ROBIN WILLIAMS : HOMMAGE

« La réalité… quel drôle de concept ! » Robin Williams

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« O Captain! My Captain! »

Disparu tragiquement le 11 août 2014 à 63 ans, l’inoubliable interprète du professeur Keating du Cercle des poètes disparus fut tout aussi remarquable en psychologue éclairé dans Will Hunting (rôle qui lui a valu l’Oscar du Meilleur second rôle masculin, le seul de sa carrière) ou en Peter Pan vieillissant dans l’attachant Hook de Steven Spielberg. Acteur caméléon, Robin Williams, né dans une famille aisée de Chicago, excellait dans tous les registres. Et si la comédie restait le domaine de prédilection de ce clown lunaire, il s’est également distingué dans des rôles plus sombres. En 2002, il campait un assassin retors dans l’hitchockien Insomnia, de Christopher Nolan, et la même année, il était cet employé solitaire du méconnu Photo Obsession, réalisé par le vidéaste Mark Romanek, à la croisée du thriller à suspense et de la tragédie humaine.

 

Photo Obsession (One Hour Photo)
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De Mark Romanek
2002

Technicien de labo photo efficace, Seymour Parrish (Robin Williams) est responsable du rayon photo d’un supermarché. Son travail constitue le seul bonheur de sa vie solitaire et misérable. Seymour est particulièrement fasciné par les photos de famille des Yorkin, qu’il développe depuis déjà quelques années et dont il n’oublie jamais de conserver un tirage pour son propre plaisir. Cette famille modèle de la banlieue chic représente pour lui un tel idéal de bonheur, qu’un jour, cédant à une pulsion irrépressible, il entre en contact avec Nina Yorkin (Connie Nielsen)…

Lauréat du Prix du Jury à Deauville en 2002, Photo Obsession a enthousiasmé le public et la critique à sa sortie. Après un premier long-métrage passé inaperçu en 1985 (Static), Mark Romanek, réalisateur de clips surdoué et renommé (pour David Bowie, Madonna, R.E.M. …) réussissait ici un coup de maître en mêlant adroitement les genres (drame de la solitude et thriller à suspense). Si le cinéaste du futur Never Let Me Go a reconnu s’être inspiré des anti-héros schizophréniques et paranoïaques de Taxi Driver et du Locataire, sa mise en scène affiche quant à elle des accents kubrickiens frappants (décors cliniques, lumière soignée, minutie des détails). Robin Williams, méconnaissable, est magistral dans ce rôle sombre et subversif, et ce thriller dérangeant et tragique se révèle plus brillant et intelligent que la moyenne.

Rédigé pour Fnac.com en 2003

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Robin Williams en dix leçons :

 1978-1982 Mork et Mindy (série TV)
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1982 Le monde selon Garp (The World According To Garp) de George Roy Hill
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 1987 Good Morning Vietnam de Barry Levinson
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1989 Le cercle des poètes disparus (Dead Poets Society) de Peter Weir
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1991 Fisher King (The Fisher King) de Terry Gilliam
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1991 Hook ou la revanche du Capitaine Crochet (Hook) de Steven Spielberg
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1993 Madame Doubtfire (Mrs Doubtfire) de Chris Columbus
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1995 Jumanji de Joe Johnston
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1997 Will Hunting (Good Will Hunting) de Gus Van Sant
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2002 Insomnia de Christopher Nolan
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MADS MIKKELSEN, À LA FOLIE (Michael Kohlhaas, La chasse, Royal Affair)

(Click on the planet above to switch language.) 

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Sa « gueule » aurait pu le cantonner à jouer les vilains à Hollywood et sa stature athlétique, les héros de films d’action. Son intelligence et son charisme ont fait la différence. Depuis sa prestation sensationnelle dans le drame existentiel After The Wedding, de Susanne Bier, nominé à l’Oscar du Meilleur film étranger en 2007, les réalisateurs, tous genres et horizons confondus, ne peuvent plus se passer du magnétique Mads Mikkelsen. Le guerrier silencieux de Nicolas Winding Refn enchaîne les premiers rôles, rafle les prix d’interprétation et se paie le luxe d’être le héros d’une série américaine déjà culte. En regardant de plus près sa filmographie, plusieurs films récents mettent en évidence une constante dans le choix de ses rôles : justes, bons et loyaux, les personnages qu’il incarne finissent toujours par s’en prendre plein la figure. Mads Mikkelsen aurait-il une prédisposition à jouer les martyrs ?

 

Michael Kohlhaas

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Arnaud des Pallières
2013 – France — Allemagne
DVD/Blu-ray M6 Vidéo

Au XVIe siècle dans les Cévennes, Michael Kohlhaas (Mads Mikkelsen), marchand de chevaux protestant d’origine allemande, coule des jours heureux avec sa femme et sa fille. Un jour, en se rendant à la foire pour vendre des bêtes, il se heurte à un baronnet (Swann Arlaud) qui l’oblige à payer un droit de péage pour traverser ses terres, alors que cette taxe a été abolie. Parce qu’il n’a pas d’argent sur lui, Kohlhaas est contraint de laisser en gage deux de ses chevaux et son valet. Lorsqu’il revient, il constate que ses bêtes ont subi des mauvais traitements, tout comme son valet, qui a dû s’enfuir. Décidé à faire valoir ses droits, le marchand saisit la justice. Mais le jeune baron étant parent de la famille royale, il est débouté par le tribunal. Kohllhaas s’entête alors à obtenir réparation, même s’il doit lever une armée pour y réussir…

Déjà porté à l’écran en 1969 par Volker Schlöndorff, le roman philosophique de l’Allemand Heinrich von Kleist, publié en 1810 et prisé par Kafka, est revisité avec une rare radicalité dans le film du Français Arnaud des Pallières. La mise en scène épurée, les décors naturels austères et rugueux, et la présence imposante et magnifique de Mads Mikkelsen en font une œuvre à la fois singulière et universelle, très proche du cinéma d’Herzog. L’acteur danois est impérial dans ce rôle de rebelle entêté, à la fois doux et implacable, prêt à mettre le royaume à feu et à sang, assoiffé de justice au point de tout lui sacrifier. Le dilemme moral posé par l’auteur allemand résonne de manière éclatante. Sous ses atours de western médiéval, Michael Kohlhaas interroge sur le bien fondé de la vengeance et de la justice qui conduit au fanatisme. La puissance naturaliste du film fascine. L’âpreté et la démesure du héros se reflètent dans les paysages remarquablement photographiés par la chef-opératrice Jeanne Lapoirie, tandis que la musique médiévale de Martin Wheeler se fait complice de la nature (vent, murmure des ruisseaux, bourdonnements d’insectes, bruissements des arbres…). En clin d’œil à sa prestation dans La Marquise d’O de Rohmer, adapté lui aussi d’un roman de Heinrich von Kleist, Bruno Ganz joue un gouverneur sensible, tandis que Denis Lavant campe un Luther épatant. En dépit de sa violence brute, de la pertinence de son discours et de la splendeur de ses images, Michael Kohlhaas a divisé la critique et le public du festival de Cannes 2013, où il était en compétition. Ce film remarquable a obtenu en 2014 les César de la Meilleure musique originale et du Meilleur son.

BANDE-ANNONCE

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La chasse (Jagten)

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Thomas Vinterberg
2012 — Danemark
DVD/Blu-ray Studiocanal

Dans une petite ville du Danemark, Lucas (Mads Mikkelsen) est animateur au jardin d’enfants depuis la fermeture de l’école où il était professeur. Eprouvé par un divorce difficile, ce quadragénaire doux et patient est adoré par les bambins. Un peu trop. Un jour il éconduit délicatement la fille de son meilleur ami, qui vient de lui faire une déclaration d’amour. Vexée, l’enfant se venge en laissant croire à la directrice que Lucas a eu, envers elle, un comportement inconvenant. Ce petit mensonge va prendre des proportions démesurées…

Remarqué en 1995 pour le phénoménal Festen, réalisé selon les principes du Dogme, dont il est le cofondateur (avec, entre autres, son compatriote Lars von Trier), le Danois Thomas Vinterberg est revenu en force avec ce film choc qui a valu à Mads Mikkelsen le Prix d’interprétation à Cannes en 2013. La chasse pourrait être l’antithèse de Festen, qui dénonçait les actes incestueux d’un patriarche, homme respecté dont la moralité ne pouvait être mise en cause. Ici, au contraire, la personnalité sans équivoque de Lucas, un type bien, apprécié de tous les membres de la communauté, ne va en aucune façon mettre un frein à l’hystérie collective. Lucas n’aura même pas droit au bénéfice du doute. En 1967, André Cayatte, fervent défenseur de la présomption d’innocence, développait une intrigue similaire dans Les risques du métier, dans lequel Jacques Brel incarnait un instituteur accusé de viol par l’une de ses élèves. Quarante-cinq ans plus tard, Vinterberg délaisse le réalisme propre à Cayatte et n’hésite pas à outrer les situations. La chasse est bel et bien un conte, dans lequel la noirceur de la nature humaine est exacerbée. Ainsi, la violence de la réaction des collègues et amis de Lucas vire à la haine pure et simple, tandis que ce dernier s’accroche à son innocence avec une passivité presque christique. Le mensonge de l’enfant, avéré pour le spectateur dès le début du film, n’est pas tant au centre du récit que la trahison des proches, dont une simple rumeur, un prétexte en somme, est à l’origine. Même si la fillette avoue très vite son mensonge (« j’ai dit des bêtises »), il est déjà trop tard. Les adultes ne l’entendent plus. La machine est en marche. La chasse est ouverte. Tel un archange, Mads Mikkelsen, au jeu retenu et intériorisé, campe à la perfection cet innocent traqué, méprisé et digne, qui se tient droit devant l’injustice des hommes et reste humain, jusqu’au bout.

BANDE-ANNONCE

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Royal Affair (En Kongelig Affære)

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Nikolaj Arcel
2012 – Danemark – Suède – République tchèque
DVD/Blu-ray Jour2Fête

En 1766, la jeune Caroline Mathilde de Hanovre (Alicia Vikander) quitte son Angleterre natale pour épouser le roi Christian VII du Danemark (Mikkel Boe Følsgaard, impressionnant), de deux ans son aîné. Jeune fille instruite et éclairée, elle découvre avec désappointement la personnalité psychologiquement instable de son mari, qui lui préfère les prostituées des bas-fonds de la ville. Elle déchante également face à l’obscurantisme de ce pays qui censure les écrivains et philosophes des Lumières, qu’elle aime tant. Après avoir donné naissance à un héritier, la jeune reine se résigne à la solitude. Mais l’arrivée du nouveau médecin personnel du roi, le séduisant Allemand Johann Friedrich Struensee (Mads Mikkelsen), un homme humaniste et progressiste, va bouleverser son existence, et le destin du Danemark tout entier…

Royal Affair retrace une page méconnue de l’histoire du Danemark avec un remarquable sens du romanesque. L’académisme de la reconstitution est bousculé par le souffle du romantisme, exhalé par les charismatiques Mads Mikkelsen et Alicia Vikander, jeune actrice suédoise remarquée aux côtés de Keira Knightley dans le récent Anna Karénine. Le scénario est inspiré du Médecin personnel du roi, roman de Per Olov Enquist, mais se base surtout sur Prinsesse Af Blodet, de Bodil Steensen-Leth, qui adopte le point de vue de la reine Caroline. Habile, Nikolaj Arcel fait une peinture pleine d’humour de ce royaume du Danemark sous emprise du clergé, empesé et arriéré, qui va connaître un envol inespéré grâce aux idées progressistes de Struensee, que partage la jeune reine. L’influence de ce disciple des Lumières sur le roi maniaco-dépressif fait des miracles. Christian VII, peu intéressé par l’exercice du pouvoir, laisse à son médecin, devenu ministre, le champ libre pour réformer le pays sa guise, et devient, un temps, le monarque le plus éclairé d’Europe. Hélas, la découverte par la cour réactionnaire et hostile à Strensee de la liaison adultère de la reine avec le mentor du roi sonnera la fin de la récréation pour le Danemark. La suite sera tragique. Entre combats politiques et amours clandestines, Royal Affair gagne sur tous les tableaux, et se révèle à la fois cours d’histoire pédagogique et divertissement palpitant et glamour. Nominé en 2013 à l’Oscar et au César du Meilleur film étranger, le film a remporté deux Ours d’argent à Berlin en 2012, pour le scénario et la performance stupéfiante de Mikkel Boe Følsgaard.

BANDE-ANNONCE

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PHILIP SEYMOUR HOFFMAN, ACTEUR DE GÉNIE

Retour sur quelques-uns des films mémorables auxquels a collaboré l’émouvant et fabuleux Philip Seymour Hoffman, disparu prématurément le 2 février 2014, à quarante-six ans.

 

Magnolia

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Paul Thomas Anderson
1999

Le ciel limpide de Californie est sur le point de s’assombrir dangereusement. En quelques heures, un orage va faire basculer le destin de plusieurs individus qui vont se croiser dans d’étonnantes circonstances…

En partant du principe que dans la vie, tout peut arriver, et que parfois même, la réalité dépasse la fiction, Paul Thomas Anderson, inspiré par la chanson « A Day In A Life » des Beatles, a dressé un portrait sans concession d’un groupe d’individus. Le magnolia est un arbre à grandes fleurs solitaires (comme celle que l’on voit sur l’affiche), mais c’est aussi le nom du boulevard à l’ambiance très particulière, qui coupe la San Fernando Valley près de Los Angeles (ville du cinéaste) et de Reseda. Le sujet du film fait immédiatement référence à  Short Cuts de Robert Altman mais après visionnage, c’est au cinéma de Claude Lelouch que celui de Paul Thomas Anderson ressemble. En effet, il partage avec le cinéaste français le même amour pour les acteurs, au point d’avoir réalisé en 1995 un premier long-métrage, Hard Eight, uniquement pour le plaisir d’y voir évoluer son comédien favori, Philip Baker Hall. Film après film, il va imposer à ses côtés la même équipe : Philip Baker Hall, John C. Reilly, Philip Seymour Hoffman, Melora Walters. Aux fidèles sont venus ici s’ajouter de nouveaux adeptes comme Tom Cruise, Julianne Moore (de la bande de Robert Altman) ou Jason Robards (son rôle dans Magnolia était prémonitoire : celui qui fut acteur légendaire chez Sam Peckinpah et époux d’un temps de Lauren Bacall, est en effet décédé le 26 décembre 2000 à 74 ans, d’un cancer). Plus que tout, P.T. Anderson aime mettre ses interprètes en situation et les pousser dans leurs retranchements. La caméra semble filer pour se poser, contemplative, devant la magie des scènes intimistes dans lesquelles les personnages révèlent toute leur humanité, dans ce qu’elle a de meilleur ou de pire. Sous ses atours de soap-opera, Magnolia est un puzzle constitué d’hommes et de femmes qui vont et viennent dans la fureur, laissant les spectateurs désarçonnés, avec la sensation de l’imminence d’un fléau. Trahison, abandon, maladie, hantent cette œuvre fleuve en partie autobiographique où les uns cherchent à racheter leurs fautes tandis que d’autres sont confrontés au désespoir. Outre l’interprétation, la musique (Jon Brion, Aimee Mann, Supertramp) est un élément essentiel du film (P.T. Anderson est fiancé avec Fiona Apple) et pour la première fois au cinéma, deux thèmes musicaux se chevauchent presque en permanence, à l’image des destins qui s’entrecroisent. Considéré à juste titre comme l’un des meilleurs films de 1999 par la critique et le public, Magnolia a propulsé Paul Thomas Anderson au rang des cinéastes les plus prometteurs d’outre-Atlantique, avec Spike Jonze et David O’Russell. Bien que son cinéaste fétiche soit Jonathan Demme, Paul Thomas Anderson possède une ferveur très lelouchienne qui lui permettrait de filmer n’importe quoi, n’importe où, avec la même virtuosité.

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Chronique rédigée pour fnac.com en 2001

 

Presque célèbre (Almost Famous)

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Cameron Crowe
2000

En 1973, David Bowie chante « Aladdin Sane » tandis que William (Patrick Fugit), 15 ans, rêve d’écrire sur le rock. Sa rencontre instructive avec le légendaire rock-critic Lester Banks (Philip Seymour Hoffman) va lui permettre de se faire embaucher comme reporter par l’incontournable magazine Rolling Stone, et cela, malgré les réticences de sa mère (Frances McDormand)…

Témoignage ultime sur un univers dont la magie a aujourd’hui disparu, Presque célèbre, signé en 2001 par un Cameron Crowe en état de grâce, résonne comme un film-testament. Le réalisateur doué de Jerry Maguire avoue avoir travaillé de manière obsessionnelle sur le scénario depuis 1986. Avec intelligence et sensibilité, il raconte sa propre aventure de jeune rock-critic à Rolling Stone dans les années soixante-dix. Bien que souvent véridiques, les faits sont entourés d’une fantaisie poétique qui propulse le film bien au-delà de l’autobiographie. La vision très juste des comètes qui gravitent autour des rock-stars se reflète dans ce parfait équilibre entre rêve inachevé et réalité de feu.

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Chronique rédigée pour fnac.com en 2002

 

Truman Capote (Capote)

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Bennett Miller
2005

Fasciné par l’affaire du meurtre d’une riche famille de fermiers du Kansas perpétré une nuit de novembre 1959, lue un matin dans la rubrique faits divers du New Yorker, le célèbre écrivain-dandy Truman Capote (Philip Seymour Hoffman) envisage d’en faire le sujet de son prochain roman. Il se rend sur les lieux du crime, sympathise avec les villageois et le shérif en charge de l’affaire et assiste même à l’arrestation des meurtriers, deux jeunes paumés. Pour les besoins de son livre, le futur De sang-froid, il devient le confident de l’un d’eux (Clifton Collins Jr.), mais cette implication va profondément l’atteindre…

Brillante réflexion sur l’ambition et le rapport parfois destructeur que l’artiste entretient avec son œuvre, le premier long-métrage de Bennett Miller est un sans-faute. Le scénario remarquable signé par l’acteur Dan Futterman (à l’origine du projet), la mise en scène sobre, la photo très travaillée (une palette de couleurs précises, excluant le bleu, le rouge et les couleurs vives) et la distribution exceptionnelle contribuent à cette totale réussite. Coup de chapeau à Philip Seymour Hoffman, qui parvient à restituer toutes les facettes de la personnalité complexe et géniale de Capote, et à instiller une véritable émotion dans ce combat intérieur d’un homme rattrapé par ses démons. Sa performance lui a valu l’Oscar du Meilleur acteur en 2006. Le film avait été salué par cinq nominations.

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La guerre selon Charlie Wilson (Charlie Wilson’s War)

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Mike Nichols
2007

Au début des années 80, Charlie Wilson (Tom Hanks), député texan fort en gueule, coureur de jupons et fêtard notoire, entreprend, à la demande de la milliardaire et fervente anticommuniste Johanne Herring (Julia Roberts), d’intervenir en Afghanistan. Aidé par un agent de la CIA brillant et intrigant (Philip Seymour Hoffman), Charlie Wilson va ni plus ni moins réussir à faire chuter l’Union Soviétique…

C’est une formidable leçon de cinéma qu’assène le vieux briscard Mike Nichols (Le lauréat, Catch 22, Working Girl…) avec cette satire politique édifiante inspirée d’une histoire vraie (tout aussi ahurissante !). Adaptés du livre du journaliste George Crile, le scénario et les dialogues, brillantissimes, sont signés Aaron Sorkin, fameux créateur de la série A La Maison Blanche, qui s’est acquitté de sa tâche avec une délectation évidente. Si le trio Tom Hanks, Julia Roberts et Philip Seymour Hoffman fait merveille, la performance de ce dernier, en irrésistible espion revanchard et manipulateur, l’emporte haut la main. Elle lui a d’ailleurs valu une nomination à l’Oscar du Meilleur second rôle masculin en 2008.

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Chronique rédigée pour fnac.com en 2008

 

7h 58 ce samedi-là (Before The Devil Knows You’re Dead)

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Sidney Lumet
2007

Hank Hanson (Ethan Hawke) se trouve dans une situation financière désespérée. Las des reproches de son ex-femme qui lui réclame sa pension alimentaire, et de passer pour un loser aux yeux de sa fille, il accepte à contrecœur la proposition insensée de son frère aîné (Philip Seymour Hoffman), comptable véreux désargenté, de dévaliser la bijouterie de leurs parents. La boutique est située dans une banlieue tranquille, et l’unique employée, âgée, ne devrait pas poser de difficulté. Mais rien ne va se passer comme prévu…

Lorsqu’il a découvert le scénario du thriller plutôt ingénieux écrit par Kelly Masterson, Sidney Lumet s’est surtout emballé pour son aspect mélodramatique, qu’il a délibérément accentué, allant jusqu’à lui donner des allures de tragédie grecque. En 2007, à 83 ans, le réalisateur des mémorables Serpico ou Un après midi de chien parvient encore à surprendre avec ce film implacable, d’une intensité et cruauté inouïe, qui explore sans ambages les profondeurs et la noirceur de l’âme humaine. L’excellence des acteurs (Ethan Hawke, Marisa Tomei, Albert Finney et surtout Philip Seymour Hoffman) fait oublier les quelques imperfections, tel l’emploi abusif du procédé Rashomon (filmer le même événement de manière répétitive mais selon des perspectives différentes), qui plombe un peu le récit. Le titre original est bien plus inspiré : Before Te Devil Knows You’re Dead. Il s’agit du dernier film du cinéaste, décédé en 2011.


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Chronique rédigée pour fnac.com en 2008

 

Good Morning England (The Boat That Rocked)

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Richard Curtis
2009

En 1966, un jeune rebelle (Tom Sturridge) fraîchement renvoyé du lycée est sommé d’aller réfléchir à son avenir auprès de son parrain. Mais le parrain en question (Bill Nighy) est patron d’une radio pirate qui émet illégalement, depuis un bateau en mer du Nord, ce rock’n’roll qui enflamme l’Angleterre, au grand dam du gouvernement britannique…

Hommage aux sixties (période Swingin’ London) et à la musique qui va avec, la comédie réalisée en 2009 par Richard Curtis est totalement euphorisante. Sur un florilège de tubes (où ne manquent, pour une question de droits exorbitants, que ceux des Beatles), elle entraîne dans le quotidien de ces DJ en haute mer, irrévérencieux, déjantés et charismatiques, qui ont fait souffler un vent de liberté dans la rigide Albion (la BBC ne diffusait alors que 45 minutes de pop par jour). Inspiré de l’histoire de la légendaire Radio Caroline, ce film-fantasme, comme l’était déjà le précédent et génial Love Actually, est truffé d’instantanés de l’époque à rendre nostalgiques même ceux qui ne l’ont pas vécue. Good Morning England (The Boat That Rocked) réunit le fleuron des acteurs anglais (Bill Nighy, Kenneth Branagh, Rhys Ifans, Nick Frost…) auquel le fabuleux Philip Seymour Hoffman ajoute, s’il en était besoin, un supplément d’âme et d’extravagance.

Film Title: THE BOAT THAT ROCKED
Chronique rédigée pour fnac.com en 2009

Un homme très recherché (A Most Wanted Man) critique