PACIFIC RIM : Le sens de la démesure

Contre toute attente, c’est à Guillermo del Toro, le réalisateur du traumatisant  Labyrinthe de Pan, qu’on doit le blockbuster le plus titanesque de l’été 2013. Secrets de fabrication dans les bonus du Blu-ray…

PACIFIC RIM

PACIFIC RIM

Guillermo del Toro
2013 (Warner Home Vidéo)

La Terre est le théâtre d’une guerre impitoyable depuis que des créatures géantes et monstrueuses, les Kaijus, ont surgi de l’océan Pacifique profitant d’une brèche apparue entre deux plaques tectoniques, formant un portail entre deux dimensions. Les hommes ont répliqué en fabriquant des Jaegers, robots gigantesques contrôlés en simultané par deux pilotes reliés par un pont neuronal. Les Jaegers ont d’abord eu le dessus, mais en 2020, les Kaijus sont revenus, plus gigantesques encore, et plus meurtriers. Cinq ans plus tard, alors que le programme Jaeger a été abandonné par l’armée, faute de résultats, la résistance, menée par Stacker Pentecost (Idris Elba), rappelle sur le terrain l’un des meilleurs pilotes, Raleigh Becket (Charlie Hunnam, le Jax de Sons Of Anarchy), traumatisé par la mort de son frère durant un combat contre un Kaiju…

Ainsi donc, c’est à ce blockbuster que l’on doit l’éloignement des écrans du génial Guillermo del Toro, dont le film précédent, HellBoy 2, remontait à 2008. Le cinéaste mexicain à l’imagination fertile s’est fait plaisir en renouant avec la passion de son enfance : le cinéma de genre japonais et les mecha, dessins animés issus du manga, peuplés de robots immenses (Goldorak, Evangelion…). La Planète comme terrain de jeu, le cinéaste s’en est donné à cœur joie, mettant en scène des séquences de destruction massive et des combats titanesques à faire pâlir Roland Emmerich. Pourtant, Guillermo del Toro prend le soin de toujours rester à hauteur d’homme. L’humain reste le moteur de la machine, et son intelligence. La démesure et l’abracadabrantesque sont alliés à un souci constant de réalisme et obéissent à une logique très étudiée. Face à des monstres qui semblent provenir des pires cauchemars et des peurs enfantines (voir l’épatante scène dans laquelle la petite Mako est pourchassée par un Kaiju gigantesque dans les rues de Tokyo), les hommes ont leurs failles et leur bravoure. En cela, Raleigh rejoint le Luke Skywalker de Star Wars. C’est un héros au cœur pur, qui veut sauver le monde coûte que coûte, et sa détermination trouve un écho magnifique dans la musique épique composée par Ramin Djawadi (Game Of Thrones). Un peu bourrin comme il se doit pour un divertissement de genre, pimenté d’humour (dans le rôle du nerd-savant fou, Charlie Day en fait des tonnes) et d’éclats romantiques (sublime séquence de l’apparition de Mako – Rinko Kikuchi – sous une pluie battante), Pacific Rim n’en demeure pas moins un film d’esthète, qui permet de constater que le réalisateur du Labyrinthe de Pan n’a rien perdu de son génie visuel. Impressionnant !

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PACIFIC RIM

Test Blu-ray 2D :

Interactivité***
De la création des Kaiju et des Jaegers à celle de la musique, tous les secrets du tournage sont divulgués par Guillermo del Toro au long d’une multitude de reportages et de dessins de production, répartis sur le premier et le second disque. Le cinéaste insiste sur la liberté de sa création, et confie que son film est moins un hommage qu’une manière d’instiller du sang neuf à un genre qui a bercé son enfance et nourri son imaginaire. Un bémol néanmoins dans ce programme : seuls les anglophones pourront profiter du commentaire audio du réalisateur.

Image ****
Format : 1.85
Rutilante et détaillée, elle met en valeur le travail du chef opérateur mexicain Guillermo Navarro, déjà responsable de la photo de L’Echine du Diable et du Labyrinthe de Pan. La définition est exemplaire et la sensation de relief, saisissante, même en 2D.

Son : ****
DTS-HD 5.1 et DD 5.1 en anglais
DTS-HD 7.1 en français
Sous-titres français non-imposés
Prévenir les voisins tant ça déménage dans tous les canaux ! Le caisson de basses fait littéralement trembler le sol. Le 5.1 anglais n’a rien à envier à au 7.1 de la version française (d’autant qu’on profite de la voix profonde de Charlie Hunnam). Puissante, enveloppante et pourtant limpide, la piste DTS-HD propulse la musique de Ramin Djawadi dans les étoiles.

Existe aussi en DVD et Edition Ultimate Blu-ray 3D 

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SNOWPIERCER – LE TRANSPERCENEIGE : En avant toute !

Tombé amoureux de la bande dessinée éponyme française dont le premier tome est paru en 1982, le Coréen Bong Joon-ho, audacieux réalisateur de Memories Of Murders et The Host, a consacré huit années à son adaptation. En résulte un mélange des genres aussi sidérant que réussi, un film d’auteur aux allures de blockbuster, spectaculaire, baroque et poétique. 

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Snowpiercer – Le Transperceneige

Bong Joon-ho
2013

Depuis dix-sept ans, la Terre est plongée dans un climat glaciaire suite à une catastrophe écologique survenue en 2014, qui a exterminé toute forme de vie. Les survivants sont réfugiés dans un train gigantesque, qui roule sans s’arrêter autour du globe et produit ses propres ressources. Tandis que les nantis vivent confortablement en tête de convoi, les pauvres sont entassés comme des bêtes dans les wagons de queue privés de lumière du jour. Le maintien de cet ordre est assuré par des soldats qui n’hésitent pas à faire usage de la force. Mais depuis quelque temps, à l’arrière, la révolte gronde. Un petit groupe mené par Curtis (Chris « Captain America » Evans, très bien) élabore un plan pour remonter jusqu’au wagon de tête, et prendre le contrôle de la machine…

A l’origine, Le Transperceneige est une bande dessinée futuriste française, culte pour les affranchis, de Jean-Marc Rochette, Jacques Lob et Benjamin Legrand. L’œuvre, dont le premier tome est paru en 1982, était quelque peu oubliée, lorsqu’en 2005, le cinéaste coréen Bong Joon-ho l’a découverte, par le plus grand des hasards, dans une petite librairie de Séoul. Le réalisateur des fameux Memories Of Murder et The Host s’est attelé durant les huit années suivantes à l’adaptation de ce récit post-apocalyptique, qu’il s’est, en quelque sorte, réapproprié. Le résultat est époustouflant. Après une mise en condition plutôt efficace, cette coproduction américano-franco-coréenne, coécrite avec Kelly Masterson (scénariste de 7 h 58 ce samedi-là), enchaîne les surprises (et missions) à la manière d’un jeu de plates-formes. Chaque partie du train est séparée par une porte a priori infranchissable, et chacune permet d’accéder à un univers bien distinct, inconnu des rebelles et a fortiori du spectateur. Le réalisateur revisite un siècle de cinéma en passant des décors de wagons de queue crasseux et sombres à d’autres, somptueux, aux couleurs explosives. Mais plus les rebelles avancent dans le train, plus ils y laissent des plumes et des illusions. Le bonheur n’est pas là où on l’imagine, l’humanité et la vérité non plus. Entre deux discours sur la condition humaine (le système totalitaire dépeint ici n’est pas très loin de celui de THX 1138 de George Lucas), le cinéaste instille une dose d’humour qui désamorce les effets pompeux. Amateur de science-fiction ou pas, il ne faut pas bouder ce Metropolis en mode horizontal, qui revisite l’éternelle lutte des classes avec originalité (le grotesque et la folie baroque chère au cinéaste de The Host, dans lequel un monstre surgissait des eaux et terrorisait la population de Séoul, sont toujours de mise) à coups d’images souvent stupéfiantes de beauté. Et lorsqu’on sait que John Hurt, Ed Harris, Tilda Swinton, Jamie « Billy Elliot » Bell, Song Kang-ho (acteur fétiche du cinéaste, hilarant dans Le Bon, La Brute et le Cinglé) et Octavia Spencer sont de la partie, on n’hésite plus, on fonce !

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OH BOY, ballade désenchantée

Entre Frances Ha et Oslo 31, août, Oh Boy suit les errances d’un jeune Berlinois en décalage. Absurde, amer, drôle et mélancolique, ce premier film « tatiesque » en noir et blanc a emballé la critique et raflé six Lola (les César allemands) en avril 2013. Il vient de paraître en DVD.
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Oh Boy

Jan Ole Gerster
2012 (DVD Diaphana Edition Vidéo)

Niko (Tom Schilling) a bientôt trente ans et ne sait qu’en faire. Il a interrompu ses études, n’a plus de permis, ne s’assume pas financièrement, et se sent de plus en plus étranger au monde qui l’entoure. Après s’être quasiment enfui de l’appartement de sa petite amie, Niko entame une journée qui sera émaillée de rendez-vous et de rencontres tout aussi déconcertantes les unes que les autres, le sort semblant s’acharner contre lui…

Comme Frances Ha, Oh Boy traite de la jeunesse à travers un individu qui ne se sent pas à sa place. Comme Frances Ha, il est drapé dans un noir et blanc très Nouvelle Vague et se déroule dans une métropole. Ici, Berlin. Pourtant, les deux films présentent des situations quasiment inversées. L’héroïne du film de Noah Baumbach était démonstrative, enthousiaste, solaire et se comportait constamment comme un chien dans un jeu de quilles. Au contraire, le Niko oisif de Oh Boy intériorise, et sa passivité apparente contraste avec la folie ordinaire de ceux qui l’entourent. Interlocuteur intelligent, doux et attentif, il est sans cesse déconcerté par les propos et les comportements de ses congénères – son voisin collant venu lui apporter des boulettes, la serveuse du café qui s’exprime à coups de slogans publicitaires, l’ex-camarade de classe et ex-obèse qui règle ses comptes sur les planches d’un théâtre underground… Il y a du Tati dans le comique de ces situations où tous les éléments semblent s’accorder à contrecarrer les volontés du jeune homme (voir la séquence du distributeur bancaire), mises en scène de manière délicate. Si ce premier film écrit et réalisé par Jan Ole Gerster est pétri de références (à Woody Allen, Jim Jarmush, Cassavetes, Truffaut, Godard — la première scène est un clin d’œil appuyé à A bout de souffle), il n’en reste pas moins personnel, et le cinéaste de trente-quatre ans a confié s’être surtout inspiré de ses propres expériences. Le Berlin qu’il affectionne n’est pas celui de la carte postale, ni des lieux branchés. Gerster leur préfère les petits cafés populaires, les quais de métro, les recoins couverts de graffitis. Ce Berlin, qui malgré sa modernité, est encore hanté par les démons du passé, et d’où émane une certaine gravité mélancolique. Dommage que les séquences s’enchaînent à la manière de sketches un peu trop indépendants les uns des autres, comme si le réalisateur voulait rester fidèle à son héros rebelle et indécis magnifiquement campé par le charismatique Tom Schilling (repéré dans l’excellente série Generation War).Pour peu qu’on soit d’humeur, ce road-movie désenchanté, un brin amer, mais jamais triste, apparaîtra très séduisant.

Oh Boy!

BANDE-ANNONCE

Test DVD :

Interactivité*
Pas d’interview ni de véritable making of, mais on peut découvrir une séquence d’essai de l’étonnante actrice Friederike Kempter (Julika dans le film), une scène d’improvisation interprétée par Tom Schilling et Marc Hosemann réalisée un an avant le tournage, un bêtisier de 9 minutes et la bande-annonce.

Image ***
Format : 1.85
Une image souvent granuleuse, probablement fidèle à un esprit brut, et néanmoins très esthétique. La lumière est le plus souvent magnifique.

Son : **
DD 5.1 en anglais sous-titré
Ce DD 5.1 s’apparente davantage à un DD 2.0, mais sied parfaitement aux ambiances de ce film délicat. Les effluves de jazz et de piano sont joliment mis en valeur.
Oh Boy_4® Schiwago Film Oh-Boy-de-Jan-Ole-Gerster