 chez Gallimard. Mais la cinéaste s’est également inspirée de sa propre histoire familiale (son grand-père paternel était peintre et sculpteur précaire). À pied d’œuvre parle de la difficulté de vivre de son art, et d’allier intégrité artistique et confort financier. Mais via ce portrait d’écrivain à la vocation tardive, dont le désir de création tourne à l’obsession voire à l’entêtement, Valérie Donzelli parle aussi des absurdités du monde moderne, de sa cruauté, et de l’ubérisation, principal vecteur de déshumanisation et d’exploitation des travailleurs pauvres.

Vue à travers le regard d’un ex-bobo un peu lunaire, cette dégringolade sociale serre parfois le cœur, mais elle réserve aussi des moments comiques. Car jamais Paul ne se plaint de sa situation, prix, selon lui, de sa liberté artistique. Le besoin, impérieux, d’écrire justifie toutes les galères. Le charisme de Bastien Bouillon, peu disert et pourtant éloquent, fait mouche, et la mise en scène, sobre et humble, épouse parfaitement ses émotions. Au fil des séquences, on profite des présences solides de Virginie Ledoyen, André Marcon, Claude Perron ou Philippe Katerine… Ce « petit film » personnel, qui parle plutôt bien du monde d’aujourd’hui, a été récompensé en 2025 au festival de Venise pour son scénario, coécrit par Valérie Donzelli et Gilles Marchand.
1 h 32 Et avec Mamadou Diallo, Béatrice de Staël, Oscar Tillette, Eve Oron, Marion Lecrivain, Marie Rivière, Michel Gondry, Éric Reinhardt, Christopher Thompson…