LE CANARDEUR

Le premier long-métrage de Michael Cimino ressort en version remasterisée HD, en Blu-ray et DVD Collector. Six ans avant La porte du paradis, le film est une immersion dans les paysages grandioses de l’Ouest américain magnifiquement filmés en Cinémascope. Mais cette histoire d’amitié entre un braqueur désabusé et un jeune et fougueux aventurier porte aussi la marque de Clint Eastwood, qui a donné sa chance au jeune cinéaste pas encore maudit, et auquel Cimino rend hommage dans une interview exceptionnelle proposée en bonus.

 

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John “Thunderbolt” Doherty : What’s your name boy ?
Lightfoot : Lightfoot
You’re Indian ?
Nope, just American !

 

Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot) 

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Michael Cimino
1974 (Blu-ray et DVD Collector chez Carlotta Films depuis le 19 novembre 2014)

Alors qu’il s’était mis au vert en se faisant passer pour un prêtre de campagne, le braqueur de banque John Doherty dit Thunderbolt (Clint Eastwood), célèbre pour son maniement du canon 20 mm, est pris pour cible par son ancien complice convaincu à tort qu’il a volé le magot de leur dernier casse. John parvient à s’enfuir grâce à l’intervention opportune de Lightfoot (Jeff Bridges), un jeune chien fou assoiffé d’aventure et voleur de voitures à l’occasion…

Au début des années 70, Clint Eastwood s’apprête à tourner sous la direction de Ted Post, Magnum Force, le deuxième épisode de la série des Dirty Harry. L’écriture du scénario avait été entamée par John Milius, futur cinéaste de Conan le barbare, avant qu’il abandonne pour s’en aller réaliser son propre film. Afin de finir le travail, Eastwood fait alors appel à un autre scénariste, quasi inconnu, Michael Cimino, dont il avait accepté de produire le premier long-métrage. Le succès de Magnum Force confortera la position de Cimino et lui permettra d’aborder Le Canardeur, mieux nommé dans sa version originale, sous les meilleurs auspices. Pour ce road movie qu’il avait d’abord imaginé comme un film d’époque, le réalisateur est parti des personnages avant même de s’intéresser à l’intrigue. Ici, l’alchimie fonctionne à merveille entre le voyou vieillissant, solitaire et désabusé campé par Eastwood et le jeune électron libre épanoui, enthousiaste et généreux incarné par Jeff Bridges, qui semblent inspirés de la personnalité même des deux acteurs. C’est aussi pour renforcer la crédibilité de ses héros que le cinéaste tourne en décors naturels. Et comme dans ses futurs Voyage au bout de l’enfer ou La porte du paradis, les paysages bucoliques, ici du Montana, sont d’une beauté spectaculaire. Filmés en Cinemascope, en plans larges, avec un savant travail de géométrie, les décors naturels sont éblouissants dès la première scène, épique, qui semble sortie tout droit d’un western de Sergio Leone. Il émane une poésie enivrante de cette virée criminelle dans le far west, émaillée de rencontres parfois surréalistes, tandis qu’on assiste à la naissance d’une véritable amitié. Mais Cimino maîtrise également et étonnamment bien les aspects comiques et absurdes de sa petite entreprise. Et le braquage improvisé par la petite bande de Thunderboldt sert de prétexte à des séquences truculentes, dans lesquels les seconds couteaux, George Kennedy et Joeffrey Lewis, se révèlent désopilants. Film de gansters, de casse ou néo-western, cette œuvre de jeunesse aux accents crépusculaires, dont l’intrigue est volontairement non-datée, vogue entre l’ancien monde et le nouveau, l’Ouest mythique célébré par John Ford et la société de consommation des seventies. Elle est également marquée par la présence de Clint Eastwood, mythe américain à lui seul. Le Canardeur s’inscrit ainsi très logiquement dans l’univers de l’icône, au sujet duquel le philosophe Alain Badiou écrivait en 2010, en référence à Un monde parfait :

« C’est bien ça — introduire un peu de justice dans l’univers visible — que l’espèce de perfection propre à Eastwood – cette sorte de droiture, qui ne s’autorise aucune invention formelle incertaine, qui utilise avec calme et suivi les ressources disponibles – désire nous transmettre : qu’il arrive dans le monde des rencontres salvatrices, qu’elles sont toujours paradoxales et menacées, et que le seul devoir est d’en protéger, autant que faire se peut, le devenir. Parce que, alors au moins, nous savons ce que pourrait être “un monde parfait”. »

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Test DVD Collector :

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Interactivité ***
Le film est enrichi de deux documents audio exceptionnels. Le premier est une interview récente de Michael Cimino, qui revient sur la création du film. « Je ne commence jamais un scénario avec une idée, je commence un scénario avec une idée d’un personnage. » Il confie aussi avoir donné la mission à Jeff Bridges de faire sourire Clint Eastwood, à propos duquel il ne tarit pas d’éloges et qu’il considère comme “The best kind of American”. Le second document, une analyse du film par Jean Douchet, paraphrase un peu le premier, mais reste d’une grande justesse. Le programme est complété par la bande-annonce, non restaurée, ce qui permet de vérifier le fantastique travail de remasterisation effectué sur le film.

Image ****
Format : 2.40
L’image restaurée en 2K est sensationnelle. Les couleurs sont vibrantes à souhait (voir les chemises des deux héros en écho au ciel bleu), les contrastes, saisissants. Peu de flous et de fourmillements sont décelables. On imagine que le Blu-ray est encore plus performant.

Son ***
DD 1.0 en anglais sous-titré et français
Sous-titres français non imposés
Beau travail également sur la piste sonore qui se révèle claire et dynamique, sans souffle aucun.

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TOP SORTIES Semaine du 17 au 23 novembre 2014

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Pour la plupart des ados, nul doute que la sortie de Hunger Games – La révolte : Partie 1, est l’événement de la semaine. Mais pour les non-affranchis à la saga de Suzanne Collins, l’adaptation ciné, un tantinet pompeuse et puérile, laisse un peu de marbre. On se souvient que l’épisode précédent, Hunger Games : l’embrasement, n’avait été passionnant que dans son dernier quart d’heure. On se demande même ce que le regretté Philip Seymour Hoffman et Donald Sutherland sont venus faire dans cette galère. Sinon, voici ce qu’on peut être tenté de voir cette semaine, sans oublier qu’en parallèle à son festival au Luminor, Arte diffuse du 16 au 28 novembre un bouquet de films à voir ou à revoir…
(programme Arte)

 

Cinéma
Sorties du mercredi 19 novembre

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Eden
Mia Hansen-Løve  2014
Comédie dramatique (2h11)
Avec Félix de Givry, Pauline Etienne
Le quatrième long-métrage de la réalisatrice du miraculeux Tout est pardonné retrace avec sensibilité et poésie l’aventure d’un jeune DJ dans les années 90, en pleine émergence de la scène électro française et de la fameuse french touch. On note la présence de Roman Kolinka, fils de Marie Trintignant et Richard Kolinka, et celle de la délicieuse Greta Gerwig.

Bande-annonce

 

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L’homme du peuple (Walesa. Czlowiek z nadziei)
Andrzej Wajda 2013
Biopic (2h08)
Avec Robert Wieckiewicz, Agneszka Grochowska
L’histoire du Polonais Lech Walesa, président et fondateur du mouvement Solidarność, Prix Nobel de la Paix en 1983, et élu Président de la République polonaise en 1990. Parce qu’une leçon d’histoire est toujours bonne à prendre, surtout quand elle est donnée par Andrzej Wajda.

Bande-annonce

 

Sorties DVD/Blu-ray

Le canardeur (Thunderbolt And Lightfoot)
Michael Cimino
avec Clint Eastwood, Jeff Bridges, George Kennedy
1974 — Le 19 novembre en DVD et Blu-ray – Nouveau Master restauré HD (Carlotta Films)

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Le premier film de Michael Cimino dans une version magnifiquement restaurée 2K, avec, en bonus, un entretien avec le réalisateur et une analyse de Jean Douchet. Carrément indispensable !
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States Of Grace
Destin Daniel Cretton
Avec Brie Larson, Frantz Turner, John Gallagher Jr.
2013 — Le 17 novembre en DVD et Blu-ray (Condor Entertainment)
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La jeune directrice d’un foyer pour adolescents en difficulté est confrontée à une jeune fille tourmentée, qui la ramène à sa propre adolescence… Un joyau du cinéma indépendant américain, touchant et lumineux, qui révèle une jeune actrice douée : Brie Larson.

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D’une vie à l’autre (Zwei Leben)
Georg Maas, Judith Kaufmann
avec Juliane Köhler, Liv Ullmann, Sven Nordin
2012 — Le 18 novembre en DVD (Blaq Out)

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A la chute du Mur de Berlin, une femme née d’une relation entre une Norvégienne et un soldat allemand pendant la Seconde guerre mondiale, et élevée dans un orphelinat pour enfants aryens en Norvège, est appelée à témoigner dans un procès contre l’état norvégien, au nom des “Enfants de la honte”. Un thriller historique passionnant, emmené par la grande Liv Ullmann. En supplément, le documentaire Les pouponnières du Troisième Reich fait froid dans le dos.

 

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Les hommes ! De quoi parlent-ils ? (Una pistola en cada mano)
Cesc Gay
avec Javier Cámara, Ricardo Darín, Edouardo Noriega
2012 — Le 18 novembre en DVD (Zylo)

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Portrait de huit quadragénaires en crise d’identité, Un Sex and the City version masculine et espagnole, porté par une brochette d’acteurs talentueux.

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L’homme qu’on aimait trop
André Téchiné
avec Guillaume Canet, Catherine Deneuve, Adèle Haenel
2014 — Le 19 novembre en DVD et Blu-ray (francetvdistribution)

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L’affaire Maurice Agnelet revue et visitée par André Téchiné : une histoire d’amour troublante et tragique, et des acteurs impressionnants.

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LA PETITE DORRIT

Chef-d’œuvre de la télévision britannique inédit en France, l’adaptation par la BBC de Little Dorrit, de Charles Dickens, vient de paraître en DVD chez Koba Films, et est attendue sur Arte fin novembre. Elle est signée Andrew Davies, le maître du period drama, auquel on doit déjà les remarquables séries Orgueil et préjugés, Bleak House, House of Cards ou Mr Selfridge, et force est de constater que sous sa plume, cette critique acerbe du capitalisme n’a rien perdu de sa pertinence. Il y est question d’une jeune fille vertueuse et pauvre, née et élevée en prison, de l’homme chevaleresque qui tente d’arracher sa famille à la misère, de gens malintentionnés, de secrets de famille inavouables et de revers de fortune. Romanesque par excellence !

 

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« Chut ! Ce serait vraiment étrange de vous voir oublier quelque chose, vous qui n’oubliez jamais personne et qui n’oubliez jamais rien. »
Arthur Clennam à Amy Dorrit

 

La petite Dorrit (Little Dorrit)

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Mini-série produite par la BBC, créée en 2008 par Andrew Davies d’après l’œuvre de Charles Dickens
En DVD chez Koba Films depuis le 22 octobre 2014, diffusée sur Arte du 27 novembre au 18 décembre 2014

En voyage en Orient depuis de nombreuses années avec son père homme d’affaires, Arthur Clennam (Matthew Macfadyen) est contraint de rentrer en Angleterre à la mort soudaine de ce dernier. Dans un dernier souffle, le vieil homme lui a fait promettre d’obliger sa mère à lui révéler un secret de famille et à réparer les torts commis. A Londres, Arthur est accueilli plutôt sèchement par cette dernière, une femme acariâtre, qui refuse de lui donner une quelconque explication. Il est cependant intrigué par la présence d’une jeune fille, Amy Dorrit (Claire Foy), venue effectuer de menus travaux de couture, et par la sollicitude inattendue que sa mère lui témoigne. En suivant discrètement Amy, il découvre qu’elle vit depuis toujours avec son père dans la prison de la Maréchaussée, où sont incarcérés les endettés…

Moins célèbre qu’Oliver Twist, David Copperfield ou Les grandes espérances, La petite Dorrit, de Charles Dickens (1812-1870), est une formidable immersion dans le Londres capitaliste et corrompu de l’époque victorienne. Paru à l’origine sous forme de feuilleton mensuel entre 1855 et 1857, le onzième roman de l’un des plus populaires auteurs anglais était considéré par le dramaturge George Bernard Shaw comme « le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre » et « plus séditieux que Le Capital de Karl Marx. » Jamais en effet, Dickens ne s’est attaqué aussi directement aux institutions politiques, à l’inertie de la bureaucratie et aux aristocrates incompétents dont est constellé le gouvernement (voir le très kafkaïen ministère des Circonlocutions). Et si le sinistre banquier Merdle semble préfigurer Bernard Madoff, Dickens publie le livre en 1857, alors que les directeurs de la Royal British Bank sont arrêtés pour avoir berné leurs clients (il l’évoque dans sa préface). Parce qu’il a souffert dans son enfance du manque d’argent (son propre père a été incarcéré pour dettes à la prison de la Maréchaussée), le romancier sait qu’il est le nerf de la guerre, et il s’amuse ici à le faire changer de mains de façon spectaculaire. Le roman est ainsi séparé en deux parties, illustrant le destin de la famille Dorrit. Elles sont sobrement intitulées Pauvreté et Les riches. Critiqué à sa publication pour la complexité de son intrigue et son manque de nuances, Little Dorrit a été réhabilité au cours du XXe siècle. Nul doute que cette adaptation d’Andrew Davies, présentée ici en huit épisodes de 52 minutes, va susciter l’envie de le (re)découvrir. L’univers de Dickens n’a jamais été aussi éclatant, caustique et romanesque. Autour des nobles figures d’Amy et d’Arthur, évoluent des personnages secondaires truculents, telle Flora, l’amour de jeunesse d’Arthur, qui amènent une légèreté bienvenue à un contexte plutôt sombre. La distribution est prestigieuse. Tom Courtenay fait un Mr Dorrit bouleversant, Andy Serkis (Rigaud) en psychopathe, est terrifiant, Matthew Mcfadyen (il campait le Mr Darcy d’Orgueil et préjugés, de Joe Wright) fait un Arthur Clennam extrêmement touchant, et Claire Foy une héroïne moderne et sage. Cette mini-série, qui a remporté sept Emmy Awards en 2009, est en tout point remarquable.
Et avec James Fleet, Eddie Marsan, Emma Pierson, Alex Wyndham, Russell Tovey, Ron Cook…

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Test DVD :

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Interactivité *

On doit se contenter d’une biographie de Dickens et d’un lot de bandes-annonces des productions de la BBC, tout aussi excellentes, déjà parues chez l’éditeur.

Image ****
Format : 1.77
On se félicite de cette image riche aux couleurs somptueuses, superbement définie. Les noirs sont profonds et les clairs-obscurs, de toute beauté.

Son ****
DD 2.0 en anglais et français
Sous-titres français non imposés
Une piste stéréo dynamique et efficace, qui met en valeur les bruits d’ambiance comme les dialogues. La version originale est à privilégier.

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