TERRE BATTUE

Tandis que la tension monte en cette deuxième semaine du tournoi de Roland-Garros, on en profite pour parler de Terre battue, le premier long-métrage de Stéphane Demoustier, récemment paru en DVD. Il y est question d’un jeune espoir du tennis qui rêve d’être champion et qui dérape, à cause de la pression insoutenable, mais aussi parce que son père a la tête ailleurs. A l’origine de ce film coproduit par les Frères Dardenne, il y a un fait divers, et surtout l’expérience personnelle du cinéaste, qui fut lui-même une graine de champion. A ce titre, le documentaire fourni en bonus est sensationnel !

 

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  « Si tu n’avances pas, c’est l’autre qui le fera à ta place, mets-toi ça dans la tête ! »

  

Terre battue

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Stéphane Demoustier
2014 (en DVD depuis le 17 avril 2015 chez Diaphana)

Dans la banlieue lilloise, Jérôme (Olivier Gourmet), cadre commercial dans la grande distribution, vient de se faire licencier pour motif économique. Ce nouveau départ lui donne des ailes pour se lancer en solo, et créer sa propre société de vente de chaussures à prix discount. Malgré les réticences de son épouse (Valeria Bruni Tedeschi), il se démène du matin au soir pour convaincre des investisseurs. Ce désir obsessionnel de réussite l’amène à délaisser sa femme et son fils de onze ans, Ugo (Charles Mérienne), talentueux joueur de tennis qui a une chance d’intégrer le Centre national d’entraînement à Roland-Garros…

Le tennis, à l’instar du sport en général, demeure anecdotique au cinéma, même si la discipline a offert des scènes mythiques, dans Blow Up, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au Paradis, Les Berkman se séparent, ou Match Point. Pour trouver une représentation authentique du tennis professionnel, il faut se tourner vers l’Inconnu du Nord-Express d’Alfred Hitchcock, Jeu set et match (Hard, Fast And Beautiful) d’Ida Lupino ou La plus belle victoire (Wimbledon) de Richard Loncraine. D’où l’intérêt pour ce Terre battue qui montre un aspect du tennis rarement évoqué au cinéma, celui de l’apprentissage des futurs champions qui se frottent dès leur plus jeune âge à la compétition et à l’exigence de la discipline. « Le haut niveau, c’est 99% de souffrance et 1% de plaisir » dit le professeur d’Ugo. Une souffrance que le père, obnubilé par ses propres démons, ne voit pas. Quant à la mère, campée avec justesse par Valeria Bruni Tedeschi, elle ne songe qu’à s’échapper de ce couple auquel elle ne croit plus. Elle est déjà ailleurs, laissant père et fils à leurs ambitions sans se rendre compte que l’obsession de réussite délirante du premier déteint peu à peu sur le second. Plus amère que douce, cette chronique d’une famille ordinaire met cruellement en évidence les dangers d’une société régie par la compétition et la réussite. Le film pèche par un petit manque de rythme et donne parfois l’impression de flotter sans trop savoir où il va, mais il faut reconnaître que Stéphane Demoustier a insufflé à son premier long-métrage une belle authenticité. Car si Terre battue est inspiré d’un fait divers, le grand frère de l’actrice Anaïs Demoustier l’a étoffé avec des éléments autobiographiques qui confèrent aux personnages une vérité criante. Celui de Jérôme, campé avec maestria par Olivier Gourmet, qui ne cesse de clamer son amour pour les grandes surfaces et les parkings des zones commerciales, est un clin d’œil au père du réalisateur, tandis qu’Ugo (interprété par un authentique espoir du tennis) est une émanation de Stéphane Demoustier enfant. Le cinéaste a en effet pratiqué le tennis de haut niveau en junior, une école de sacrifices qu’il connaît parfaitement. Un premier film attachant et sensible sur l’ambition et la transmission filiale, au final implacable.
Et avec Vimala Pons, Jean-Yves Berteloot, Olivier Brabant…

 

BANDE-ANNONCE

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Test DVD :

TERRE BATTUE DVD 3D 

 

 

Interactivité ***
On peut découvrir un épatant documentaire de 40 minutes réalisé en 2014 par Stéphane Demoustier, intitulé Les petits joueurs, excellent complément au film. On y suit le parcours de trois jeunes espoirs régionaux qui participent aux championnats de France de tennis par équipe à Blois, dont les meilleurs rejoindront les centres de formation nationaux. Egalement au menu, sept très bonnes scènes inédites commentées, non sans humour, par le cinéaste et son monteur Damien Maestraggi.

Image ***
Format : 2.35
Beau travail ! La définition est affûtée ; les couleurs, lumineuses.

Son ***
DD 5.1 et 2.0 en français
Une piste 5.1 très convenable pour ce film plutôt intimiste.

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CANNES 2015 PALMARÈS & LA LOI DU MARCHÉ

 

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La 68ème édition du festival de Cannes, malgré sa sélection controversée (« un sale millésime » selon Pierre Murat sur Télérama.fr, « catastrophique » selon Vincent Malausa, sur L’obs Le Plus) s’est achevée avec une cérémonie de clôture étonnamment émouvante, et pas uniquement parce qu’elle a mis le cinéma français à l’honneur. Certes, les films plébiscités par la critique, Mia Madre, de Nanni Moretti, ou Youth, de Paolo Sorrentino, n’ont pas eu les faveurs du Jury des frères Coen, qui leur ont préféré Dheepan, de Jacques Audiard. Selon leurs commentaires lors de la conférence de presse qui a suivi la cérémonie, les jurés, apparemment sur la même longueur d’onde, se sont laissés portés par leur enthousiasme et leur émotion, sans calcul ou stratégie particulière. Et le palmarès s’est révélé plutôt juste, récompensant davantage les humbles que les stars, les films sociaux plus que les grandiloquents. En recevant, « comme une palme de résistance et d’endurance », la Palme d’or d’honneur pour sa carrière, qu’elle a dédiée à « tous les cinéastes inventifs et courageux, ceux qui créent un cinéma original, de fiction ou de documentaire, qui ne sont pas en lumière et qui continuent », Agnès Varda a donné le ton. Les timides Emmanuelle Bercot et Vincent Lindon, Prix d’interprétation féminine et masculine, lui ont emboité le pas. Elle : « Comment vous dire mon bonheur de partager mon prix avec une autre actrice, parce qu’il est un peu trop grand pour moi toute seule » ; lui, après avoir embrassé tous les membres du jury : « C’est la première fois que je reçois un prix dans ma vie. Je remercie les deux présidents du jury, Ethan et Joel Coen, je suis d’une fierté qu’ils m’aient même vu jouer… Quand je pense que j’ai fait tout ça pour que mes parents me voient, et ils ne sont plus là. » Dans la salle, Xavier Dolan n’était pas le seul à avoir la larme à l’œil.

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Je n’étais pas à Cannes cette année, mais je me suis précipitée au cinéma pour voir La loi du marché qui sortait le même jour dans les salles françaises. Parce que Stéphane Brizé a un talent fou, et parce que, même s’il n’est pas glamour pour un sou, Vincent Lindon, il y a longtemps qu’on le sait, est le meilleur acteur français.

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 « On ne fait pas n’importe quoi avec les gens. » 

La loi du marché
Stéphane Brizé
2015

Thierry (Vincent Lindon) est demandeur d’emploi depuis vingt mois, date où il a été licencié de la société où il était ouvrier. A cinquante et un an, marié et père d’un adolescent handicapé qui nécessite des soins coûteux, il ne peut se permettre de rester sans travail. De formations inutiles en stage de remise à niveau, il finit par décrocher un contrat de vigile dans un supermarché, un job qui va très vite lui poser un dilemme moral…

En 2006, j’avais interviewé Stéphane Brizé pour le magazine Epok, à l’occasion de la sortie en DVD de son deuxième long-métrage, Je ne suis pas là pour être aimé. Je lui avais demandé d’où venait son intérêt pour les métiers ingrats – la contractuelle du Bleu des villes, le film qui l’a révélé, le huissier de justice de Je ne suis pas là pour être aimé, auxquels on pourrait rajouter aujourd’hui le vigile de supermarché de La loi du marché. Il avait alors répondu : « Ce sont des fonctions qui imposent une image quasi détestable. A partir de là, il ne me reste plus qu’à aller observer l’être humain derrière le masque social. Et c’est cet être humain qui me passionne. » Dans La loi du marché, justement, Vincent Lindon incarne magistralement l’humain pris au piège d’un système qui ne l’est pas. On suit son parcours du combattant qu’est celui du chômeur en quête d’emploi, plus tout jeune et fatigué des stages caduques proposés par Pôle Emploi (telle cette formation de grutier alors qu’il n’a jamais travaillé sur un chantier, et que donc, aucun employeur ne l’embauchera), des cours de coaching (qui remettent en cause son attitude, sa manière de parler… ), des entretiens d’embauche par Skype, totalement humiliants, et des rendez-vous avec la banquière qui lui conseille de vendre son appartement, sa seule richesse. La caméra est nerveuse, et Lindon occupe tous les plans. On lit sur son visage, comme dans un livre ouvert, toute l’incrédulité devant cette violence psychologique ordinaire, qu’il reçoit comme un boxeur se prend des coups et pourtant se relève. Pas question de flancher. Parce qu’il a une famille à nourrir, et qu’il veut garder la tête haute. La séquence, sidérante, de la vente de son mobil-home est annonciatrice. Thierry n’est pas prêt à tout accepter. Le poste de vigile, qu’il décroche, faute de mieux, va le confronter à la précarité et la misère de ses concitoyens et parfois collègues : un vieux monsieur vole de la viande, une caissière des bons de réduction oubliés par des clients… Sans pathos, sans paroles inutiles, le film de Stéphane Brizé met le doigt où ça fait mal. Dans cette arène où chacun défend son bifteck coûte que coûte, le mal n’a pas vraiment de visage, et les héros sont silencieux. Apprendre en sortant de la projection que l’ex-patronne de l’INA, prise en flagrant délit d’abus d’argent public, a été réintégrée au Ministère de la Culture, ajoute encore au malaise. La loi n’est pas la même pour tous.
Avec Karine De Mirbeck, Matthieu Schaller…

BANDE-ANNONCE
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PALMARES

Palme d’or : Dheepan de Jacques Audiard (France)
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Grand Prix : Le fils de Saul de Lázló Nemes (Hongrie)
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Prix de la mise en scène : The Assassin de Hou Hsiao-Hsien (Taïwan, Chine, Hong-Kong, France)
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Prix du scénario : Chronic de Michael Franco (Mexique)
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Prix d’interprétation féminine ex-aequo :

Emmanuelle Bercot dans Mon roi, de Maïwenn (France)
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Rooney Mara dans Carol, de Todd Haynes (Royaume-Uni, Etats-Unis)
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Prix d’interprétation masculine : Vincent Lindon dans La loi du marché de Stéphane Brizé
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Prix du Jury : The Lobster, de Yorgos Lanthimos (Irlande, Grèce, Royaume-Uni, France, Pays-Bas)
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Palme d’or du court-métrage : Waves ’98 de Ely Dagher (Liban, Qatar)
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Le prix AFAP de l’actrice la mieux habillée : Shu Qi, indiscutablement !

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CANNES 2015 : OUVERTURE

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Si sa cérémonie d’ouverture a manqué de peps, le festival de Cannes 2015 risque de s’enflammer ce soir avec la projection de Mad Max : Fury Road. Même s’il est présenté hors compétition, le blockbuster de George Miller tombe à pic pour fouetter le sang d’un festival jugé trop souvent élitiste par le public.

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Il a fait du bon boulot, Lambert Wilson, avec son discours engagé sur la place et la condition des femmes dans le monde. Des propos justes et essentiels, mais avait-il besoin d’être aussi solennel ? (ce théâtral : « Cannes est une femme »). Et cet aveu prononcé en anglais, censé être drôle, dont on se serait bien passé : « Comme vous le savez, je vais continuer cette cérémonie en français. Je sais, je sais, désolé les amis. La plupart d’entre vous ont parcouru le monde afin d’assister à une cérémonie qu’ils ne comprendront pas. Rassurez-vous, la plupart des Français ne la comprendront pas non plus. » Même la chorégraphie (sublime et pas assez applaudie) de Benjamin Millepied devant les images mythiques de Vertigo, ou la présence sur scène de Julianne Moore, au sourire désespérément hollywoodien, venue recevoir son prix d’interprétation de l’année dernière (qui se souvient de ce film de Cronenberg ?) n’ont pas suffi à contrecarrer la morosité ambiante. Voir Isabella Rossellini déclarer la cérémonie ouverte aurait été autrement plus émouvant. Heureusement, ce coup d’envoi un peu terne sera balayé aujourd’hui par la projection de Mad Max : Fury Road. Trente-six ans après son Mad Max, George Miller délaisse sa ménagerie (ses films les plus récents sont Babe et Happy Feet) pour relancer la fougueuse saga avec un quatrième épisode (deux suites sont prévues…). Le tandem Tom Hardy-Charlize Theron a déjà convaincu la critique, et la bande-annonce a fait se pâmer les fans.

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A noter que Charlize Theron, interrogée par Oliver Delcroix du Figaro (interview parue dans l’édition du 14 mai) au sujet de son rôle de baroudeuse dans le film, qui tranche avec son image glamour, a déclaré avec agacement : « Vous ne pouvez pas nous réduire à une seule dimension : nous sommes tout à la fois. Cette façon de représenter les femmes au cinéma relève carrément du complexe de la Madone… Je ne voudrais pas paraître présomptueuse, mais je pense que, nous les femmes, sommes plus à même d’embrasser les tenants et les aboutissants de ce conflit, celui du film et les autres. Ne serait-ce que parce que nous pouvons enfanter. » Lambert Wilson a dû être aux anges.

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