PARASITE en Blu-ray

En 2019, pour une fois, la Palme d’Or du festival de Cannes a fait l’unanimité. On pouvait s’y attendre. Le Sud-Coréen Bong Joon Ho est l’un des cinéastes les plus audacieux, originaux et talentueux de son époque. Les précédents Memories of Murder, The Host ou Snowpiercer – le transperceneige, adaptation brillante de la BD de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, ont mis en exergue le génie de cet artiste qui ose brasser les genres pour mieux parler de ses contemporains et des inégalités sociales. En lice pour l’Oscar du Meilleur Film étranger, Parasite, qui rappelle les grandes heures de la comédie italienne (on pense à Affreux, sales et méchants, Les monstres et Les nouveaux monstres) est désormais disponible en DVD/Blu-ray et on s’en réjouit. (Pas de spoiler dans cette chronique)


« Elle est riche, mais quand même gentille.
– Elle est gentille parce qu’elle est riche. Moi aussi si j’avais tout ça, je serais gentille, encore plus qu’elle. »

  

PARASITE (Gisaengchung)

Bong Joon Ho
2019
Dans les salles françaises depuis le 5 juin 2019
Disponible en DVD et Blu-ray chez The Jokers depuis le 4 décembre
Palme d’Or du festival de Cannes 2019

La famille Ki-taek — le père, la mère et leurs deux enfants, jeunes adultes — s’entasse dans un appartement miteux et envahi de cafards situé dans le sous-sol d’un immeuble de la ville basse. Tous au chômage, ils survivent en assemblant des boîtes de pizzas pour une société de livraison. Mais un jour, un étudiant, ancien camarade de classe de Ki-woo (Choi Woo Shik), le fils, propose à ce dernier de prendre momentanément sa place chez les Park, une richissime famille de la ville haute, où il donne des cours d’anglais. Aussitôt, la sœur de Ki-woo (Park So Dam), véritable faussaire, lui confectionne un CV au-dessus de tout soupçon. Les Ki-taek retiennent leur souffle car si Ki-woo se débrouille bien, ce job providentiel pourrait tous les sortir de la mouise…

Lors de la sortie du film, Bong Joon Ho avait demandé à la presse de ne rien divulguer de l’arc narratif au-delà de ce qu’on pouvait voir dans la bande-annonce (Quentin Tarantino avait fait de même à Cannes pour Once Upon A Time… In Hollywood, s’attirant illico les foudres des journalistes.) Il est indéniable que les effets de surprise font partie non seulement du plaisir mais également de l’expérience de la découverte du spectateur. Et dans ce Parasite, engrenage savamment conçu, on va de surprise en surprise sans qu’on puisse deviner l’issue de l’intrigue, pourtant d’une limpidité éclatante. Ce n’est pas le seul talent de Bong Joon Ho, dont le cinéma est un puissant mélange des genres (il prétend être habité en permanence par des émotions diverses) : la cruauté fait de l’œil à la comédie, l’absurde est empreint de poésie et l’horreur surgit quand on s’y attend le moins. Comme chez ses aînés Ettore Scola ou Dino Risi, les inégalités sociales, la lutte des classes, ne sont pas chez lui de vains thèmes, et, comme dans beaucoup de ses films précédents, elles se traduisent aussi visuellement : dans les espaces de vie, l’architecture, le déplacement des personnages… Grâce à sa brochette d’acteurs excellentissime (Song Kang-ho, interprète du père de la famille Ki-taek, est un comédien fétiche du réalisateur), ce jeu de massacre intelligent, drôle et ingénieux est bien plus qu’une mécanique bien huilée. Satire sociale et politique, Parasite met en évidence l’infranchissable frontière qui se dresse entre les riches et les pauvres dans les sociétés capitalistes, sans pour autant faire des pauvres des enfants de chœur. Un film aussi pertinent qu’implacable.
2 h 12 Et avec Lee Sun kyun, Cho Yeo Jeong, Lee Jung Eun…

 

Parasite en vidéo

 

 

 

The Jokers, éditeur du film, a orchestré une sortie vidéo en deux temps. Paru le 4 décembre les DVD et Blu-ray simples, sans bonus, bénéficient du meilleur encodage possible, pour laisser la place à l’image et au son.

 

 

Test Blu-ray :

Image ****
Format : 2.35
La qualité du piqué donne des frissons. Les couleurs sont explosives. Et la précision est de mise, en haute ou en basse lumière. Une merveille.

Son ****
TrueHD 7.1 et 2.0 en coréen
DD 5.1 et 2.0 en français
Sous-titres français non imposés
Sous-titres pour sourds et malentendants
Audiodescription
Une piste TrueHD harmonieuse et aussi efficace, dynamique que sensible. La pureté du son égale celle de l’image. Une immersion idéale.

 

Le 28 février, deux nouvelles éditions, actuellement en préparation, seront proposées, en quantité limitée :

 – Le steelbook au visuel exclusif inclura le DVD, le Blu-ray, le Blu-ray 4K HDR et un Blu-ray comprenant plus trois heures de bonus dont un documentaire de 52 minutes sur la création du film.

– Un coffret Collector limité à 1500 exemplaires, disponible uniquement sur la future boutique en ligne des Jokers, sera constitué du Steelbook précité ainsi que du story-board du film dessiné et annoté par Bong Joon Ho. Du lourd donc.

 

ÉLOGE DE VANESSA PARADIS

Je n’ai pas toujours été fan de Vanessa Paradis. Je n’ai pas été chavirée à l’époque ni par « Joe Le Taxi » ni par ses collaborations avec Serge Gainsbourg, pas plus que par ses prestations dans Noce Blanche ou Elisa. J’ai regretté que son travail très réussi avec Lenny Kravitz dans les années 90 (« Sunday Mondays » et « Be My Baby » étaient des petites merveilles) n’ait été qu’une parenthèse et qu’elle soit revenue très vite à une variété d’ici (même si j’ai toujours eu un faible pour « Dès que j’te vois », signée –M-). Sa carrière était alors quelque peu heurtée, ponctué de hauts, de bas et de longs moments de silence (cela, on peut le comprendre : lorsqu’on a Johnny Depp à la maison, on n’a pas une envie folle de sortir de chez soi). Il m’a fallu attendre un jour de mai 2013 pour tomber véritablement sous le charme. Elle était alors « L’invitée du 13 heures » du journal télévisé d’Elise Lucet, sur France 2. Accompagnée du guitariste Philippe Almosnino, elle a chanté en direct « Station Quatre Septembre », extrait de son Love Songs (un des meilleurs albums français de la décennie), écrite par Benjamin Biolay. Un petit filet de voix sur des accords de guitare sèche (mélodie et texte fabuleux). Le talent de Biolay y était certes pour beaucoup, mais Vanessa Paradis donnait à cette chanson une émotion incroyable. Cinq ans plus tard, l’album suivant, Les sources, dont la plupart des titres étaient signés de son mari Samuel Benchetrit, recelait des perles tout aussi magnifiques (« Kiev », « Ces mots simples »… ). Détachée enfin de son image de Lolita qui lui a longtemps collé à la peau, elle s’est libérée, comme soulagée qu’on ne l’attende plus au tournant. On devine derrière sa douceur et fragilité apparentes une vraie force de caractère, qui l’amène à accepter des projets aventureux. Mais même lorsqu’elle arpente des terrains minés, comme le dernier film de Yann Gonzalez (Un couteau dans le cœur), elle en ressort intacte. Plus qu’en productrice de pornos gays, on l’imagine davantage comme le personnage un brin fantasque, rêveur, fracassé et tendre qu’elle incarnait dans le sous-estimé Photo de famille, de Cécilia Rouaud. Parce qu’on l’a vue grandir, derrière un micro ou devant la caméra, parce que ses histoires de cœur ont tellement fait la une, Vanessa Paradis fait partie de notre histoire commune et elle nous touche, indiscutablement. Icône populaire, muse de Chanel comme de H&M, elle est à la fois proche et inaccessible (car, en plus d’être belle, elle a, comme sa consœur Charlotte Gainsbourg, une classe folle). Bref, en 2019 il serait insensé de ne pas être fan de Vanessa Paradis.

Pour se replonger dans le parcours musical de Vanessa Paradis, on se procurera d’urgence ce livre-disque collector qui vient de paraître chez Barclay/Universal. Ce bel objet, cadeau idéal pour les fêtes, est constitué d’un livre de 48 pages de photos, de deux CD (un best of et un disque de duos, reprises, et titres rares ou inédits) et d’un DVD du concert intégral qu’elle a donné à l’Olympia en 2019.

 

THOMAS VDB : Bon chienchien

Qu’on l’ait loupé en vrai ou pas, il faut se ruer sur le DVD de Thomas VDB, disponible chez M6 Vidéo depuis le 6 novembre dernier. Tombant pile-poil pour Noël, Bon chienchien est bien plus qu’un cadeau, c’est un service à rendre aux potes. On le dit tout de bon : depuis 2017, c’est le spectacle d’humour de l’année !

  « Ce n’est pas que je n’aime pas le sport… enfin si, je n’aime pas le sport… mais j’ai un problème psychologique avec le fait que les gens puissent me voir faire du sport. »

 


Mis en scène par Kader Aoun
Spectacle enregistré à la Cigale en décembre 2018
DVD disponible depuis le 6 novembre 2019 chez M6 Vidéo
En tournée jusqu’au 21 décembre 2019

Pas de danger que ses blagues aient été piquées à ses confrères américains. Tout sent le vécu. Ne pas s’attendre à de la satire politique, à des exposés sur le vivre ensemble, l’écologie, le mouvement #MeToo, les Gilets Jaunes… Non pas que Thomas VDB s’en moque comme de l’an quarante, mais en tout cas on ne trouvera rien de tout ça dans ce Bon chienchien qui fait autant référence à sa coiffure ébouriffée qu’à son amour indéfectible pour la race canine (« Je suis vraiment le copain des chiens, j’adore les chiens, j’ai un truc avec eux, et dès que je vois un chien dans la vie, il y a une question que je n’arrête pas de me poser, c’est : “c’est qui le pépère ?” ». Pour autant, en dépit de ce titre ubuesque, le spectacle ne repose en aucune façon sur les chiens. Thomas Vanderberghe (de son vrai nom) livre ses réflexions de jeune quadragénaire, papa récent et mélomane depuis toujours. Lui, qui a œuvré durant sept ans dans la presse musicale (son show précédent, Thomas VDB chante Daft Punk, était à se tordre de loufoquerie), avoue désormais s’ennuyer pendant les concerts. « Quand je commence à compter le nombre de projecteurs, il est temps que je m’en aille ! » Il ne comprend pas non plus cette mode qui consiste à mettre des DJ partout et surtout là où ils n’ont rien à y faire, et n’apprécie pas le vin sans sulfites (« Je ne sais pas si certains parmi vous ont déjà goûté un vin sans sulfites, parce que ça m’a donné à penser une chose : ce qu’on aime habituellement dans le vin, c’est les sulfites. ») Il se dit fou de culture (« Je suis un fou de lire »), mais surtout d’achat d’ouvrages qu’il ne lit jamais parce que son temps libre est surtout consacré à visionner des vidéos rigolotes (à base de chiens…) sur Internet. Les absurdités du monde moderne, celui des bobos en particulier, l’interpellent, et il livre avec force détails désopilants ses astuces pour prendre en défaut les internautes malveillants ou simplement lourdingues. Bref, on retrouve le personnage d’hurluberlu du tandem irrésistible qu’il formait avec Mathieu Madénian dans AcTualiTy sur France 2 et qui lui vaut, depuis 2017, une belle notoriété. C’est fatal : dès qu’il déboule sur scène, on rit. Son air d’être tombé de son lit, sa gestuelle de fou furieux, son phrasé bredouillant et ses petites expressions désuètes (« autant que faire se peut »…) sont hilarants. Thomas VDB, c’est le copain qu’on voudrait tous avoir, drôle, un peu branque, flemmard, espiègle et immensément attachant.

Dans le générique de fin de ce spectacle, Mathieu Madénian est, pour entre autres choses, remercié pour son accent rigolo et son amitié.

Sont également remerciés les disques de Sparks, Queen, Nada Surf, Spoon, des Walkmen, New Pornographers et de Weezer…

 

 

Le DVD, de belle facture, ne propose pas de suppléments, mais le spectacle, de 80 minutes, est introduit par un sketch inédit et plutôt amusant.