MISSION IMPOSSIBLE 5 et Sélection DVD-Blu-Ray

Avion
« Sir, Hunt is the living manifestation of destiny. »

 

Mission impossible : Rogue Nation

Woo

Christopher McQuarrie
2015 – En DVD et Blu-ray depuis le 16 décembre chez Paramount

Alors qu’Alan Hunley (Alec Baldwin), directeur de la CIA, vient de convaincre le Sénat de dissoudre la section IMF (Impossible Mission Force), Ethan Hunt (Tom Cruise) découvre l’existence d’une organisation terroriste, le Syndicat, déterminée à instaurer un nouvel ordre mondial. Désormais isolée, l’équipe d’IMF va devoir se serrer les coudes pour déjouer les plans du redoutable Solomon Lane (Sean Harris) et déterminer dans quel camp se situe la belle et dangereuse Ilsa Faust (Rebecca Ferguson), qui ne cesse de croiser la route d’Ethan…

Trois ans après l’excellent épisode Protocole fantôme, signé Brad Bird, et dix-neuf après le film de Brian De Palma (toujours le meilleur de la saga à ce jour), la franchise Mission Impossible est revenue sur chapeaux de roues en 2015, bien décidée à enfoncer le clou. Ethan Hunt a pris de la bouteille (sur certains plans, le visage empâté de Tom Cruise semble un peu, hum… étrange), mais il se rue toujours, et avec davantage de fougue encore, sur des avions, des voitures, des motos… Car Tom Cruise est fou, c’est à ça qu’on le reconnaît. Il aime prendre des risques. L’adrénaline, il n’en a jamais assez, comme il le confie lui-même dans le commentaire audio au menu des bonus du DVD. Fou, mais pas moins perspicace. Et s’il n’est pas encore prêt à laisser sa place à Jeremy Renner, toujours cantonné ici à jouer les seconds couteaux, il sait qu’Ethan Hunt n’est plus invincible. Tom Cruise a beau avoir un physique d’athlète (le bougre ne loupe pas une occasion de l’exhiber), il n’hésite pas à montrer ses failles, quitte à se rendre ridicule (la scène dans laquelle il tente de sauter sur une voiture et s’affale lamentablement est plutôt comique). L’acteur semble même prendre un tel plaisir à s’autoparodier que, par endroits, Rogue Nation n’est pas loin de la comédie (les facéties de Simon Pegg ne font rien à l’affaire). Heureusement, un élément rend le film imparable : Rebecca Ferguson. L’actrice suédoise de trente-deux ans, révélée en 2013 par la mini-série anglaise The White Queen, fait une guerrière inattendue. Son élégance naturelle, son glamour et ses faux airs d’Ingrid Bergman (son personnage se prénomme Ilsa, comme son illustre compatriote dans Casablanca) ne l’empêchent pas d’être très crédible dans les scènes d’action. Avec un fusil, sur une moto ou dans un combat au corps à corps, elle se révèle incroyablement efficace. Ilsa Faust est en quelque sorte l’alter ego d’Ethan Hunt, et Tom Cruise, très intelligemment, n’hésite pas à la laisser lui voler la vedette à plusieurs reprises. Car oui, si le film est mis en scène (plutôt platement) par Christopher McQuarrie (réalisateur de Way Of The Gun, Jack Reacher, et scénariste, entre autres, de Usual Suspects et Edge Of Tomorrow), Tom Cruise, producteur de la franchise depuis le premier opus, est plus qu’impliqué. Dans les scènes d’action, les cascades (il fait tout lui-même, dont la fameuse séquence d’ouverture, dans laquelle il est accroché à l’aile d’un Airbus A400M en plein décollage), mais aussi dans les choix artistiques. L’idée de l’air d’opéra, en fond d’une longue scène en clin d’œil à L’homme qui en savait trop, c’est lui. Son costume façon Cary Grant dans La mort aux trousses, pour la séquence de l’avion, c’est lui. Tom Cruise assouvit ses fantasmes de cinéphile, et visiblement, il aime Alfred Hitchcock. Vienne a remplacé Prague, mais on ne s’étonnera donc pas de trouver moult ressemblances avec le premier épisode de Brian De Palma, lui-même grand admirateur du réalisateur des Enchaînés. Pour tout cela, mais aussi ses jeux de dupes réussis et ses morceaux de bravoure, Rogue Nation, romantique et échevelé, ne démérite pas, même s’il n’est pas tout à fait à la hauteur du précédent épisode. Quant à savoir ce que ce diable nous réserve pour le numéro 6, rendez-vous probable en 2017. A Tom Cruise, rien d’impossible !
2 h 11 Et avec Ving Rhames, Simon McBurney, Tom Hollander, Jens Hultén…
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Test DVD :

MI

Interactivité **
Le commentaire audio met en exergue la complicité de Tom Cruise et Christopher McQuarrie, qui ne cessent de s’envoyer mutuellement des fleurs. McQuarrie révèle aussi qu’il a dû souvent batailler pour empêcher son acteur vedette de prendre des risques inconsidérés (Tom Cruise souhaitait faire la course-poursuite à moto pieds nus). Quant à ce dernier, il jubile en renvoyant chaque scène d’action, chaque explosion, comme si c’était le plus beau jour de sa vie. Fou, on vous dit… Enfin, un petit reportage de six minutes fait l’éloge de Tom Cruise, producteur généreux et impliqué.

Image ****
Format : 2.35
La définition, quasi parfaite hormis un peu de grain dans quelques séquences d’intérieur, met en valeur la photographie très léchée de Robert Elswit, chef opérateur attitré de Paul Thomas Anderson. Les couleurs sont explosives, les noirs, profonds.

Son : ****
DD 5.1 en anglais sous-titré et français
Un sans-faute pour cette piste DD 5.1 ample et très efficace

Faust
 Tom
Sean
Jeremy
moto
Phone

 

Much Loved

Loubna

Nabil Ayouch
2015 – En DVD depuis le 2 février 2016 chez Pyramide Vidéo

A Marrakech, le quotidien de quatre prostituées, colocataires et amies, qui surmontent la violence et les humiliations par une complicité et une solidarité à toute épreuve…

Portrait très réaliste de quatre prostituées de Marrakech, Much Loved est l’accomplissement d’un désir de cinéaste, qui traite ici d’un sujet qui lui tenait à cœur depuis longtemps. Interprété par des comédiennes non professionnelles et épatantes (Loubna Abidar, nominée pour le César 2016 de la Meilleure actrice, est une révélation), ce film courageux, réalisé avec le cœur et les tripes, est le résultat d’un soigneux travail de recherche et d’écriture. Nabil Ayouch s’attache à montrer ces femmes dans toute leur complexité, avec leurs problèmes et leurs rêves d’avenir meilleur. Rejetées par des familles, qu’elles portent parfois à bout de bras et qui ne refusent pourtant par leur « argent sale », et par la société hypocrite tout entière (Ayouch dénonce au passage la corruption de la police), elles se créent une bulle d’amitié partagée, de tendresse et de solidarité, qui leur permet de rester dignes et d’affronter leur destinée. S’il les filme comme des amazones magnifiques et souvent drôles (leurs échanges verbaux avec les riches Saoudiens ne manquent pas de sel), le réalisateur franco-marocain de Ali Zaoua, prince de la rue, Whatever Lola Wants et Les Chevaux de Dieu montre sans détour les moments d’avilissement, les humiliations, la violence et la solitude. Le caractère frontal et choquant de certaines séquences, pourtant jamais complaisantes ni voyeuristes, a valu au film après sa projection au festival de Cannes 2015 une interdiction au Maroc (« pour outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine »). Des menaces de mort ont également été proférées à l’encontre du réalisateur et de la comédienne Loubna Abidar, qui s’est réfugiée en France après avoir été physiquement agressée à Casablanca.
1 h 44 Et avec Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elhamdi Elalaoui, Abdellah Didane, Danny Boushebel, Carlo Brandt…

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Le DVD de très belle facture est enrichi d’un excellent making of de 28 minutes, qui permet d’assister aux répétitions des comédiens, souvent submergés par l’émotion, et propulse sur le vif du tournage. Il est suivi d’une interview pertinente du cinéaste, qui explique avoir voulu donner une voix à ces femmes, et a été très étonné du scandale suscité à Cannes par ce film humaniste avant tout. Il confie aussi ses craintes pour ses actrices, visées comme lui par des menaces.

 

Hell Town (Cut Bank)

Cut bank

Matt Shakman
2014 – En Blu-ray et DVD depuis le 18 janvier chez Seven7

Cut Bank, Montana, réputée pour être la plus froide du pays, est une petite ville sans histoire. C’est bien ce qui chagrine Dwayne (Liam Hemsworth), qui aimerait aller s’installer ailleurs avec sa petite amie Cassandra (Theresa Palmer), la plus jolie fille du coin. Un jour, alors qu’ils traînent dans leur endroit préféré dans la campagne, les deux tourtereaux assistent à l’assassinat du facteur local. Dwayne filme tout avec sa caméra amateur. Or, la Poste offre 10 000 dollars de récompense pour tout indice sur un meurtre d’employé fédéral. Pour Dwayne, c’est la chance qui pourrait lui permettre de quitter Cut Bank. Mais rien ne va se passer comme prévu…

Paru directement en vidéo, ce premier long-métrage de Matt Shakman, acteur reconverti en réalisateur de séries télé (on lui doit notamment l’hilarante Philadelphia (It’s Always Sunny In Philadelphia) lorgne indéniablement vers le cinéma des frères Coen. Cette peinture d’une petite ville du Midwest (Cut Bank existe vraiment) et sa brochette de péquenauds, détraqués ou doux-dingues, n’a rien à envier à celle de Fargo. Autour de Dwayne, beau gosse sans grande envergure, et de sa jolie petite amie qui rêve de remporter l’élection de Miss Cut Bank, gravitent un shérif romantique, timide et trop sensible (hilarant John Malkovich), un beau-père cassant (Billy Bob Thornton), un vieux filou totalement inconscient (Bruce Dern), un attardé aux tendances psychopathes (Michael Stuhlbarg) et un inspecteur fédéral badin, qui ne cesse de s’extasier sur la nourriture locale (Oliver Platt). On peut reprocher à cette série B son petit manque de rythme, mais son humour noir, absurde et un brin loufoque, qui contraste avec l’aspect sombre et violent des événements, en fait un thriller excentrique plutôt jubilatoire.
1 h 33 Et avec Ty Olsson, Sonya Salomaa, Peyton Kennedy…

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Sans adjonction de bonus, DVD et Blu-ray proposent une image bien définie, vive et contrastée dans les séquences en extérieur jour, et un son plus que convenable.

 

 

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Le prodige (Pawn Sacrifice)

Tobey

Edward Zwick
2014 – En Blu-ray et DVD chez Metropolitan depuis le 18 janvier 2016

L’histoire vraie de Bobby Fischer (Tobey Maguire), le prodige américain des échecs. En 1972, en pleine Guerre froide, à l’âge de vingt-neuf ans, il se prépare à affronter en Islande le Russe Boris Spassky (Liv Schreiber), champion du monde en titre, lors de ce qui s’annonce déjà comme le match du siècle. Certain d’être invincible, Bobby doit cependant affronter une paranoïa galopante, qui le rend totalement ingérable…

On lui reproche souvent son académisme, mais sa mise en scène aspire surtout à servir les histoires qu’il raconte. Et Edward Zwick, réalisateur de Glory, Légendes d’automne, Le dernier samouraï, Blood Diamond, Les insurgés… aime le romanesque. Ainsi, même s’il revêt des atours classiques, son biopic sur Bobby Fischer se révèle un film intense et passionnant, hanté par le conflit mental de son héros paranoïaque, toujours sur le fil entre le génie et la folie. Conscient de l’aspect peu cinématographique de son sujet, le cinéaste replace constamment l’action dans le contexte géopolitique et culturel, et insiste sur le côté « rock star » de Fischer, n’hésitant pas à le montrer sous ses jours les plus antipathiques. Doté d’un titre bien plus inspiré en version originale (Pawn Sacrifice, « le sacrifice du pion »), Le prodige réussit à allier brillamment la paranoïa associée à la Guerre froide avec celle du gosse de Brooklyn, adulé du monde entier, mais prisonnier de ses obsessions.
1h 55 Et avec Peter Sarsgaard, Michael Stuhlbarg, Lily Rabe, Robin Weigert, Evelyn Brochu…

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Passé inaperçu dans les salles françaises à l’automne 2015, le film profite d’un Blu-ray très performant, auquel on ne reproche que l’absence de suppléments.

 

Le prodige

 

 

Un Français
Un

Diastème
2015 – En Blu-ray et DVD depuis le 21 octobre chez Francetv distribution

La rédemption d’un skinhead récupéré par l’extrême droite (Alban Lenoir), qui va peu à peu tourner le dos à la violence et à ses convictions de jeunesse…

Violemment chahuté sur les réseaux sociaux lors de sa sortie en juin 2015, le film de Diastème, qui a écrit le scénario après la mort de Clément Méric, a même été boycotté par des exploitants de salles, inquiets d’éventuelles émeutes durant les projections. Ici, pas de contrepoint, ni de jugement moralisateur de la part de l’auteur, mais une immersion dans trente ans d’extrême droite française, à travers le parcours d’un jeune homme et de ses prises de conscience. Si on regrette que les personnages soient un peu trop effleurés (l’évolution du principal, jalonnée d’ellipses temporelles, apparaît un peu superficielle), on ne peut que saluer la justesse des comédiens, la représentation très réaliste de la violence, et l’infinie tristesse qui émane de film humain et courageux, d’une triste actualité.
1 h 38 Avec Alban Lenoir, Samuel Jouy, Paul Hamy, Olivier Chenille, Jeanne Rosa, Lucie Debay
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DVD et Blu-ray, exemplaires, profitent d’un excellent making of de 35 minutes, dans lequel Diastème revient sur ses ambitions. On y découvre également comment les comédiens ont abordé le tournage de ce film «risqué ».

 

 

Ex-Machina

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Alex Garland
2015 – En Blu-ray et DVD depuis le 6 octobre chez Universal

Caleb (Domnhall Gleeson) est brillant codeur chez Bluebook, société informatique qui a mis au point le moteur de recherche le plus performant au monde. Lorsqu’il apprend qu’il a gagné le concours interne lui permettant de passer une semaine chez Nathan (Oscar Isaac), le grand patron et cerveau de Bluebook, il saute de joie. Mais il comprend vite qu’il est là pour participer à une expérience inédite : tester le dernier prototype d’intelligence artificielle conçu par Nathan, qui se présente sous les traits d’une jeune femme troublante (Alicia Vikander)…

Le premier long-métrage de l’écrivain et scénariste Alex Garland, auquel on doit, entre autres, le roman La plage et le scénario de 28 jours plus tard, explore l’un des thèmes récurrents de la science-fiction, magnifiquement illustré dans A. I. et le récent Her. On est immanquablement fasciné par ce huis clos troublant bariolé d’érotisme, où on ne sait jamais qui manipule l’autre. On s’identifie très vite au jeune Caleb, chargé de démasquer les failles de cet androïde dont la beauté et l’intelligence altèrent inévitablement le jugement. Conçu comme une fable et imprévisible jusqu’au bout, ce thriller paranoïaque et cynique aux visuels épurés est hanté par la figure inquiétante (très Barbe Bleue) d’Oscar Isaac.
1 h 48 Et avec Sonoza Mizuno…

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Ex-Machina est enrichi dans cette belle édition Blu-ray de quelques featurettes, qui n’omettent pas de se pencher plus longuement sur le test de Turing abordé dans le film.

 

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CAROL

D’une beauté et d’une délicatesse sidérantes, le mélodrame de Todd Haynes, adaptation d’un roman de Patricia Highsmith, sulfureux en son temps, a été unanimement salué par la critique, qui le place d’ores et déjà sur le podium des meilleurs films de 2016. Certes, Carol frise la perfection, mais c’est aussi son plus grand défaut. Elle tend en effet à n’en faire qu’un bel écrin pour des actrices constamment sublimées et tout en poses, qui peinent à insuffler de l’émotion, excepté par fulgurances.

Robe de chambre

 « Just when it can’t get any worse, you run out of cigarettes. »

 Carol
Magasin

Todd Haynes
2015 Dans les salles françaises depuis le 13 janvier 2016
Prix d’interprétation féminine (Rooney Mara) au Festival de Cannes 2015
Six nominations aux Oscars 2016

Au début des années 50 à Manhattan, à quelques jours de Noël, Thérèse (Rooney Mara), jeune vendeuse du rayon jouets d’un grand magasin, est fascinée par une cliente fortunée, belle et particulièrement élégante (Cate Blanchett) venue acheter un cadeau pour sa fille. Thérèse trouve un prétexte pour la revoir en lui faisant livrer la paire de gants qu’elle a oubliée sur le comptoir. Les deux femmes entament très vite une relation d’amitié ambiguë et nourrie d’admiration mutuelle. Mais tandis que Thérèse s’éloigne sans trop de difficulté de son petit ami (Jake Lacy), Carol, elle, doit se défaire d’un mari jaloux et possessif (Kyle Chandler)…

En 2002, dans Loin du paradis, brillant hommage de Todd Haynes à Douglas Sirk, un père de famille se débattait avec ses pulsions homosexuelles dans la société bourgeoise et conservatrice du début des années 50, tandis que pour se consoler, son épouse tombait amoureuse d’un jardinier noir. Treize ans après, Carol ramène en plein maccarthysme et narre les tribulations d’une grande bourgeoise, mère d’une petite fille, qui tente de s’échapper d’un mariage raté pour vivre en accord avec elle-même, ses sentiments et ses penchants saphiques. Elle succombe au charme de Thérèse, ingénue timide et mystérieuse, comme « tombée du ciel » et qui semble ne pas avoir froid aux yeux. Mais en 1953, l’homosexualité est considérée comme illégale aux Etats-Unis (elle l’est encore dans de nombreux pays) et les passions de Carol peuvent lui valoir des sérieux ennuis. Comme le roman quasi-autobiographique de Patricia Highsmith duquel il est inspiré (la romancière l’a d’abord publié sous un pseudonyme en 1952), le film adopte le point de vue de Thérèse, qui observe avec fascination, comme une icône, cette femme plus âgée qu’elle et plus expérimentée. Son parfum, son vernis à ongle impeccable, ses poses lascives, son regard perdu, sa façon de tenir sa cigarette, de rejeter ses cheveux en arrière… tout chez Carol émerveille la jeune fille, vendeuse par défaut et aspirante photographe. Thérèse suit son instinct et se laisse entraîner dans cette histoire sans savoir exactement ce qu’elle en attend. Le réalisateur du cultissime Velvet Goldmine filme le rapprochement, à pas feutrés, de ces deux femmes avec une délicatesse qui tend au fétichisme, et sa mise en scène astucieuse confère au récit un caractère imprévisible. Tourné en Super 16 avec un grain très vintage, et élégamment souligné par la musique de Carter Burwell et le jazz de l’époque, Carol transporte dans les peintures d’Edward Hopper et les photos des années 50, de Saul Leiter ou Ruth Orkin. Les touches de couleur vives sont éblouissantes. Dans la continuité de Blue Jasmine, Cate Blanchett fait une Anna Karénine des 50’s touchante et remarquable, et dame le pion à sa partenaire Rooney Mara, qui, sous ses faux airs d’Audrey Hepburn (et de Jean Simmons aussi), reste un peu trop souvent impénétrable. C’est aussi le reproche que l’on peut faire à cette œuvre un peu figée, un peu trop feutrée, qui manque de fièvre et de passion, d’élans de vie et de révolte (seul le personnage de l’époux éconduit, campé avec justesse par Kyle Chandler, semble être fait de chair). La scène finale, en revanche, est si magnifique qu’elle absout définitivement le film.
1 h 58 Et avec Jake Lacy, Sarah Paulson, Cory Michael Smith, John Magaro…

BANDE-ANNONCE

Thérèse
Noel
Danse
Kylie
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Sarah
Fille
Pleurs
Rooney-Mara-Carol
Dehors

ETTORE SCOLA : HOMMAGE

Il était le dernier représentant de l’âge d’or du cinéma italien. Ces fameuses années 60 et 70, quand les réalisateurs transalpins rivalisaient d’audace et d’excellence, et jouissaient d’une formidable liberté de ton. La liste de leurs noms donne le vertige : Fellini, Antonioni, De Sica, Risi, Bolognini, Visconti, Zurlini, Petri, Comencini… L’Italie était alors un véritable « laboratoire social » et la comédie « à l’italienne » son meilleur ambassadeur. Réalisateur engagé à gauche, Ettore Scola, décédé le 19 janvier dernier à Rome, à l’âge de 84 ans, laisse derrière lui une quarantaine de films nourris de ses préoccupations politiques et sociales, empreints d’un profond humanisme. Cinéaste de la comédie humaine, passé maître dans l’art de marier le grotesque et la beauté, le cynisme et l’émotion, le réalisateur, qui se définissait comme un « pessimiste gai », a d’abord été un scénariste inspiré (il a notamment signé le scénario du génial Le fanfaron, de Dino Risi) avant de passer derrière la caméra, sous l’impulsion de son ami Vittorio Gassman. On lui doit, entre autres, Drame de la jalousie, Les nouveaux monstres, La terrasse, La nuit de Varennes, Passion d’amour, Le bal, mais aussi et surtout ces trois chefs-d’œuvre absolus : Nous nous sommes tant aimés!, Affreux, sales et méchants et Une journée particulière, qui quarante ans après, n’ont rien perdu de leur pertinence.

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Nous nous sommes tant aimés! (C’eravamo tanto amati)

Nous

Ettore Scola
1974

Engagés dans la résistance, le bourgeois Gianni (Vittorio Gassman), l’intellectuel Nicola (Stefano Satta Flores) et le prolétaire Antonio (Nino Manfredi) rêvent d’un monde nouveau. A la libération, les trois amis se séparent. Mais, bien que différents, leurs chemins vont pourtant les amener à aimer la même femme (Stefania Sandrelli) et à perdre peu à peu toutes leurs illusions…

Chef-d’œuvre d’Ettore Scola paru en 1974, Nous nous sommes tant aimés est un chassé-croisé de l’histoire personnelle de trois hommes avec l’histoire de l’Italie (de 1944 à 1974) et celle du cinéma. Cette œuvre magnifique, émouvante et drôle, évoque avec une justesse confondante les illusions perdues de la génération de l’après-guerre, qui en s’enlisant dans le mirage du bien-être économique, a fini par trahir ses idéaux. « On voulait changer le monde, mais c’est le monde qui nous a changés. » Magistralement interprété, le film rend également un hommage vibrant au cinéma italien, et notamment à Vittorio De Sica auquel l’œuvre est dédiée, ainsi qu’à Federico Fellini. Le film a obtenu le César du Meilleur film étranger en 1977.
Rédigé pour Fnac.com en 2004

Sommes
aimés

 

Affreux, sales et méchants (Brutti, sporchi et cattivi)

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Ettore Scola
1976
Prix de la mise en scène au Festival de Cannes

Dans un bidonville de la banlieue de Rome, les quinze membres de la famille Mazatella vivent dans la même petite baraque vétuste, au crochet du patriarche Giacinto (Nino Manfredi). Ce dernier, misanthrope et méchant, ne supporte plus ces parasites qui n’aspirent qu’à lui dérober son magot d’un million de lires, que lui a valu un accident de travail…

A l’origine, Ettore Scola souhaitait tourner un documentaire sur les bidonvilles de Rome, en complément du travail réalisé par Pier Paolo Pasolini dix ans auparavant dans Accatone, film dans lequel le cinéaste évoquait le génocide d’une population d’immigrés du sud de l’Italie, attirée par la société de consommation des grandes villes. Si Pasolini (qui devait faire la préface d’Affreux, sales et méchants, mais fut assassiné avant d’avoir pu la réaliser) s’était intéressé à la mort d’une culture, Ettore Scola s’attache ici aux conditions de vie de ces pauvres hères qui croupissent dans des bidonvilles, subsistant grâce au vol et à la prostitution. Le cinéaste a filmé ces marginaux véritablement affreux, sales et méchants avec un réalisme et une pertinence tels que cette œuvre de fiction drôle et grinçante est apparue en 1976 extrêmement dérangeante. Elle l’est encore…
Rédigé pour Fnac.com en 2004

Sales

 

Une journée particulière (Una Giornata particolare)

Journée

Ettore Scola
1977

Le 8 mai 1938, la population de Rome, en liesse, est dans la rue pour assister au défilé et à la cérémonie de la rencontre historique entre Hitler et Mussolini. Mais dans un immeuble d’un quartier populaire déserté par ses occupants, Antonietta (Sophia Loren), épouse d’un fonctionnaire fasciste et mère de six enfants consacrés au Duce, et Gabriele (Marcello Mastroianni), intellectuel homosexuel récemment licencié et menacé de déportation, vont se rapprocher…

Même si, en 1977, la Palme d’or à Cannes lui a échappé (au profit de Padre Padrone, des frères Taviani), Une journée particulière est un incontestable chef-d’œuvre et probablement l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma. Ettore Scola avait six ans et demi lors de cet événement de 1938 auquel il a participé et qui a marqué sa mémoire, et qui sert de toile de fond à cette rencontre de deux solitudes, de deux victimes d’un régime autoritaire et liberticide. Le film marque aussi la huitième rencontre à l’écran de deux monstres sacrés et complices de longue date. Sans fards et les yeux cernés, Sophia Loren, loin de son glamour habituel, y est étonnante et trouve ici l’un de ses plus rôles face à un Marcello Mastroianni (le rôle lui a valu une nomination à l’Oscar), lui aussi à contre-emploi et au sommet de son art. La confrontation de ces deux êtres que tout sépare en apparence, mais inexorablement attirés l’un vers l’autre, permet au cinéaste de disséquer l’idéologie fasciste dans toute son aberration, ce qui engendre souvent chez Gabriele, journaliste homosexuel intelligent et amer, des pointes d’humour et d’ironie inattendues. « Ce n’est pas le locataire du 6ème étage qui est anti-fasciste, c’est plutôt le fascisme qui est anti-locataire du 6ème étage ». Accompagné par la retransmission des festivités et des hymnes militaires qui émanent de la radio du concierge dans la cour, ce huis clos à la fois solaire et désespéré, filmé avec une infinie sensibilité, est transcendé par la photo, magnifique, de Pasqualino De Santis, chef opérateur, entre autres, de Mort à Venise.

Sophia