DIAMANT NOIR

Cette histoire de vengeance dans une riche famille de diamantaires d’Anvers permet à Arthur Harari, déjà remarqué pour ses courts et moyens-métrages, de jongler habilement avec le polar et la tragédie familiale. Transcendé par le jeu fiévreux des jeunes et charismatiques Niels Schneider et August Diehl, ce premier film puissant, âpre et original a été encensé par la critique, et couronné en avril dernier par le Prix du Jury au Festival policier de Beaune. Un cinéaste à suivre.(Pas de spoiler dans cette chronique)

Diamant 2

« Il faut que tu sois clair, calme, précis. »

 

Diamant noir

Diamant 4

Arthur Harari
2016 (en salles depuis le 8 juin)
Prix du Jury du Festival de Beaune 2016 (ex aequo avec Desierto de Jonás Cuarón)

Pier Ulmann (Niels Schneider) vit à Paris de chantiers au noir et de petits braquages qu’il effectue pour Rachid (Hafed Benotman), son ami et mentor. Un jour, il apprend que son père, qui avait disparu depuis des années, a été retrouvé mort dans une rue voisine. Découvrant que ce dernier vivait misérablement dans un foyer, le jeune homme est submergé de colère. Son géniteur était en effet issu d’une famille de riches diamantaires d’Anvers. A l’âge de quinze ans, une de ses mains avait été broyée par une meule à diamant, ce qui lui a valu d’être banni par sa famille, privé de son héritage et condamné à l’errance. Peu après l’enterrement, Pier reçoit un appel inattendu de son cousin Gabi (August Diehl), qui, désireux de le connaître, lui propose d’effectuer des travaux dans les locaux de la société Ulmann à Anvers. D’abord hésitant, le jeune homme y voit vite l’occasion idéale de venger son père…

Arthur Harari frappe fort avec ce premier long-métrage qui a emballé le Festival du film policier de Beaune 2016 (anciennement Festival de Cognac). D’entrée de jeu, la magnifique ouverture du film, spectaculaire et violente (elle lui a valu d’être écarté des sélections de nombreux festivals), met la barre très haut et annonce la couleur On est clairement dans la tragédie grecque. Cette séquence de l’accident du père hante le film comme elle hante Pier. Elle lui avait été probablement relatée ainsi, et a nourri cette haine qui court depuis toujours comme un poison dans ses veines. Cette soif de vengeance est remarquablement restituée par le jeu fiévreux de Niels Schneider, jeune comédien fétiche de Xavier Dolan, qui prête sa grâce et sa beauté à ce personnage christique. Suivant les conseils de son mentor, qui lui a rappelé que la vengeance était un plat qui se mange froid, c’est un Pier maladroit et hésitant, tel le personnage campé par Montgomery Clift dans Une place au soleil, qui entre presque par effraction dans cette famille richissime tant détestée. Et rien ne se ressemble à ce à quoi il s’attendait. Gabi, tout d’abord, est un jeune homme complexe, pétri de fêlures, plus attachant que prévu (remarquable August Diehl, acteur allemand repéré dans Inglourious Basterds). En guise de femme fatale, il y a la fiancée énigmatique et trop jolie de ce dernier (Raphaële Godin). Et puis, il y a les diamants, dont l’univers ne tarde pas de le fasciner, d’autant qu’on lui découvre vite un œil d’expert pour évaluer la pureté des pierres. Bon sang ne saurait mentir. Alors, Rachid a beau le presser d’accomplir sa vengeance, celle-ci ne sera pas si aisée. Ce Diamant noir à l’atmosphère suffocante dévoile peu à peu ses multiples facettes, et se révèle aussi imprévisible que son héros, qui s’emploie, au propre comme au figuré, “à tracer un chemin à la lumière”. La passion du cinéaste pour Shakespeare, et Hamlet en particulier, est manifeste, et comme son aîné James Gray, Arthur Harari parvient de manière souvent éblouissante à entremêler le polar et la tragédie familiale. Et si on s’interroge parfois sur les motivations du héros, on sait gré au réalisateur de n’avoir sacrifié aucun personnage, ni leur libre arbitre. L’humain dans toute sa complexité est au cœur de ce film noir, romanesque et passionnant, premier joyau d’un cinéaste très prometteur.
1h 55 Et avec Hans-Peter Cloos, Guillaume Verdier, Hilde Van Mieghem…
Le film est dédié à Abdel Hafed Benotman (Rachid) décédé après le tournage, en février 2015.

BANDE-ANNONCE

Diamant 11
Diamant 6
diamant 1
Diamant 8
Diamant 7
Diamant 5
Diamant 10
Diamant 3

TOP SORTIES Semaine du 24 au 30 novembre 2014

2580000.jpg-r_x_600-f_jpg-q_x-xxyxx

En France, cette semaine, l’événement cinéma est un film d’animation en images de synthèse, Astérix – Le domaine des dieux, de Louis Clichy, adaptation plutôt heureuse si on en croit les critiques, réussite qu’on impute selon toute vraisemblance à Alexandre Astier, auteur du scénario. On peut en revanche faire l’impasse sur The Search. Les bonnes intentions ne font pas les bons films, et en se penchant sur la guerre en Tchétchénie, le réalisateur de The Artist et OSS 117 s’est embourbé dans les bons sentiments (voir critique AFAP) . Côté vidéo, on se précipitera sur le Blu-ray de Règlement de comptes, et à la télévision, on ne manquera pas la diffusion sur Arte ce soir (jeudi 27), du premier épisode de La Petite Dorrit, bijou de la BBC (voir critique AFAP).

 

Cinéma
Sorties du mercredi 26 novembre

379587

Night Call (Nightcrawler)
Dan Gilroy  2014
Thriller (1h57)
Avec Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Bill Paxton
Branché sur la fréquence radio de la police, un homme parcourt Los Angeles la nuit pour filmer des images chocs qu’il vend ensuite à prix d’or aux chaînes de TV locales… Parce que le premier film, particulièrement cynique et sombre, du scénariste Dan Gilroy pourrait bien offrir à Jake Gyllenhaal son plus grand rôle après Donnie Darko.
Bande-annonce

 

K72A7504.CR2

Secret d’état (Kill The Messenger)
Michael Cuesta  2014
Thriller politique (1 h 52) 2014
Avec Jeremy Renner, Robert Patrick, Rosemarie DeWitt
L’histoire vraie du journaliste Gary Webb, devenu l’homme à abattre pour avoir dénoncé les liens entre la CIA, le trafic de cocaïne entre le Nicaragua et les Etats-Unis et le soutien à des groupes de lutte armée du Nicaragua. Ce thriller captivant, emmené par le solide Jeremy Renner, est mis en scène par un des réalisateurs et producteurs exécutifs de la série Homeland.
Bande-annonce

 

calvary

Calvary
John Michael McDonagh  2014
Drame (1h45)
Avec Brendan Gleeson, Kelly Reilly, Chris O’Dowd
Le réalisateur de l’excellent L’Irlandais retrouve son acteur fétiche pour ce drame qui pointe du doigt la responsabilité de l’Eglise dans les affaires de pédophilie, qui continuent à faire des tsunamis dans l’Irlande contemporaine.
Bande-annonce

Et aussi

monsieur-klein-1976-06-g

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur Klein (Version restaurée)
Joseph Losey  1976
Drame (2h03)
Avec Alain Delon, Jeanne Moreau, Francine Bergé
Durant l’occupation allemande à Paris, un marchand d’art cynique et indifférent découvre qu’il a un homonyme juif… La descente aux enfers kafkaïenne mise en scène par Joseph Losey, couronnée du César du Meilleur film en 1977, fait toujours froid dans le dos.
Bande-annonce

 

Sorties DVD/Blu-ray

Règlement de comptes (The Big Heat)
Fritz Lang
Avec Glenn Ford, Gloria Grahame, Jocelyn Brando
1953 — Le 26 novembre en Blu-ray Collector – Nouveau Master restauré HD (Wild Side Video)

Règlement-de-comptes-br-fr-collector

 

 

La scène dans laquelle Lee Marvin ébouillante Gloria Grahame est restée dans les mémoires. Mon film noir préféré paraît dans une édition Collector de toute beauté, enrichie de deux courtes interviews de Martin Scorsese et Michael Mann et accompagnée d’un livre de l’incontournable Jean Douchet (208 pages).

 

reglement-de-comptes-53-04-g

 

Transformers 4 : l’âge de l’extinction
Michael Bay
Avec Mark Wahlberg, Stanley Tucci, Nicola Peltz
2014 — Le 26 novembre en DVD, Blu-ray, Blu-ray 3D et Quadrilogie (Paramount)

1412090459-capture-d-e-cran-2014-09-30-a-17.19.58

 

 

Culte pour les fans, qui annoncent déjà qu’il est le meilleur Blu-ray 3D de l’année, le blockbuster plein de fureur de Michael Bay en a épuisé plus d’un ! Critique AFAP à venir.

 

transformers-4-poster

 

The Raid 2 
Gareth Evans
avec Iko Uwais, Arifin Putra
2014 — Le 26 novembre en DVD et Blu-ray (Wild Side Video)

l_22302330

 

 

Encore plus fort, plus spectaculaire et plus sauvage que le premier opus, The Raid 2 a fait l’unanimité de la critique à sa sortie.

The Raid 2 Ö essentially a bigger, more expensive remake.

 

SIN CITY : J’AI TUÉ POUR ELLE & Palmarès Festival du film américain Deauville 2014

kht9p6yzi83223z
Une histoire d’opération de dents de sagesse et de rentrée scolaire m’aura empêchée d’assister aux projections de la semaine américaine à Deauville. Pour rien au monde cependant, je n’aurais manqué le film de clôture, la suite du génial Sin City, d’autant qu’il était introduit par l’icône Frank Miller en personne après une cérémonie de palmarès pleine de fraîcheur, loin d’être guindée (membres du jury, Claude Lelouch est venu en baskets et Marie-Claude Pietragalla a tenu à esquisser quelques pas de danse), à l’image de ce festival, qui fait la part belle à la jeune création.

 

whiplash-double-vainqeur-du-public-et-du-jury_3
Nicholas Britell, Miles Teller et Damien Chazelle

Cette année la surprise est venue de Whiplash, du jeune Damien Chazelle, l’histoire d’un jeune batteur de jazz du Conservatoire de Manhattan, découvert à Cannes 2014 dans la sélection Un certain regard. Le film, en grande partie autobiographique, rafle à Deauville le Prix du public et le Grand Prix, sept mois après avoir obtenu le Prix du public et le Grand prix du Jury à Sundance (il est inspiré du court-métrage homonyme réalisé par Chazelle en 2013 et déjà primé à Sundance). Sur la scène, le réalisateur, son coproducteur Nicholas Britell et le jeune comédien-vedette Miles Teller ont rendu un chaleureux hommage à Deauville. Le cinéaste américain, francophone par son père, y passait ses vacances lorsqu’il était enfant. Quant à Miles Teller (vu dans le récent remake de Footloose, Projet X et Divergente), il s’est réjoui de sa bonne fortune, une belle compensation pour celle qu’il a avoué avoir perdue au casino durant son séjour.

Whiplash_miles-teller-jk-smmons
Miles Teller et JK Simmons dans Whiplash

Bande-annonce

 

jury-revelation-deauville-2014-09-13
Anne Berest, Lola Bessis, Clemence Poésy, Christine & The Queens et Freddy Highmore

La remise du Prix de la Révélation Cartier, qui récompense une œuvre pour ses qualités novatrices, a valu un joli moment d’euphorie, grâce à la spontanéité des membres de son jeune Jury présidé cette année par Audrey Dana. Les comédiens Freddy Highmore, Clémence Poésy, la romancière Anne Berest, la chanteuse Christine and the Queens et Lola Bessis (la fille de Daniela Lumbroso est coréalisatrice et vedette du film franco-américain Swim Little Fish Swim, paru sur les écrans français en juin 2014) ont gratifié le public d’un numéro véritablement charmant, avant de décerner le Prix à A Girl Walks Home Alone At Night de Ana Lily Amirpour. Sous influence David Lynch, Thomas Alfredson et Frank Miller, cette coproduction américo-iranienne en noir et blanc est un film de vampires militant, qui dénonce la condition de la femme en Iran.

a_girl_photo7
Sheila Vand dans A Girl Walks Home Alone At Night
Bande-annonce

Si les films les plus attendus ont fait chou blanc au palmarès (voir chronique programme), The Good Lie de Philippe Falardeau, drame sur l’odyssée de quatre survivants d’un massacre au Soudan, est le logique gagnant du Prix du Jury présidé par Costa-Gavras. It Follows, combiné de teenage movie mélancolique et de film de zombies, signé David Robert Mitchell, obtient celui de la Critique Internationale et Things People Do, thriller familial et premier long-métrage de Saar Klein — monteur, entre autres, de La ligne rouge de Terrence Malick et Presque Célèbre de Cameron Crowe — celui du 40ème anniversaire.

image
Reese Witherspoon et Ger Duany dans The Good Lie

It-Follows-1
It Follows

536878.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx
Jason Isaacs et Wes Bentley dans Things People Do

Enfin, le Prix Michel-d’Ornano, qui récompense un premier film français et aide à sa promotion et son exportation, est allé cette année à la comédie Elle l’adore, de Jeanne Herry (fille de Miou-Miou et Julien Clerc), avec Sandrine Kiberlain et Laurent Lafitte. Pierre Lescure, membre du Jury du festival, la considère déjà comme la comédie de l’année.

1569526-affiche-de-elle-l-adore-600x315-2
Bande-annonce

1965920339_B973567866Z.1_20140915110016_000_GO2348QJI.5-0
Frank Miller

 

 Sin City : J’ai tué pour elle (Frank Miller’s Sin City : A Dame To Kill For)

Sin-City-A-Dame-To-Kill-For-Szenen-04-Ava-Lord-Eva-Green-Dwight-McCarthy-Josh-Brolin 
Frank Miller et Robert Rodriguez
2014

Tandis que Johnny (Joseph Gordon-Levitt), jeune joueur de poker surdoué et trop sûr de lui, débarque à Sin City pour affronter le sénateur crapuleux Roark (Powers Boothe), Nancy Callahan (Jessica Alba), stripteaseuse au Kadie’s Club Pecos, prépare sa vengeance pour exterminer le même Roark, responsable quatre ans auparavant de la mort de John Hartigan (Bruce Willis), son flic protecteur bien aimé. Pendant ce temps, Dwight McCarthy (Josh Brolin) se morfond en pensant à Ava Lord (Eva Green), la belle qui lui a brisé le cœur, et le colosse justicier Marv (Mickey Rourke) veille sur Nancy et tous les paumés du secteur…

Neuf ans après, voici donc, tournée en 3D, la suite du génial Sin City par les mêmes, toujours adaptée du roman graphique de Frank Miller. Le fameux dessinateur (entre autres, de Daredevil, Elektra et Batman : The Darknight) et scénariste, âgé de cinquante-sept ans, a introduit lui-même le film, présenté en clôture du festival américain de Deauville. En fauteuil roulant, amaigri par une maladie mystérieuse (des rumeurs de cancer circulent aux Etats-Unis), mais l’œil pétillant, Frank Miller ne s’est pas fait prier pour livrer des anecdotes sur le tournage et dire tout le bien qu’il pense de son complice Robert Rodriguez « J’avais trois frères, désormais j’en ai quatre ». Hommage au film noir, Sin City 2, comme son prédécesseur, n’est autre qu’un film-fantasme. Le cinéaste revendique cette vision d’une ville fantomatique et viciée, où « les hommes sont de gros durs, les femmes, sublimes et les voitures, vintage. » Si le film ne bénéficie pas de l’effet de surprise suscité par le premier opus, véritable choc visuel, la 3D, très réussie, accentue l’immersion dans la bande-dessinée, et tous les plans sont un total émerveillement. Le bât blesse plutôt du côté de la narration qui peine un peu à emmêler avec fluidité ses trois histoires de vengeance, parfois décalées dans le temps. Il serait néanmoins indécent de ne pas être séduit par la mélancolie qui émane de cette ode aux désespérés et aux cœurs brisés, qui jongle avec les clichés et ressuscite les plus belles figures du genre, telle cette femme fatale incarnée par Eva Green (à la divine plastique), sorte de fusion de Rita Hayworth et Ava Gardner. Moins nerveux et hystérique que son prédécesseur, ce néo-film noir recèle encore des scènes d’action de toute beauté, d’autant que la violence reste résolument graphique. Si, en gros dur au cœur tendre, Mickey Rourke remporte tous les suffrages (Marv est le fil rouge du film), Joseph Gordon-Levitt va faire chavirer les midinettes, tandis que Jessica Alba, avec ou sans chapeau de cow-boy, est une révolution à elle toute seule.

2211496-jessica-alba
Sin-City-A-Dame-To-Kill-For1
Sin-City-J-ai-tue-pour-elle-photo-Joseph-Gordon-Levitt
328409.jpg-c_640_360_x-f_jpg-q_x-xxyxx
Sin-City-2-
Mickey-Rourke
22FRANK2-articleLarge
sin_city_2
movies-sin-city-2-a-dame-to-kill-for-mickey-rourke-marv
BANDE-ANNONCE

Un grand merci à Eric Cavillon, du groupe Lucien Barrière, aussi gentleman que Marv, et bien plus beau.