SNOWDEN

Après World Trade Center et W. — L’improbable président, Oliver Stone poursuit son exploration de l’Amérique post-11 septembre avec Snowden, qui retrace le parcours du lanceur d’alerte américain par qui le scandale des écoutes est arrivé, devenu ennemi public numéro un aux Etats-Unis. Le cinéaste, fidèle à sa réputation, n’a pas fait dans la nuance. A la question « Edward Snowden est-il un traître ou un héros ? », sa réponse est sans appel.

 

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« Les Américains ne veulent pas la liberté, ils veulent la sécurité.
– Sauf qu’ils ignorent qu’ils ont passé un marché. »

 

Snowden

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Oliver Stone
2016 (Dans les salles françaises depuis le 2 novembre)

Issu d’une famille de militaires, Edward Snowden (Joseph Gordon-Levitt) est dépité quand on lui annonce que sa constitution physique ne lui permet pas de poursuivre une carrière de soldat. Puisque le terrain n’est pas pour lui, le jeune homme patriote et idéaliste rejoint la CIA où il se fait vite remarquer par ses qualités d’informaticien. Affecté aux programmes les plus pointus de la NSA, il ne tarde pas à découvrir qu’au mépris des lois les plus fondamentales, les services de renseignements américains espionnent à grande échelle les gouvernements du monde entier aussi bien que les particuliers. Effaré par l’ampleur et la dangerosité de cette cyber-surveillance, il décide de donner l’alerte, au risque de tout perdre…

« Nous construisons la plus gigantesque arme d’oppression de l’histoire de l’humanité. Malgré tout, ces directeurs s’exemptent d’en rendre compte. » E. Snowden

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En 2015, Citizenfour, de Laura Poitras, recevait l’Oscar du Meilleur documentaire. La cinéaste américaine, contactée deux ans plutôt par Edward Snowden (qui avait choisi pour nom de code « Citizenfour »), y avait filmé dans une chambre d’hôtel à Hong Kong la rencontre de ce dernier avec Glenn Greenwald du Guardian qui allait révéler toute l’affaire. Dans cette page d’histoire en temps réel, entre deux confidences édifiantes de Snowden, on assistait aux répercussions médiatiques du scandale dévoilé. Cette rencontre sert de fil rouge au film d’Oliver Stone, qui en reprend fidèlement certains détails. Le cinéaste de Platoon, Né un 4 juillet, L’enfer du dimanche ou JFK, qui n’a de cesse de pointer sa caméra sur les failles de l’Amérique, devait se pencher sur le parcours de ce jeune homme brillant et timide devenu héros du contre-pouvoir. Fasciné, selon son propre aveu, par le sens moral de ce fauteur de troubles, mais malgré tout très respectueux des faits, Oliver Stone a construit un personnage idéaliste et romantique, un citoyen responsable, auquel le très charismatique Joseph Gordon-Levitt, aussi juste qu’attachant, confère un charme juvénile. Chaussant une fois de plus ses gros sabots pour la bonne cause, Stone est parvenu à faire de ce sujet complexe et peu cinématographique un biopic divertissant, passionnant et efficace, destiné au grand public, affranchi ou non à la culture geek. Le film, doté d’une distribution aussi imposante que judicieuse, immerge avec brio dans l’antre de la pouponnière informatique de la CIA, mais s’attarde aussi sur la vie privée de Snowden, dont le couple est peu à peu gangrené par sa paranoïa grandissante. On peut trouver, par endroits, la démonstration trop caricaturale, mais elle a le mérite d’éveiller les consciences et d’ouvrir les débats, car « l’affaire Snowden » est loin d’être terminée. De son exil en Russie où il a obtenu le droit de résidence jusqu’en 2017, l’épine dans le pied du gouvernement américain continue de se dresser contre Big Brother et de militer pour les libertés individuelles, qui vont de pair avec la largeur du champ de l’exploration intellectuelle. Le lendemain de l’élection présidentielle, il a encore exhorté les Américains à penser par eux-mêmes, expliquant qu’aucun dirigeant ne changerait le système de surveillance de masse.

« Si nous désirons un monde meilleur, nous ne pouvons espérer un Obama, et nous ne pouvons pas être effrayés par un Donald Trump. Nous devons le construire nous-même. »

2h 14 Et avec Shailene Woodley, Melissa Leo, Ben Schneitzer, Zackary Quinto, Rhys Ifans, Nicolas Cage, Tom Wilkinson, Joely Richardson, Timothy Olyphant, Scott Eastwood, Ben Chaplin…

BANDE-ANNONCE
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ARTICLE CONNEXE :
Critique Le jeu du faucon

LE JEU DU FAUCON (The Falcon And The Snowman)

S’il n’est pas forcément connu du grand public, Le jeu du faucon est pourtant culte dans la sphère bowienne. Paru en 1985, ce film de John Schlesinger, porté par deux jeunes acteurs talentueux, dont un Sean Penn à l’aube de sa carrière, et qui fait une performance hallucinée, bénéficie d’une chanson créée spécialement pour le film par David Bowie, avec Pat Metheny et Lyle Mays. « This Is Not America », ajoutée à la set-list des dernières tournées de Bowie en 2003 et 2004, cartonnera dans de nombreux pays, mais le film, sous-estimé à l’époque, sera vite oublié. Il raconte pourtant l’histoire vraie et incroyable de Christopher Boyce, sorte d’Edward Snowden avant l’heure, et de son ami d’enfance, un dealer à la petite semaine qu’il a, pour leur malheur, entraîné dans son aventure. On salue l’initiative de Wild Side Video, qui a exhumé fin 2015 ce portrait pertinent d’une Amérique des 70’s en proie à ses démons, traumatisée par l’affaire du Watergate et prête à sacrifier sa jeunesse insoumise.

Faucon

A little piece of you
A little piece in me
Will die
(This is not a miracle)
For this is not America
« This Is Not America » (David Bowie, Pat Metheny, Lyle Mays)

Le jeu du faucon (The Falcon And The Snowman)

Banc

John Schlesinger
1985
En Blu-ray et DVD restaurés chez Wild Side Video depuis le 4 novembre 2015

En 1974, aux Etats-Unis, l’affaire du Watergate contraint Nixon à démissionner. Au même moment, Christopher Boyce (Timothy Hutton) a vingt ans et des doutes. Il décide de quitter le séminaire et d’abandonner la prêtrise à laquelle il se destinait. Issu d’une famille aisée, le jeune homme, passionné de fauconnerie, est aussitôt prié par son père, ex-fonctionnaire du FBI, d’accepter un job chez RTX, une société d’électronique de pointe, proche de la CIA. Chargé de réceptionner les messages provenant des satellites espions, Christopher va intercepter régulièrement des informations ultra-secrètes. Révolté en découvrant les agissements et les actions illicites de son gouvernement, il décide de rétablir la balance, en s’improvisant espion, et en transmettant ces renseignements aux Russes. Hélas, il choisit de prendre comme intermédiaire son ami d’enfance, Andrew Daulton Lee (Sean Penn), petit dealer, qui va vite devenir incontrôlable…

Cinéaste britannique qui a débuté en tant qu’acteur dans les années 50, John Schlesinger a été l’un des fers de lance de la Nouvelle Vague anglaise avec sa trilogie (Un amour pas comme les autres, Billy le menteur et Darling). Il y explorait avec force et caractère les tribulations d’une jeunesse désenchantée, prisonnière des villes industrielles mornes de l’Angleterre. Peut-être à cause de son homosexualité qui le faisait se sentir en marge, on y dénotait déjà son attachement aux rêveurs, révoltés et autres anticonformistes, tels les héros de Macadam Cowboy, film qui lui vaudra l’Oscar en 1970. Le monde du secret et de l’équivoque le fascine également. En 1976, il sera celui de Marathon Man, son plus grand succès populaire, puis de ce Jeu du faucon, qui paraît en 1985, en pleine ère Reagan. Drame aux allures de thriller d’espionnage, le film revient sur un fait réel ayant défrayé la chronique dix ans plus tôt aux Etats-Unis. Deux jeunes gens issus d’un milieu privilégié s’étaient improvisés espions, l’un par idéalisme, l’autre par forfanterie et appât du gain, et avaient mis les services secrets en échec avant de se retrouver dépassés par leur petit jeu dangereux. John Schlesinger prend son temps pour introduire ses deux personnages, tous deux ex-séminaristes issus de familles bourgeoises, et amis malgré des choix de vie totalement opposés. Avec une mise en scène volontairement anti-spectaculaire et par endroits presque clinique (c’est le plus gros reproche qu’on puisse faire au film), le cinéaste porte un regard ironique sur cette Amérique glorieuse (le générique en lui-même est très parlant) et met en exergue les absurdités et les revers du rêve américain. Il y a du ridicule dans les dirigeants, les employés et le fonctionnement même de la société RTX. Christopher est constamment effaré des failles dans la sécurité de ce système pourtant réputé pour son efficacité. La désinvolture et l’inconscience avec laquelle les deux protagonistes mènent leur action ont même quelque chose d’amusant. Le jeune Timothy Hutton, lauréat de l’Oscar du Meilleur second rôle quatre ans plus tôt pour Des gens comme les autres, de Robert Redford, est parfait en jeune homme en apparence bien sous tous rapports, mais rongé par le ressentiment envers son pays et son propre père. Face à lui, Sean Penn, après ses prestations remarquées dans Taps, Bad Boys, Fast Times At Ridgemont High et Les moissons du printemps, effectuait une belle performance dans la peau de bon à rien aussi tête à claques qu’attachant. Heureusement, à l’épilogue un peu trop prosaïque, « This Is Not America », interprétée par David Bowie, amène un souffle, une grâce et une émotion inégalables.
2 h 11 Et avec Lori Singer, Pat Hingle, David Suchet, Priscilla Pointer, Nicholas Pryor, Dorian Harewood…

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« Clip This Is Not America »

Test Blu-ray : 

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Interactivité ***
Le film est enrichi d’une interview de Philippe Rouyer (17 minutes) qui réhabilite ce film sous –estimé dont il analyse les enjeux avec pertinence.

Image **
Format : 1.85
Récemment restauré en HD, le film propose une image un peu inégale, mais globalement très satisfaisante. Seules quelques séquences en basse lumière demeurent ternes et granuleuses.

Son : **
DTS-HD Master Audio 2.0 en anglais sous-titré et français
Une piste 2.0 convenable, mais curieusement plus claire et dynamique en français.

A noter qu’un autre film méconnu de John Schlesinger, Les envoûtés (The Believers), thriller angoissant et horrifique, est parue à la même date chez les mêmes éditeurs.

RTX
Penn
Table
Pleurs
Sean
Tim
Lorie