AU SERVICE DE LA FRANCE Saison 2

Trois ans après la première saison, la brillante série imaginée par Jean-François Halin, le scénariste des deux OSS 117 interprétés par Jean Dujardin, est revenue en grande forme. Le réalisateur Alexandre Courtès a cédé la place à Alexis Charrier, mais on retrouve avec bonheur la même brochette de comédiens truculents ainsi qu’une musique originale, ad hoc et joliment chic, de Nicolas Godin.

 

« Mon Colonel, pourquoi a-t-on d’aussi bonnes relations avec le FLN ? Et quel est le problème exactement avec l’OAS ? Ils sont turbulents, impulsifs, voire excessifs, c’est vrai. Mais il faut dire aussi qu’ils ont l’impression de ne pas être compris alors qu’on leur a dit qu’on les avait compris… »

 

Au service de la France – Saison 2

Créée par Jean-François Halin
2018
Diffusée sur Arte en juillet 2018
Disponible depuis le 27 juin en DVD et Blu-ray chez Arte Editions

André Merlaux (Hugo Becker), la jeune recrue des services secrets français, se fait passer pour mort et est hébergé secrètement par « Moïse » (Christophe Kourotchine), son supérieur, seul dans la combine. Les deux hommes ont bien l’intention de faire tomber leur patron, le respecté Colonel Mercaillon (Wilfred Benaïche), au sombre passé de collabo et que Merlaux soupçonne d’avoir fait exécuter ses parents résistants. Mais pendant ce temps, Jacquard (Karim Barras), Calot (Jean-Edouard Bodziak) et Moulinier (Bruno Paviot) — fleuron de l’espionnage français — sont confrontés aux grands événements de cette année 1961…

Le décor ayant été planté lors de la saison précédente, cette deuxième partie se veut davantage une plongée dans la période gaullienne. Tout au long de ces douze épisodes, seront ainsi évoqués, avec une ironie dévastatrice, la décolonisation de l’Afrique, la crise de Cuba et la Baie des Cochons, les troubles en Algérie, la Guerre Froide, la construction du Mur de Berlin et tutti quanti. Etant donné que les enjeux géopolitiques échappent totalement à nos trois agents pieds nickelés (surtout Jacquard et Moulinier) qui abordent toutes les missions avec une logique de petits fonctionnaires arrogants et racistes, obsédés par leurs primes et notes de frais, les situations se révèlent d’une absurdité jubilatoire. Leurs aventures à l’étranger sont hilarantes, notamment dans un épisode surréaliste, clin d’œil à l’univers d’Hergé. Les trois machos vont aussi devoir s’accoutumer à l’affranchissement de Marie-Jo (excellente Marie-Julie Baup), qui passe de secrétaire nunuche à agent à part entière, et fait preuve de ressources insoupçonnées. Car si la saison fait la part belle à l’émancipation de la femme (la séquence de comédie musicale est très réussie), elle se fait plus émouvante lorsqu’elle évoque la répression de l’homosexualité, considérée en France en ce début des 60s comme un « fléau social ». Truffés de références (même Star Wars y passe), les dialogues spirituels, écrits par Jean-François Halin, Claire Le Maréchal et Jean-André Yerlès sont un régal, à l’instar de la bande-originale classieuse de Nicolas Godin, dont on se réjouit de la parution en vinyle et digital. Elle se révèle indispensable lors de l’Happy Hour pour crier : « Y a pot ! »
12 épisodes de 30 mn Et avec les formidables Stéphanie Fatout, Mathilde Warnier, Khalid Maadour, Antoine Gouy…

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Test Coffret 3-DVD :

Interactivité ***
Un joli programme de suppléments vient enrichir ces douze épisodes. Le créateur et scénariste Jean-François Halin revient sur la genèse de la saison, et replace certains aspects de l’intrigue, et notamment l’homosexualité, dans le contexte de l’époque. Il exprime également son envie de rempiler pour une troisième saison, à ce jour encore non confirmée par la chaîne. Le réalisateur Alexis Charrier, qui a succédé à Alexandre Courtès, livre lui également, ses impressions, tandis que le compositeur Nicolas Godin parle de ses influences et de l’enthousiasme qu’il a eu à créer ces ambiances musicales et cet épatant générique, clin d’œil aux séries télévisées des années 60 et 70. Enfin, les trois scénaristes sont réunis pour commenter l’épisode 6 et l’épisode 12, qui révèlent au passage quelques secrets de l’intrigue.

Image ****
Format : 1.85
Image précise, soignée et contrastée. Les couleurs sont magnifiques.

Son ****
DD 5.1 et 2.0 en français
La piste 5.1 met idéalement en valeur les ambiances musicales.

 

 

 

UNE PLUIE SANS FIN

Le Grand Prix 2018 du Festival International du Film Policier de Beaune paraît sur les écrans français en pleine canicule estivale. Un timing qui ne manque pas d’ironie et pourrait bien profiter à ce petit bijou de film noir, romantique et désespéré à souhait.

 

« Vous êtes trop fort Maestro !
– Je n’y peux rien. C’est un don »

 

Une pluie sans fin (The Looming Storm – Bao Xue Jiang Zhi)

Dong Yue (Meilleur Nouveau Réalisateur aux Asian Film Awards 2018)
2017
Dans les salles françaises depuis le 25 juillet 2018

En cet hiver 1997, quelques mois avant la rétrocession de Hong Kong, la province du Yunan, dans le sud de la Chine, est confrontée à des intempéries inhabituelles. Yu Guowei (Duan Yihong), surveillant de la fonderie d’une petite ville industrielle, est sollicité par le chef de la police qui enquête sur une série de meurtres de jeunes femmes. Le corps de la dernière victime ayant été découvert, comme les précédents, aux abords de l’usine, les soupçons se portent en effet sur les employés de celle-ci. Flanqué de son jeune assistant Liu (Zheng Wei), Yu, que ses camarades surnomment « Détective Yu » à cause de son zèle et son intégrité, décide de mener les investigations en marge de la police. Sa détermination à découvrir le coupable va tourner à l’obsession…

Le titre français sied comme un gant à ce premier long-métrage du Chinois Dong Yue, qui, ce n’est pas une surprise, a commencé sa carrière comme chef-opérateur. En effet, le film frappe par sa beauté stupéfiante, ses plans magnifiques et ses atmosphères rendues presque irréelles par les ciels plombés, les pluies torrentielles et une palette de couleurs volontairement ternes et désaturées. Même si le cinéaste quadragénaire a confié avoir été influencé par Sueurs Froides d’Alfred Hitchcock et Conversation secrète de Francis Ford Coppola, c’est d’abord au chef-d’œuvre coréen Memories Of Murder que l’on pense. Très vite pourtant, il apparaît évident que les motivations de Dong Yue sont autres. L’intrigue policière, inspirée d’un fait divers chinois, est surtout prétexte à dépeindre un pays en pleine mutation. En cette fin de décennie 90, l’ouverture au capitalisme d’état entraîne la fermeture des vieilles usines, réduisant les ouvriers au chômage et à la misère. La riche Hong Kong rétrocédée à la Chine fait alors rêver bon nombre de ces laissés pour compte qui aspirent à une seconde chance. Le réalisateur montre avec brio la décrépitude ambiante de ce monde qui se meurt. Très peu de touches d’humour, mais Dong Yue joue volontiers avec l’absurde. Ainsi, Yu, décoré en tant qu’employé modèle de son usine par les instances du parti – sans être valorisé pour autant – est traité avec condescendance et mépris par celles-ci, tout comme par les autorités locales. Pour son malheur, Yu ne s’en rend pas compte. Ses camarades et son disciple Liu le confortent dans l’idée qu’il est « important » et qu’il a un talent spécial pour repérer les coupables. La poursuite du tueur en série, qui tient la police en échec, devient donc « son affaire » et prend le pas sur le reste, notamment sur sa relation avec la jolie prostituée Yanzi, qu’il protège d’une bien drôle de façon. Très expressif, l’acteur Duan Yihong, star en Chine, suscite une empathie totale. Yu le solitaire, tout comme les héros de films noirs, est écrasé par la fatalité de sa destinée. Il nous entraîne dans la spirale de son obsession. Point d’orgue du film : une course-poursuite sous une pluie battante, dans la carcasse de l’usine gigantesque et le long des voies ferrées, entre deux hommes vêtus d’un même ciré dont la capuche ruisselante dissimule le visage. Une scène à couper le souffle, filmée de main de maître, climax d’un polar désespéré et impressionnant qui hante longtemps après la projection.
Chine. 2 heures. Distribué en France par Wild Bunch. Et avec : Jiang Yiyan, Du Yuan…

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C.B. STRIKE/VICTORIA

Alors que la diffusion de la quatrième saison de l’épatante Poldark vient de démarrer outre-Manche, retour sur deux autres petites Anglaises qui, en dépit de leur discrétion médiatique en France, en ont également sous le capot.

  « You could find beauty nearly anywhere if you stopped to look for it. » 

 

C. B. Strike (Strike)


2017
Mini-série en deux saisons diffusée en 2017 et 2018 sur BBC One. Les deux sont disponibles en France sur OCS City depuis le 16 juin 2018.

Vétéran de la guerre d’Afghanistan qui lui a coûté une jambe et ex-flic dans l’armée, Cormoran Strike (Tom Burke) est désormais détective privé à Londres. Ce fils de rock star et d’une groupie top model morte dans des circonstances mystérieuses, vient de se séparer de sa fiancée et passe davantage de temps à broyer du noir au pub du coin qu’à gérer son activité qui périclite. L’arrivée de Robin Ellacott (Holliday Grainger), jeune intérimaire pleine de ressources, va le remettre sur les rails…

 C. B. Strike fait partie de ces séries confortables, à l’ancienne, old school, qui ne révolutionnent pas le genre, mais dont le visionnage procure un plaisir fou. Le charme opère dès le générique, sur la chanson de Beth Rowley « I Walk Beside You ». Contre toute attente, les aventures de ce Sherlock Holmes destroy ont été imaginées par l’auteur de la saga Harry Potter. En effet, c’est sous le pseudonyme de Robert Galbraith que J. K. Rowling en a publié en 2013 le premier tome, L’appel du coucou, passé inaperçu avant que le subterfuge ne soit révélé. Le vers à soieet La carrière du malont suivi. Ces trois intrigues adaptées pour la télévision par Tom Edge (The Crown) et Ben Richards (Tunnel) constituent les deux saisons de la série (dont J. K. Rowling est productrice exécutive), en attendant de nouvelles publications. Pour autant, ce ne sont ni les enquêtes, ni la teneur des énigmes qui passionnent, mais plutôt les atmosphères et la personnalité des deux protagonistes dont l’alchimie est indiscutable. Les amoureux de Londres et de l’Angleterre y trouveront également leur compte. La série a été tournée le plus près possible des vrais lieux choisis par la romancière. Ainsi le bureau de Cormoran Strike est situé sur Denmark Street, la rue des magasins de musique vintage prisée des musiciens des années 50 à 70. On reconnaît également Kensington, Oxford Street et le quartier de Fitzrovia. A la manière de la divine série Chapeau melon et bottes de cuir, les enquêtes mènent le tandem à la campagne, dans le Kent, le Yorkshire… Et comme dans la relation entre John Steed et Emma Peel, une tension amoureuse est sous-jacente entre ce privé fracassé et solitaire, et cette détective en herbe sur le point d’en épouser un autre. Tom Burke, vu dans The Hour, Guerre et paix ou The Musketeers, fait un taciturne très séduisant et pousse même la galanterie jusqu’à laisser l’exquise Holliday Grainger, qui fut la Lucrèce Borgia de la série de Neil Jordan, lui voler la vedette.
Sept épisodes d’une heure environ. Et avec Kerr Logan, Ben Crompton, Tara Fitzgerald, Tim McInnerny, Killian Scott, Peter Sullivan…

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« You don’t think I’m too short to be dignified ?
– To me Ma’am, you are every inch a queen. »

Victoria (Saison 1)


2017
Diffusée depuis 2016 sur ITV, en France sur Altice Studio (SFR). Première saison en Blu-ray et DVD chez Koba Films depuis le 6 avril 2018

 En 1837, le roi d’Angleterre Guillaume IV meurt sans héritier légitime. Son frère Ernest-Auguste convoite le trône mais se fait damer le pion par sa nièce Alexandrina Victoria (Jenna Coleman). Agée de dix-huit ans, la jeune fille a été élevée à l’écart du monde par sa mère, la duchesse de Kent, et l’ambitieux régent John Conroy, dont il se murmure qu’il est l’amant. A Buckingham les esprits s’échauffent en évoquant la jeunesse et l’inexpérience de la souveraine dont les gestes sont scrutés à la loupe. Mais Victoria, qui fait preuve d’une force de caractère inattendue, va trouver un allié de poids en la personne du sage et brillant Lord Melbourne (Rufus Sewell)…   

Sept ans après le film de Jean-Marc Vallée (Victoria, les jeunes années d’une reine, avec Emily Blunt dans le rôle-titre), celle qui fut une des monarques les plus influentes de l’histoire (soixante-trois ans de règne) revient sous les traits de la jeune et mutine Jenna Coleman, bien connue des fans de la série Doctor Who. Là encore, on entre dans le show créé par Daisy Goodwin par un générique de toute beauté, qui mêle assez astucieusement classicisme et modernité. Il est souligné par le magnifique « Alleluia » composé par Martin Phipps et interprété par l’ensemble vocal anglais féminin Mediæval Bæbes. Victoria semble regarder le spectateur dans les yeux, et le visage de Jenna Goodman reflète tous les aspects de la personnalité de cette reine passionnée, impulsive et à la volonté de fer. A peine sortie d’une enfance dorée mais solitaire, la jeune fille est confrontée aux luttes intestines et aux perfidies de son entourage. La saison 1, celle de la métamorphose, s’attarde sur sa relation avec Lord Melbourne (formidable Rufus Sewell) puis sa rencontre passionnée avec le Prince Albert, campé par un Tom Hugues (The Game, Adieu à Cemetery Junction) irrésistiblement romantique. Aux critiques, qui ont reproché l’excès de scènes sentimentales, on répondra qu’il aurait été absurde d’occulter cet aspect important de la vie de la reine. L’adoration pour son époux est restée légendaire et Victoria sera toute son existence une grande amoureuse. C’est sous l’influence d’Albert, qui s’intéressait à la modernisation de l’industrie autant qu’aux conditions de vie des ouvriers, que Victoria fera entrer l’Angleterre dans une nouvelle ère. Les changements sociaux, économiques et technologiques sont mis en exergue dans la peinture de la vie des domestiques de Buckingham, dont on suit les tribulations et qui ne manquent pas une occasion de débattre de ce qui se passe au Palais. Enfin, la série est une splendeur en termes de photo, costumes et décors. Les intérieurs de Buckingham Palace ont été recréés fidèlement et de manière sensationnelle ; grâce aux effets spéciaux subtils, on est littéralement propulsé dans le Londres victorien. La troisième saison de cette série très populaire outre-Manche est en cours de production.
8 épisodes de 48 minutes. Et avec Nell Hudson, David Oakes, Adrian Schiller, Daniela Holtz, Catherine Flemming, Eve Myles, Ferdinand Kingsley…

 

 

De très belle facture, le coffret 3-DVD propose les huit épisodes en VO et VOST, ainsi qu’un bref making of et des featurettes instructives sur les coulisses de la production.

 

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A noter que Koba Films propose également de redécouvrir en DVD l’excellente mini-série anglaise Sous influence, diffusée sur Arte en mars dernier, avec une Emily Watson impressionnante.