SIN CITY : J’AI TUÉ POUR ELLE & Palmarès Festival du film américain Deauville 2014

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Une histoire d’opération de dents de sagesse et de rentrée scolaire m’aura empêchée d’assister aux projections de la semaine américaine à Deauville. Pour rien au monde cependant, je n’aurais manqué le film de clôture, la suite du génial Sin City, d’autant qu’il était introduit par l’icône Frank Miller en personne après une cérémonie de palmarès pleine de fraîcheur, loin d’être guindée (membres du jury, Claude Lelouch est venu en baskets et Marie-Claude Pietragalla a tenu à esquisser quelques pas de danse), à l’image de ce festival, qui fait la part belle à la jeune création.

 

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Nicholas Britell, Miles Teller et Damien Chazelle

Cette année la surprise est venue de Whiplash, du jeune Damien Chazelle, l’histoire d’un jeune batteur de jazz du Conservatoire de Manhattan, découvert à Cannes 2014 dans la sélection Un certain regard. Le film, en grande partie autobiographique, rafle à Deauville le Prix du public et le Grand Prix, sept mois après avoir obtenu le Prix du public et le Grand prix du Jury à Sundance (il est inspiré du court-métrage homonyme réalisé par Chazelle en 2013 et déjà primé à Sundance). Sur la scène, le réalisateur, son coproducteur Nicholas Britell et le jeune comédien-vedette Miles Teller ont rendu un chaleureux hommage à Deauville. Le cinéaste américain, francophone par son père, y passait ses vacances lorsqu’il était enfant. Quant à Miles Teller (vu dans le récent remake de Footloose, Projet X et Divergente), il s’est réjoui de sa bonne fortune, une belle compensation pour celle qu’il a avoué avoir perdue au casino durant son séjour.

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Miles Teller et JK Simmons dans Whiplash

Bande-annonce

 

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Anne Berest, Lola Bessis, Clemence Poésy, Christine & The Queens et Freddy Highmore

La remise du Prix de la Révélation Cartier, qui récompense une œuvre pour ses qualités novatrices, a valu un joli moment d’euphorie, grâce à la spontanéité des membres de son jeune Jury présidé cette année par Audrey Dana. Les comédiens Freddy Highmore, Clémence Poésy, la romancière Anne Berest, la chanteuse Christine and the Queens et Lola Bessis (la fille de Daniela Lumbroso est coréalisatrice et vedette du film franco-américain Swim Little Fish Swim, paru sur les écrans français en juin 2014) ont gratifié le public d’un numéro véritablement charmant, avant de décerner le Prix à A Girl Walks Home Alone At Night de Ana Lily Amirpour. Sous influence David Lynch, Thomas Alfredson et Frank Miller, cette coproduction américo-iranienne en noir et blanc est un film de vampires militant, qui dénonce la condition de la femme en Iran.

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Sheila Vand dans A Girl Walks Home Alone At Night
Bande-annonce

Si les films les plus attendus ont fait chou blanc au palmarès (voir chronique programme), The Good Lie de Philippe Falardeau, drame sur l’odyssée de quatre survivants d’un massacre au Soudan, est le logique gagnant du Prix du Jury présidé par Costa-Gavras. It Follows, combiné de teenage movie mélancolique et de film de zombies, signé David Robert Mitchell, obtient celui de la Critique Internationale et Things People Do, thriller familial et premier long-métrage de Saar Klein — monteur, entre autres, de La ligne rouge de Terrence Malick et Presque Célèbre de Cameron Crowe — celui du 40ème anniversaire.

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Reese Witherspoon et Ger Duany dans The Good Lie

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It Follows

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Jason Isaacs et Wes Bentley dans Things People Do

Enfin, le Prix Michel-d’Ornano, qui récompense un premier film français et aide à sa promotion et son exportation, est allé cette année à la comédie Elle l’adore, de Jeanne Herry (fille de Miou-Miou et Julien Clerc), avec Sandrine Kiberlain et Laurent Lafitte. Pierre Lescure, membre du Jury du festival, la considère déjà comme la comédie de l’année.

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Bande-annonce

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Frank Miller

 

 Sin City : J’ai tué pour elle (Frank Miller’s Sin City : A Dame To Kill For)

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Frank Miller et Robert Rodriguez
2014

Tandis que Johnny (Joseph Gordon-Levitt), jeune joueur de poker surdoué et trop sûr de lui, débarque à Sin City pour affronter le sénateur crapuleux Roark (Powers Boothe), Nancy Callahan (Jessica Alba), stripteaseuse au Kadie’s Club Pecos, prépare sa vengeance pour exterminer le même Roark, responsable quatre ans auparavant de la mort de John Hartigan (Bruce Willis), son flic protecteur bien aimé. Pendant ce temps, Dwight McCarthy (Josh Brolin) se morfond en pensant à Ava Lord (Eva Green), la belle qui lui a brisé le cœur, et le colosse justicier Marv (Mickey Rourke) veille sur Nancy et tous les paumés du secteur…

Neuf ans après, voici donc, tournée en 3D, la suite du génial Sin City par les mêmes, toujours adaptée du roman graphique de Frank Miller. Le fameux dessinateur (entre autres, de Daredevil, Elektra et Batman : The Darknight) et scénariste, âgé de cinquante-sept ans, a introduit lui-même le film, présenté en clôture du festival américain de Deauville. En fauteuil roulant, amaigri par une maladie mystérieuse (des rumeurs de cancer circulent aux Etats-Unis), mais l’œil pétillant, Frank Miller ne s’est pas fait prier pour livrer des anecdotes sur le tournage et dire tout le bien qu’il pense de son complice Robert Rodriguez « J’avais trois frères, désormais j’en ai quatre ». Hommage au film noir, Sin City 2, comme son prédécesseur, n’est autre qu’un film-fantasme. Le cinéaste revendique cette vision d’une ville fantomatique et viciée, où « les hommes sont de gros durs, les femmes, sublimes et les voitures, vintage. » Si le film ne bénéficie pas de l’effet de surprise suscité par le premier opus, véritable choc visuel, la 3D, très réussie, accentue l’immersion dans la bande-dessinée, et tous les plans sont un total émerveillement. Le bât blesse plutôt du côté de la narration qui peine un peu à emmêler avec fluidité ses trois histoires de vengeance, parfois décalées dans le temps. Il serait néanmoins indécent de ne pas être séduit par la mélancolie qui émane de cette ode aux désespérés et aux cœurs brisés, qui jongle avec les clichés et ressuscite les plus belles figures du genre, telle cette femme fatale incarnée par Eva Green (à la divine plastique), sorte de fusion de Rita Hayworth et Ava Gardner. Moins nerveux et hystérique que son prédécesseur, ce néo-film noir recèle encore des scènes d’action de toute beauté, d’autant que la violence reste résolument graphique. Si, en gros dur au cœur tendre, Mickey Rourke remporte tous les suffrages (Marv est le fil rouge du film), Joseph Gordon-Levitt va faire chavirer les midinettes, tandis que Jessica Alba, avec ou sans chapeau de cow-boy, est une révolution à elle toute seule.

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Un grand merci à Eric Cavillon, du groupe Lucien Barrière, aussi gentleman que Marv, et bien plus beau.

FESTIVAL DU FILM AMERICAIN DE DEAUVILLE 2014 PROGRAMME

Les 40èmes rugissants
Du 5 au 14 septembre 2014

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Pour célébrer dignement son 40ème anniversaire, le Festival du Film américain de Deauville propose une sélection de films particulièrement alléchants et des hommages en veux-tu, en voilà. Même le désistement à la dernière minute de James Cameron ne parviendra pas à ternir cette édition présidée par Costa-Gavras, et honorée par la présence, entre autres, de Jessica Chastain, Ray Liotta, Will Ferrell, John McTiernan et Mick Jagger… Météo normande capricieuse ou pas, les cinéphiles seront à la fête !

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C’est à Magic In The Moonlight de Woody Allen, tourné dans le sud de la France avec Emma Stone et le très british Colin Firth, que reviendra l’honneur d’entamer les réjouissances le 5 septembre. Entre autres premières de choix présentées au cours de ces dix jours de cinéma intensifs, on retiendra particulièrement Get On Up de Tate Taylor (La couleur des sentiments), produit par Brian Grazer et Mick Jagger, biopic d’ores et déjà encensé sur la vie de James Brown, avec Chadwick Boseman dans le rôle de Mister Dynamite (12 septembre), Pasolini, évocation par Abel Ferrara des derniers jours du poète et cinéaste italien sulfureux, incarné par le génial Willem Dafoe (11 septembre), The Disappearance Of Eleonor Rigby : Them, au titre plus intrigant que son synopsis (une histoire de couple compliquée), premier long-métrage de Ned Benson interprété par Jessica Chastain et James McAvoy (6 septembre), sans oublier Sin City : J’ai tué pour elle, de Robert Rodriguez et Frank Miller, la suite, dix ans après, du génial Sin City par les mêmes, avec une brochette d’acteurs aux petits oignons (Jessica Alba, Ray Liotta, Josh Brolin, Joseph Gordon-Levitt, Eva Green, Jeremy Piven, Juno Temple, Mickey Rourke etc). Le film sera projeté après la cérémonie de clôture le 13 septembre.

Get On Up
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Pasolini
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The Disappearance Of Eleonor Rigby : Them
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Parmi les films en compétition, on ne manquera pas dès le 11 septembre I Origins, le nouveau long-métrage de SF de Mike Cahill, réalisateur en 2011 de l’épatant Another Earth. Brit Marling figure bien évidemment au générique, aux côtés de Michael Pitt, Astrid Bergès-Frisbey et Steven Yeun (The Walking Dead). Le 6 septembre, Un homme très recherché, d’Anton Corbijn (Control, The American) d’après John le Carré, devrait remplir les salles, et pas seulement pour sa distribution audacieuse (Grigoriy Dobrygin, Philip Seymour Hoffman, Rachel McAdams, Nina Hoss, Daniel Brühl, Robin Wright, Willem Dafoe…). Une brochette de comédiens qui n’a rien à envier à celle de White Bird, le nouveau Gregg Araki (Mysterious Skin, Doom Generation, Kaboom…) qui réunit Shailene Woodley, Eva Green, Angela Bassett, Thomas Jane, Sheryl Lee et Shiloh Fernandez (10 septembre).

I Origins
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Un homme très recherché
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White Bird
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Dans le cadre des Docs de l’Oncle Sam, on peut se laisser tenter par The Go-Go Boys, The Inside Story Of Cannon Films, documentaire d’Hilla Medalia sur l’épopée des cousins producteurs Menahem Golan et Yoram Globus (8 septembre) et Red Army, de Gabe Polsky, du nom de l’équipe de hockey sur glace soviétique durant la Guerre froide.

The Go-Go Boys
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Red Army
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Quant aux Nuits américaines, elles offrent cette année des séances de rattrapage de films culte, de Thirteen à Memento, en passant par En compagnie des hommes, Ca tourne à Manhattan, High Art ou Hedwig And The Angry Inch.

Memento
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Enfin, cette quarantième édition rend hommage à la légende Yul Brynner, aux récents disparus Lauren Bacall et Robin Williams, ainsi qu’à Jessica Chastain, Will Ferrell, Ray Liotta, le producteur Brian Grazer, et le cinéaste maudit John McTiernan, ce qui donnera l’occasion de revoir Piège de cristal, A la poursuite d’Octobre Rouge et Le treizième guerrier.

John McTiernan
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Ray Liotta
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Jessica Chastain
Jessica Chastain

Le site officiel du festival

LES COMBATTANTS

Au festival de Cannes 2014, tandis que Jean-Luc Godard s’embourbait dans de vaines réflexions métaphysiques sur le monde ou ce qu’il en reste, un nouveau venu, Thomas Cailley, créait la surprise avec son premier long-métrage, portrait lumineux d’une jeunesse lucide et désenchantée, en quête de survie. A bout de souffle, le cinéma français ? Pas si sûr. 

 

Les combattants

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Thomas Cailley
2014
Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2014, en salles depuis le 20 août

Dans le sud-ouest de la France… Alors qu’Arnaud (Kévin Azaïs) s’apprête à passer un été tranquille, entre l’entreprise familiale et ses deux meilleurs copains, il rencontre Madeleine (Adèle Haenel), un garçon manqué. Elle projette d’entrer dans les commandos pour, dit-elle, « se préparer au pire ». Fasciné par cette fille étrange, brusque et déterminée, le doux Arnaud décide de la suivre dans le stage de formation gratuit proposé par l’armée de Terre…

Tout comme Delphine et Muriel Coulin en 2011 avec leur 17 filles, dans lequel dix-sept adolescentes décidaient d’être enceintes en même temps, pour tromper leur ennui, trouver leur place dans la société et se réinventer une vie ensemble, Thomas Cailley brosse dans Les combattants un portrait inattendu et attachant de la jeunesse d’aujourd’hui, loin des clichés et des caricatures. Arnaud est un jeune homme gentil, rêveur, un peu apathique, sans idéal et qui ne sait pas très bien ce qu’il veut (peut-on véritablement l’en blâmer ?). Madeleine, au contraire, est déterminée. Diplômée d’un master de macroéconomie, elle se prépare à une apocalypse, imminente selon elle. Obsédée par la survie et ses techniques, elle ne jure que par l’armée et ses méthodes « à la dure ». Totalement en décalage, les deux jeunes gens feraient un couple improbable. Mais Arnaud s’accroche, au point d’accompagner la jeune fille dans une démarche à laquelle il n’adhère même pas, et de bouleverser sa vie. Entre comédie romantique et film initiatique, Les combattants trouve son équilibre et un ton très personnel, tendre, mélancolique, poétique et souvent très drôle (toutes les scènes du stage d’entraînement militaire sont hilarantes). On est séduit par l’incongruité du personnage incarné par Adèle Haenel, son nihilisme, son air en permanence buté, autant que par la douceur de ce jeune homme emprunté que Madeleine malmène sans cesse et qui, pour elle, sera prêt à soulever des montagnes. Thomas Cailley, remarqué par ses courts-métrages, réussit ici un splendide coup d’essai. On pourra lui reprocher de rester un peu trop à la surface des choses en privilégiant les petits effets comiques, et les facilités qu’il s’accorde dans la dernière partie. Mais cette volonté de conserver coûte que coûte une certaine légèreté (la musique electro du groupe français Hit’n Run en témoigne) est salutaire. La jeunesse a ce privilège de pouvoir dire ou faire des choses insensées avant de les balayer d’un revers de main ou d’un éclat de rire. Certes, la fin du monde est pour demain, mais tout cela n’est pas si grave.

Récompensé à la Quinzaine des réalisateurs 2014 par les Prix Label Europa Cinémas, Art Cinema Award et SACD

BANDE-ANNONCE

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