I’M NOT THERE

Bob Dylan dans toute sa complexité ! Le génial Todd Haynes (Velvet Goldmine, Loin du Paradis) brosse un portrait kaléidoscopique de l’icône du folk-rock à travers l’interprétation de six comédiens, dont une Cate Blanchett époustouflante. 

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« Qui que je sois, tout ce que je peux faire, c’est être moi-même. »

 

I’M NOT THERE

Todd Haynes
2007 

Portrait kaléidoscopique de Bob Dylan, à travers l’interprétation de six comédiens (Ben Whishaw, Marcus Carl Franklin, Christian Bale, Cate Blanchett, Heath Ledger et Richard Gere), représentant chacun une facette de l’énigmatique protest singer à différentes périodes…

Auteur des remarquables Safe, Velvet Goldmine (ode au glam rock à travers le personnage de Ziggy Stardust) et Loin du Paradis (sublime pastiche du cinéma de Douglas Sirk), Todd Haynes s’impose comme l’un des réalisateurs les plus doués et inventifs de sa génération. Avec I’m Not There, il réinvente tout simplement le biopic. Mais tout à sa passion, voire obsession, il a pris ici le risque de dérouter le public. Déstructuré, tantôt en noir et blanc (sublime période Warhol, sous influence du Huit et demi de Fellini), tantôt en couleurs, ce voyage poétique dans l’univers d’un artiste à la fois fondateur et insaisissable, est avant tout une vision de cinéaste. Si les spécialistes et connaisseurs risquent de trouver jubilatoire la reconstitution de ce puzzle hallucinant, miroir de l’imaginaire de Dylan dans toutes ses contradictions (les aspects les plus irritants du bonhomme ne sont pas éludés, bien au contraire…), il est à craindre que les non-affranchis s’ennuient un tantinet durant ces 135 minutes. Seul le personnage incarné par Charlotte Gainsbourg (fusion de plusieurs femmes de la vie de Dylan, dont son épouse Sara), parvient à ancrer le récit dans un semblant de réalité. Tout le monde s’inclinera néanmoins devant la beauté formelle du film et la performance stupéfiante de Cate Blanchett, parvenue à une troublante ressemblance physique (elle a été saluée par une nomination aux Oscars 2008).
2 h 15 Et avec Kris Kristofferson (Narrateur), Richie Havens, Julianne Moore, Bruce Greenwood, Kim Gordon…

THE HOST

Surprise venue de la Corée du Sud, cette formidable comédie d’horreur concoctée par Bong Joon-ho, le réalisateur de Memories Of Murder, Mother et Snowpiercer – Le transperceneige, avait fait l’unanimité en 2006.

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The Host
Bong Joon-ho
2006 (TF1 Vidéo)

A Séoul, au bord de la rivière Han, vit la famille de Hee-bong, propriétaire d’un snack. Un jour une créature non identifiée surgit des eaux et enlève la petite fille de Hee-bong. Toute la famille se mobilise pour affronter le monstre…

Révélé en 2004 grâce à l’étonnant Memories Of Murder, le cinéaste coréen Bong Joon-ho avait de nouveau suscité l’enthousiasme en 2006 avec cette comédie d’horreur extravagante, imaginée lorsqu’il était au lycée. Le cinéaste a confié avoir été influencé par l’histoire du scandale McFarland (l’entrepreneur de pompes funèbres travaillant pour les forces américaines basées en Corée aurait ordonné en 2000 le déversement de formaldéhyde dans la rivière Han) et Signes de M. Night Shyamalan (pour l’aspect familial). Mais si The Host possède les ingrédients et l’efficacité du « film de monstre », tendance Godzilla, il est également un film politique à part entière. Les situations loufoques et l’humour omniprésent ne masquent en rien le regard sans concession que Bong Joon-ho porte sur la société coréenne, qui oublie les démunis et tolère un peu trop la présence de l’armée américaine. Cette même armée cherche d’ailleurs ici moins à combattre le monstre qu’à mentir à la population, et n’hésite pas à avoir recours à un remède plus nocif que le mal lui-même. Ce film foisonnant exhale en outre une vraie poésie, lorsqu’il se penche sur la famille Park, petite équipe de bras cassés, soudés par l’amour qu’ils portent à la petite Hyun-seo (Ko Ha-sung, future héroïne de Snowpiercer – Le transperceneige, du même cinéaste), et destinés malgré eux à devenir des héros.

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Chronique rédigée pour fnac.com en 2007

LES BERKMAN SE SÉPARENT (The Squid And The Whale)

A l’occasion de la sortie de Frances Ha, retour sur l’autre film remarquable de Noah Baumbach, nominé à l’Oscar du Meilleur scénario en 2006…

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 Les Berkman se séparent

Noah Baumbach
2005 (DVD Sony Pictures Entertainment)

Dans les années 80, à Brooklyn, deux intellectuels, Bernard (Jeff Daniels), écrivain de talent en mal de succès, et Joan (Laura Linney), dont la prose est en passe de devenir célèbre, décident de divorcer après dix-sept ans de mariage. Pour leurs deux garçons, de douze et seize ans, cette nouvelle a l’effet d’un cataclysme, d’autant que leur père, terriblement amer, ne parvient pas à dissimuler le ressentiment que sa femme lui inspire…

Les Berkman se séparent est le premier des trois longs-métrages de Noah Baumbach (coscénariste de La vie aquatique de Wes Anderson, producteur ici) à paraître en France. L’intrigant titre original, The Squid And The Whale (le calmar et la baleine), prend tout son sens à la lecture du film, peinture à la fois sensible et impitoyable d’une famille d’intellectuels de Brooklyn déchirée par le divorce. Grâce à une multitude de détails criants de vérité, et aux interprètes d’une grande justesse, Noah Baumbach livre un film viscéral, troublant d’authenticité et d’intelligence. Lui-même fils d’intellectuels de Brooklyn (son père est l’écrivain et critique de cinéma Jonathan Baumbach), le réalisateur exorcise les démons de son passé tout en créant une œuvre d’art à part entière. Outre la difficulté d’être parent et l’impact du divorce sur les enfants, il montre comment un discours ultra intellectualisé et rationalisé peut nuire à la communication entre les êtres et devenir destructeur. Pour mieux restituer les ambiances et l’esthétique de l’époque, Noah Baumbach a tourné en Super 16, et l’image est ainsi dotée d’un grain très flatteur. Salué unanimement par la critique, acclamé au festival de Sundance 2005, Les Berkman se séparent a reçu une nomination à l’Oscar du Meilleur scénario en 2006.

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Chronique rédigée pour fnac.com en 2007