DENNIS QUAID : THE BIG EASY

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Dennis Quaid est de ces acteurs, tel Robert Downey Jr, qui ont eu deux vies, se sont battus contre leurs démons, et ont connu une douloureuse traversée du désert. Hollywood n’aime pas les losers, mais heureusement, a la mémoire courte. Un passage à vide qui a métamorphosé Dennis Quaid. Difficile d’imaginer, en voyant ce sexagénaire cabossé voué aux rôles de bourrus, qu’il a d’abord connu la gloire en tant que beau gosse turbulent au sourire ravageur. A des années-lumière de l’homosexuel refoulé qui semblait porter le poids du monde sur ses épaules dans Loin du Paradis de Todd Haynes, le frère cadet de Randy Quaid était dans les années 80 le roi de la coolitude. Sa fougue et son caractère facétieux faisaient alors merveille dans La bande des quatre, L’étoffe des héros, DreamscapeSuspect dangereux, L’aventure intérieureMort à l’arrivée et dans le cultissime The Big Easy, qui vient de paraître en DVD, assorti d’interviews de Patrick Brion et François Guérif, avec lequel on partage un amour indéfectible pour ce film noir atypique et follement sexy.

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Remy McSwain : « Just relax darlin’. This is the Big Easy. Folks have a certain way of doing things down here.
Anne Osborne : I’d noticed… »

 

The Big Easy

The Big Easy - Der grosse Leichtsinn

Jim McBride
1986 ( DVD Sidonis)

Grand Prix 1987 du festival du film policier de Cognac

A la Nouvelle-Orléans, la police découvre plusieurs cadavres de truands notoires. Remy McSwain (Dennis Quaid), jeune lieutenant décontracté en charge de l’affaire, est convaincu qu’il s’agit d’une guerre de gangs, mais doit à son grand dam collaborer avec la scrupuleuse Anne Osborne (Ellen Barkin), jeune assistante du procureur, dépêchée pour enquêter sur la corruption policière locale. La jeune femme désapprouve la désinvolture des méthodes de Remy, mais elle n’est pas insensible à son charme dévastateur…

Le New Yorkais Jim McBride entame sa carrière de cinéaste en 1967, avec des films indépendants à petit budget et des documentaires très influencés par le cinéma underground et la Nouvelle Vague française. C’est justement son remake de l’emblématique A bout de souffle, Breathless (paru en France en 1983 sous le titre A bout de souffle made in USA), qui va le sortir de l’ombre. Imparfait mais pas dénué de charme, ce sera un semi-échec. Il va néanmoins permettre au cinéaste de se voir confier la direction d’un autre film noir, sur la corruption policière à Chicago, dont il va réécrire le scénario (avec Daniel Petrie Jr, scénariste du Flic de Beverly Hills et de Randonnée pour un tueur) en le transposant à la Nouvelle-Orléans. Bien mieux nommé en version originale (la version française était affublée du ridicule Le flic de mon cœur), The Big Easy (surnom de la ville, en référence à The Big Apple) doit son titre à Dennis Quaid, qui avait suggéré qu’on l’utilise dans une des répliques. The Big Easy immerge dans une Nouvelle-Orléans authentique, avec sa population bigarrée, ses accents pittoresques. On y voit le célèbre groupe cajun The Balfa Brothers, auquel se joint Dennis Quaid, pas manchot à la guitare, le temps d’une « You Used To Call Me » adressée à Anne Osborne. Dès l’ouverture, Jim McBride impose un ton particulier et un rythme trépidant. L’enquête policière est surtout prétexte à la confrontation de deux tempéraments volcaniques, situés sur des bords opposés de la loi, et qui se rapprochent inexorablement. Dennis Quaid et Ellen Barkin, sexy en diable (les scènes d’amour sont carrément torrides), sont parfaitement en osmose, et leurs joutes verbales, façon screwball comedy, sont un régal.

Dennis Quaid, totalement investi dans son personnage après avoir suivi sur le terrain des équipes policières locales, se révèle particulièrement convaincant en flic gentiment corrompu, roublard et foncièrement sympathique. John Goodman, Ned Beatty et Lisa Jane Persky brillent également au générique de ce film attachant qui inspirera en 1996 une série homonyme. Jim McBride sollicitera à nouveau Dennis Quaid en 1989 pour Great Balls Of Fire !, biopic sur Jerry Lee Lewis, avant de disparaître peu à peu des écrans radar. On lui doit néanmoins en 1994 Qui a tué le chevalier? (Uncovered), adaptation intéressante du roman d’Arturo Pérez-Reverte avec Kate Beckinsale, et, en 2001, le premier épisode de la série Six Feet Under. Quant à Dennis Quaid, l’abus de cocaïne, de femmes, et un divorce très médiatisé (avec Meg Ryan) mettront à mal une carrière pourtant engagée sous les meilleurs auspices. Durant une décennie, l’acteur texan devra se contenter de séries B (dont certaines plutôt réussies, telles Flesh And Bone ou La piste du tueur) avant de revenir en odeur de sainteté, moins léger mais toujours talentueux, dans Fréquence interdite, Traffic, Loin du paradis, Le jour d’après ou l’excellent En Bonne compagnie, de Paul Weitz. Il y campe un père protecteur mis sur la touche, professionnellement et par sa fille (Scarlett Johansson), peut-être son meilleur rôle depuis le flic charmeur de The Big Easy.

En bonne compagnie (In Good Company) 2004
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Bande-annonce In Good Company

The Big Easy
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Test DVD :

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Interactivité **
On se réjouit de la présence de deux interviews, l’une de Patrick Brion (7 minutes) et la seconde, très enthousiaste, de François Guérif, spécialiste du polar et amoureux du film (14 minutes). Ce dernier revient largement sur l’histoire du tournage et sur la personnalité et la carrière en dents de scie de Jim McBride. Il confie que The Big Easy reste le film préféré de Dennis Quaid et Ellen Barkin.

Image ***
Format : 1.85
Beau travail de restauration. La présence de grain se fait parfois sentir, mais dans l’ensemble, les contrastes sont bien gérés et les noirs sont profonds.

Son **
DD 2.0 en français et anglais sous-titré
Sous-titres français imposés
Une piste très honorable, qui met en valeur les passages musicaux.

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NINA COMPANEEZ, REINE DE CŒUR

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« C’est par une porte bleue qu’on entre dans le monde où les petits chats font de la peinture » faisait-elle dire en 1972 à l’héroïne de Faustine et le bel été, son premier film. Nina Companeez, scénariste, monteuse et réalisatrice décédée le 9 avril dernier à l’âge de 77 ans d’une longue maladie, n’aura pas eu le temps d’être une vieille dame. L’aurait-elle seulement été ? Amoureuse de l’amour et de la beauté, dotée d’un sens exacerbé du romanesque, elle n’a eu de cesse, tout au long de sa carrière, de célébrer la femme libre, anticonformiste et passionnée, qu’elle était aussi, indubitablement. Nina Companeez était issue d’une famille juive russe qui s’était installée à Paris en 1936, après avoir fui la révolution bolchevique en Russie puis le nazisme à Berlin. Elle a raconté en 2008 ce passé tumultueux dans la saga télévisée Voici venir l’orage. Sa passion du cinéma, elle la tenait de son père, ingénieur reconverti scénariste. C’est en 1961 qu’elle entre dans la cour des grands. Elle cosigne le scénario et monte Ce soir ou jamais, de Michel Deville. Benjamin ou les mémoires d’un puceau, L’ours et la poupée, Raphael ou le Débauché naîtront de cette belle collaboration. Nina Companeez devient réalisatrice en 1971 de comédies légères, romantiques et coquines (Faustine et le bel été, L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-chemise, Comme sur des roulettes…). On y croise les tout jeunes Francis Huster, Jacques Spiesser, Isabelle Adjani, Muriel Catalá, Evelyne Buyle, ou Isabelle Huppert, et parfois dans leur premier rôle. Mais la consécration viendra de la télévision. Après la charmante série Un ours pas comme les autres, avec André Dussollier, elle met en scène en 1979 ce qui restera son chef-d’œuvre, Les dames de la côte, saga historique et familiale qui fera dire à François Truffaut l’année suivante « En 1980, il n’y a pas eu un film dans l’année supérieur aux Dames de la côte, Le dernier métro compris ! » Nina Companeez excellera encore, en tant que scénariste, avec Le hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau, et L’allée du roi, éblouissante saga historique d’après Françoise Chandernagor, qu’elle réalise en 1996. Elle avait offert sa dernière œuvre à la télévision, en 2014. Téléfilm historique librement adapté de Daphné du Maurier, Le général du roi était encore une histoire d’amour (contrariée) et de passion, où une jeune aristocrate de province frappée par le destin venait à bout de l’impossible. Car il y avait du Scarlett O’Hara dans toutes les héroïnes de Nina Companeez. Son film préféré était Autant en emporte le vent.

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Les dames de la côte

Les dames

Nina Companeez
1979 (DVD Collector de la version restaurée chez Koba Films)

En 1913, dans une grande famille bourgeoise de la côte normande, Fanny Villatte (Fanny Ardant), jeune femme passionnée, vit avec insouciance ses 18 ans, entourée de son frère (Patrick Alexsandre) et ses cousins Marcel et Raoul Decourt (Francis Huster et Bruno Devoldère). Mais la guerre éclate, et le départ des hommes pour le front laisse les femmes livrées à elles-mêmes. Obligées d’assumer les responsabilités de leurs époux, elles vont faire l’expérience de l’indépendance…

Diffusés pour la première fois en 1979, les cinq épisodes (de 90 minutes) des Dames de la côte provoquèrent un véritable raz de marée d’enthousiasme chez les critiques et les téléspectateurs. Sous des dehors romantiques, la saga de Nina Companeez s’intéressait en effet, pour la première fois, au point de vue des femmes et à leur rôle durant la Première Guerre mondiale. Avec ses personnages passionnés emportés par le tourbillon d’une époque violente, ses destins tragiques et amours impossibles, Les dames de la côte se situe à mi-chemin entre Claudine à Paris et Autant en emporte le vent. Outre les dialogues pertinents et souvent drôles (les truculentes prises de bec entre Edwige Feuillère et Denise Grey), la série doit également beaucoup à sa distribution prestigieuse. Talents naissants ou confirmés, les interprètes se prêtent au jeu avec une égale et remarquable conviction. Déjà actrice hors normes et piaffant comme un étalon sauvage, la toute jeune Fanny Ardant y entamait sa carrière de manière aussi tonitruante que mémorable.
Et avec Françoise Fabian, Michel Aumont, Evelyne Buyle, Martine Chevallier, François Perrot, Annie Sinigalia, Hélène Duc, Hélène Vincent, Bruno Garcin…

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et puis…

Brigitte Bardot dans L’ours et la poupée de Michel Deville (1970)
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Françoise Fabian dans Raphael ou le débauché de Michel Deville (7971)
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Muriel Catalá, Francis Huster, Isabelle Adjani, Jacques Spiesser, les héros de Faustine et le bel été de Nina Companeez (1972)
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Nina Companeez et Brigitte Bardot sur le tournage de L’histoire très bonne et très  joyeuse de Colinot Trousse-Chemise de Nina Companeez (1973)
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Juliette Binoche et Olivier Martinez dans Le hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau (1995)
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A la recherche du temps perdu de Nina Companeez TV (2011)
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Louise Monot et Samuel Le Bihan dans Le général du roi de Nina Companeez TV (2014)
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LA MORT AUX TROUSSES et LA SIRÈNE DU MISSISSIPPI au Studio

En avril, on ne se découvre pas d’un fil(m), on va au cinéma. Au Havre, ce mois-ci, c’est au Studio qu’on peut redécouvrir des films de John Ford, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard, Dino Risi, Tex Avery, mais aussi le vénéneux Passion (1964) de Yasuzo Masumura, grande figure de la Nouvelle vague japonaise, ou Zorba le Grec (1964) de Michael Cacoyannis, pour revoir Anthony Quinn et Alan Bates danser le sirtaki (danse inédite, créée spécialement pour le film).

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On ne se privera pas non plus des deux chefs-d’œuvre ci-après, dont le premier, fondateur par essence et truffé de scènes d’anthologie, s’impose encore aujourd’hui comme une géniale leçon de cinéma.

Programme du studio

La mort aux trousses (North By Northwest)

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Alfred Hitchcock
1959

Victime d’un quiproquo, Roger Thornhill (Cary Grant), publiciste sans histoires, est enlevé par des espions qui le prennent pour un agent du contre-espionnage américain du nom de George Kaplan. Il réussit à échapper à ses agresseurs, mais personne ne veut croire à son aventure. Pour prouver sa bonne foi, Roger Thornhill se lance dans une dangereuse course-poursuite à travers les Etats-Unis, accompagné par une blonde mystérieuse (Eva Marie Saint)…

Quintessence de l’art et du savoir-faire d’Alfred Hitchcock, La mort aux trousses est probablement son film le plus populaire, dont on ne compte plus les rediffusions à la télévision. Cet ambitieux projet est né de la plume subtile du scénariste Ernest Lehman, qui travaillait en grande complicité avec le maître (Le titre original, North By Northwest est tiré d’Hamlet de Shakespeare). Tout aussi cynique mais plus léger que les deux films précédents du cinéaste (Le faux coupable et Sueurs froides), dont le sérieux lui avait été reproché par les critiques soucieux de voir la comédie disparaître de son univers, ce blockbuster avant l’heure est un déferlement d’humour, de sensualité, d’action et de suspense, transcendé par la fameuse « Hitchcock Touch » qui lui confère son charme inimitable. Tourné de part en part des Etats-Unis (Manhattan, Long Island, Chicago, Californie…), le film est truffé de scènes appartenant désormais à la mémoire collective, comme la poursuite de Cary Grant par un avion, ou la fameuse séquence du Mont Rushmore (qui fut en fait tournée en studio). Même si les cinéphiles citent plus volontiers Sueurs froides (Vertigo), La mort aux trousses reste un chef-d’œuvre absolu.

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 Rédigée pour fnac.com en août 2001

 

La sirène du Mississippi

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François Truffaut
1969

Directeur d’une fabrique de cigarettes à La Réunion, Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo) doit épouser Julie Roussel, qu’il a rencontrée par une petite annonce et qu’il ne connaît que par ses lettres et un portrait. Or, la Julie Roussel (Catherine Deneuve) qui débarque du bateau “Le Mississippi” ne ressemble pas du tout à sa photo. Bien plus jolie, elle prétend lui avoir envoyé un faux portrait pour qu’il ne l’épouse pas uniquement pour sa beauté. Séduit, Louis se marie avec cette jeune femme étrange. Peu de temps après, il découvre qu’elle s’est s’enfuie avec sa fortune

A l’instar du précédent La mariée était en noir, ce thriller psychologique était inspiré d’un roman noir de l’auteur américain William Irish, qui avait signé le roman sous le pseudonyme de Cornell Woolrish. Face à une Catherine Deneuve inquiétante en meurtrière glaciale et dénuée d’émotion, Jean-Paul Belmondo surprenait dans ce rôle de victime de l’amour, totalement à contre-emploi. C’est peut-être la raison de l’échec essuyé par le thriller à sa sortie, en 1969. François Truffaut lui-même considérait ce film-fleuve (de deux heures) comme malade de trop de dialogues et de scènes interminables. Pourtant, cette œuvre sous-estimée explore brillamment les méandres de l’amour impossible, thème que le réalisateur traitera à nouveau (et avec plus de succès) en 1983 dans La femme d’à côté, où la femme est plus que jamais liée à la mort. Certaines répliques du film sont restées dans les mémoires :
Louis : « Tu es si belle, quand je te regarde, c’est une souffrance.
Julie : Pourtant, hier tu disais que c’était une joie.
Louis : C’est une joie et une souffrance. »

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Rédigée pour fnac.com en juin 2003 

Programme du studio