GANGS OF LONDON

Filmer l’ultraviolence, c’est tout l’art du Gallois Gareth Evans et de son chef-opérateur Matt Flannery. Avec les phénomènes The Raid en 2011 et The Raid 2 trois ans plus tard, le tandem avait mis la barre très haut et écrasé la concurrence. Dans Gangs Of London, les flingues ont remplacé les arts martiaux, mais la virtuosité des scènes d’action coupe toujours autant le souffle. Carton outre-Manche, la série est emmenée par Joe Cole, le petit frère de Tommy Shelby dans Peaky Blinders, et Michelle Fairley, la Catelyn Stark de Game Of Thrones. Si vous aimez les histoires de famille…

 

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« La paix ne m’intéresse pas. »

  

GANGS OF LONDON Saison 1

Série britannique créée par Gareth Evans et Matt Flannery en 2020 sur Sky Atlantic
Disponible sur Starzplay (via Canal+ Séries)

Finn Wallace (Colm Meaney), le magnat de l’immobilier qui régnait depuis vingt ans sur le crime organisé à Londres, est mystérieusement assassiné. Sa mort compromet l’équilibre entre les grandes familles mafieuses. Alors que chaque clan soupçonne l’autre, Sean Wallace (Joe Cole), le successeur désigné de Finn, jeune et impulsif, menace de mettre la capitale à feu et à sang pour venger son père, au grand dam de l’associé de ce dernier (Lucian Msamati), qui tente tant bien que mal de calmer le jeu…

Du jeu vidéo homonyme paru chez Sony en 2006, il ne reste que le titre. Approchés pour l’adapter au cinéma et éventuellement créer une franchise, Gareth Evans et Matt Flannery n’en ont fait qu’à leur tête et ont opté pour le format série. Les fans de leurs précédents The Raid et surtout de The Raid 2 ne seront pas dépaysés par cette intrigue sous influence Infernal Affairs, Le Parrain et Shakespeare. Dans cette guerre urbaine qui implique les mafias albanaise, irlandaise et pakistanaise, l’Armée de la libération du peuple kurde et la communauté du voyage, un jeune loup tente de s’imposer par les armes et sans stratégie aucune, semant un véritable chaos dans les rues de Londres. Son manque de discernement le fait prendre à son service Elliot Finch (Sope Dirisu), un homme de main plutôt doué au combat, et qui n’est autre qu’un flic infiltré. Si la série vaut d’être vue, ce n’est pas tant pour l’intrigue, qui réunit tous les ingrédients classiques du genre (vengeance, trahison…), que pour sa mise en scène, véritable démonstration de style. Comme dans The Raid 2, considéré comme l’un des meilleurs films d’action de tous les temps, on est ici dans du brutal, du viscéral et du gore, et certaines séquences, très réalistes, sont insoutenables (le Français Xavier Gens, spécialiste de l’horreur, a réalisé trois épisodes). On ne compte plus les têtes explosées, les membres arrachés, les mâchoires brisées et j’en passe. Ça n’est jamais gratuit ni complaisant, mais ça cogne, ça tape et ça défouraille. L’épisode 5 offre, à ce titre, un véritable moment d’anthologie. Mais si la brutalité est de mise, l’esthétique aussi, et le sens du cadrage est hallucinant. Londres vue des toits de ses buildings a des allures de Gotham City. Comme Naples dans Gomorra, Rome dans Suburra ou Birmingham dans Peaky Blinders, la capitale anglaise est le théâtre des affrontements sauvages de gangsters sans foi ni loi, prêts à tout pour l’argent et le pouvoir. Seul Sean, fils tourmenté, animé par une soif de vengeance (contre les assassins de son père, mais aussi contre son propre père), refuse de jouer selon les règles. De chaotique, la situation va devenir incontrôlable dans un déchaînement de violence qui emportera tout, ou presque, sur son passage. Vivement la saison 2 !
9 épisodes de 60 minutes environ réalisés par Corin Hardy, Gareth Evans et Xavier Gens. Et avec Ray Panthaki, Paapa Essiedu, Pippa Bennet-Warner, Brian Vernel, Orli Shuka, Valene Kane, Parth Tharkerar, Narges Rashidi, Mark Lewis Jones…

TENET

Le film le plus attendu de la rentrée a débarqué sur les écrans français mercredi. Avec ses scènes d’action à faire pâlir les meilleurs épisodes de la saga James Bond, ce thriller d’espionnage audacieux et complexe fait décoller au propre comme au figuré. Tenet est un casse-tête à deux cents millions de dollars, porté par un John David Washington (fils de Denzel) flegmatique et efficace, et un Robert Pattinson tout simplement génial. Accrochez-vous ! (Pas de spoilers dans cette chronique)

 

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« You have to start looking at the world in a new way. »

  

TENET

Christopher Nolan
2020
Dans les salles françaises depuis le 26 août

Un agent secret au sein d’une unité d’élite (John David Washington) est chargé d’enquêter sur une affaire très mystérieuse, impliquant un armement venu du futur qui pourrait anéantir la planète. Avec l’aide d’un espion plein de ressources (Robert Pattinson), il doit démasquer et empêcher de nuire l’intermédiaire qui met sur le marché des balles « inversées », qui ont une curieuse tendance à retourner dans le canon après avoir touché leur point d’impact…

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Telle pourrait être la devise de Christopher Nolan. À peine passée l’impressionnante scène d’introduction, qui cloue littéralement au fauteuil, le casse-tête commence. Le cinéaste prend soin de disséminer des indices et des informations par-ci, par-là, mais si (comme moi) on ne maîtrise pas les bases de la physique quantique (L’entropie ? Le degré de désordre de la matière ?), on s’arrache vite les cheveux. En gros, on comprend. Dans les détails, beaucoup moins. Et comme le film se déroule à une vitesse folle, on n’a pas beaucoup le temps de réfléchir au pourquoi du comment. Au-delà de sa complexité, Tenet — qui fait référence au palindrome latin contenu dans le Carré Sator, dont le plus ancien, datant vraisemblablement d’avant l’an 79, a été découvert dans les ruines de Pompéi — permet d’aborder de manière ludique le concept du temps. Heureusement, même si le réalisateur anglais est fasciné par les espaces temporels et la mémoire (voir Memento, Inception, Interstellar, Dunkerque…), son ambition n’est pas ici de faire un film à thèse, mais de réaliser un divertissement sophistiqué aux allures de parabole. Plus on avance dans l’intrigue, plus elle se clarifie (on ne boudera cependant pas un deuxième visionnage). A la tête d’un budget colossal, Nolan, admirateur de la saga James Bond, a mis les petits plats dans les grands pour façonner un film d’espionnage spectaculaire et visuellement époustouflant. Photographié par le talentueux Hoyte Van Hoytema (Ad Astra, Dunkerque…) et mis en musique par le Suédois Ludwig Göransson (école Yóhann Yóhannsson), Tenet balade le spectateur d’un bout à l’autre du globe, dans des lieux magnifiques, sur des yachts et dans des hôtels de luxe. Côté distribution, John David Washington a la carrure idéale pour le rôle et Robert Pattinson, drôle et ambigu, épate constamment. On salue aussi la présence de l’impressionnant Kenneth Branagh, de l’Australienne Elizabeth Debicki (dans un rôle pas si éloigné de celui qu’elle campait dans la série The Night Manager) et de Aaron Taylor-Johnson, méconnaissable derrière sa barbe. Quant à Clémence Poésy, c’est à son personnage de jeune et jolie scientifique que l’on doit la phrase clé du film : « N’essayez pas de comprendre, contentez-vous de ressentir ! »
2 h 30. Et avec Dimple Kapadia, Himesh Patel, Martin Donovan, Michael Caine, Fiona Dourif…

 

L’ ARMÉE DES MORTS (Dawn Of The Dead)

« TV says you gotta shoot them in the head.
– TV says a lot of things that aren’t true. »

 

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L’ARMÉE DES MORTS (Dawn Of The Dead)

Zack Snyder
2004
DVD et Blu-ray édités par Metropolitan

En quelques jours, la planète a été envahie par de mystérieuses hordes de morts-vivants assoiffés de sang. Dans la banlieue résidentielle d’une petite ville du Wisconsin, quelques rescapés se sont barricadés dans un centre commercial et tentent d’organiser leur survie…

De Zombie (Dawn Of The Dead), le film culte réalisé en 1978 par George A. Romero, le jeune réalisateur Zack Snyder et son scénariste James Gunn n’ont gardé vingt-six ans après que la trame principale. L’aspect politique revendiqué dans Zombie et notamment la critique de la société de surconsommation, n’est pas de mise dans cette Armée des morts qui apparaît davantage comme une série B d’action intelligente et bien troussée, plus proche d’Assaut de John Carpenter que d’un véritable film d’horreur. L’intérêt ici réside avant tout dans la manière dont les personnages acculés parviennent à gérer la situation cauchemardesque et l’imminence de la mort. Sans surenchère de gore ni d’effets spéciaux numériques, cet humble divertissement bénéficie de surcroît d’une distribution judicieuse (la comédienne underground Sarah Polley, Jake Weber, Ving Rhames, Mekhi Phifer, Michael Kelly, Kevin Zegers…) et d’un humour réellement à toute épreuve. Jubilatoire !
1h 41 Et avec Ty Burell, Lindy Booth, Jayne Eastwood…

Rédigé pour fnac.com en 2005