DEAUVILLE 2017 – Barry Seal/Le château de verre

Bien que chahuté par les conditions météo franchement automnales, le 43ème festival de Deauville n’a pas failli à sa mission première : faire découvrir le meilleur du cinéma américain du moment. Depuis quelques années, la programmation fait la part (très) belle au cinéma indépendant et force est de constater que le festival est désormais devenu un haut lieu de la cinéphilie, une sorte de réplique sympathique du festival de Sundance. Les invités eux-mêmes sont moins des stars que des acteurs chevronnés, des sortes de « petites mains » du cinéma américain qu’on aime, même si le grand public a parfois du mal à mettre un nom sur leur visage. Ainsi pouvait-on entendre le jour de l’ouverture, où un hommage était rendu à l’inoubliable Lula de David Lynch : « Laura Dern… ? C’est qui ? »  « Elle a joué dans quoi ? » ; « C’est pas la fille de Jurassic Park ? » Woody Harrelson lui-même était ébahi d’être applaudi à tout rompre le soir du palmarès, après l’hommage pertinent et hilarant rendu par Michel Hazanavicius. Le héros de Tueurs nés, fils d’un vrai tueur à gages et acteur épatant, a confirmé dans son discours qu’il était conscient de ne pas véhiculer le même glamour que George Clooney ou même de son complice de True Detective, Matthew McConaughey. Les curieux auront quand même pu débattre de la nouvelle coupe de cheveux de Robert Pattinson, venu fouler les planches après sa défection d’il y a deux ans, et admirer la plastique de la torride Michelle Rodriguez, qui a confirmé vouloir désormais s’attaquer à des rôles plus « complexes »…

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PALMARES

Si le jury présidé par Michel Hazanavicius a choisi de couronner The Rider, de Chloé Zhao (Les chansons que les frères m’ont apprises), sur la quête d’identité d’un cow-boy dont la vie bascule après un accident de rodéo, c’est bien A Ghost Story qui a créé la sensation.

Le film de David Lowery a en effet remporté le Prix du Jury, le Prix de la Critique et le Prix Kiehl’s de la Révélation 2017. A sa grande surprise, le réalisateur du magnifique Les amants du Texas , déjà interprété par Rooney Mara et Casey Affleck (héros de A Ghost Story), est donc monté sur scène à trois reprises pour recevoir ses trophées qu’il a dit humblement vouloir partager avec ses concurrents. Chose rare pour être signalée : il a clamé son amour pour les critiques, qu’il considère comme des artistes à part entière. A noter qu’il faudra attendre le 20 décembre pour découvrir A Ghost Story en France.

Bande-annonce A Ghost Story

Bande-annonce The Rider

Brooklyn Yiddish, de Joshua Z. Weinstein, a reçu le Prix ex-aequo de la Critique
Bande-annonce

Mary, de Marc Webb, le Prix du Public de la ville de Deauville
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Jeune femme, de Léonor Serraille, le Prix d’Ornano-Valenti (ex-Prix Michel d’Ornano), qui récompense les premiers films français.
Bande-annonce

Les membres du Jury Emmanuelle Devos, Charlotte Le Bon, Clotilde Hesme et Alice Winocour entourant leur président Michel Hazanavicius, et les lauréats David Lowery et Joshua Z. Weinstein (Photo Charly Triballeau/AFP)

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Présentés hors compétition et en premières françaises, les films d’ouverture et de clôture, Barry Seal, American Traffic et Le château de verre, ou deux facettes du cinéma américain

 

Barry Seal : American Traffic (American Made)


« All this is legal ?
– If you’re doing it for the good guys. »

Doug Liman

2017
Dans les salles françaises depuis le 13 septembre

A la fin des années 70 aux Etats-Unis, Barry Seal (Tom Cruise), pilote de ligne pour la WTA, s’adonne à un petit trafic de cigares pour arrondir ses fins de mois, mais aussi pour mettre du piment dans un job qu’il trouve trop routinier. Pris la main dans le sac par Monty Schafer (Domhnall Gleeson), de la CIA, qui l’a surtout repéré pour son côté casse-cou, il est recruté pour survoler l’Amérique latine et prendre des photos stratégiques des bases des rebelles communistes. Mais les allers et venues de Seal ne tardent pas à alerter un certain Pablo Escobar, qui lui propose une association très lucrative. Et ce n’est que le début…

La réalité dépasse souvent la fiction, comme en témoigne l’histoire vraie de Barry Seal — qui éclaboussa l’administration Reagan dans les années 80 — ici mise en scène façon comédie rocambolesque par Doug Liman. Tom Cruise se donne à cœur joie (et à corps perdu) dans le rôle de cet aventurier tête brûlée sans scrupule, opportuniste, tantôt malin, tantôt benêt, et père de famille aussi aimant qu’irresponsable. En osmose évidente avec Doug Liman, qui l’a déjà dirigé dans The Edge Of Tomorrow, l’acteur roule constamment des mécaniques, à la manière du Maverick de Top Gun dont il prépare la suite pour 2019, et effectue un véritable numéro comique. Privilégiant le rythme (constamment trépidant), le cinéaste insiste sur le caractère absurde de cette histoire, dénonçant avec virtuosité les agissements douteux de la CIA et du gouvernement américain. Le traitement visuel vintage, l’insertion d’images d’archives de la télévision américaine de l’époque, et la bande-son ad hoc permettent une immersion totale dans cette période qui fait décidément fantasmer les cinéastes comme les musiciens (ce passage des 70’s aux 80’s). L’excellent Domhnall Gleeson campe un agent de la CIA ambigu et cynique à souhait, chacune de ses apparitions semblant siffler la fin de la récréation pour notre héros survolté. On peut juger le divertissement clippesque, léger et trop superficiel, mais s’il ne restera pas dans les annales, ce numéro de voltige souvent hilarant a quelque chose d’éminemment jubilatoire.
1 h 55 Et avec Sarah Wright, Jesse Plemons, Caleb Landry Jones, Benito Martinez, Jed Rees, Alejandro Edda…

BANDE-ANNONCE

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Le château de verre (The Glass Castle)


« This place doesn’t have any running water or electricity.
– Ignore her, she’s was born without vision. »

Destin Daniel Cretton
2017
Dans les salles françaises le 27 septembre 2017

Chroniqueuse mondaine au New York Magazine, Jeannette Walls (Brie Larson) est sur le point de se fiancer. En voyant cette jeune femme sophistiquée, nul ne peut imaginer ce que fut son enfance. Jeannette a en effet été élevée avec son frère et ses sœurs par une mère artiste irresponsable (Naomi Watts) et un père inventeur, rêveur et alcoolique (Woody Harrelson). Déménageant constamment de ville en ville dans des maisons miteuses pour fuir les créanciers, les Walls se sont refusés à scolariser leur progéniture. En grandissant, les enfants vont avoir autant de difficultés à supporter ce mode d’existence marginal, certes baigné de rêve et de poésie, mais bien précaire, que les promesses jamais tenues de leur père…

Une des premières scènes du film est glaçante : dans le taxi new-yorkais qui la ramène chez elle après un dîner mondain, Jeannette Walls aperçoit par la vitre un couple de clochards fouillant une benne à ordure : il s’agit de ses parents. Elle s’enfonce alors dans le siège arrière, tandis que le taxi file à toute allure. Jeannette se remémore alors l’admiration qu’elle portait, enfant, à ce père génial et fantasque. Par un jeu constant de flash-backs, Destin Daniel Cretton va reconstituer l’histoire vraie de cette famille dysfonctionnelle, telle que racontée par Walls dans The Glass Castle, son best-seller paru en 2005. Des années 60 jusqu’à aujourd’hui, on suit à travers le regard de Jeannette les tribulations de cette tribu excentrique, dont le père n’a de cesse d’exalter l’imagination de ses enfants et de les engager à ne jamais céder à la peur, aux préjugés et au conformisme. Ces parents hippies aimants, mais irresponsables, ont exposé leur progéniture à des dangers, et les ont contraints à grandir dans la misère. Avec l’âge, Jeannette va changer de regard sur ses parents, et notamment sur son père. Les promesses non tenues, les dérives alcooliques auront raison de l’admiration et céderont la place à la honte et la colère. Brie Larson, Oscar de la Meilleure actrice en 2016 (pour Room), retrouve quatre ans après son metteur en scène de States Of Grace (Short Term 12). Elle restitue parfaitement la rage rentrée, la dureté et la détermination de son personnage. Mais si les acteurs dans leur ensemble ne déméritent pas, il est dommage que le cinéaste ait un peu trop versé dans le mélodrame (c’était déjà un peu le cas dans States Of Grace). Passionnant sur le papier, ce sujet aurait mérité un traitement plus radical qui aurait conféré au film un caractère plus universel. Et le générique de fin, dans lequel apparaissent des séquences des vrais protagonistes de l’histoire, n’ajoute rien à l’affaire.
2 h 07 Et avec Max Greenfield, Ella Anderson, Chandler Head, Sadie Sink, Sarah Snook…

BANDE-ANNONCE



Site officiel Festival de Deauville 2017

Photos Denis Guignebourg/Bestimages, Le pays d’Auge, Charly Triballeau/AFP, Getty Images, Robin Uzan…

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MISSION IMPOSSIBLE 5 et Sélection DVD-Blu-Ray

Avion
« Sir, Hunt is the living manifestation of destiny. »

 

Mission impossible : Rogue Nation

Woo

Christopher McQuarrie
2015 – En DVD et Blu-ray depuis le 16 décembre chez Paramount

Alors qu’Alan Hunley (Alec Baldwin), directeur de la CIA, vient de convaincre le Sénat de dissoudre la section IMF (Impossible Mission Force), Ethan Hunt (Tom Cruise) découvre l’existence d’une organisation terroriste, le Syndicat, déterminée à instaurer un nouvel ordre mondial. Désormais isolée, l’équipe d’IMF va devoir se serrer les coudes pour déjouer les plans du redoutable Solomon Lane (Sean Harris) et déterminer dans quel camp se situe la belle et dangereuse Ilsa Faust (Rebecca Ferguson), qui ne cesse de croiser la route d’Ethan…

Trois ans après l’excellent épisode Protocole fantôme, signé Brad Bird, et dix-neuf après le film de Brian De Palma (toujours le meilleur de la saga à ce jour), la franchise Mission Impossible est revenue sur chapeaux de roues en 2015, bien décidée à enfoncer le clou. Ethan Hunt a pris de la bouteille (sur certains plans, le visage empâté de Tom Cruise semble un peu, hum… étrange), mais il se rue toujours, et avec davantage de fougue encore, sur des avions, des voitures, des motos… Car Tom Cruise est fou, c’est à ça qu’on le reconnaît. Il aime prendre des risques. L’adrénaline, il n’en a jamais assez, comme il le confie lui-même dans le commentaire audio au menu des bonus du DVD. Fou, mais pas moins perspicace. Et s’il n’est pas encore prêt à laisser sa place à Jeremy Renner, toujours cantonné ici à jouer les seconds couteaux, il sait qu’Ethan Hunt n’est plus invincible. Tom Cruise a beau avoir un physique d’athlète (le bougre ne loupe pas une occasion de l’exhiber), il n’hésite pas à montrer ses failles, quitte à se rendre ridicule (la scène dans laquelle il tente de sauter sur une voiture et s’affale lamentablement est plutôt comique). L’acteur semble même prendre un tel plaisir à s’autoparodier que, par endroits, Rogue Nation n’est pas loin de la comédie (les facéties de Simon Pegg ne font rien à l’affaire). Heureusement, un élément rend le film imparable : Rebecca Ferguson. L’actrice suédoise de trente-deux ans, révélée en 2013 par la mini-série anglaise The White Queen, fait une guerrière inattendue. Son élégance naturelle, son glamour et ses faux airs d’Ingrid Bergman (son personnage se prénomme Ilsa, comme son illustre compatriote dans Casablanca) ne l’empêchent pas d’être très crédible dans les scènes d’action. Avec un fusil, sur une moto ou dans un combat au corps à corps, elle se révèle incroyablement efficace. Ilsa Faust est en quelque sorte l’alter ego d’Ethan Hunt, et Tom Cruise, très intelligemment, n’hésite pas à la laisser lui voler la vedette à plusieurs reprises. Car oui, si le film est mis en scène (plutôt platement) par Christopher McQuarrie (réalisateur de Way Of The Gun, Jack Reacher, et scénariste, entre autres, de Usual Suspects et Edge Of Tomorrow), Tom Cruise, producteur de la franchise depuis le premier opus, est plus qu’impliqué. Dans les scènes d’action, les cascades (il fait tout lui-même, dont la fameuse séquence d’ouverture, dans laquelle il est accroché à l’aile d’un Airbus A400M en plein décollage), mais aussi dans les choix artistiques. L’idée de l’air d’opéra, en fond d’une longue scène en clin d’œil à L’homme qui en savait trop, c’est lui. Son costume façon Cary Grant dans La mort aux trousses, pour la séquence de l’avion, c’est lui. Tom Cruise assouvit ses fantasmes de cinéphile, et visiblement, il aime Alfred Hitchcock. Vienne a remplacé Prague, mais on ne s’étonnera donc pas de trouver moult ressemblances avec le premier épisode de Brian De Palma, lui-même grand admirateur du réalisateur des Enchaînés. Pour tout cela, mais aussi ses jeux de dupes réussis et ses morceaux de bravoure, Rogue Nation, romantique et échevelé, ne démérite pas, même s’il n’est pas tout à fait à la hauteur du précédent épisode. Quant à savoir ce que ce diable nous réserve pour le numéro 6, rendez-vous probable en 2017. A Tom Cruise, rien d’impossible !
2 h 11 Et avec Ving Rhames, Simon McBurney, Tom Hollander, Jens Hultén…
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Test DVD :

MI

Interactivité **
Le commentaire audio met en exergue la complicité de Tom Cruise et Christopher McQuarrie, qui ne cessent de s’envoyer mutuellement des fleurs. McQuarrie révèle aussi qu’il a dû souvent batailler pour empêcher son acteur vedette de prendre des risques inconsidérés (Tom Cruise souhaitait faire la course-poursuite à moto pieds nus). Quant à ce dernier, il jubile en renvoyant chaque scène d’action, chaque explosion, comme si c’était le plus beau jour de sa vie. Fou, on vous dit… Enfin, un petit reportage de six minutes fait l’éloge de Tom Cruise, producteur généreux et impliqué.

Image ****
Format : 2.35
La définition, quasi parfaite hormis un peu de grain dans quelques séquences d’intérieur, met en valeur la photographie très léchée de Robert Elswit, chef opérateur attitré de Paul Thomas Anderson. Les couleurs sont explosives, les noirs, profonds.

Son : ****
DD 5.1 en anglais sous-titré et français
Un sans-faute pour cette piste DD 5.1 ample et très efficace

Faust
 Tom
Sean
Jeremy
moto
Phone

 

Much Loved

Loubna

Nabil Ayouch
2015 – En DVD depuis le 2 février 2016 chez Pyramide Vidéo

A Marrakech, le quotidien de quatre prostituées, colocataires et amies, qui surmontent la violence et les humiliations par une complicité et une solidarité à toute épreuve…

Portrait très réaliste de quatre prostituées de Marrakech, Much Loved est l’accomplissement d’un désir de cinéaste, qui traite ici d’un sujet qui lui tenait à cœur depuis longtemps. Interprété par des comédiennes non professionnelles et épatantes (Loubna Abidar, nominée pour le César 2016 de la Meilleure actrice, est une révélation), ce film courageux, réalisé avec le cœur et les tripes, est le résultat d’un soigneux travail de recherche et d’écriture. Nabil Ayouch s’attache à montrer ces femmes dans toute leur complexité, avec leurs problèmes et leurs rêves d’avenir meilleur. Rejetées par des familles, qu’elles portent parfois à bout de bras et qui ne refusent pourtant par leur « argent sale », et par la société hypocrite tout entière (Ayouch dénonce au passage la corruption de la police), elles se créent une bulle d’amitié partagée, de tendresse et de solidarité, qui leur permet de rester dignes et d’affronter leur destinée. S’il les filme comme des amazones magnifiques et souvent drôles (leurs échanges verbaux avec les riches Saoudiens ne manquent pas de sel), le réalisateur franco-marocain de Ali Zaoua, prince de la rue, Whatever Lola Wants et Les Chevaux de Dieu montre sans détour les moments d’avilissement, les humiliations, la violence et la solitude. Le caractère frontal et choquant de certaines séquences, pourtant jamais complaisantes ni voyeuristes, a valu au film après sa projection au festival de Cannes 2015 une interdiction au Maroc (« pour outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine »). Des menaces de mort ont également été proférées à l’encontre du réalisateur et de la comédienne Loubna Abidar, qui s’est réfugiée en France après avoir été physiquement agressée à Casablanca.
1 h 44 Et avec Asmaa Lazrak, Halima Karaouane, Sara Elhamdi Elalaoui, Abdellah Didane, Danny Boushebel, Carlo Brandt…

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Le DVD de très belle facture est enrichi d’un excellent making of de 28 minutes, qui permet d’assister aux répétitions des comédiens, souvent submergés par l’émotion, et propulse sur le vif du tournage. Il est suivi d’une interview pertinente du cinéaste, qui explique avoir voulu donner une voix à ces femmes, et a été très étonné du scandale suscité à Cannes par ce film humaniste avant tout. Il confie aussi ses craintes pour ses actrices, visées comme lui par des menaces.

 

Hell Town (Cut Bank)

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Matt Shakman
2014 – En Blu-ray et DVD depuis le 18 janvier chez Seven7

Cut Bank, Montana, réputée pour être la plus froide du pays, est une petite ville sans histoire. C’est bien ce qui chagrine Dwayne (Liam Hemsworth), qui aimerait aller s’installer ailleurs avec sa petite amie Cassandra (Theresa Palmer), la plus jolie fille du coin. Un jour, alors qu’ils traînent dans leur endroit préféré dans la campagne, les deux tourtereaux assistent à l’assassinat du facteur local. Dwayne filme tout avec sa caméra amateur. Or, la Poste offre 10 000 dollars de récompense pour tout indice sur un meurtre d’employé fédéral. Pour Dwayne, c’est la chance qui pourrait lui permettre de quitter Cut Bank. Mais rien ne va se passer comme prévu…

Paru directement en vidéo, ce premier long-métrage de Matt Shakman, acteur reconverti en réalisateur de séries télé (on lui doit notamment l’hilarante Philadelphia (It’s Always Sunny In Philadelphia) lorgne indéniablement vers le cinéma des frères Coen. Cette peinture d’une petite ville du Midwest (Cut Bank existe vraiment) et sa brochette de péquenauds, détraqués ou doux-dingues, n’a rien à envier à celle de Fargo. Autour de Dwayne, beau gosse sans grande envergure, et de sa jolie petite amie qui rêve de remporter l’élection de Miss Cut Bank, gravitent un shérif romantique, timide et trop sensible (hilarant John Malkovich), un beau-père cassant (Billy Bob Thornton), un vieux filou totalement inconscient (Bruce Dern), un attardé aux tendances psychopathes (Michael Stuhlbarg) et un inspecteur fédéral badin, qui ne cesse de s’extasier sur la nourriture locale (Oliver Platt). On peut reprocher à cette série B son petit manque de rythme, mais son humour noir, absurde et un brin loufoque, qui contraste avec l’aspect sombre et violent des événements, en fait un thriller excentrique plutôt jubilatoire.
1 h 33 Et avec Ty Olsson, Sonya Salomaa, Peyton Kennedy…

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Sans adjonction de bonus, DVD et Blu-ray proposent une image bien définie, vive et contrastée dans les séquences en extérieur jour, et un son plus que convenable.

 

 

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Le prodige (Pawn Sacrifice)

Tobey

Edward Zwick
2014 – En Blu-ray et DVD chez Metropolitan depuis le 18 janvier 2016

L’histoire vraie de Bobby Fischer (Tobey Maguire), le prodige américain des échecs. En 1972, en pleine Guerre froide, à l’âge de vingt-neuf ans, il se prépare à affronter en Islande le Russe Boris Spassky (Liv Schreiber), champion du monde en titre, lors de ce qui s’annonce déjà comme le match du siècle. Certain d’être invincible, Bobby doit cependant affronter une paranoïa galopante, qui le rend totalement ingérable…

On lui reproche souvent son académisme, mais sa mise en scène aspire surtout à servir les histoires qu’il raconte. Et Edward Zwick, réalisateur de Glory, Légendes d’automne, Le dernier samouraï, Blood Diamond, Les insurgés… aime le romanesque. Ainsi, même s’il revêt des atours classiques, son biopic sur Bobby Fischer se révèle un film intense et passionnant, hanté par le conflit mental de son héros paranoïaque, toujours sur le fil entre le génie et la folie. Conscient de l’aspect peu cinématographique de son sujet, le cinéaste replace constamment l’action dans le contexte géopolitique et culturel, et insiste sur le côté « rock star » de Fischer, n’hésitant pas à le montrer sous ses jours les plus antipathiques. Doté d’un titre bien plus inspiré en version originale (Pawn Sacrifice, « le sacrifice du pion »), Le prodige réussit à allier brillamment la paranoïa associée à la Guerre froide avec celle du gosse de Brooklyn, adulé du monde entier, mais prisonnier de ses obsessions.
1h 55 Et avec Peter Sarsgaard, Michael Stuhlbarg, Lily Rabe, Robin Weigert, Evelyn Brochu…

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Passé inaperçu dans les salles françaises à l’automne 2015, le film profite d’un Blu-ray très performant, auquel on ne reproche que l’absence de suppléments.

 

Le prodige

 

 

Un Français
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Diastème
2015 – En Blu-ray et DVD depuis le 21 octobre chez Francetv distribution

La rédemption d’un skinhead récupéré par l’extrême droite (Alban Lenoir), qui va peu à peu tourner le dos à la violence et à ses convictions de jeunesse…

Violemment chahuté sur les réseaux sociaux lors de sa sortie en juin 2015, le film de Diastème, qui a écrit le scénario après la mort de Clément Méric, a même été boycotté par des exploitants de salles, inquiets d’éventuelles émeutes durant les projections. Ici, pas de contrepoint, ni de jugement moralisateur de la part de l’auteur, mais une immersion dans trente ans d’extrême droite française, à travers le parcours d’un jeune homme et de ses prises de conscience. Si on regrette que les personnages soient un peu trop effleurés (l’évolution du principal, jalonnée d’ellipses temporelles, apparaît un peu superficielle), on ne peut que saluer la justesse des comédiens, la représentation très réaliste de la violence, et l’infinie tristesse qui émane de film humain et courageux, d’une triste actualité.
1 h 38 Avec Alban Lenoir, Samuel Jouy, Paul Hamy, Olivier Chenille, Jeanne Rosa, Lucie Debay
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DVD et Blu-ray, exemplaires, profitent d’un excellent making of de 35 minutes, dans lequel Diastème revient sur ses ambitions. On y découvre également comment les comédiens ont abordé le tournage de ce film «risqué ».

 

 

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Alex Garland
2015 – En Blu-ray et DVD depuis le 6 octobre chez Universal

Caleb (Domnhall Gleeson) est brillant codeur chez Bluebook, société informatique qui a mis au point le moteur de recherche le plus performant au monde. Lorsqu’il apprend qu’il a gagné le concours interne lui permettant de passer une semaine chez Nathan (Oscar Isaac), le grand patron et cerveau de Bluebook, il saute de joie. Mais il comprend vite qu’il est là pour participer à une expérience inédite : tester le dernier prototype d’intelligence artificielle conçu par Nathan, qui se présente sous les traits d’une jeune femme troublante (Alicia Vikander)…

Le premier long-métrage de l’écrivain et scénariste Alex Garland, auquel on doit, entre autres, le roman La plage et le scénario de 28 jours plus tard, explore l’un des thèmes récurrents de la science-fiction, magnifiquement illustré dans A. I. et le récent Her. On est immanquablement fasciné par ce huis clos troublant bariolé d’érotisme, où on ne sait jamais qui manipule l’autre. On s’identifie très vite au jeune Caleb, chargé de démasquer les failles de cet androïde dont la beauté et l’intelligence altèrent inévitablement le jugement. Conçu comme une fable et imprévisible jusqu’au bout, ce thriller paranoïaque et cynique aux visuels épurés est hanté par la figure inquiétante (très Barbe Bleue) d’Oscar Isaac.
1 h 48 Et avec Sonoza Mizuno…

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Ex-Machina est enrichi dans cette belle édition Blu-ray de quelques featurettes, qui n’omettent pas de se pencher plus longuement sur le test de Turing abordé dans le film.

 

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