GOLDEN GLOBES 2016

Le choc suscité par la disparition de David Bowie a éclipsé lundi les retombées de la 73ème cérémonie des Golden Globes qui s’est déroulée dimanche soir à Los Angeles, et qui est apparue en comparaison cruellement anecdotique. Même si le cœur et l’enthousiasme n’y sont pas tout à fait, retour sur le palmarès de l’antichambre des Oscars, avec son lot d’imprévus, de déceptions et de bonnes surprises.

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« Si vous gagnez ce soir, souvenez-vous que ça n’importe à personne plus qu’à vous. Ne pleurez-pas, c’est gênant. Ce prix est – ne le prenez pas mal – sans valeur. C’est un petit bout de métal qu’un vieux journaliste sénile voulait vous offrir en personne pour vous rencontrer et faire un selfie avec vous. C’est tout. Moi même, j’en ai trois ! Un qui me sert à caler une porte. Un qui me sert à assommer les cambrioleurs. Et un que je garde près de mon lit pour… on s’en fout, c’est le mien. »

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Après Tina Fey et Amy Poehler les trois années précédentes, c’était donc au tour de Ricky Gervais, pour la quatrième fois, de présenter la cérémonie des Golden Globes. Dimanche soir, au Beverly Hilton Hotel à Los Angeles, l’acteur et humoriste britannique, qui fut impérial dans The Office et un ami de David Bowie dans la vie, s’est collé à l’exercice avec la verve qu’on lui connaît. Demi de bière à la main, il a lancé des piques bien acérées, parfois incroyablement grivoises, et suscité bien des rires jaunes. Mais comme il le dit si bien : « It’s funny cause it’s true. »

Morceaux choisis

« Je vais faire ce monologue, et après j’irai me planquer. OK ? Même Sean Penn ne pourra pas me trouver… »

« Je vais être sympa ce soir. J’ai changé. Pas autant que Bruce Jenner. Evidemment. »

 « Un article à Hollywood disait que si je présentais la cérémonie, certaines stars ne viendraient pas, de peur que je me moque d’elles. Comme si les stars manqueraient une occasion de gagner un Golden Globe ! Surtout si leur studio a déjà payé pour. »

« Jennifer Lawrence a fait la une en demandant l’égalité des salaires pour les femmes à Hollywood. Elle a reçu énormément de soutien. Partout dans le monde, on a marché dans les rues. Des infirmiers et des ouvriers criaient : “Comment une femme de vingt-cinq ans peut-elle vivre avec seulement 52 millions de dollars ?” »

« La presse étrangère à Hollywood a classé Seul sur Mars dans les comédies. Il faut reconnaître que Seul sur Mars était bien plus drôle que Pixels (comédie de Chris Columbus avec Adam Sandler, NdA). En même temps, La liste de Schindler l’était aussi. »

 et de présenter Eva Longoria et America Ferrera : « Nous accueillons deux personnes magnifiques, certes, mais que notre futur président, Donald Trump, a grand hâte d’expulser. »

Les Golden Globes récompensent depuis 1943 les meilleurs films et séries de l’année écoulée aux Etats-Unis (certains d’entre eux sont encore inédits en France). Les prix sont décernés par la Hollywood Foreign Press Association (Association hollywoodienne de la presse étrangère), et distinguent séparément drames et comédies, ce qui a pour effet de multiplier par deux le nombre de nommés et de récompenses.

Les lauréats sont…

 Cinéma

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Il semblerait donc que Leonardo DiCaprio soit bien parti pour remporter son premier Oscar cette année. Ovationné par toute la salle, le comédien a raflé le Golden Globe du Meilleur acteur dans un film dramatique, The Revenant. Le film, remake du Convoi sauvage de Richard C. Sarafian, a lui aussi été couronné, ainsi que son réalisateur Alejandro Iñárritu (il sort le 24 février en France).

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« C’est un prix que je tiens à partager avec le peuple des premières nations représentées dans le film, et les communautés indigènes du monde entier. Le moment est venu de reconnaître votre histoire et de protéger vos terres des volontés économiques de certains entrepreneurs qui veulent les exploiter. Il est temps que nous entendions votre voix et que nous préservions cette planète pour les générations à venir. » Leonardo DiCaprio

Le trophée de la Meilleure actrice est allé à Brie Larson pour sa performance dans Room de Lenny Abrahamson, que l’on découvrira sur les écrans français en mars prochain.

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Incongruité de la soirée, que Ricky Gervais n’a pas manqué de souligner à plusieurs reprises, Seul sur Mars de Ridley Scott, concourait dans la catégorie Comédie ou Comédie musicale, ce qui est loin d’être franchement adéquat. « Comédie ? Pas sûr ! » a lâché Ridley Scott venu chercher le Golden Globe de la Meilleure comédie remporté par son film.

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Matt Damon, son excellent interprète principal, a également été couronné Meilleur acteur.

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Toujours au rayon Comédie, la très (trop ?) incontournable Jennifer Lawrence remporte son troisième Golden Globe, ici pour sa prestation dans Joy, de David O’Russell (pendant la conférence de presse, l’actrice a taclé avec pertinence un journaliste trop rivé sur son portable à son goût.)

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Et le Golden Globe du second rôle féminin toutes catégories confondues est allé à Kate Winslet, pour Steve Jobs, de Danny Boyle. Couronnée pour la quatrième fois, l’actrice n’a pas tari d’éloges sur son partenaire Michael Fassbender, et a clamé sa fierté d’avoir pu dire des mots d’Aaron Sorkin, le scénariste du film (et surtout celui des séries A la Maison Blanche et The Newsroom), récompensé lui aussi.

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Sylvester Stallone a créé la surprise et l’émotion en remportant (au nez et à la barbe du surdoué Michael Shannon) le trophée du Meilleur second rôle masculin, pour Creed : l’héritage de Rocky Balboa, du jeune Ryan Coogler. Il y campe l’entraîneur d’un jeune boxeur qui n’est autre que le fils de son ancien rival Apollo Creed. Il a fait chavirer la salle en concluant son discours d’un « Et puis je tiens à remercier Rocky Balboa, mon ami imaginaire et le meilleur de mes amis. »

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En lice pour le Golden Globe du Meilleur film étranger, et représentant la France, la révélation Mustang, de Deniz Gamze Ergüven a été coiffée au poteau par le costaud Le fils de Saul, du Hongrois Lazlo Nemès, tandis que sans surprise, le Golden Globe du Meilleur film d’animation est allé à Vice Versa, de Pete Doctor.

INSIDE OUT

 

Même si on avait une pensée pour Ryuichi Sakamoto, co-compositeur de la musique du Revenant, c’est au maître Ennio Morricone qu’est revenu le Golden Globe de la meilleure musique pour Les huit salopards, ce qui a permis à son réalisateur Quentin Tarantino d’en faire des tonnes en lui rendant hommage. Le Golden Globe de la Meilleure chanson a été attribué à la moyennement emballante « Writing’s On The Wall » de Spectre. L’interprète et compositeur Sam Smith était lui même étonné d’avoir gagné.

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Télévision

Séries dramatiques

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C’est le techno-thriller Mr Robot, la série la plus gonflée du moment, qui ravit à Games Of Thrones et autre Empire le Golden Globe de la Meilleure série dramatique, et l’un de ses interprètes, le vrai revenant Christian Slater, décroche pour l’occasion celui du Meilleur second rôle masculin. Rami Malek, l’interprète principal se fait doubler par Jon Hamm, de Mad Men, pour le Golden Globe du Meilleur acteur, tandis que Taraji Henson de Empire, remporte celui de la Meilleure actrice. On se réjouit aussi de la victoire méritée de Maura Tierney, lauréate du Golden Globe du Meilleur second rôle féminin de l’épatante série The Affair dont la saison 2 décoiffe littéralement.

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Comédies

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Pas de Golden Globe cette année pour la série Transparent, qui a pourtant largement tenu ses promesses en deuxième saison. C’est la sympathique Mozart In the Jungle et son acteur principal Gael García Bernal qui raflent les récompenses. Le prix de la Meilleure actrice revient à Rachel Bloom, pour la série Crazy Ex-Girlfriend.

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Mini-séries et téléfilms

Show

Décidément partout, mais là on s’en réjouit, Oscar Isaac remporte le Golden Globe du Meilleur acteur pour Show Me A Hero tandis que Lady Gaga crée la surprise (et bouscule Leonardo DiCaprio au passage) en raflant celui de la Meilleure actrice pour American Horror Story : Hotel. Le Golden Globe de la Meilleure mini-série est attribué à la fiction historique Wolf Hall, sur l’ascension de Thomas Cromwell à la cour d’Henry VIII. Ses six épisodes seront diffusés à partir du 21 janvier sur Arte.

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Enfin, le Prix Cecil B. DeMille a été attribué cette année à Denzel Washington. Tom Hanks, qui lui remettait le trophée, lui a rendu un hommage vibrant, en le comparant aux légendes du 7ème Art John Wayne ou Marlon Brando. Entouré de sa famille sur scène, l’acteur génial de Training Day et de tant d’autres, ses notes à la main et ému, a livré un discours de remerciements confus avant d’avouer qu’il avait oublié ses lunettes. On lui pardonne. Forcément.

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Les déceptions

Malgré leurs nombreuses nominations, Mad Max : Fury Road de George Miller, Carol de Todd Haynes, The Big Short d’Adam McKay et Spotlight de Tom McCarthy (autour de l’enquête menée par le Boston Globe sur les abus sexuels au sein de l’Eglise catholique) n’ont pas eu les faveurs du jury. On peut regretter aussi l’absence du merveilleux Love & Mercy, de Bill Pohlad qui n’a été salué que par deux nominations (Meilleure chanson, et Meilleur second rôle pour Paul Dano). Les huit salopards, de Quentin Tarantino, qui brille à tous les niveaux (performances des comédiens, dialogues, mise en scène…) n’a été récompensé que pour la musique. Alicia Vikander, l’actrice qui monte et qu’on adore, a fait chou blanc malgré ses deux nominations (pour The Danish Girl et Ex-Machina). Tout ce petit monde se refera-t-il aux Oscars ? Réponse le 28 février.

Et quant à Kirsten Dunst, nominée en tant que Meilleure actrice pour la mini-série Fargo, elle s’est fait doubler par Lady Gaga, mais elle peut se flatter d’avoir porté la robe la plus audacieuse de la soirée.

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DAVID BOWIE IS… AN ACTOR.

Première publication : 10 mars 2015

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Musicien génial, artiste visionnaire, David Bowie est sans doute la personnalité la plus influente et troublante de la culture populaire du XXe siècle. Célébrée ce mois-ci à la Philharmonie de Paris, dans l’exposition itinérante David Bowie Is, créée originellement à Londres en 2013, l’icône garboesque continue de fasciner les jeunes générations et de susciter des vocations. David Bowie, touche-à-tout surdoué, est passé maître dans l’art de se réinventer. Il s’est donc naturellement essayé au 7ème Art, pour lequel il a été régulièrement sollicité au cours de sa carrière. De ses incartades cinématographiques, on retient surtout L’homme qui venait d’ailleurs, de Nicolas Roeg, dont le personnage d’extraterrestre lui colle toujours à la peau, et Furyo, de Nagisa Oshima, où ses cheveux peroxydés ont imprimé la pellicule à jamais. Pourtant, le reste de sa filmographie oscille entre seconds rôles sympathiques, apparitions anecdotiques, caméos et participations prestigieuses. Pourquoi Bowie ne s’est-il pas davantage impliqué au cinéma ? Eric Dahan, amateur reconnu de sa musique et cinéaste lui-même, et Jérôme Soligny, auteur de David Bowie Ouvre Le Chien, qui vient de paraître aux éditions de La Table Ronde, ont des réponses.

A la Villette, au sortir du concert de Philip Glass du 8 mars 2015 à la Philharmonie de Paris, Eric Dahan et Jérôme Soligny réinventent modestement la pochette de Pin Ups devant l’objectif téléphonique de leur ami Yan Céh.

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AFAP : Alors que David Bowie a été formé à l’art du mime, et qu’il n’hésite pas à jouer la comédie dans ses propres clips (revoir Jazzin’ For Blue Jean, prétexte à un vrai numéro), il a peu exprimé ses talents au cinéma. Le fait d’avoir (légitimement) privilégié la musique en est-il la seule raison ?

Eric Dahan : David Bowie a pensé dès 1975 se reconvertir dans le cinéma comme réalisateur, scénariste et producteur. Il ne s’est jamais considéré comme un acteur et, jusqu’en 1983, affirmait qu’il n’acceptait de jouer dans les films que pour observer des grands réalisateurs au travail et ainsi se former au métier.
Lorsque je lui ai demandé dans les années 90 où en étaient ses rêves de réalisateurs, il m’a répondu humoristiquement : « I guess we can call it my wet dream », jeu de mots sur l’expression anglaise qui signifie « pollution nocturne ». Il n’en a pas moins joué dans de très nombreux films, de qualité diverse. Pour ce qui est de la musique, il est clair qu’il a réalisé à un moment que c’était la grande aventure de sa vie et qu’il n’y renoncerait jamais, même s’il s’est parallèlement consacré à la peinture, à l’écriture et même au journalisme.

Jérôme Soligny : Il a effectivement très vite compris que la musique serait son principal vecteur, en tout cas, celui qui lui permettrait d’atteindre la célébrité puis l’indépendance et de créer ensuite sans contraintes. Néanmoins, lorsque son premier manager, Ken Pitt, lui trouve des petits engagements au cinéma, il n’hésite pas à s’y frotter, avec l’assurance qui par la suite caractérisera toutes ses diversions artistiques. Certainement conscient d’être doté d’un physique plus avantageux que la moyenne et de passer plutôt bien à l’écran, il acceptera très vite des choses que d’autres acteurs en herbe de la même génération auraient peut-être refusées. Dans Love you till Tuesday, réalisé par Malcolm J. Thomson, qui est en fait une succession de scopitones présentés sous forme d’émission télévisée, il n’hésite pas à apparaître en cosmonaute cabriolant en apesanteur, ou en gamin de cinq ans. Et puis finalement, il n’a pas eu dans l’ensemble de sa carrière tant que ça de sollicitations de la part de grands réalisateurs : Il a, quelque part, été victime du cloisonnement des arts : “C’est un rocker, il n’a rien à faire au cinéma !” Si Alan Yentob ne l’avait pas filmé en tournée américaine pour le programme télévisé Cracked Actor diffusé par la BBC début 1975, Nicolas Roeg n’aurait jamais eu l’idée de le faire tourner dans L’homme qui venait d’ailleurs. Son choix pour le rôle de Thomas Jerome Newton s’étant préalablement porté sur d’autres.

AFAP : Diriez-vous que David Bowie est un bon acteur, comme Frank Sinatra a pu l’être en son temps ?

E.D : J’estime qu’il est meilleur au théâtre — je pense à sa prestation dans Elephant Man — qu’au cinéma, même si je n’imagine pas L’homme qui venait d’ailleurs, Furyo et Les prédateurs sans lui, tant son travail y est par instants remarquable. Quant à Sinatra, je n’en suis pas fou dans L’homme au bras d’or et je n’ai pas revu Comme un torrent depuis longtemps.

J.S : Dans L’homme qui venait d’ailleurs, il est pratiquement lui-même, au moment du tournage. Je trouve parfaite sa prestation dans Furyo, sachant qu’il joue au milieu d’acteurs qui sont des comédiens fabuleux, comme Takeshi Kitano et surtout l’excellent Tom Conti.

Elephant Man, pièce de Jack Hofsiss – 1980
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AFAP : Etes-vous au courant de propositions qu’il aurait refusées ?

E.D : Oui, de nombreux films de science-fiction dans les années 70 et Parking, de Jacques Demy qui lui fut proposé pendant qu’il était à Paris en 1983 pour chanter à Auteuil. (L’infortuné Francis Huster finira par incarner en 1985 l’Orphée rock de la comédie musicale de Jacques Demy. Le résultat, plutôt malheureux, fut loin de combler les attentes du cinéaste lui-même, qui envisagea même d’abandonner sa carrière après cet échec critique et public NdA).

J.S : Jean Genet l’avait sollicité pour une adaptation cinématographique de Notre-Dame-des-Fleurs. Un projet de film avec Liz Taylor est tombé à l’eau, un autre sur la vie du peintre Egon Schiele également (avec Sydne Rome) et il aurait refusé de jouer le méchant du James Bond Dangereusement vôtre (de John Glen paru en 1985. Le rôle échut à Christopher Walken NdA).

AFAP : Y a-t-il des rôles qu’il aurait aimé interpréter ?

E.D : Il a pensé un temps qu’il aurait un rôle dans L’œuf du Serpent de Bergman (paru en 1977 NdA), car ils vivaient tous deux à Berlin à l’époque et je me souviens qu’il aurait aimé tourner avec Fassbinder et Truffaut.

J.S : Oui, on sait qu’il a aimé L’enfant sauvage de Truffaut. Il en abordera le thème dans sa chanson « Wild Eyed Boy From Freecloud ».

AFAP : Que pensez-vous de ses caméos dans les comédies truculentes et branchées, telles que Zoolander, College Rock Stars ou les séries Dream On ou Extras  ? N’est-ce pas un peu « facile « ?

E.D : Très franchement, je me souviens vaguement avoir trouvé Dream On assez drôle, car John Landis n’est pas un manchot. Quant aux autres films, je ne les ai pas vus.

JS : Il est excellent dans Extras, et plutôt drôle en Lagerfeld chevelu dans Zoolander. On peut répondre aux gens qui lui reprochent de cachetonner qu’il fait souvent ces choses-là par amitié.

Avec Owen Wilson et Ben Stiller dans Zoolander de Ben Stiller – 2001
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AFAP : Labyrinthe est-il « la » faute de goût ?

E.D : C’en est une, mais ce n’est pas la seule ! Je ne suis pas non plus convaincu par sa performance dans le clip/court-métrage Jazzin’ For Blue Jean ou encore par l’atroce Dernière Tentation du Christ de Scorsese dans lequel Bowie incarnait Ponce Pilate. Je regrette qu’on ne le voie pas davantage dans Twin Peaks, plus proche de sa propre sensibilité artistique.

J.S : Labyrinthe est forcément discutable, mais il ne faut pas oublier que c’est un film destiné aux enfants. Et je trouve Bowie assez savoureux. Là encore, on sait qu’il y a tourné par amitié pour Jim Henson. Il est toujours plaisant de voir quelqu’un, souvent qualifié, à tort, de froid et calculateur, se mettre dans de telles situations : jouer le jeu au risque de se ridiculiser, mais en l’assumant, et sans être dupe pour autant.

 labyrinthe-labyrinth-03-12-1986-1-g Labyrinthe (Labyrinth) de Jim Henson – 1986

La dernière tentation du Christ (The Last Temptation Of Christ) de Martin Scorsese – 1988
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Twin Peaks: les 7 derniers jours de Laura Palmer (Twin Peaks: Fire Walks With Me) de David Lynch – 1992
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AFAP : Quels sont les trois films que vous retenez de sa filmographie ?

E.D : L’homme qui venait d’ailleurs, Furyo et Les prédateurs, sans hésiter, car on ne peut pas dire que The Linguini Incident (de Richard Shepard, 1991- NdA) ait une grande valeur artistique.

J.S : Je rajoute Basquiat parce que le voir jouer Warhol, personnage dont la mythologie a eu autant d’importance pour lui, est un vrai bonheur, sachant aussi que le courant n’est jamais passé entre eux, la chanson « Andy Warhol » de Bowie n’ayant pas plu du tout à l’artiste conceptuel. Pour revenir à Furyo, je pense que Bowie doit être fier d’être dans ce film qui a révélé Takeshi Kitano, qui était, à l’époque, un comique japonais. Mais Bowie n’était pas là par hasard. Sa passion pour le Japon date de bien avant ça. Ziggy Stardust n’a jamais vu Paris, mais il a vu Tokyo ! C’est aussi un des rares films où il a joué le jeu de la promotion en accompagnant le Oshima Gang à Cannes.

L’homme qui venait d’ailleurs (The Man Who Fell To Earth) – 1976 
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Furyo (Merry Christmas Mr Lawrence) – 1983
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Trente ans avant Only Lovers Left Alive de Jim Jarmush : Les prédateurs (The Hunger) de Tony Scott, avec Catherine Deneuve et Susan Sarandon – 1983
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Basquiat de Julian Schnabel (1996)
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Avec Rosanna Arquette dans The Linguini Incident – 1991
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AFAP : Parmi les personnages qu’il a interprétés au cinéma, lequel est le plus proche du vrai Bowie d’après vous ?

E.D : Thomas Jerome Newton dans L’homme qui venait d’ailleurs, car il y dit des choses très personnelles comme « My life is not secret, but it is private » ou encore sur le fait qu’il est bisexuel (« I see bodies…of women and men ») mais également le Major Celliers de Furyo car il est question d’un frère abandonné et trahi, et que ce n’est pas non plus sans résonance avec sa propre vie. Mais aussi parce qu’à un moment, la scène où Takeshi Kitano les délivre et leur souhaite « Merry Christmas », il ne peut s’empêcher de sourire d’un air entendu et un peu supérieur comme cela lui arrive dans la vie.

J.S : Oui, c’est son côté « je suis courtisé à mort et je suis blasé ». C’est tout à fait ce qu’on ressent dans la nonchalance de son attitude lorsqu’il avance vers le personnage incarné par Ryuichi Sakamoto pour l’embrasser. On peut également constater que dans Furyo et L’homme qui venait d’ailleurs, il est acteur dans le sens où Alain Delon l’entend, et non comédien. Dans le film de Nicolas Roeg, la créature chétive et apeurée par un monde qu’elle semble découvrir n’est finalement qu’une émanation de ce que Bowie est en 1975, fragilisé par les drogues et les errances mentales nocives. Même si le film est adapté d’un livre de Walter Tevis, certaines scènes sont directement inspirées de ce que Bowie vivait alors en tournée. Son chauffeur dans le film était le sien à cette époque. Non seulement il est Thomas Jerome Newton, mais il est assez singulier de constater, a posteriori, que ce personnage dont la civilisation sur sa planète semble plus avancée que les celle des Terriens, ressemble à ce qu’il allait devenir lui-même quelques années plus tard. Depuis la fin des années 90, dans les interviews qu’il m’a accordées, David a expressément expliqué que l’inculture et le nivellement par le bas, cette forme d’ “infériorité” vers laquelle on tend, faisaient partie de ses préoccupations. Au moins autant que les terribles dérives du monde, occasionnées par les conflits d’origine religieuse.

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AFAP : Ne trouvez-vous pas troublant l’intérêt de son fils pour la science-fiction (Duncan Jones très bon cinéaste au demeurant, est le réalisateur de Moon et Source Code) ? Ne pensez-vous pas que la boucle est bouclée, d’une certaine façon ?

E.D : Troublant, non, car beaucoup de jeunes aiment la science-fiction. Je ne dirais pas que la boucle est bouclée car l’espace chez David Bowie est avant tout métaphorique, alors que dans Moon c’est juste un décor.

J.S : Il s’agit peut-être d’une coïncidence… Par contre, je suis convaincu que, même si c’en est vraiment une, le père qu’est David doit être fier, quelque part, que son fils se soit fait connaître par l’histoire d’un astronaute. Major Tom, de père en fils !

Sam Rockwell dans Moon de Duncan Jones – 2009
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Duncan Jones et David Bowie à la première de Moon au festival de Tribeca
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Autres apparitions mémorables de David Bowie au cinéma :

Just A Gigolo de David Hemmings – 1978
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Série noire pour une nuit blanche (Into The Night) de John Landis – 1985
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Absolute Beginners de Julian Temple – 1986
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Le prestige (The Prestige) de Christopher Nolan – 2006
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Avec Josh Hartnett dans August d’Austin Chick – 2008
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Lien de l’exposition David Bowie Is

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Page Facebook du livre David Bowie Ouvre Le Chien, de Jérôme Soligny, préface d’Eric Dahan, Editions La Table Ronde

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QUAND J’ÉTAIS CHANTEUR

Neuf ans avant Marguerite, Xavier Giannoli mettait en scène l’histoire d’un chanteur de bal, un autre de ces personnages « en décalage » qu’il affectionne particulièrement. Inspiré par la chanson homonyme de Michel Delpech, ce film terriblement attachant était porté par deux acteurs sensationnels : Gérard Depardieu et Cécile de France. Magique !

Chanteur

« Les mecs qui deviennent ringards, c’est parce qu’ils durent. » 

 

Quand j’étais chanteur

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Xavier Giannoli
2006 (DVD EuropaCorp/FPE)

Dans la région de Clermont-Ferrand, Alain Moreau (Gérard Depardieu), chanteur de bal quinquagénaire un peu fatigué, tombe amoureux de Marion (Cécile De France), jeune agent immobilier fragile et séduisante. Cette rencontre va remettre sa vie en perspective…

Michel Delpech n’aura laissé que deux empreintes sur le grand écran au cours de sa carrière — dans Les bien-aimés de Christophe Honoré en 2011 (une jolie prestation) et L’air de rien de Gregory Magne et Stéphane Viard en 2012. Mais « Quand j’étais chanteur », le plus emblématique de ses tubes, n’aurait pu rêver plus bel hommage que celui que lui a rendu Xavier Giannoli dans son troisième long-métrage (après Les corps impatients et Une aventure). Le jeune cinéaste y dresse un portrait humaniste et poétique du chanteur de bal, souvent considéré comme l’archétype de la ringardise, et porte un regard tendre et sans dérision sur ce personnage décalé, qui refuse de se plier aux diktats d’une société devenue cynique. Alain Moreau, tout en gentillesse, pudeur et sobriété, contraste avec la jeune Marion, à la fois dure et vulnérable. Ces deux êtres que tout oppose et n’ont en commun que les fêlures et la même solitude, forment un couple dont l’osmose ne tient qu’à un fil. Impossible de ne pas tomber amoureux de Cécile De France, impressionnante et d’une justesse inouïe (à l’instar de Mathieu Amalric, qui n’a jamais été aussi séduisant). Les chansons populaires (Quand j’étais chanteur, L’Anamour, Comme un garçon, Vous les femmes, Pour un flirt… ), interprétées tout au long du film par Gérard Depardieu (qui s’est inspiré du vrai chanteur de bal Alain Chanone) ajoutent à la mélancolie de cette histoire d’amour atypique, hantée par Les paradis perdus de Christophe. En 2007, ce film merveilleux n’a reçu, sur sept nominations aux César, que celui du meilleur son. Un peu honteux tout de même.
(1 h 52) Et avec Christine Citti, Patrick Pineau, Catherine Salviat, Marie Kremer…

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