Blu-ray d’Halloween : DARKMAN/GRAVE

En mode Halloween, deux belles éditions Blu-ray ont retenu mon attention : deux œuvres, qui n’ont rien en commun hormis d’être des films de genre et horrifiques, chacune à leur façon. A ma gauche, le romantique et attachant Darkman, film culte réalisé par Sam Raimi en 1990, exhumé en France par l’Atelier d’Images via une édition de rêve financée par une opération de crowfunding sur le site Kiss Kiss Bang Bang. A ma droite, Grave, de la française Julia Ducournau. Ce film choc et phénomène du printemps 2017 a été plébiscité par l’ensemble de la critique, décidément prompte à foncer dans le premier panneau venu. Explications… 

 

 


« I’m everyone… and no one. Everywhere… nowhere. Call me… Darkman. »

Darkman


Sam Raimi
1990
En Edition Ultime (2 Blu-Ray+1 DVD+1 comics) chez L’Atelier d’Images le 7 novembre 2017

Jeune et brillant scientifique, Peyton Westlake (Liam Neeson) est sur le point de se marier avec Julie Hastings (Frances McDormand), une avocate qui défend les intérêts d’un constructeur immobilier. Parce qu’elle a oublié chez Peyton un document compromettant, l’atelier de celui-ci est mis à sac et incendié. Son assistant est froidement assassiné et lui-même est laissé pour mort. Gravement brûlé et odieusement défiguré, Peyton n’aspire qu’à la vengeance. Pour cela, il doit parvenir à achever ses travaux de création d’une peau synthétique qui pourra lui redonner un visage humain. Un seul hic : cet assemblage cellulaire ne supporte pas la lumière plus de quatre-vingt-dix-neuf minutes…

C’est parce qu’il n’avait pas pu réaliser Batman (Warner lui ayant préféré Tim Burton), ni convaincre un studio de lui confier l’adaptation du comics The Shadow, que Sam Raimi a créé en 1989 son propre super-héros. A cette période, il a trente ans et déjà deux Evil Dead au compteur. Il est le voisin et ami des frères Coen avec lesquels il a confectionné le foutraque Mort sur le grill, une comédie d’horreur inspirée des Three Stooges. Le jeune réalisateur va peaufiner le scénario de Darkman et parvenir enfin à obtenir la collaboration d’un grand studio, Universal. Comme par hasard, Sam Raimi est un fondu des films de monstres produits par Universal dans les années 30. Il va se faire un plaisir de leur rendre hommage avec Darkman, figure tragique qui tient à la fois du Fantôme de l’opéra, du Bossu de Notre-Dame et de The Shadow. Passé par le théâtre classique, le jeune Liam Neeson n’hésite pas à en faire des tonnes dans l’expression de la souffrance physique et psychologique endurée par le personnage. Car son calvaire a non seulement changé son apparence, mais l’a transformé en bête enragée (l’insensibilité à la douleur physique a décuplé ses émotions). Mêlant la quête de vengeance et de justice à l’amour impossible, le film déploie un lyrisme poignant, accentué par la partition de Danny Elfman, compositeur fétiche de Tim Burton, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de Batman. L’univers visuel proche de la bande dessinée (le sens du cadrage de Sam Raimi fait merveille), du cinéma muet et de l’expressionnisme (les effets spéciaux, ingénieux pour l’époque, datent de l’ère prénumérique), avait fait sensation à la sortie du film. Aujourd’hui, ce Darkman fantastique et romanesque accuse son âge, mais son aspect vintage ne manque pas de charme. Deux suites, signées en 1995 et 1996 par Bradford May, réalisateur issu de la télévision, et coproduites par Sam Raimi, ont vu le jour en vidéo, avec beaucoup moins de grâce. Liam Neeson avait cédé la place au bien moins charismatique Arnold Vooslo, qui, dans Darkman II, se faisait carrément voler la vedette par Larry Drake, toujours aussi impeccable dans le rôle de l’infâme Durant.
1 h 36 Et avec Larry Drake, Colin Friels, Jessie Lawrence Ferguson, Ted Raimi…

BANDE-ANNONCE


 

Test Edition Ultime :

Interactivité ****
Pour savoir comment Frances McDormand s’est retrouvée à jouer les demoiselles en détresse (un vrai contre-emploi), ou comment Bruce Campbell a été écarté au profit de Liam Neeson, il faut se rendre du côté des suppléments, qui reviennent abondamment sur la genèse du film et son tournage. Pour la plupart inédits (l’interview des experts Julien Dupuy et Stéphane Moïssakis est même une exclusivité française), ils sont judicieusement découpés en deux grands chapitres, « Darkman vu d’hier » et vu d’aujourd’hui, et permettent de savourer les impressions de Sam Raimi, des acteurs et de l’équipe, parfois à plus de deux décennies d’écart. Moult storyboards, des galeries de photos et d’affiches figurent également au menu. Un Blu-ray présente les deux suites, joliment restaurées, et accompagnées de leur bande-annonce d’époque. Enfin, l’édition propose le comics de cent pages Darkman contre l’Armée des ténèbres, inédit en France, dans lequel le vengeur solitaire s’associe avec Ash, le héros de Evil Dead, pour combattre le mal.

Image ***
Format : 1.85
La restauration HD se révèle convaincante, même si les tons chair sont un peu trop rosés. Le nettoyage est probant (probablement effectué par le DNR ou réducteur de bruit), mais il a un peu trop lissé l’image et enlevé beaucoup de grain. En revanche, beau travail sur les noirs, joliment profonds. Un peu moins affinée, la copie proposée par le DVD est toutefois très honorable.

Son ***
DTS HD Master Audio 5.1 en anglais sous-titré
DTS HD Master Audio 2.0 en français
Une piste 5.1 resserrée sur l’avant et qui, en termes d’effets, n’offre pas de réelle différence avec la piste 2.0. Les dialogues sont clairs, et la musique efficacement mise en valeur.

 

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« Vous vous situez où vous ?
– Moyenne…
– Alors trouvez-vous un coin tranquille et attendez que ça passe, parce que ça remue toujours un peu en début d’année. »

Grave


Julia Ducournau
2017
En combo Blu-ray+DVD chez Wild Side Video depuis juillet 2017

Justine (Garance Marillier) s’apprête à intégrer l’école vétérinaire dans laquelle sa sœur aînée Alexia (Ella Rumpf) est déjà élève. Très vite, débute le bizutage… Justine, végétarienne comme toute sa famille, se voit obligée pour la première fois de manger de la viande crue. Un acte qui va avoir des conséquences insoupçonnées…

Que la réalisatrice soit issue d’une famille de médecins — ses parents sont respectivement gynécologue et dermatologue — n’est pas anodin. Que ces derniers soient de grands cinéphiles non plus. Manifestement, Julia Ducournau connaît son petit Cronenberg par cœur, et le cinéma d’horreur sur le bout des doigts. Elle parvient à frapper fort dès la première image, et à installer le malaise en deux coups de cuillère à pot. La manière dont elle filme les scènes de bizutage, les animaux en présence, est impressionnante et fait froid dans le dos. Les écoles vétérinaires ne sont vraiment pas fréquentables. La descente aux enfers de Justine, entre deux fêtes tribales et deux séquences malséantes ou gore, donne la nausée. La jeune fille ne sait plus où donner de la tête : elle se découvre des pulsions cannibales en même temps qu’elle s’éveille à la sexualité… Mais si la cinéaste ménage parfaitement ses effets et maîtrise les éléments de sa mise en scène, dont les insertions musicales très réussies, il n’émane de son film aucune émotion. On n’éprouve pas la moindre empathie ni pour Justine, ni pour sa sœur, tantôt complices tantôt ennemies, et dont on peine à comprendre les motivations (le jeu des actrices ne fait rien à l’affaire). Comme la transformation de Justine, les scènes donnent l’impression de s’enchaîner de façon artificielle jusqu’à ce twist final qui tombe à plat. Dommage, car aborder le cannibalisme en ces temps où se multiplient les adeptes du végétarisme, végétalisme et autre véganisme était plutôt pertinent ; certains aspects du film (dont le bizutage), auraient mérité d’être mieux exploités. Grave est une œuvre dont le visionnage est finalement plus pénible que dérangeant, qui réclame d’avoir l’estomac bien accroché et l’intelligence en berne.
1 h 39 Et avec Laurent Lucas, Rabah Nait Oufella, Joana Preiss, Marion Vernoux, Bouli Lanners…

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Test Blu-ray :

 

Interactivité ***
Ce beau combo Blu-ray/DVD ne multiplie pas les suppléments mais propose deux longs entretiens (45 minutes chacun) conduit par Fausto Fasulo de Mad Movies, avec la réalisatrice et son actrice principale, qui reviennent généreusement sur leur expérience. Julia Ducournau ne considère pas son film comme un film d’horreur, elle préfère parler de « film de genre ». Une scène coupée complète le programme.

Image ****
Format : 2.35
Une image impeccable, précise comme un scalpel, contrastée et vibrante lorsque le rouge s’invite.

Son ****
DTS HD Master Audio 5.1 en français
Sous-titres pour sourds et malentendants
Audiodescription
Une piste 5.1 immersive très impressionnante, qui déploie judicieusement ses effets pour faire monter la tension. Le caisson de basses fait trembler les murs.

 

Bridget Jones Baby/Le fils de Jean/Victoria en DVD/BR

Bridget, Jean, Victoria, trois prénoms, trois histoires contemporaines à découvrir en DVD/Blu-ray. 

 


« Hashtag ‘Let’s do this’ ! »

 

Bridget Jones Baby (Bridget Jones’s Baby)


Sharon Maguire
2016
En Blu-ray et DVD chez Studiocanal depuis le 6 février 2017

A quarante ans passés, Bridget (Renée Zellweger) est toujours célibataire et tout aussi loufoque. Depuis qu’elle a rompu avec Mark Darcy (Colin Firth), elle tente de se concentrer sur son travail, mais se laisse facilement embarquer par sa copine Miranda (Sarah Solemani) dans des situations rocambolesques. Lors d’un festival de rock, elle tombe sous le charme de Jack (Patrick Dempsey). Mais quelques jours plus tard, elle tombe à nouveau sous celui de Mark Darcy. Du coup, lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte, c’est la panique…

Pour être honnête, je n’avais pas été convaincue par le premier visionnage. J’avais jugé le film bien trop long, bien trop plan-plan, et les acteurs bien trop « tapés » (bien qu’elle soit censée avoir une petite quarantaine, Bridget Jones semble en avoir dix de plus, tant le visage de Renée Zellweger, malmené par la chirurgie esthétique, ressemble à du papier mâché). Et pourtant, en le revoyant quelque temps après, je l’ai trouvé beaucoup plus drôle et sûrement plus attachant. Je me demande même si ce n’est pas ce côté constamment à côté de la plaque qui lui confère son charme. Force est de constater que tout le monde, dans cette histoire, fait et dit n’importe quoi. Renée Zellweger et Colin Firth se tournent en ridicule avec une conviction qui force l’admiration (la scène dans laquelle Mark Darcy porte Bridget enceinte jusqu’au cou à la maternité, en soufflant comme un bœuf, vaut son pesant de cacahuètes). Ce troisième volet, réalisé comme le premier de 2001, par Sharon Maguire, vaut aussi pour quelques scènes réellement désopilantes, dont les interviews télévisées conduites de manière très spéciale par Miranda (formidable Sarah Soleman). Emma Thompson est également étonnante en gynéco sarcastique (elle a participé à l’écriture du scénario avec Dan Mazer et l’écrivain Helen Fielding). Hugh Grant, pas fou, s’en sort avec les honneurs, et on saluera aussi la participation sympathique de Ed Sheeran, véritable Mr Congeniality, décidément partout ces temps-ci.
2h 03 Et avec Gemma Jones, Jim Broadbent, Sally Phillips, Shirley Henderson, James Callis, Joanna Scanlan…

BANDE-ANNONCE

 

 Malgré son caractère promotionnel, le making of de 19 minutes permet d’entendre les impressions de tous les membres de l’équipe. Colin Firth ne cache pas son admiration pour le jeu de Renée Zellweger et on voit à quel point la Britannique Sharon Maguire et son actrice texane sont investies dans la création de ce personnage qui leur tient autant à cœur l’une que l’autre. Un bêtisier, dix-neuf minutes de scènes inédites judicieusement écartées, et une fin alternative (en fait une inclusion de petites scènes plutôt amusantes dans le générique) figurent également au menu de ce programme très adéquat. Le Blu-ray propose une image soignée et lumineuse, au rendu un peu doux et voilé, inhérent au parti pris de la photo signée Andrew Dunn. Les chansons sont mises en exergue par la piste non-compressée dynamique, plus harmonieuse en VO.

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« Il sautait sur tout ce qui bouge en fait !
– Il aimait les femmes, ouais.
– Si ça se trouve, il a fait des mômes un peu partout. J’ai peut-être un bataillon de frères et sœurs. C’est con, en tant que famille nombreuse, je pourrais avoir une réduction dans les transports au moins. »

 

Le fils de Jean


Philippe Lioret
2016
En Blu-ray et DVD chez Le Pacte depuis le 4 janvier 2017

Mathieu (Pierre Deladonchamps), trente-trois ans et jeune papa, reçoit un coup de téléphone du Canada et apprend que son père, qu’il n’a jamais connu, vient de mourir. Découvrant par la même occasion qu’il a des frères, Mathieu décide de se rendre à Montréal pour les obsèques et rencontrer ainsi sa famille. Il est accueilli un peu froidement à l’aéroport par Pierre (Gabriel Arcand), son oncle, qui lui demande expressément de ne pas dévoiler son identité à ses frères, qui ignorent son existence. Le secret doit être gardé…

 Au grand spectacle, Philippe Lioret préfère l’intime. Le réalisateur des formidables Mademoiselle, Je vais bien ne t’en fais pas ou Welcome ne laisse jamais rien au hasard. Chaque regard, chaque échange entre les protagonistes est lourd de sens. Mathieu met les pieds en territoire inconnu, et manifestement, dérange. Son désir de comprendre ses origines, de connaître les siens, n’est pas réciproque. Il y a une raison. Et on s’identifie forcément à ce détective bienveillant, qui tente d’ouvrir les portes closes avec une détermination enfantine. Philippe Lioret avait cette histoire en tête depuis longtemps. La découverte du livre de Jean-Paul Dubois, « Si ce livre pouvait me rapprocher de toi » a fait le reste. Pudique et tout en émotions contenues, Le fils de Jean est un joli film, toutefois un peu trop sage. On aurait aimé vibrer davantage. Cette partition feutrée est néanmoins relevée par la très sympathique (et jolie) actrice québécoise Catherine de Léan, une révélation !
1 h 38 Et avec Marie-Thérèse Fortin, Pierre-Yves Cardinal, Patrick Hivon, Romane Portail…

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Le film est suivi d’un entretien instructif de 16 mn avec Philippe Lioret. Le cinéaste revient sur la genèse du film, sa découverte du Québec et ses acteurs, et révèle l’histoire du tableau du film, plutôt étonnante. Côté technique, le DVD affiche une belle définition. L’image est lumineuse et contrastée, tandis que la piste 5.1 est idéalement équilibrée pour ce film intimiste.

 

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« Mais, vous avez couché avec d’autres magistrats ?
– Oui, mais vous savez, il y a quelques années, j’étais un peu obsédée sexuelle, j’ai couché avec tout mon entourage. J’aimais… cet état presque régressif et auto-érotisant… »

Victoria


Justine Triet
2016
En Blu-ray et DVD chez Le Pacte depuis le 18 janvier 2017

Victoria Spick (Virginie Efira) est avocate et paumée. Trentenaire à la vie sentimentale compliquée, elle élève seule et tant bien que mal ses deux petites filles. A un mariage, elle retrouve son ami de toujours, Vincent (Melvil Poupaud) et tombe sur Sam (Vincent Lacoste), un jeune dealer qu’elle a défendu quelques mois auparavant. Il cherche à la fois du travail et à se remettre dans le droit chemin. Du coup, elle l’engage comme jeune homme au pair. Le lendemain, Vincent appelle Victoria au secours : il est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime…

Ainsi donc, voici la comédie que la majeure partie de la critique française a adorée en 2016. Certes, Virginie Efira y est, comme toujours, fabuleuse, mais on peut dire qu’elle réussit son numéro en dépit d’une mise en scène sans relief, d’un rythme mollasson et d’un scénario foutraque. Les personnages sont le plus souvent improbables et parfois pénibles. Tout est excessif et lourdingue dans ce Bridget Jones à la française, cynique et bien moins futé que l’air qu’il se donne, et on ne parvient pas à ressentir une quelconque empathie avec les personnages. Quant au couple romantique Virginie Efira-Vincent Lacoste, il est plus gaguesque qu’autre chose. David Moreau avait davantage réussi son coup en lui opposant Pierre Niney dans 20 ans d’écart, comédie moins prétentieuse, plus plausible et surtout plus drôle.
1 h 37 Et avec Laurent Poitrenaux, Laure Calamy, Sophie Fillières, Claire Burger…

BANDE-ANNONCE

 

 

Un making of de 20 minutes emmène sur le vif du tournage. On y entend les intentions de la réalisatrice, les impressions des acteurs… Treize minutes de scènes inédites aux allures de bêtisier complètent le programme. Sans faire d’étincelles, la définition du DVD est tout à fait convenable, à l’instar de la piste 5.1, plutôt harmonieuse.

 

Sélection DVD/Blu-ray janvier 2017

De Frantz au remake de Ben-Hur, en passant par Voir du Pays, Moka et La dame de Wildfell Hall, pleins feux sur cinq sorties DVD/Blu-ray du mois dernier. 


Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone
 (Paul Verlaine)

 

Frantz

François Ozon
2016
En Blu-ray et DVD depuis le 18 janvier 2017 chez Francetvdistribution
Onze nominations aux Césars 2017

La Grande Guerre vient de s’achever. Dans la petite ville allemande de Quedlinburg, la jeune Anna (Paula Beer) se rend tous les jours sur la tombe de Frantz, son fiancé, mort sur le front en France. Un jour, elle découvre qu’un jeune homme inconnu, et français (Pierre Niney), l’a précédée…

Avec François Ozon, on ne sait jamais à quoi s’attendre. Manipulateur subtil, provocateur en diable, il n’a pas son pareil pour déstabiliser. Et s’il y a bien deux constantes dans son cinéma, c’est le mensonge et la cruauté, dont il joue à loisir, comme en atteste à nouveau ce Frantz librement inspiré d’une pièce de Maurice Rostand, adaptée par Lubitsch en 1932 (Broken Lullaby). Ce mélodrame à suspense douloureux est mis en scène avec un fétichisme qui confine à l’exercice de style : noir et blanc très léché comme on n’en avait plus vu depuis Le Ruban blanc d’Haneke, passage à la couleur symbolique, détails des costumes, des décors… La beauté du film est saisissante, et la reconstitution de cette période d’après-guerre, où familles et survivants sont aussi meurtris d’un côté comme de l’autre du Rhin, force l’admiration. Mais Ozon ne se contente pas d’un beau mélo mortifère. Un nationalisme nauséabond s’empare du pays vaincu comme vainqueur, et le mensonge devient un mode de survie. Le film, véritablement hanté, et dont l’épilogue est on ne peut plus frustrant, porte bien la griffe de ce retors d’Ozon. On l’absoudra pour l’interprétation de l’actrice allemande Paula Beer, bouleversante dans ce rôle de jeune femme dont la douceur et la droiture contrastent avec l’ambiguïté et la fragilité du personnage campé par Pierre Niney. Une performance qui lui a valu le Prix Marcello Mastroianni (qui récompense les meilleurs espoirs) au festival de Venise dernier.
1 h 53 Avec Ernst Stötzner, Marie Gruber, Anton von Lucke, Cyrielle Clair, Alice de Lencquesaing…
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BANDE-ANNONCE

 

Le Blu-ray propose une image lumineuse et contrastée qui frise la perfection. Idem pour la piste HD-Master Audio 5.1, profonde et immersive, qui met en valeur la musique mélancolique de Philippe Rombi. Scènes inédites, essais des lumières et costumes, projets d’affiches et aperçu de l’équipe du film à Venise, avec le couronnement de Paula Beer, figurent au menu des suppléments.

 

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« Nous, on a vu la guerre. On n’est pas comme tout le monde. »

 

Voir du pays

Delphine Coulin, Muriel Coulin
2016
En DVD depuis le 10 janvier 2017 chez Diaphana
Prix du scénario de la sélection Un certain regard à Cannes 2016

Après une longue mission en Afghanistan, une troupe de jeunes militaires français doit prendre trois jours de repos forcé dans un hôtel de luxe, à Chypre. Avant rejoindre leur famille, ce sas de décompression leur permettra d’évacuer les tensions, entre débriefing avec réalité virtuelle, séances de sport et détente. Parmi eux, Aurore (Ariane Labed) et Marine (Soko), deux amies d’enfance, n’appréhendent pas le séjour de la même manière…

Cinq ans après 17 filles, leur premier et magnifique long-métrage, les sœurs Coulin ont adapté le roman homonyme de l’une d’elles (Delphine), et se penchent sur un thème peu abordé dans le cinéma français et très en phase avec l’actualité : le stress post-traumatique des militaires. De la guerre, on ne verra que des images de jeu vidéo auxquelles sont confrontés ces jeunes soldats traumatisés lors des séances de débriefing qui génèrent des confessions accablantes. Les réalisatrices réussissent parfaitement à montrer le décalage insupportable entre le mal être des protagonistes et l’ambiance festive de cet hôtel cinq étoiles avec vue sur mer turquoise, censé leur faire oublier la guerre à coups de séances d’aquagym, de soirées arrosées et de déhanchements sur le dance-floor. Hélas, peu à peu, le film, aux dialogues trop artificiels, dérive vers une dénonciation du sexisme et de l’omerta en vigueur dans l’armée, et passe un peu à côté de son véritable sujet.
1 h 42 Et avec Ginger Romàn, Karim Leklou, Andreas Konstantinou, Jérémie Laheurte, Alexis Manenti, Sylvain Loreau…
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BANDE-ANNONCE

 

Le programme n’est pas inintéressant (scènes inédites et bouts d’essai des comédiens), mais on regrette l’absence d’une interview des réalisatrices. Le DVD marque des points grâce à son image de toute beauté, lumineuse et contrastée, et à sa piste DD 5.1 très efficace.

 

 

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« Il cache bien son jeu
– Comment ?
– Le lac. Il a l’air calme. Mais il est plus dangereux que ça. »

 

Moka

Frédéric Mermoud
2016
En DVD et Blu-ray depuis le 17 janvier 2017 chez Pyramide Vidéo

Diane (Emmanuelle Devos) a perdu son fils unique, renversé par un chauffard qui a pris la fuite. Devant le manque d’efficacité de la police et la résignation de son époux (Samuel Labarthe), elle décide, pour ne pas flancher, de retrouver elle-même le coupable. Un détective privé la met sur la piste d’une Mercedes couleur moka, et d’une conductrice blonde…

 Librement adapté du roman homonyme de Tatiana De Rosnay, le second long-métrage du Suisse Frédéric Mermoud (après Complices) repose sur Emmanuelle Devos, quasiment de tous les plans et impeccable dans ce rôle de mère dévastée, ambiguë, qui se raccroche à sa quête avec détermination, prête à commettre l’irréparable. Le cinéaste instille un suspense hitchcockien dans cette traque qui emmène entre Lausanne et Evian, lac et montagne. Conçu comme un western contemplatif, Moka laisse la part belle aux éléments pour accentuer la tension et une certaine étrangeté (Frédéric Mermoud a réalisé des épisodes des Revenants…), ce qui confère à ce film de vengeance au titre énigmatique beaucoup de charme. En permanence sur un fil, les comédiens excellent, et on notera les belles prestations de Nathalie Baye, touchante, et Olivier Chantreau, qui campe un voyou très séduisant.
1h 29 Et avec David Clavel, Diane Rouxel, Jean-Philippe Ecoffey…
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BANDE-ANNONCE

 

Bonne qualité technique du DVD. L’image naturelle et contrastée rend justice à la très belle photo signée Irina Lubtchansky et la piste 5.1 est plus que satisfaisante. Le film est suivi d’un entretien instructif avec Frédéric Mermoud, et d’un de ses courts-métrages, en noir et blanc et plutôt amusant, paru en 2007, Le créneau, avec Emmanuelle Devos et Hippolyte Girardot.

 

 

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« Although I maintain that, if she were more perfect, she would be less interesting. »

 

La dame de Wildfell Hall (The Tenant Of Wildfell Hall)

Mike Barker
1996
En DVD depuis le 2 janvier 2017 chez Koba Films

Au petit matin, Mrs Helen Graham (Tara Fitzgerald) s’enfuit de sa somptueuse demeure avec son fils et sa servante et s’installe à des kilomètres de là, à Wildfell Hall, une grande maison lugubre et un peu délabrée. Se faisant passer pour veuve, elle adopte une attitude si réservée et hostile qu’elle suscite la curiosité des habitants du village et notamment de Gilbert Markham (Toby Stephens), séduisant et prospère fermier convoité par une jeune fille du cru…

Cette adaptation par la BBC du second roman d’Anne Brontë a été plébiscitée en Angleterre lors de sa diffusion à la télévision en 1996. Grâce à Koba Films, la France peut enfin découvrir les trois épisodes de cette mini-série réalisée par l’habile Mike Barker, qui a collaboré à Broadchurch, Tunnel, Fargo, ou Versailles. Dans la forme, la série a pris quelques rides, mais elle rend néanmoins justice au livre de la plus jeunes des sœurs Brontë, publié en 1848 et qui avait suscité de nombreuses controverses. Qu’une romancière se permette de décrire avec autant de réalisme la violence conjugale et l’alcoolisme n’était pas du goût de tous les lecteurs de l’époque. Moins romantique que celle de ses sœurs aînées, l’écriture d’Anne Brontë était tout aussi audacieuse, mais plus moraliste et révoltée (The Tenant of Wildfell Hall est d’ailleurs considéré comme l’un des tout premiers romans féministes) et le roman s’attache aussi à décrire la vie et les mœurs de cette société rurale. La mini-série ne verse pas non plus dans le sentimentalisme, et a, elle aussi, quelque chose de brutal. L’héroïne campée par Tara Fitzgerald n’est d’ailleurs pas sympathique d’emblée (l’actrice qui avait refusé tout maquillage, est incroyablement austère). Elle porte en elle les stigmates du calvaire de sa vie conjugale. Il faudra tout l’intérêt que lui porte Gilbert Markham, incarné par l’incontournable et charismatique Toby Stephens, (interprète de Mr Rochester dans la récente mini-série Jane Eyre), pour la ramener à la vie. On peut également saluer la performance de Rupert Graves (l’Inspecteur Lestrade de Sherlock), impressionnant et très convaincant dans le rôle de l’époux débauché, alcoolique et violent.
2 h 39 Et avec James Purefoy, Sarah Badel, Jackson Leach…
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BANDE-ANNONCE

 

 

Pas de bonus autre qu’un bouquet de bandes-annonces de l’éditeur. L’image accuse son âge, mais la définition est soignée et très honorable. On se félicite de la présence d’une piste 2.0 en anglais sous-titrée, de belle facture, d’ailleurs la seule version proposée.

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« You should have stayed away.
-You should have killed me.
– I will. »

 

Ben-Hur

Timur Bekmambetov
2016
En Blu-ray et DVD depuis le 17 janvier 2017 chez Universal

Au début du premier siècle, à Jérusalem, Judah Ben-Hur (Jack Huston), prince de Judée, vit une existence paisible entouré de sa mère, sa sœur Tirzah (Sofia Black-D’Elia), et son frère adoptif Messala (Toby Kebbell), un Romain adopté par sa famille. Les deux jeunes hommes, amateurs de courses de chevaux, sont très amis, même s’ils sont animés d’un esprit de compétition. Mais Messala vit mal sa situation d’orphelin, d’autant que la mère de Judah voit d’un mauvais œil l’amour que Tirzah lui porte. Au grand dam de son frère, Messala décide de rejoindre son peuple, et de s’enrôler dans l’armée de Tibère. Car l’empire de Rome ne cesse de s’étendre…

Non seulement il a fait un flop au box-office, mais c’est peu de dire que ce remake du fameux Ben-Hur a suscité la foudre de la critique à sa sortie. En choisissant de confier les rênes d’un tel projet au cinéaste russe Timur Bekmambetov, cinéaste d’action pas vraiment réputé pour sa finesse (Night Watch, Wanted : choisis ton destin, Abraham Lincoln : chasseur de vampires…), le parti pris des studios Paramount et MGM était manifestement de cibler le public jeune, peu cinéphile, et de donner une nouvelle fraîcheur au roman de Lewis Wallace publié en 1880, déjà à l’origine du classique de William Wyler. Force est de constater que la comparaison est cruelle, car ce Ben-Hur a beau bénéficier d’effets spéciaux high-tech, il n’a jamais le souffle épique de son prédécesseur et apparaît curieusement plus kitsch et aseptisé. En outre, si le scénario de ce nouveau cru fait la part belle à la religion, la manière dont sont abordés le pardon et la rédemption sonne singulièrement faux. Pas facile non plus de résumer une telle œuvre en deux heures (la fresque de Wyler durait trois heures et demie). Cependant, le divertissement est loin d’être honteux. Bien qu’un peu falot, Jack Huston (apprécié des fans de Boardwalk Empire) fait une prestation honorable, notamment dans les scènes d’action, filmées avec une efficacité redoutable et une vitesse fulgurante.
2 h 05 Et avec Morgan Freeman, Rodrigo Santoro, Nazadin Boniadi, Ayelet Zurer, Pilou Asbæk, James Cosmo…
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BANDE-ANNONCE

S’il y a à redire sur le film, le Blu-ray en revanche, est irréprochable. La définition est sublime (le piqué est… piquant !) et la piste HD-Master Audio 7.1 de la version originale décoiffe littéralement (le caisson de basses dans les scènes d’action fait trembler les murs). Côté bonus, on peut découvrir moult featurettes sur la genèse du film (avec des interventions de l’arrière-arrière-petite-fille de l’auteur du livre), les secrets du tournage, le choix des acteurs etc. Sept scènes coupées intéressantes complètent ce programme consistant.