POLDARK/DR THORNE… Le « costume drama » se porte bien

Le « costume drama », ou « period drama », est un genre dans lequel les Britanniques sont passés maîtres depuis l’adaptation par la BBC d’Orgueil et préjugés. Ravivée par les Tudors, et surtout l’aristocratique Downton Abbey, la saga historique et romanesque est plus populaire que jamais. Les succès de Outlander, The Crown, The Wolf Hall, The White Princess, The Musketeers ou The Virgin Queen en témoignent, ainsi que Poldark, peut-être la plus romantique de toute, qui fait un tabac outre-Manche. Découverte sur BBC One en mars 2015, puis diffusée sur Netflix l’année suivante, cette série adaptée des romans de Winston Graham compte déjà trois saisons. La première vient de paraître chez Koba Films, l’éditeur DVD que les fans de littérature anglaise prisent depuis longtemps, et qui vient également de publier la mini-série Docteur Thorne, d’après Anthony Trollope, et La foire aux vanités, adaptée en 1998 du classique de Tackeray. 

 

« I think you must have your feelings under a very good control. You turn them about and face them the way you want them to be. Il wish I could do that. What’s the secret ? 
– I’m married. »

Poldark

Série britannique créée en 2015 par Debbie Horsfield d’après les romans de Winston Graham
Saison 1 en coffret 3-DVD chez Koba Films depuis le 25 octobre 2017

En 1783, Ross Poldark (Aidan Turner) est de retour dans ses Cornouailles natales, après trois ans forcé à se battre aux côtés des troupes anglaises dans la guerre de l’Indépendance américaine. Il déchante vite en découvrant sa région plus pauvre que jamais. Son père est mort, la mine familiale a fermé, et pour couronner le tout, Elizabeth (Heida Reed), sa promise et grand amour de jeunesse, le croyant mort, s’est fiancée à son riche cousin Francis Poldark (Kyle Soller)…

Voici un héros comme on n’en fait plus : courageux, fougueux, épris de justice et prodigieusement séduisant. Certes, cet aristocrate désargenté n’est pas exempt de défauts. Sa fierté et son caractère emporté le mènent parfois à sa perte. Mais le côté imprévisible et l’esprit libre de cet humaniste qui méprise les conventions sociales et la notion de classe en font un homme en avance sur son temps, indéniablement influencé par les philosophes des Lumières. Le personnage a été imaginé en 1945 par l’écrivain britannique Winston Graham (il est, entre autres, l’auteur du roman qui a inspiré à Alfred Hitchcock Pas de printemps pour Marnie), et ses aventures ont alimenté onze volumes d’une saga terminée en 2002, un an avant la mort de l’écrivain. En 1975, l’Angleterre a achevé de faire de Ross Poldark un héros populaire lors de la diffusion par la BBC d’une première série télévisée, qui a tenu en haleine les téléspectateurs durant deux ans. Dans ses mémoires publiées en 2003, Winston Graham rapporte que dans les paroisses anglaises, les prêtres avaient avancé l’heure de la messe pour que les fidèles puissent assister à la diffusion du show. Quarante ans après, le personnage iconique fait un retour en force sous les traits du beau Aidan Turner, interprète du nain Kili dans la trilogie Le Hobbit de Peter Jackson. L’acteur était fortement pressenti pour prendre la relève de Daniel Craig dans le prochain James Bond, avant que ce dernier ne revienne dans la course. Furieusement romantique, ce Poldark nouveau cru concocté par Debbie Horsfield a de quoi combler les fans du genre. Les rebondissements sont légion et le lyrisme va bon train. Les paysages de Cornouailles sont somptueux et fidèles aux descriptions de Winston Graham, qui a vécu à Perranporth durant trente-quatre ans. Sous le soleil ou sous la pluie, le vent n’a de cesse de balayer la lande, les falaises et les cheveux des protagonistes. Si Aidan Turner brille en Ross Poldark, Luke Norris, en Dr Enys, est formidablement émouvant, tandis que Jack Farthing, interprète de l’infâme George Warleggan, est détestable à souhait. Les personnages féminins tirent également leur épingle du jeu. Winston Graham avait désapprouvé le jeu de Angharad Rees, la Demelza de la série originale, qu’il trouvait trop délurée. Il aurait assurément adoré celui de la délicieuse et solaire Eleanor Tomlinson (on notera que Robin Ellis, qui campait Ross Poldark dans la série des 70’s, interprète ici le Révérend Halse). La peinture de cette fin du 18ème siècle, à l’heure de la Révolution française (les Français en prennent pour leur grade), et le portrait de ce héros à la conscience sociale exacerbée, qui ne cesse de se battre pour la survie économique de sa région aux mains de banquiers sans scrupule, n’ont rien de fantaisiste. Aux intrigues sentimentales et familiales intenses se mêlent des enjeux politiques et économiques qui résonnent encore aujourd’hui. On ne peut que succomber au charme de cette série palpitante et romanesque qui fait un tabac outre-Manche. La quatrième saison est en cours de production.
Et avec Pip Torrens, Phil Davis, Beatie Edney, Tristan Sturrock, Caroline Blackiston…

BANDE-ANNONCE

 



Test coffret 3-DVD:

Interactivité **
Les huit épisodes de 60 minutes sont enrichis de trois courts reportages sur les coulisses de la série, regroupant les impressions des comédiens et des créateurs du show. Un espace dédié à l’éditeur est disponible sur le troisième DVD.

Image ****
Format : 1.77
Superbe définition, qui restitue la beauté des paysages de Cornouailles, mais aussi des costumes et décors. Les noirs sont profonds, la gestion des couleurs excellente.

Son ***
DD 2.0 en anglais sous-titré et français
Une piste 2.0 dynamique et ample qui met en valeur la très belle musique composée par l’ex-Art Of Noise, Anne Dudley, oscarisée en 1998 pour la bande originale de The Full Monty.

 

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« Celle qui empêche un homme de courir à la ruine ne l’aime-t-elle pas plus sincèrement que celle qui s’accroche à lui quoi qu’il en coûte ? »

Docteur Thorne

Mini-série britannique créée en 2016 par Julian Fellowes d’après le roman d’Anthony Trollope
En DVD chez Koba Films depuis le 29 novembre 2017

Dans un village anglais, au milieu du 18ème siècle, le Docteur Thorne (Tom Hollander), apprécié de tous, vit avec sa nièce Mary (Stefanie Martini), qu’il a recueillie enfant après la mort de son frère. Aussi belle que charmante, la jeune fille, sans dot et de naissance illégitime, est l’amie de toujours des enfants de la riche famille Gresham, qui demeurent dans le domaine de Greshambury tout proche. Hélas, Lord Gresham a fort mal géré sa fortune et son épouse (Rebecca Front) ne compte plus désormais que sur sa progéniture pour sauver la famille de la ruine. Tandis qu’elle se démène pour leur dénicher de beaux partis, elle découvre que son fils Frank (Harry Richardson) est amoureux de Mary. Elle demande alors au Docteur Thorne d’éloigner la modeste jeune fille, devenue désormais indésirable à Greshambury…

Publié en 1858, Doctor Thorne est le troisième volume des Chroniques du Barsetshire (comté anglais imaginaire) signées Anthony Trollope, célèbre romancier de l’époque victorienne. La qualité d’observateur de l’écrivain britannique et le fait qu’il soit issu d’une famille d’aristocrates désargentés explique en grande partie la finesse des portraits qui parsèment son œuvre, reflet brillant des conflits sociaux, familiaux, politiques et sentimentaux de son temps. Comme chez sa compatriote Jane Austen, on trouve chez Trollope des critiques acerbes sur les mœurs de la bonne société, et il y est souvent question de mariages arrangés, d’héritages, de dot et d’enfants illégitimes. Très fidèle au livre, la mini-série écrite en 2016 par Julian Fellowes, créateur, entre autres, de Downton Abbey et coscénariste de Gosford Park, est un cocktail réussi d’émotion et d’ironie mordante. Tom Hollander, décidément à l’aise dans tous les registres, campe un Docteur Thorne irrésistible, dont on devine la tempête intérieure derrière la courtoisie exemplaire. Ce gentleman, seul à connaître les secrets du petit monde dans lequel il évolue, en est aussi le centre moral. Sa retenue met en exergue le ridicule de certains protagonistes et le caractère immensément comique des situations. Comme on peut s’y attendre avec Julian Fellowes aux manettes, rien n’a été laissé au hasard et, des décors aux costumes, en passant par la distribution, tout est ravissement. Un seul bémol cependant : le rythme, un peu trop effréné. En trois épisodes de quarante-huit minutes, il n’était pas permis de s’attarder sur certains aspects de l’intrigue, ainsi que sur certains personnages secondaires. Il y a cependant fort à parier que cette belle introduction à l’univers de Trollope va donner envie aux non-initiés de découvrir le reste de son œuvre.
Et avec Alison Brie, Gwyneth Keyworth, Phoebe Nicholls, Ian McShane  …

BANDE-ANNONCE

Test DVD:

Interactivité **
Un programme instructif composé de featurettes sur les coulisses du tournage et d’une interview de Julian Fellowes, qui insiste sur la modernité des récits de Trollope.

Image ***
Format : 1.78
Les couleurs sont splendides, la définition est éclatante.

Son ***
DD 2.0 en anglais sous-titré et français
Une piste 2.0 tout à fait convenable, et plus dynamique sur la version originale.

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Les amoureux de littérature anglaise se sont également réjouis de la sortie le 19 octobre chez Koba Films de La foire aux vanités (Vanity Fair), série créée en 1998 par Andrew Davies, à qui on doit la cultissime adaptation d’Orgueil et préjugés. Fidèle à l’œuvre de William Makepeace Tackeray publiée en 1848, cette satire des mœurs de la société anglaise de l’époque victorienne accuse un peu son âge, mais elle ne manque pas de mordant. On suit avec délectation les tribulations de l’ambitieuse orpheline Becky Sharp (Natasha Little), qui ne cesse de déployer des stratagèmes pour accéder à la haute société. Réunissant la fine fleur des acteurs british, cette mini-série de cinq heures, plébiscitée par les connaisseurs, profite d’un double-DVD de belle facture.

Et on reparle de Jane Austen : PEMBERLEY et LOVE & FRIENDSHIP en DVD/BR

Non contente d’avoir engendré Shakespeare, l’Angleterre nous a aussi offert Jane Austen, avec laquelle elle entretient une histoire d’amour depuis quasiment deux siècles. Depuis la mort de l’écrivain en 1817, sa poignée de romans a conquis le monde, et ces dernières années, on ne compte plus les transpositions, hommages ou pastiches. En attendant l’adaptation au cinéma de Sanditon, on peut découvrir ou redécouvrir celle de Lady Susan par l’Américain Whit Stillman. Intitulée Love & Friendship, cette comédie de mœurs des plus brillantes projetée sur les écrans l’été dernier vient de paraître en Blu-ray et DVD (voir plus bas). Et on peut également savourer l’adaptation en mini-série télévisée de La mort s’invite à Pemberley, l’ultime opus de feu P. D. James : un hommage déguisé en histoire policière qui pourrait constituer une suite au chef-d’œuvre Orgueil et préjugés. Car, contre toute attente, la « reine du crime » était une fervente admiratrice de la romancière du Hampshire. Et bien sûr, c’est la vénérable BBC, qui a déjà porté au petit écran, et avec quel brio, tous les romans d’Austen, qui s’y est collée.

 

Death Comes to Pemberley
« Cela fait plusieurs siècles déjà que nous avons admis que les femmes ont une âme. N’est-il pas grand temps d’admettre qu’elles ont aussi un cerveau ? » P. D. James (Death Comes To Pemberley)

 

Pemberley (Death Comes To Pemberley)

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Daniel Percival
2013 (Mini-série diffusée pour la première fois sur BBC One en décembre 2013)
En DVD depuis le 12 octobre chez Koba Films

A Pemberley, la vie s’écoule paisiblement. Darcy (Matthew Rhys) et Elizabeth (Anna Maxwell Martin) sont mariés depuis six ans et heureux parents. Une nuit, alors que les préparatifs pour le bal annuel vont bon train, un cabriolet arrive à tombeau ouvert au château. A son bord, Lydia (Jenna Coleman), la jeune sœur d’Elizabeth qui n’avait pas été conviée à la fête en raison de ses frasques passées, est passablement hystérique. Elle craint que son époux, le tristement célèbre George Wickham (Matthew Goode), ait été assassiné dans la forêt du domaine…

Publié en 2011 outre-Manche (en 2012 en France), La mort s’invite à Pemberley est le dernier roman de Phillis Dorothy James, disparue le 27 novembre 2014 à l’âge de 94 ans. L’auteur d’un Certain goût pour la mort et des Fils de l’homme avait choisi dans son ultime ouvrage de rendre hommage à sa compatriote Jane Austen, à laquelle elle vouait une fervente admiration. P. D. James s’est appliquée à tisser une énigme policière en respectant tous les codes d’Orgueil et Préjugés. Force est de constater que La mort s’invite à Pemberley apparaît moins fantasque que bon nombre d’ « austeneries », telle la série de livres signée par Elizabeth Aston à qui l’univers de la célèbre romancière — et le personnage de Mr Darcy en particulier — a inspiré moult intrigues ultra-romancées (Les filles de Mr Darcy, Darcy dans l’âme, L’autre Mrs Darcy…). Il y a quelque chose de magique dans le fait de se plonger dans les tribulations de Darcy et Elizabeth Bennet six ans après les événements qui n’en finissent pas de captiver les lecteurs du roman. La BBC l’a bien compris, et cette adaptation, très fidèle, du livre de P. D. James, tient toutes ses promesses. Tournée principalement dans les très beaux décors naturels du domaine de Chatsworth House (Derbyshire), et quelques autres sites prestigieux (le Château Howard, le Musée du Château d’York, les ruines de Fountains Abbey…), la mini-série mise en scène par le chevronné Daniel Percival (Strike Back, Crossing Lines) est un ravissement. Si le crime occupe la première place du récit, ce dernier est étoffé de sous-intrigues tissées avec brio et « à la manière de », pimentées par des dialogues teintés de la fameuse ironie austenienne. En tête de la distribution très soignée on apprécie particulièrement Matthew Rhys (The Americans), qui fait un Darcy solide, Matthew Goode, retors à souhait, et l’incontournable James Norton (Grantchester, Happy Valley…), impeccable comme toujours. Les Janeites (admirateurs de l’œuvre d’Austen) ont déploré le manque de charisme de l’Elizabeth Bennet campée par Anna Maxwell Martin. Certes, mais elle fait preuve d’une force de caractère, d’une bonté et d’un discernement très respectueux de son modèle. Un régal donc !
3h Et avec Trevor Eve, Tom Ward, Eleanor Tomlinson, Joanna Scanlan, Lewis Rainer…

BANDE-ANNONCE

Death Comes to Pemberley

 

Test DVD :  

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Inédite à la télévision française à ce jour, la mini-série a été rebaptisée Pemberley pour sa sortie en DVD dans l’Hexagone, et se découpe en deux épisodes de quatre-vingt-dix minutes.

 

 

Interactivité
Pas de bonus, hormis les bandes-annonces de l’éditeur.

Image ***
Format : 1,77
L’image, lumineuse et contrastée, profite d’une belle définition.

Son ***
DD 2.0 en anglais sous-titré français
Seule la version originale sous-titrée en français, indispensable, figure sur le disque, et on ne peut que s’en réjouir. La piste DD 2.0, harmonieuse, est très convenable pour ce format télévisuel.

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Love & Friendship

Love 78

Whit Stillman
2016
En Blu-ray et DVD chez Blaq Out depuis le 2 novembre

CRITIQUE DU FILM ici

 Love 9

 

Test Blu-ray :  

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Interactivité **
Un programme un peu succinct (trois reportages de 10 minutes chacun), mais non sans intérêt. Le réalisateur y parle de la genèse du film, qui remonte à 2003. Il confie avoir songé à Kate Beckinsale dès la lecture de Lady Susan, et a attendu pour tourner qu’elle ait l’âge du rôle. Il évoque aussi la manière dont il a transformé la structure épistolaire en dramaturgie classique. Après avoir écouté Sophie Demir, spécialiste de Jane Austen, revenir sur les enjeux amoureux dans l’œuvre de la romancière, on peut découvrir un making of réalisé sur le vif du tournage, truffé d’interventions des comédiens.

Image ****
Format : 1.85
Superbement définie, l’image éclatante restitue les nuances de la photographie de Richard Van Oosterhout. La palette de couleurs est de toute beauté.

Son ****
DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0 en anglais sous-titré français
Ici aussi, la version originale sous-titrée en français est mise à l’honneur. La piste 5.1, généreuse, permet une immersion totale.

Love 10 

LOVE & FRIENDSHIP

Projetée dans les salles françaises au début de l’été, l’adaptation de Lady Susan, de Jane Austen, par Whit Stillman, est passée quasiment inaperçue. Pourtant, illuminée par une Kate Beckinsale impériale en reine des garces, cette comédie de mœurs, sarcastique et spirituelle, est totalement jubilatoire. Et si le film, jamais académique, est aussi réussi, c’est parce que, comme la romancière anglaise, le réalisateur des remarquables Metropolitan, Les derniers jours du disco ou Barcelona est lui aussi un fin observateur, volontiers moraliste, de ses congénères (soit, en ce qui le concerne, de la haute société américaine). En mettant en exergue l’aspect satirique, trop souvent négligé, de l’écriture de Jane Austen, Whit Stillman lui a rendu à la fois hommage et justice. Un coup de maître !

Love 1

« Ma chère Alicia, quelle erreur n’avez-vous pas commise en épousant un homme de son âge… trop sénile pour être aimable et trop jeune pour mourir. » Jane Austen (Lady Susan)

 

Love & Friendship

Whit Stillman
2016 (Dans les salles françaises depuis le 22 juin)

A la fin du XVIIIème en Angleterre, les tribulations de Lady Susan Vernon (Kate Beckinsale), jeune veuve égoïste, immorale et extrêmement séduisante, font frémir la haute société. Sa situation financière et sa réputation se dégradant, elle est contrainte de chercher de riches époux, pour elle et sa fille adolescente. En attendant, Lady Susan est condamnée à dépendre de la générosité de son beau-frère fortuné chez qui elle a trouvé refuge, au grand dam de son épouse (Emma Greenwell), qui craint qu’elle ne jette son dévolu sur son jeune frère Reginald (Xavier Samuel)…

Jamais publié du vivant de Jane Austen (il l’a été par son neveu en 1871, cinquante-quatre ans après la mort de l’écrivain), le court roman épistolaire Lady Susan a ceci de remarquable qu’il a été écrit entre 1793 et 1795 (la date précise est sujette à controverse), par une Jane Austen alors âgée d’environ dix-huit ans. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la future auteur d’Orgueil et préjugés faisait déjà preuve d’un sens aigu de l’observation et maniait l’ironie en virtuose. Cependant, si Lady Susan est probablement le personnage féminin le plus manipulateur, opportuniste et dénué de scrupules de toute son œuvre, il n’apparaît pas, ici, entièrement condamnable. Son intelligence et sa vivacité d’esprit rendent ses remarques truculentes, et certaines de ses attitudes révèlent chez elle une certaine humanité. Car Stillman sauve toujours ses personnages. De fait, le film est la coïncidence parfaite des univers du réalisateur et de la célèbre romancière, dont il est un admirateur de longue date (il a même été à deux doigts de réaliser Raison et sentiments, qui a finalement échu à Ang Lee). Stillman a confié regretter que hormis celle d’Ang Lee, les adaptations d’Austen soient trop souvent sentimentales ou académiques, comme si leurs auteurs en écartaient d’emblée tous les aspects satiriques, qui sont pourtant caractéristiques de son œuvre. D’ailleurs, le titre Love & Friendship choisi par Stillman (alors n’y est réellement question ni de l’un, ni de l’autre) est inspiré de celui d’une parodie des romans épistolaires sentimentaux en vogue au XVIIIe, que Jane Austen avait écrite pour amuser sa famille lorsqu’elle était adolescente (elle l’avait orthographié Love & Freindship). Réputée impossible (roman épistolaire oblige), l’adaptation de Lady Susan a été peaufinée durant plusieurs années par le cinéaste, qui a conservé, en les simplifiant, beaucoup des dialogues originaux, et enrichi astucieusement l’épilogue un peu trop abrupt. Il en résulte une comédie de mœurs raffinée et trépidante, parfois burlesque ou touchante, à laquelle l’humour décalé confère une modernité évidente. Ce ballet incessant et étourdissant d’allers et venues des protagonistes est mis en scène avec maestria, et servi par une brochette de comédiens sensationnels. La Britannique Kate Beckinsale, déjà interprète en 1996 d’une autre héroïne de Jane Austen dans le téléfilm Emma, est parfaite. Elle retrouve ici sa partenaire des Derniers jours du disco, Chloë Sevigny, égérie du cinéma indépendant américain (et de Stillman en particulier) qui campe avec malice la confidente et seule amie de la scandaleuse Lady Susan. On saluera également la prestation loufoque (très « Ricky Gervais ») de Tom Bennett, et la douceur d’Emma Greenwell, qui figurait cette même année au générique d’Orgueil et préjugés et zombies de Burr Steers. Enfin, les amoureux du style de Whit Stillman se réjouiront de savoir que de nouveaux épisodes de la série The Cosmopolitans, dont il a signé le pilote diffusé en 2014 et resté sans suite depuis, devraient bientôt voir le jour. Bien sûr, Chloë Sevigny est de la partie.
1h 32 Et avec Stephen Fry, Morfydd Clark, Jenn Murray, Jemma Redgrave, James Fleet, Lochlann O’Mearáin…

BANDE-ANNONCE

Love 12
Love 9
Love 7
Love 3
Love 4
Love 10Love 6