WARM BODIES/LES AMES VAGABONDES

Trois films de genre pour adolescents adaptés de best-sellers ont fait irruption cet été 2013 en Blu-ray et DVD – Warm Bodies, Les âmes vagabondes et Sublimes créatures – On en retient surtout un, Warm Bodies, qui mêle chronique de morts vivants et comédie romantique, à grand renfort d’humour noir et de chansons pop-rock judicieusement choisies.

Unknown

Warm Bodies – Renaissance

Jonathan Levine
2013 (Blu-ray Metropolitan)

Après qu’un virus a transformé la quasi-totalité des êtres humains en zombies mangeurs d’hommes, les survivants vivent retranchés et ne s’aventurent à l’extérieur que pour se ravitailler. Sorti en quête de médicaments, le groupe mené par Perry (Dave Franco) a la malchance de tomber sur une bande de morts-vivants affamés. Perry a tôt fait de se faire dévorer par R le zombie (Nicholas Hoult) qui absorbe en même temps les souvenirs du jeune homme et en particulier ses sentiments pour sa petite-amie Julie (Teresa Palmer, la Kristen Stewart blonde), sur le point de servir de repas à ses congénères. Sans vraiment comprendre ce qui lui arrive, R s’acharne alors à sauver la jeune fille, coûte que coûte…

Remarqué en 2006 avec All The Boys Love Mandy Lane, son piquant premier long-métrage, Jonathan Levine semble avoir une prédilection pour les histoires d’amour impossible. Deux ans après l’émouvant 50/50, dans lequel Joseph Gordon-Levitt était affligé d’une méchante tumeur et s’éprenait de sa jeune thérapeute inexpérimentée, le jeune cinéaste porte à l’écran le roman à succès de Marion Isaac publié en 2010, et ose la romance entre un zombie nostalgique à l’humour ravageur et la fille d’un chasseur de morts-vivants (John Malkovich, un tantinet ridicule) qui en est, pour sa part, totalement dénué. Dès son introduction, au son de la voix-off de R le zombie qui évoque son quotidien morose, le film trouve le ton juste, entre mélancolie et comédie. Nicholas Hoult, petit prodige de About A Boy et vedette de la série Skins convainc totalement en zombie romantique, et nul doute que les adolescentes tomberont sous son charme. Sorte de Roméo et Juliette tordu (où le héros a quand même dévoré la cervelle de l’ex de sa bien-aimée), Warm Bodies privilégie la poésie à la mièvrerie, et à ce titre, tient davantage de Wall-E que de Twilight. Une jolie récréation donc, dotée en outre d’une bande-son pop-rock réjouissante (Feist, Bruce Springsteen, Bon Iver, Guns N’Roses, Roy Orbison…).

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Test Blu-ray

Interactivité **

Le Blu-ray propose un bouquet de suppléments promotionnels et instructifs. Si le commentaire audio, au demeurant sympathique, fourni par le réalisateur, Teresa Palmer et Nicholas Hoult est quelque peu dispensable, on en apprend plus sur les coulisses du tournage dans la poignée de reportages (adaptation, choix des acteurs, maquillage) dont un filmé par Teresa Palmer. Des scènes coupées (parmi lesquelles une ouverture et une fin alternatives), un bêtisier et une interview complètent le programme.

Image ***

Format : 2.35:1
Compression : AVC

Son : ****

DTS-HD Master Audio 7.1 en anglais
DTS-HD Master Audio 5.1 et Audiodescription 2.0 en français
Sous-titres français non-imposés
Sous-titres pour sourds et malentendants

 

LES AMES VAGABONDES

Un film de SF signé Andrew Niccol, mais vampirisé par Stephenie Meyer, auteur du livre dont il est adapté.

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Les âmes vagabondes (The Host)

Andrew Niccol
2013 (Blu-ray Metropolitan)

Même si en apparence, rien n’a changé sur Terre, une race extraterrestre a bel et bien envahi la planète. Chaque être humain ou presque est désormais l’hôte d’une créature sophistiquée qui a pris le contrôle de son esprit. Mais lorsque Vagabonde est insérée dans le corps de Mélanie (Saoirse Ronan), capturée après des mois de résistance, elle découvre que l’esprit de la jeune rebelle est toujours actif et refuse de cohabiter. Mélanie parvient alors à la convaincre d’échapper à la surveillance des médecins afin de rejoindre Jamie, son petit frère, et Jed (Max Irons), le garçon qu’elle aime…

C’est en 2008, trois ans après la publication du premier tome de Twilight, que paraît Les âmes vagabondes (The Host en version originale), signé de la même Stephenie Meyer. Best-seller dès sa sortie, ce livre de science-fiction destiné aux adolescents développe une idée tirée par les cheveux mais intéressante : deux personnages féminins sont contraints de cohabiter dans un même corps alors qu’elles sont amoureuses de deux garçons différents. Triangle amoureux complexe en perspective ! Comme pour Twilight, il était hors de question pour Stephenie Meyer de laisser quiconque s’emparer de son livre. On la retrouve donc, hélas, présente à tous les stades de cette adaptation au cinéma (choix du réalisateur et des comédiens compris). Car en ne laissant aucune ou très peu de marge de manœuvre à ses collaborateurs, la romancière a pratiquement tué le film dans l’œuf. Andrew Niccol, cinéaste du génial Bienvenue à Gattaca, a eu beau soigner l’esthétique futuriste (voir Diane Kruger et les voitures chromées…), l’adaptation, trop aseptisée, manque de peps (le conflit intérieur est illustré par une voix-off très peu cinématographique) et finit par se noyer dans un océan de bons sentiments. En outre, bonne chance à qui n’a pas lu le livre ! L’histoire défile en vitesse rapide : tous les événements sont présents, sans jamais être développés. Dommage aussi pour la jeune prodige Saoirse Ronan, l’épatante héroïne d’Hanna, qui se retrouve coincée dans un double rôle, réduite à la contemplation de ses beaux gosses de partenaires (Max Irons, fils de Jeremy, et le très « bowien » Jake Abel). Frustrant !

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Test Blu-ray

Interactivité *

Stephenie Meyer vampirise également le mini-programme de supplémentsdont le commentaire audio qu’elle effectue avec Andrew Niccol et le coproducteur Nick Wechsler. Dans l’interview, elle confie néanmoins que la science-fiction la définit mieux que les histoires de vampires, qu’elle est plus à l’aise avec les personnages féminins, et que l’idée des Âmes vagabondeslui est venue en admirant le désert que traverse la route entre Phoenix et Salt Lake City.

Image ****

Format : 2.35:1
Compression : AVC
Belle démonstration du chef-opérateur Roberto Schaefer, déjà responsable, entre autres, de la superbe photo de Quantum Of Solace.

Son : ****

DTS-HD Master Audio 5.1 en anglais
DTS-HD Master Audio 5.1 et Audiodescription 2.0 en français
Sous-titres français non-imposés
Sous-titres pour sourds et malentendants

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INTERVIEW SOPHIE SOLIGNY pour le blog ALMOST KAEL (2013)

 

 

Almost Kael : Vous écrivez depuis 12 ans des chroniques sur le cinéma et les séries TV. Quelles œuvres avez-vous pris le plus de plaisir à présenter et à critiquer ?

Sophie Soligny : J’aime particulièrement défendre les films qui en ont besoin, les films d’auteur qui le méritent, les séries B passées inaperçues et les films sous-estimés. Je pense par exemple à un film comme Comment savoir de James L. Brooks, éreinté par la critique, boudé par le public, et qui m’est apparu comme une œuvre immensément attachante (dans le dernier numéro des Cahiers du Cinéma, Nicolas Maury a d’ailleurs rendu hommage au jeu de Paul Rudd dans ce film). Je suis très attachée à l’idée de partage. Dès que j’ai un coup de cœur, je m’escrime à le faire aimer aux autres, ce n’est pas toujours le cas des critiques, qui donnent leur avis sans forcément avoir envie de convaincre.

AK : Vous êtes l’auteur d’un livre sur le réalisateur John Cassavetes. D’où vous est venue cette envie d’écrire à son sujet ?

Sophie Soligny : C’est à l’origine l’idée d’un éditeur fan du réalisateur, qui m’a commandé le livre et avec lequel je ne me suis finalement pas entendue. Je connaissais les films de John Cassavetes et sa réputation, mais rien véritablement de l’homme, de son parcours. Je me suis attachée à raconter son histoire, de manière presque pédagogique. A partir de tous les témoignages et documents que j’ai pu dénicher, j’ai tenté d’en faire le portrait le plus juste possible. On peut ne pas être sensible à son œuvre, parfois « difficile », mais l’homme que j’ai découvert tout au long de mon enquête était indéniablement un type formidable, un artiste humaniste et intègre, qui, malgré ses contradictions et son caractère impossible, devait être un ami extraordinaire.

Almost Kael :  Quel est le film qui a défini ton enfance ?

Sophie Soligny : C’est plutôt un genre : le western. C’est la meilleure école qui soit. On les regardait en famille à la télévision, qui en diffusait abondamment dans les années soixante-dix. Il y a tout dans le western : le combat entre le bien et le mal, l’héroïsme, les relations humaines complexes. Et puis les acteurs comme James Stewart, Gary Cooper ou Richard Widmark étaient fabuleux. Les gosses d’aujourd’hui n’en voient plus jamais, c’est dommage. Ce n’est pas un hasard si j’ai ensuite adoré La Guerre des étoiles, le western galactique. Je l’ai vu plusieurs fois l’année de sa sortie, en espérant à chaque fois que j’allais rester enfermée dans cette histoire qui me faisait rêver au plus haut point.

Almost Kael :  Quel film te donne envie d’être une femme meilleure ?

Sophie Soligny : J’ai tendance à m’identifier aux personnages. Et plutôt aux bons qu’aux méchants. Tous les films humanistes donnent envie d’être meilleur, même si chaque (bon) film au fond est une expérience qui te nourrit et te construit dans le bon sens du terme.

Almost Kael : Quel film est un chef-d’œuvre sous-estimé ?

Sophie Soligny : En cloque mode d’emploi, réalisé par Judd Apatow en 2007, est un des films les plus justes de ces dernières années. Sous des dehors de comédie trash sur les trentenaires, il assène des vérités confondantes sur notre société. En plus, c’est une vraie comédie romantique. Funny People, que le même Judd Apatow réalisera deux ans plus tard, sera tout aussi pertinent, mais sur un mode bien plus déprimant.

Certaines séries américaines, parce qu’elles sont diffusées doublées en français sur des chaînes généralistes à heures de grande écoute, ne sont pas forcément appréciées à leur juste valeur. Je pense à une série comme US Marshals, petite merveille à la profondeur inattendue qu’il faut voir dans son intégralité pour suivre l’évolution des personnages principaux. On la vend comme une série policière, mais elle est bien plus que ça.

Almost Kael :  Quel film est à ton avis bien trop surestimé ?

Sophie Soligny : Sans hésitation : Avatar ! Un vrai navet drapé dans une 3D fabuleuse. James Cameron a privilégié la haute technologie au détriment d’un bon scénario. Même visuellement, je ne suis pas convaincue non plus par ces créatures extraterrestres que je trouve laides et sans imagination.

Almost Kael : Quel film (indépendant) te tape sur les nerfs ?

Sophie Soligny : J’aurais bien aimé apprécier Mammuth, de Gustave de Kervern et Benoît Delépine, qui sont plutôt sympathiques. Le début était drôle et prometteur, mais la suite franchement grotesque, et surtout ennuyeuse au possible. Je ne suis pas non plus tombée sous le charme de Le Havre, de Kaurismäki, de cette vision rétro et surannée déprimante à souhait.

Almost Kael : Pour quel acteur (ou actrice) as-tu un amour inconditionnel ?

Sophie Soligny : J’ai une passion pour les acteurs. En particulier Audrey Hepburn, Keira Knightley, Marilyn Monroe, Meryl Streep, Gregory Peck, Errol Flynn, Greta Garbo, Tom Cruise, Robert De Niro, Christopher Walken, Kurt Russell, Tim Roth, et j’ai un amour déraisonnable pour Keanu Reeves.

Almost Kael : Quel réalisateur a une filmographie parfaite ?

Sophie Soligny : À quelques écarts près, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, et Charles Laughton évidemment.

Almost Kael : Quel film aurais-tu aimé écrire ?

Sophie Soligny : Ouvre les yeux, d’Alejandro Amenábar, dont Cameron Crowe a ensuite fait un bon remake (Vanilla Sky). L’histoire est juste géniale.

Almost Kael : Quel acteur (ou actrice) peut ruiner un film pour toi ?

Sophie Soligny : Harrison Ford. Depuis La guerre des étoiles et peut-être Frantic, je n’ai plus jamais été convaincue par son jeu monolithique. Tahar Rahim peut être également redoutable. Il ne fait rien passer dans son regard. Il a réussi à saborder la fresque épique de Jean-Jacques Annaud, Or noir, qui aurait mérité un meilleur défenseur.

Almost Kael : Quel film d’horreur continue à te terrifier ?

Sophie Soligny : Je suis le public idéal pour les films d’horreur parce que je suis à la fois curieuse et très impressionnable. Je suis vite terrifiée, mais je ne peux m’empêcher d’aller jusqu’au bout. Amityville, la maison du Diable, L’exorciste,Les griffes de la nuit et plus récemment, Ring, Les Autres et Darkness m’ont valu de bonnes nuits blanches.

Almost Kael : Quelle est la plus belle histoire d’amour au cinéma ?

Sophie Soligny : Un homme et une femme. Tellement simple, mais tellement bien filmée.

Almost Kael : Quel film qui va bientôt sortir attends-tu avec impatience ?

Sophie Soligny : Le Hobbit, la désolation de Smaug, parce que je suis une fan de l’univers de Tolkien vu par Peter Jackson, mais aussi Le Cartel (The Counselor) le prochain Ridley Scott et 47 Ronin avec Keanu Reeves, sûrement un grand moment de rigolade.

Almost Kael : Quel classique du cinéma prétends-tu avoir vu ?

Sophie Soligny : Aucun, mais parfois, lorsque je suis en présente d’une horde de fans, je ne dis pas que je n’ai pas encore vu la série Les Soprano (je me réserve l’intégrale comme une bonne bouteille à la cave), par crainte d’un lynchage.

Almost Kael : Quel livre devrait être adapté au cinéma ?

Sophie Soligny : J’aimerais bien voir un remake de Rebecca. Le roman de Daphne Du Maurier est une histoire tellement sublime et ses adaptations au grand écran un peu vieillottes.

Almost Kael : 5 films que tu peux voir encore et encore et toujours être surprise par leur génie

Sophie Soligny : Chantons sous la pluie, La prisonnière du désert, 7 ans de réflexion, Les enchaînés (et presque tout Hitchcock d’ailleurs) et Magnolia.

Interview The Ultimate List (n°6) réalisée par Linda Hadjadj en octobre 2013

OSLO, 31 AOÛT

Le jeune cinéaste norvégien Joachim Trier transpose le roman Le feu follet de Pierre Drieu La Rochelle dans le Oslo de 2011. Unanimement acclamé par la critique, ce film lumineux, mélancolique et poignant, est à voir absolument.

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Oslo, 31 août 

Joachim Trier
2011 (DVD/Blu-ray Memento Films)

Toxicomane suicidaire de trente-cinq ans, Anders (Anders Danielsen Lie) a quasiment terminé sa cure de désintoxication. Il a l’autorisation de sortir du centre durant une journée, la dernière de l’été, pour se rendre à un entretien d’embauche à Oslo, toute proche. Anders veut en profiter pour revoir des amis et sa sœur, avec, peut-être, l’infime espoir de reprendre goût à la vie…

Découvert à Cannes en 2011 dans le cadre de la sélection Un certain regard, Oslo 31 août a suscité l’enthousiasme de la critique et du public. Adapté du roman Le feu follet de Pierre Drieu La Rochelle, déjà remarquablement porté à l’écran par Louis Malle en 1963 (avec un Maurice Ronet au sommet de son art), le film est une merveille de sensibilité et d’intelligence. Il confirme le talent du jeune réalisateur norvégien Joachim Trier, dont le film précédent (Nouvelle donne) avait fait un triomphe dans son pays. L’excellent acteur Anders Danielsen Lie rend palpable le sentiment de solitude et de détresse de ce trentenaire désenchanté, qui n’a plus la force de repartir de zéro. Anders observe avec un certain amusement ses congénères, ex-amis ou simples passants, mais tout le ramène à la vacuité de l’existence, et son désir d’autodestruction est mu par une intégrité profonde, absolue. Magnifiquement filmée, cette fable mélancolique et incroyablement moderne, éblouit autant qu’elle bouleverse. A voir absolument !

BANDE-ANNONCE

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Chronique rédigée pour fnac.com en 2012