Bridget Jones Baby/Le fils de Jean/Victoria en DVD/BR

Bridget, Jean, Victoria, trois prénoms, trois histoires contemporaines à découvrir en DVD/Blu-ray. 

 


« Hashtag ‘Let’s do this’ ! »

 

Bridget Jones Baby (Bridget Jones’s Baby)


Sharon Maguire
2016
En Blu-ray et DVD chez Studiocanal depuis le 6 février 2017

A quarante ans passés, Bridget (Renée Zellweger) est toujours célibataire et tout aussi loufoque. Depuis qu’elle a rompu avec Mark Darcy (Colin Firth), elle tente de se concentrer sur son travail, mais se laisse facilement embarquer par sa copine Miranda (Sarah Solemani) dans des situations rocambolesques. Lors d’un festival de rock, elle tombe sous le charme de Jack (Patrick Dempsey). Mais quelques jours plus tard, elle tombe à nouveau sous celui de Mark Darcy. Du coup, lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte, c’est la panique…

Pour être honnête, je n’avais pas été convaincue par le premier visionnage. J’avais jugé le film bien trop long, bien trop plan-plan, et les acteurs bien trop « tapés » (bien qu’elle soit censée avoir une petite quarantaine, Bridget Jones semble en avoir dix de plus, tant le visage de Renée Zellweger, malmené par la chirurgie esthétique, ressemble à du papier mâché). Et pourtant, en le revoyant quelque temps après, je l’ai trouvé beaucoup plus drôle et sûrement plus attachant. Je me demande même si ce n’est pas ce côté constamment à côté de la plaque qui lui confère son charme. Force est de constater que tout le monde, dans cette histoire, fait et dit n’importe quoi. Renée Zellweger et Colin Firth se tournent en ridicule avec une conviction qui force l’admiration (la scène dans laquelle Mark Darcy porte Bridget enceinte jusqu’au cou à la maternité, en soufflant comme un bœuf, vaut son pesant de cacahuètes). Ce troisième volet, réalisé comme le premier de 2001, par Sharon Maguire, vaut aussi pour quelques scènes réellement désopilantes, dont les interviews télévisées conduites de manière très spéciale par Miranda (formidable Sarah Soleman). Emma Thompson est également étonnante en gynéco sarcastique (elle a participé à l’écriture du scénario avec Dan Mazer et l’écrivain Helen Fielding). Hugh Grant, pas fou, s’en sort avec les honneurs, et on saluera aussi la participation sympathique de Ed Sheeran, véritable Mr Congeniality, décidément partout ces temps-ci.
2h 03 Et avec Gemma Jones, Jim Broadbent, Sally Phillips, Shirley Henderson, James Callis, Joanna Scanlan…

BANDE-ANNONCE

 

 Malgré son caractère promotionnel, le making of de 19 minutes permet d’entendre les impressions de tous les membres de l’équipe. Colin Firth ne cache pas son admiration pour le jeu de Renée Zellweger et on voit à quel point la Britannique Sharon Maguire et son actrice texane sont investies dans la création de ce personnage qui leur tient autant à cœur l’une que l’autre. Un bêtisier, dix-neuf minutes de scènes inédites judicieusement écartées, et une fin alternative (en fait une inclusion de petites scènes plutôt amusantes dans le générique) figurent également au menu de ce programme très adéquat. Le Blu-ray propose une image soignée et lumineuse, au rendu un peu doux et voilé, inhérent au parti pris de la photo signée Andrew Dunn. Les chansons sont mises en exergue par la piste non-compressée dynamique, plus harmonieuse en VO.

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« Il sautait sur tout ce qui bouge en fait !
– Il aimait les femmes, ouais.
– Si ça se trouve, il a fait des mômes un peu partout. J’ai peut-être un bataillon de frères et sœurs. C’est con, en tant que famille nombreuse, je pourrais avoir une réduction dans les transports au moins. »

 

Le fils de Jean


Philippe Lioret
2016
En Blu-ray et DVD chez Le Pacte depuis le 4 janvier 2017

Mathieu (Pierre Deladonchamps), trente-trois ans et jeune papa, reçoit un coup de téléphone du Canada et apprend que son père, qu’il n’a jamais connu, vient de mourir. Découvrant par la même occasion qu’il a des frères, Mathieu décide de se rendre à Montréal pour les obsèques et rencontrer ainsi sa famille. Il est accueilli un peu froidement à l’aéroport par Pierre (Gabriel Arcand), son oncle, qui lui demande expressément de ne pas dévoiler son identité à ses frères, qui ignorent son existence. Le secret doit être gardé…

 Au grand spectacle, Philippe Lioret préfère l’intime. Le réalisateur des formidables Mademoiselle, Je vais bien ne t’en fais pas ou Welcome ne laisse jamais rien au hasard. Chaque regard, chaque échange entre les protagonistes est lourd de sens. Mathieu met les pieds en territoire inconnu, et manifestement, dérange. Son désir de comprendre ses origines, de connaître les siens, n’est pas réciproque. Il y a une raison. Et on s’identifie forcément à ce détective bienveillant, qui tente d’ouvrir les portes closes avec une détermination enfantine. Philippe Lioret avait cette histoire en tête depuis longtemps. La découverte du livre de Jean-Paul Dubois, « Si ce livre pouvait me rapprocher de toi » a fait le reste. Pudique et tout en émotions contenues, Le fils de Jean est un joli film, toutefois un peu trop sage. On aurait aimé vibrer davantage. Cette partition feutrée est néanmoins relevée par la très sympathique (et jolie) actrice québécoise Catherine de Léan, une révélation !
1 h 38 Et avec Marie-Thérèse Fortin, Pierre-Yves Cardinal, Patrick Hivon, Romane Portail…

BANDE-ANNONCE

 

Le film est suivi d’un entretien instructif de 16 mn avec Philippe Lioret. Le cinéaste revient sur la genèse du film, sa découverte du Québec et ses acteurs, et révèle l’histoire du tableau du film, plutôt étonnante. Côté technique, le DVD affiche une belle définition. L’image est lumineuse et contrastée, tandis que la piste 5.1 est idéalement équilibrée pour ce film intimiste.

 

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« Mais, vous avez couché avec d’autres magistrats ?
– Oui, mais vous savez, il y a quelques années, j’étais un peu obsédée sexuelle, j’ai couché avec tout mon entourage. J’aimais… cet état presque régressif et auto-érotisant… »

Victoria


Justine Triet
2016
En Blu-ray et DVD chez Le Pacte depuis le 18 janvier 2017

Victoria Spick (Virginie Efira) est avocate et paumée. Trentenaire à la vie sentimentale compliquée, elle élève seule et tant bien que mal ses deux petites filles. A un mariage, elle retrouve son ami de toujours, Vincent (Melvil Poupaud) et tombe sur Sam (Vincent Lacoste), un jeune dealer qu’elle a défendu quelques mois auparavant. Il cherche à la fois du travail et à se remettre dans le droit chemin. Du coup, elle l’engage comme jeune homme au pair. Le lendemain, Vincent appelle Victoria au secours : il est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime…

Ainsi donc, voici la comédie que la majeure partie de la critique française a adorée en 2016. Certes, Virginie Efira y est, comme toujours, fabuleuse, mais on peut dire qu’elle réussit son numéro en dépit d’une mise en scène sans relief, d’un rythme mollasson et d’un scénario foutraque. Les personnages sont le plus souvent improbables et parfois pénibles. Tout est excessif et lourdingue dans ce Bridget Jones à la française, cynique et bien moins futé que l’air qu’il se donne, et on ne parvient pas à ressentir une quelconque empathie avec les personnages. Quant au couple romantique Virginie Efira-Vincent Lacoste, il est plus gaguesque qu’autre chose. David Moreau avait davantage réussi son coup en lui opposant Pierre Niney dans 20 ans d’écart, comédie moins prétentieuse, plus plausible et surtout plus drôle.
1 h 37 Et avec Laurent Poitrenaux, Laure Calamy, Sophie Fillières, Claire Burger…

BANDE-ANNONCE

 

 

Un making of de 20 minutes emmène sur le vif du tournage. On y entend les intentions de la réalisatrice, les impressions des acteurs… Treize minutes de scènes inédites aux allures de bêtisier complètent le programme. Sans faire d’étincelles, la définition du DVD est tout à fait convenable, à l’instar de la piste 5.1, plutôt harmonieuse.

 

Sélection DVD/Blu-ray janvier 2017

De Frantz au remake de Ben-Hur, en passant par Voir du Pays, Moka et La dame de Wildfell Hall, pleins feux sur cinq sorties DVD/Blu-ray du mois dernier. 


Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone
 (Paul Verlaine)

 

Frantz

François Ozon
2016
En Blu-ray et DVD depuis le 18 janvier 2017 chez Francetvdistribution
Onze nominations aux Césars 2017

La Grande Guerre vient de s’achever. Dans la petite ville allemande de Quedlinburg, la jeune Anna (Paula Beer) se rend tous les jours sur la tombe de Frantz, son fiancé, mort sur le front en France. Un jour, elle découvre qu’un jeune homme inconnu, et français (Pierre Niney), l’a précédée…

Avec François Ozon, on ne sait jamais à quoi s’attendre. Manipulateur subtil, provocateur en diable, il n’a pas son pareil pour déstabiliser. Et s’il y a bien deux constantes dans son cinéma, c’est le mensonge et la cruauté, dont il joue à loisir, comme en atteste à nouveau ce Frantz librement inspiré d’une pièce de Maurice Rostand, adaptée par Lubitsch en 1932 (Broken Lullaby). Ce mélodrame à suspense douloureux est mis en scène avec un fétichisme qui confine à l’exercice de style : noir et blanc très léché comme on n’en avait plus vu depuis Le Ruban blanc d’Haneke, passage à la couleur symbolique, détails des costumes, des décors… La beauté du film est saisissante, et la reconstitution de cette période d’après-guerre, où familles et survivants sont aussi meurtris d’un côté comme de l’autre du Rhin, force l’admiration. Mais Ozon ne se contente pas d’un beau mélo mortifère. Un nationalisme nauséabond s’empare du pays vaincu comme vainqueur, et le mensonge devient un mode de survie. Le film, véritablement hanté, et dont l’épilogue est on ne peut plus frustrant, porte bien la griffe de ce retors d’Ozon. On l’absoudra pour l’interprétation de l’actrice allemande Paula Beer, bouleversante dans ce rôle de jeune femme dont la douceur et la droiture contrastent avec l’ambiguïté et la fragilité du personnage campé par Pierre Niney. Une performance qui lui a valu le Prix Marcello Mastroianni (qui récompense les meilleurs espoirs) au festival de Venise dernier.
1 h 53 Avec Ernst Stötzner, Marie Gruber, Anton von Lucke, Cyrielle Clair, Alice de Lencquesaing…
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BANDE-ANNONCE

 

Le Blu-ray propose une image lumineuse et contrastée qui frise la perfection. Idem pour la piste HD-Master Audio 5.1, profonde et immersive, qui met en valeur la musique mélancolique de Philippe Rombi. Scènes inédites, essais des lumières et costumes, projets d’affiches et aperçu de l’équipe du film à Venise, avec le couronnement de Paula Beer, figurent au menu des suppléments.

 

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« Nous, on a vu la guerre. On n’est pas comme tout le monde. »

 

Voir du pays

Delphine Coulin, Muriel Coulin
2016
En DVD depuis le 10 janvier 2017 chez Diaphana
Prix du scénario de la sélection Un certain regard à Cannes 2016

Après une longue mission en Afghanistan, une troupe de jeunes militaires français doit prendre trois jours de repos forcé dans un hôtel de luxe, à Chypre. Avant rejoindre leur famille, ce sas de décompression leur permettra d’évacuer les tensions, entre débriefing avec réalité virtuelle, séances de sport et détente. Parmi eux, Aurore (Ariane Labed) et Marine (Soko), deux amies d’enfance, n’appréhendent pas le séjour de la même manière…

Cinq ans après 17 filles, leur premier et magnifique long-métrage, les sœurs Coulin ont adapté le roman homonyme de l’une d’elles (Delphine), et se penchent sur un thème peu abordé dans le cinéma français et très en phase avec l’actualité : le stress post-traumatique des militaires. De la guerre, on ne verra que des images de jeu vidéo auxquelles sont confrontés ces jeunes soldats traumatisés lors des séances de débriefing qui génèrent des confessions accablantes. Les réalisatrices réussissent parfaitement à montrer le décalage insupportable entre le mal être des protagonistes et l’ambiance festive de cet hôtel cinq étoiles avec vue sur mer turquoise, censé leur faire oublier la guerre à coups de séances d’aquagym, de soirées arrosées et de déhanchements sur le dance-floor. Hélas, peu à peu, le film, aux dialogues trop artificiels, dérive vers une dénonciation du sexisme et de l’omerta en vigueur dans l’armée, et passe un peu à côté de son véritable sujet.
1 h 42 Et avec Ginger Romàn, Karim Leklou, Andreas Konstantinou, Jérémie Laheurte, Alexis Manenti, Sylvain Loreau…
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BANDE-ANNONCE

 

Le programme n’est pas inintéressant (scènes inédites et bouts d’essai des comédiens), mais on regrette l’absence d’une interview des réalisatrices. Le DVD marque des points grâce à son image de toute beauté, lumineuse et contrastée, et à sa piste DD 5.1 très efficace.

 

 

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« Il cache bien son jeu
– Comment ?
– Le lac. Il a l’air calme. Mais il est plus dangereux que ça. »

 

Moka

Frédéric Mermoud
2016
En DVD et Blu-ray depuis le 17 janvier 2017 chez Pyramide Vidéo

Diane (Emmanuelle Devos) a perdu son fils unique, renversé par un chauffard qui a pris la fuite. Devant le manque d’efficacité de la police et la résignation de son époux (Samuel Labarthe), elle décide, pour ne pas flancher, de retrouver elle-même le coupable. Un détective privé la met sur la piste d’une Mercedes couleur moka, et d’une conductrice blonde…

 Librement adapté du roman homonyme de Tatiana De Rosnay, le second long-métrage du Suisse Frédéric Mermoud (après Complices) repose sur Emmanuelle Devos, quasiment de tous les plans et impeccable dans ce rôle de mère dévastée, ambiguë, qui se raccroche à sa quête avec détermination, prête à commettre l’irréparable. Le cinéaste instille un suspense hitchcockien dans cette traque qui emmène entre Lausanne et Evian, lac et montagne. Conçu comme un western contemplatif, Moka laisse la part belle aux éléments pour accentuer la tension et une certaine étrangeté (Frédéric Mermoud a réalisé des épisodes des Revenants…), ce qui confère à ce film de vengeance au titre énigmatique beaucoup de charme. En permanence sur un fil, les comédiens excellent, et on notera les belles prestations de Nathalie Baye, touchante, et Olivier Chantreau, qui campe un voyou très séduisant.
1h 29 Et avec David Clavel, Diane Rouxel, Jean-Philippe Ecoffey…
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BANDE-ANNONCE

 

Bonne qualité technique du DVD. L’image naturelle et contrastée rend justice à la très belle photo signée Irina Lubtchansky et la piste 5.1 est plus que satisfaisante. Le film est suivi d’un entretien instructif avec Frédéric Mermoud, et d’un de ses courts-métrages, en noir et blanc et plutôt amusant, paru en 2007, Le créneau, avec Emmanuelle Devos et Hippolyte Girardot.

 

 

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« Although I maintain that, if she were more perfect, she would be less interesting. »

 

La dame de Wildfell Hall (The Tenant Of Wildfell Hall)

Mike Barker
1996
En DVD depuis le 2 janvier 2017 chez Koba Films

Au petit matin, Mrs Helen Graham (Tara Fitzgerald) s’enfuit de sa somptueuse demeure avec son fils et sa servante et s’installe à des kilomètres de là, à Wildfell Hall, une grande maison lugubre et un peu délabrée. Se faisant passer pour veuve, elle adopte une attitude si réservée et hostile qu’elle suscite la curiosité des habitants du village et notamment de Gilbert Markham (Toby Stephens), séduisant et prospère fermier convoité par une jeune fille du cru…

Cette adaptation par la BBC du second roman d’Anne Brontë a été plébiscitée en Angleterre lors de sa diffusion à la télévision en 1996. Grâce à Koba Films, la France peut enfin découvrir les trois épisodes de cette mini-série réalisée par l’habile Mike Barker, qui a collaboré à Broadchurch, Tunnel, Fargo, ou Versailles. Dans la forme, la série a pris quelques rides, mais elle rend néanmoins justice au livre de la plus jeunes des sœurs Brontë, publié en 1848 et qui avait suscité de nombreuses controverses. Qu’une romancière se permette de décrire avec autant de réalisme la violence conjugale et l’alcoolisme n’était pas du goût de tous les lecteurs de l’époque. Moins romantique que celle de ses sœurs aînées, l’écriture d’Anne Brontë était tout aussi audacieuse, mais plus moraliste et révoltée (The Tenant of Wildfell Hall est d’ailleurs considéré comme l’un des tout premiers romans féministes) et le roman s’attache aussi à décrire la vie et les mœurs de cette société rurale. La mini-série ne verse pas non plus dans le sentimentalisme, et a, elle aussi, quelque chose de brutal. L’héroïne campée par Tara Fitzgerald n’est d’ailleurs pas sympathique d’emblée (l’actrice qui avait refusé tout maquillage, est incroyablement austère). Elle porte en elle les stigmates du calvaire de sa vie conjugale. Il faudra tout l’intérêt que lui porte Gilbert Markham, incarné par l’incontournable et charismatique Toby Stephens, (interprète de Mr Rochester dans la récente mini-série Jane Eyre), pour la ramener à la vie. On peut également saluer la performance de Rupert Graves (l’Inspecteur Lestrade de Sherlock), impressionnant et très convaincant dans le rôle de l’époux débauché, alcoolique et violent.
2 h 39 Et avec James Purefoy, Sarah Badel, Jackson Leach…
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BANDE-ANNONCE

 

 

Pas de bonus autre qu’un bouquet de bandes-annonces de l’éditeur. L’image accuse son âge, mais la définition est soignée et très honorable. On se félicite de la présence d’une piste 2.0 en anglais sous-titrée, de belle facture, d’ailleurs la seule version proposée.

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« You should have stayed away.
-You should have killed me.
– I will. »

 

Ben-Hur

Timur Bekmambetov
2016
En Blu-ray et DVD depuis le 17 janvier 2017 chez Universal

Au début du premier siècle, à Jérusalem, Judah Ben-Hur (Jack Huston), prince de Judée, vit une existence paisible entouré de sa mère, sa sœur Tirzah (Sofia Black-D’Elia), et son frère adoptif Messala (Toby Kebbell), un Romain adopté par sa famille. Les deux jeunes hommes, amateurs de courses de chevaux, sont très amis, même s’ils sont animés d’un esprit de compétition. Mais Messala vit mal sa situation d’orphelin, d’autant que la mère de Judah voit d’un mauvais œil l’amour que Tirzah lui porte. Au grand dam de son frère, Messala décide de rejoindre son peuple, et de s’enrôler dans l’armée de Tibère. Car l’empire de Rome ne cesse de s’étendre…

Non seulement il a fait un flop au box-office, mais c’est peu de dire que ce remake du fameux Ben-Hur a suscité la foudre de la critique à sa sortie. En choisissant de confier les rênes d’un tel projet au cinéaste russe Timur Bekmambetov, cinéaste d’action pas vraiment réputé pour sa finesse (Night Watch, Wanted : choisis ton destin, Abraham Lincoln : chasseur de vampires…), le parti pris des studios Paramount et MGM était manifestement de cibler le public jeune, peu cinéphile, et de donner une nouvelle fraîcheur au roman de Lewis Wallace publié en 1880, déjà à l’origine du classique de William Wyler. Force est de constater que la comparaison est cruelle, car ce Ben-Hur a beau bénéficier d’effets spéciaux high-tech, il n’a jamais le souffle épique de son prédécesseur et apparaît curieusement plus kitsch et aseptisé. En outre, si le scénario de ce nouveau cru fait la part belle à la religion, la manière dont sont abordés le pardon et la rédemption sonne singulièrement faux. Pas facile non plus de résumer une telle œuvre en deux heures (la fresque de Wyler durait trois heures et demie). Cependant, le divertissement est loin d’être honteux. Bien qu’un peu falot, Jack Huston (apprécié des fans de Boardwalk Empire) fait une prestation honorable, notamment dans les scènes d’action, filmées avec une efficacité redoutable et une vitesse fulgurante.
2 h 05 Et avec Morgan Freeman, Rodrigo Santoro, Nazadin Boniadi, Ayelet Zurer, Pilou Asbæk, James Cosmo…
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BANDE-ANNONCE

S’il y a à redire sur le film, le Blu-ray en revanche, est irréprochable. La définition est sublime (le piqué est… piquant !) et la piste HD-Master Audio 7.1 de la version originale décoiffe littéralement (le caisson de basses dans les scènes d’action fait trembler les murs). Côté bonus, on peut découvrir moult featurettes sur la genèse du film (avec des interventions de l’arrière-arrière-petite-fille de l’auteur du livre), les secrets du tournage, le choix des acteurs etc. Sept scènes coupées intéressantes complètent ce programme consistant.


 

DVD/Blu-ray de Noël (5) : NOS MEILLEURES ANNÉES

Vingt-neuf ans après Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola, le cinéaste italien Marco Tullio Giordana parlait d’amitié, de fraternité, d’amour et d’illusions perdues dans une saga miraculeuse, devenue culte. Elle vient de ressurgir en DVD et Blu-ray restaurés, et est à découvrir ou redécouvrir absolument.


« J’ai encore la carte postale que tu m’as envoyée du Cap Nord en 66. Elle était écrite en norvégien. Et la traduction disait : ‘Tout ce qui existe est beau’. Avec trois points d’exclamation. Tu y crois encore ?
– Plus aux points d’exclamation. »

 

Nos meilleures années (La Meglio Gioventú)

Marco Tullio Giordana
2003
En DVD et Blu-ray restaurés chez Pyramide Vidéo depuis le 2 novembre 2016

Au cours de l’été 1966 à Rome, deux frères, Nicola (Luigi Lo Cascio) et Matteo (Alessio Boni), petits bourgeois étudiants passionnés et généreux, tombent amoureux de Giorgia (Jasmine Trinca), jeune autiste qu’ils font échapper de l’asile où elle est maltraitée. Cette rencontre va susciter chez le premier une vocation de médecin psychiatre, mais elle aura une résonance douloureuse chez le second. Leurs destins se chevauchent avec quatre décennies de l’histoire de l’Italie, traversée par des conflits politiques et sociaux violents…

Applaudi à Cannes en 2003, et couronné du Prix Un certain regard, le film Nos meilleures années (le titre original renvoie à celui d’un recueil de poèmes de Pier Paolo Pasolini) a été tourné à l’origine pour la télévision italienne, où il a été diffusé en quatre épisodes (il se présente ici en deux parties, de trois heures chacune). Cette bouleversante saga familiale a remporté un gigantesque succès populaire en Italie, dont elle brosse un portrait magnifique, en en montrant toutes les facettes, les plus sublimes comme les plus sombres. Marco Tullio Giordana s’est appuyé sur l’épatant scénario de Sandro Petraglia et Stefano Rulli, ses deux complices de Pasolini, mort d’un poète, pour évoquer sa génération, et une Italie en pleins changements, à la manière d’un Ettore Scola dans Nous nous sommes tant aimés. On suit le parcours de deux frères, complices, mais très opposés. Nicola est tendre, solaire, en empathie avec son environnement, là où Matteo est hypersensible, emporté, et très tourmenté. Leurs interprètes, Luigi Lo Cascio et le beau Alessio Boni, sont tout bonnement extraordinaires, à l’instar de leurs partenaires, tous excellents et soigneusement choisis par le cinéaste, qui leur a demandé de s’impliquer dans les dialogues, d’improviser parfois. On traverse avec eux les tragédies italiennes (les inondations de Florence en 1966, la mobilisation de la jeunesse, l’affaiblissement du mouvement ouvrier, les actions terroristes des Brigades Rouges, l’explosion de la criminalité mafieuse…). Devenue culte avec le temps, Nos meilleures années parle avec une justesse et une sensibilité rares des illusions et les désillusions de la vie, des bons et des mauvais choix, de la famille, des relations amoureuses, de l’amitié. La saga se termine par un éloge de la beauté, voulu par le réalisateur, qui en parle mieux que personne.

« La beauté présume à une série de choses, comme la justice, l’économie, la politique… Ces choses sont importantes, mais leur but doit être la beauté. Autrement, elles existent sans avoir aucune valeur… Encenser la beauté, la défendre, la sauvegarder, dire qu’elle existe et qu’il faut la poursuivre, car elle résume toutes les choses qui sont importantes pour réaliser nos objectifs. Que dire de plus ? »
6 h Et avec Sonia Bergamasco, May Sansa, Fabrizio Gifuni, Riccardo Scarmarcio, Valentina Carnelutti, Lidia Vitale…

BANDE-ANNONCE

 

Test Coffret 3-DVD :

 

Interactivité ***
Cette nouvelle édition a délaissé deux des bonus initiaux, mais elle reprend le très bon making of d’époque de dix minutes dans lequel on peut entendre les impressions du réalisateur et des acteurs, et permet de découvrir une interview inédite du cinéaste de 24 minutes, réalisée en juin 2016. Il revient sur la genèse, les enjeux du film, l’Italie (« L’Italie n’a pas beaucoup à donner du point de vue politique, mais elle a des artistes, des poètes, et des hommes de science très importants. ») et livre son sentiment sur l’impact qu’a eu le film sur le public.

Image ***
Format : 1.77
Pas d’énormes changements par rapport à l’image, déjà un peu douce, de l’édition précédente. La définition se révèle un peu inégale, mais le plus souvent très satisfaisante. Les couleurs sont même parfois éclatantes.

Son ***
DD 5.1 en italien sous-titré et français
Une piste 5.1 plus qu’honorable, très harmonieuse, notamment en version originale.