OSLO, 31 AOÛT

Le jeune cinéaste norvégien Joachim Trier transpose le roman Le feu follet de Pierre Drieu La Rochelle dans le Oslo de 2011. Unanimement acclamé par la critique, ce film lumineux, mélancolique et poignant, est à voir absolument.

20201949

Oslo, 31 août 

Joachim Trier
2011 (DVD/Blu-ray Memento Films)

Toxicomane suicidaire de trente-cinq ans, Anders (Anders Danielsen Lie) a quasiment terminé sa cure de désintoxication. Il a l’autorisation de sortir du centre durant une journée, la dernière de l’été, pour se rendre à un entretien d’embauche à Oslo, toute proche. Anders veut en profiter pour revoir des amis et sa sœur, avec, peut-être, l’infime espoir de reprendre goût à la vie…

Découvert à Cannes en 2011 dans le cadre de la sélection Un certain regard, Oslo 31 août a suscité l’enthousiasme de la critique et du public. Adapté du roman Le feu follet de Pierre Drieu La Rochelle, déjà remarquablement porté à l’écran par Louis Malle en 1963 (avec un Maurice Ronet au sommet de son art), le film est une merveille de sensibilité et d’intelligence. Il confirme le talent du jeune réalisateur norvégien Joachim Trier, dont le film précédent (Nouvelle donne) avait fait un triomphe dans son pays. L’excellent acteur Anders Danielsen Lie rend palpable le sentiment de solitude et de détresse de ce trentenaire désenchanté, qui n’a plus la force de repartir de zéro. Anders observe avec un certain amusement ses congénères, ex-amis ou simples passants, mais tout le ramène à la vacuité de l’existence, et son désir d’autodestruction est mu par une intégrité profonde, absolue. Magnifiquement filmée, cette fable mélancolique et incroyablement moderne, éblouit autant qu’elle bouleverse. A voir absolument !

BANDE-ANNONCE

Unknown-2oslo

Chronique rédigée pour fnac.com en 2012

17 FILLES

(Click on the planet above to switch language.) 

17-filles-17-girls-14-12-2011-1-g

Delphine et Muriel Coulin
2011

Elève d’un lycée de Lorient, Camille (Louise Grinberg) découvre à dix-sept ans qu’elle est enceinte suite à une aventure d’un soir. Curieusement, l’adolescente en tire une vraie fierté et décide de faire de cette grossesse un acte de rébellion ultime, contre sa mère toujours absente (Florence Thomassin), ses profs insipides, et la société tout entière. Sa détermination inspire ses copines qui se mettent toutes en tête de tomber enceintes à leur tour …

Comme Sofia Coppola en 1999 avec Virgin Suicides, Delphine et Muriel Coulin se sont inspirées d’un fait-divers pour parler de l’adolescence. Elles ont transposé à Lorient, leur ville d’origine, un fait édifiant survenu à Gloucester aux Etats-Unis (Massachusetts) en 2008. Jusqu’ici spécialisées dans le documentaire, les réalisatrices ont utilisé leur connaissance du terrain (chaque parcelle de plage, de rue, a été soigneusement choisie) pour ancrer le récit dans le réel. Qui sait ce qui se passe dans la tête des filles de 17 ans qui occupent le plus clair de leur temps à rêvasser dans leur chambre ? Le film, sensible et poétique, parvient à approcher au plus près ces créatures à la fois fragiles et déterminées, qui passent du rire aux larmes avec une facilité déconcertante et se délectent de serments éternels. Parce qu’elles s’ennuient, ne parviennent pas à se projeter dans l’avenir, mais aussi parce qu’elles trouvent que « c’est cool », et qu’elles se sentent soudain différentes ou importantes, les filles font ici le pari d’être enceintes en même temps, pour plus tard, élever leur progéniture ensemble. Ce rêve d’utopie exclut totalement les garçons, qui ne sont que les témoins impuissants d’un acte de folie qui les dépasse. Présenté dans la sélection de la Semaine de la critique à Cannes en 2011, le film, très inspiré et d’une justesse sidérante, même dans ses petits flottements, est un coup de maître. Il a remporté le Prix Michel d’Ornano 2011, qui récompense les premiers films français.

Rédigé pour Fnac.com en 2012

BANDE-ANNONCE

17-filles
4e7cec8b6de5679250f97f27836b4e8c_large
17-filles_397698_12388

MANHATTAN

Chef d’œuvre

Manhattan

manhattan

Woody Allen
1979 (Blu-ray Fox Pathé Europa)

Isaac Davis (Woody Allen) est scénariste d’émissions télé peu reluisantes qu’il rêve d’abandonner pour écrire un roman. Il a pour maîtresse une lycéenne mineure adorable et très éprise de lui (Mariel Hemingway) qu’il s’apprête à quitter pour une journaliste snob et insupportable (Diane Keaton) dont il est malgré tout tombé amoureux…

Tourné en noir et blanc au gré de la partition de George Gershwin, Manhattan, véritable ode à New York, allait révolutionner le cinéma de la fin des années 70 et confirmer le tournant de la carrière de Woody Allen, amorcé avec les précédents Annie Hall et Intérieurs. Un auteur était né, intellectuel en diable, qui ne cessera jamais de se remettre en question et avec lui, l’art, Dieu, la mort, les femmes. Dans ce bric-à-brac de relations humaines chaotiques, il y a tout ce qui fait le charme de son univers. A son meilleur ami, qui lui demande avec agacement : « Tu te prends pour Dieu ou quoi ? » Il répond du tac au tac : « Il faut bien que je prenne quelqu’un pour modèle ! ». Unique en son genre, ce petit bonhomme agité et curieux, éternel insatisfait, a su séduire le monde avec ses incohérences et ses imperfections, grâce à un humour phénoménal et une intelligence à toute épreuve. D’une beauté sidérante, Manhattan, nominé aux Oscars 1980 pour le Meilleur scénario et le Meilleur second rôle féminin (Mariel Hemingway), reste le chef-d’œuvre absolu du cinéaste.

A noter que le Blu-ray, disponible depuis 2012 en zone 2 chez Fox Pathé Europa, propose une image sensationnelle.

Manhattan

manhattan-1

1083_MH10.jpg

Chronique rédigée pour Fnac.com en 2012