SEUL SUR MARS (THE MARTIAN)

La science-fiction n’avait jamais été le truc de Ridley Scott jusqu’à ce qu’il découvre 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Force est de constater que le genre lui a, depuis, plutôt bien réussi : Alien, Prometheus, sans oublier Blade Runner (des suites sont en préparation), et aujourd’hui ce Seul sur Mars, qui étonne par son optimisme et son ton singulièrement désinvolte. Moins sensoriel que Gravity, moins métaphysique que Interstellar, ce film de SF classique et très solaire raconte la mésaventure d’un astronaute laissé pour mort sur la planète rouge, et qui va s’attacher, avec des trésors d’ingéniosité, à y survivre. Un vrai feel good movie, doté d’une distribution de folie.

 

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« It’s a strange feeling. Everywhere I go, I’m the first. »

 

Seul sur Mars (The Martian)

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Ridley Scott
2015 (dans les salles françaises depuis le 21 octobre)

A cause d’une violente tempête de sable, six astronautes en mission sur Mars sont contraints d’évacuer la planète en urgence. Aveuglés par les éléments déchaînés, ils se hâtent de regagner leur capsule, mais Mark Watney (Matt Damon) est percuté par un débris. Ses coéquipiers, convaincus qu’il a été tué sur le coup, n’ont pas d’autre alternative que de l’abandonner. Lorsque Mark reprend conscience, seul sur cette planète hostile, il se met immédiatement à organiser sa survie en attendant l’arrivée de la prochaine mission habitée, planifiée… quatre ans plus tard ! Il va lui falloir tenir dans un habitat prévu pour un mois, et trouver le moyen de contacter la Terre, alors que les moyens de communication sont détruits…

« L’aventure de Mark Watney, a déclaré Ridley Scott dans un entretien à Télérama lors de la sortie du film, aurait très bien pu se dérouler ailleurs que sur Mars. Le sujet, c’est l’ingéniosité d’un homme à surmonter une situation critique où sa vie est en danger. » Il a beau prétendre le contraire, le cinéaste anglais, épaulé par les conseillers de la NASA, a pourtant bien réalisé un film de science-fiction dont le réalisme, à quelques (gros) détails près, a même épaté les scientifiques. Très fidèlement adapté d’un roman homonyme d’Andy Weir — bien que le scénariste russe Mikhail Raskhodnikov ait récemment dénoncé un plagiat de son scénario The Martian envoyé aux grands studios russes et américains — le film est une merveille d’efficacité. A l’image de son héros incarné par le sympathique Matt Damon (mariage parfait de l’all american boy et du boy next door), Seul sur Mars joue la carte de l’optimisme à tous crins. Pas de philosophie new-age, de vision mystique, ni de lyrisme échevelé. Ici, le pragmatisme prévaut. Mi-Robinson de l’espace, mi- MacGyver, Mark sait qu’il lui faut résoudre un problème après l’autre. Dans son malheur, reconnaît-il, il a la chance d’être botaniste. Le voilà donc reconverti agriculteur, tentant de faire pousser des pommes de terre dans une terre martienne stérile, préalablement fertilisée avec les excréments lyophilisés de ses coéquipiers. L’humour constant du personnage, ses petites blagues puériles (« Je vais devoir en chier, de la science ! », « Techniquement, j’ai colonisé Mars. Et toc, Neil Armstrong ! ») contrastent avec la gravité de sa situation. La tension et le stress sont également désamorcés par l’intrusion de chansons disco (Donna Summer, Gloria Gaynor, Thelma Houston, Abba…), seule musique que Mark a sa disposition, laissée par la commandant de l’équipe (on notera que, dans la bande-son, l’enjouée « Starman » de David Bowie a été préférée à l’attendue « Life On Mars? »). Sur Terre en revanche, ses collègues de la NASA rigolent beaucoup moins. Car en découvrant sur une image satellite que Watney est vivant, c’est un tsunami qui va agiter tous ces brillants cerveaux tenus d’organiser une mission de sauvetage. Eux aussi vont devoir faire appel à leur imagination, au système D, mais aussi contourner la bureaucratie, et convaincre des leaders timorés. De manière imparable, Ridley Scott garantit le spectacle, le suspense et le rythme, grâce aux allers-retours entre la planète rouge aux visuels magnifiques et la NASA en plein brainstorming. Car ironie de ce film qui parle de solitude, la distribution est un foisonnement de stars, des grand et petit écrans : Jessica Chastain, Kristen Wiig, Jeff Daniels, Michael Pena, Sean Bean, Kate Mara, Chiwetel Ejiofor, Mackenzie Davis, Sebastian Stan… N’en jetez plus ! On pourra bien sûr reprocher au film sa simplicité narrative, son humour de nerd, son manque d’ambition artistique (il n’a ni la profondeur, ni la poésie de son illustre aîné Mission To Mars et a fortiori de 2001…), mais en ces temps troublés et sombres, cet éloge de la science, de l’intelligence et de la solidarité dégage quelque chose d’euphorisant et d’éminemment sympathique.
(2 h 24)

BANDE-ANNONCE

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FAST & CURIOUS Octobre 2015

En vitesse rapide, vus au ciné, en Blu-ray /DVD ou à la télévision ce mois-ci…

 

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Le labyrinthe : La terre brûlée (Maze Runner : The Scorch Trials)

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Wes Ball
2015 (Dans les salles françaises depuis le 7 octobre)

Un an après, la suite de Labyrinthe, le film de science-fiction pour ados adapté de la série de romans de James Dashner…

Si le premier épisode était adroit et inventif, le deuxième se révèle plus convenu dans la forme, mais tout aussi captivant. Signé, comme son prédécesseur, par Wes Ball, réalisateur venu des effets spéciaux, le film, très efficace, entraîne, façon montagnes russes dans une course-poursuite haletante à travers des décors post-apocalyptiques grandioses. Un univers truffé de références (à Mad Max 2, The Walking Dead, Star Wars…) et très ludique. On est séduit par ces séquences horrifiques et d’action bien fichues, et ces jeunes comédiens sympathiques (dont plusieurs ressortissants de Game Of Thrones). Moins pompeux que Hunger Games et beaucoup plus divertissant ! Troisième volet attendu en 2017.
(2 h 13) Avec Dylan O’Brien, Hi Hong Lee, Kaya Scodelario, Thomas Brodie-Sangster, Patricia Clarkson, Aidan Gillen, Lili Taylor, Barry Pepper…
Bande-annonce
***

Prédestination (Predestination)

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Michael et Peter Spierig
2014

Un agent temporel poursuit un criminel qui lui a échappé toute sa vie…

Grand risque de burn-out devant cet ambitieux thriller de science-fiction aux allures de Dark City paru directement en vidéo et adapté de la nouvelle All You Zombies de Robert A. Heinlein (un de ses romans, Etoiles, garde-à-vous !, avait inspiré à Paul Verhoeven l’excellent Starship Troopers). Pourtant (lorsqu’on l’a comprise), l’idée se révèle incroyablement audacieuse. Dommage que les réalisateurs du réjouissant Daybreakers, qui explorait d’une manière inédite le thème du vampire, aient un peu trop emberlificoté leur casse-tête au point de le rendre un tantinet illogique. Demeurent des scènes fascinantes, emmenées par les très bons Ethan Hawke et la troublante Australienne Sarah Snook. A revoir en boucle !
OCS (1h 37) Avec Ethan Hawke, Sarah Snook, Noah Taylor…
Bande-annonce
***

Le loup de Wall Street (The Wolf Of Wall Street)

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Martin Scorsese
2013

Dans les années 80, l’ascension vertigineuse et la chute d’un trader frauduleux, histoire adaptée de l’autobiographie homonyme de Jordan Belfort…

Ne serait-ce que pour la performance de Leonardo DiCaprio, qui joue cet escroc cynique et immoral, moitié bouffon moitié ordure, avec l’endurance d’un marathonien, Le loup de Wall Street vaut ces presque trois heures d’hystérie. La forme épouse parfaitement le fond, mais on frôle l’indigestion durant la première heure, matraquage sauvage de sexe, de drogue et de tubes pop/rock (le plus souvent anachroniques, comme dans Casino). Cette surenchère visuelle et sonore censée refléter le chaos décadent et monstrueux dans lequel baignent le héros et ses disciples ennuie et épuise davantage qu’elle ne fascine. On se réjouit donc de l’arrivée des emmerdes et du FBI, qui redonnent de l’intérêt à ces turpitudes excessives et engendrent des scènes franchement désopilantes, dont certaines sont devenues culte (celle de la prise de Quaaludes Lemmon 714 périmés, au hasard). On retient aussi numéros savoureux de Matthew McConaughey, Jonah Hill et de la révélation australienne Margot Robbie. En dépit de ses cinq nominations aux Oscars en 2014, ce méga carton au box-office est reparti bredouille. Comme quoi…
Canal+ (2h 59) Avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie, Kyle Chandler, Rob Reiner, Matthew McConaughey, Jon Berthal…
Bande-annonce
*** 

Art Of Steal (The Art Of The Steal)

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Jonathan Sobol
2013

Un ex-voleur de tableaux reconverti cascadeur de foire, accepte un dernier coup proposé par son demi-frère et ex-associé, qui l’a pourtant envoyé en prison durant cinq ans…

Paru directement en vidéo, le deuxième long-métrage du Canadien Jonathan Sobol est une petite merveille d’humour. La mise en scène rythmée et astucieuse, le travail sur l’image (split-screen, flash-back très rétro…), l’intrigue bien ficelée, et les prestations hilarantes de cette brochette aux petits oignons (Kurt Russell, Matt Dillon, Jay Baruchel, Terence Stamp…) font de ce divertissement un véritable antidépresseur, tordant jusqu’au bout du générique de fin.
OCS Max (1h 30) Avec Kurt Russell, Matt Dillon, Jay Baruchel, Terence Stamp, Kenneth Welsh, Chris Diamantopoulos, Katheryn Winnick…
Bande-annonce
**** 

Inside Llewyn Davis

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Ethan et Joel Coen
2013 (Grand Prix du Jury du festival de Cannes 2013)

En 1961, quelques jours dans la vie chaotique d’un jeune chanteur de folk qui tente de percer à New York et va de déconvenue en déconvenue…

Conçu comme une chanson folk, le film d’Ethan et Joel Cohen frise la perfection. Les mésaventures de Llewyn Davis, personnage fictif librement inspiré du chanteur Dave Van Ronk, ont invariablement quelque chose de burlesque et d’absurde. Constamment en décalage avec ses proches et son environnement, le personnage, se révèle lui-même tragicomique (épatant Oscar Isaac, qui interprète lui-même ses chansons). Il nous transporte dans ce Greenwich Village en pleine émergence de talents venus dépoussiérer la musique traditionnelle américaine. Sur la scène du Gaslight Cafe, s’agitent les fantômes de Jim Glover et Jean Ray, Peter, Paul & Marie, Tom Paxton, Ramblin’ Jack Elliott et, bien sûr, Bob Dylan. La photo léchée du chef-opérateur français Bruno Delbonnel confère des accents magiques à la lumière de l’hiver new-yorkais de ces mythiques sixties. Beau, drôle, poétique, un peu triste et extrêmement attachant.
Ciné+ Club (1 h 44) Avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, Justin Timberlake, John Goodman…
Bande-annonce
****

Dix pour cent — Saison 1

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Série créée en 2015 par Fanny Herrero d’après une idée originale de Dominique Besnehard

Chronique du quotidien d’une prestigieuse agence artistique parisienne…

La presse et les médias ont déroulé le tapis rouge à cette série annoncée comme la meilleure série française du moment, si ce n’est de l’histoire de l’Hexagone. Pas de quoi pourtant sauter au plafond. Dix pour cent, qui tente de rendre sympathique un milieu qui ne l’est pas, n’a ni le mordant ni la folie de sa consœur américaine Entourage. Elle se regarde néanmoins sans déplaisir, grâce au savoir-faire de la scénariste Fanny Herrero (Un village français, Fais pas ci, fais pas ça), à des anecdotes savoureuses directement issues de l’expérience de Dominique Besnehard, qui fut le roi des agents en France, à des numéros d’autodérision des acteurs dans leur propre rôle, et au joli talent de Camille Cottin (La Connasse de Canal+). Dommage que les bonnes idées soient un peu trop asphyxiées par la mise en scène plan-plan, les clichés (l’incontournable assistant homosexuel qui joue les folasses…) et les bons sentiments.
France 2 (Six épisodes de 52 minutes) Avec Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Grégory Montel, Liliane Rovère, Fanny Sydney…
Bande-annonce
** 

Coup de cœur 

Art Of Steal
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L’HOMME IRRATIONNEL

Il en va du cinéma de Woody Allen comme du vin. Invariablement, à chaque nouvel opus du cinéaste, il n’est question que de grands ou de petits crus. Si dans les millésimes, figurent indubitablement 1977 (Annie Hall), 1979 (Manhattan), 1986 (Hannah et ses sœurs) et plus récemment 2005 (Match Point), on dénombre moult films d’exception (Comédie érotique d’une nuit d’été, Meurtres mystérieux à Manhattan, Whatever Works, Blue Jasmine…), mais aussi des petits bijoux d’apparence plus modeste (les petites récoltes) qui se placent néanmoins toujours au-dessus de la mêlée, car un Woody Allen est très rarement mauvais. Sur les écrans depuis le 14 octobre, L’homme irrationnel fait ainsi partie de ces petits crus qui, comme le précédent Magic In The Moonlight, ne font pas forcément l’unanimité, mais enchantent de manière vertigineuse ceux qui se sentent en connivence, voire en intelligence avec l’esprit torturé et fantaisiste du cinéaste. Pour ceux-là, L’homme irrationnel est tout bonnement jubilatoire.

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Abe : « I couldn’t remember the reason for living and when I did, it wasn’t convincing.
Jill : You suffer from despair.
Abe : How comforting that would be. »

 

L’homme irrationnel (Irrational Man)

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Woody Allen
2015 (Présenté hors compétition à Cannes en mai 2015. Dans les salles françaises depuis le 14 octobre 2015)

A l’université de Newport, sur la côte est des Etats-Unis, la nouvelle de l’arrivée du célèbre professeur de philosophie Abe Lucas (Joaquin Phoenix) met le campus en émoi. Les rumeurs les plus folles courent sur cet intellectuel séduisant, brillant et engagé, qui fascine autant le corps enseignant que les élèves. Tout ce petit monde va vite déchanter : Abe Lucas n’est plus qu’un homme au bord du gouffre, désabusé, alcoolique et extrêmement dépressif. Deux femmes pourtant vont s’évertuer à le sortir de sa léthargie. S’il cède aux avances de la première, une collègue mal mariée (Parker Posey, très drôle… ), il résiste à celles de la seconde, l’étudiante la plus futée de sa classe (Emma Stone), dont il préfère rester ami. Un jour, alors qu’il déjeune dans un restaurant avec cette dernière, Abe surprend une conversation à la table voisine. Ce coup de pouce du destin va redonner un sens à sa vie, d’une manière on ne peut plus radicale…

Depuis Magic In The Moonlight, l’esprit de Lubitsch hante Woody Allen. Revenons un instant sur cette comédie pleine de fantaisie, considérée par ses détracteurs comme un film « facile », « sucré », « léger », bref indigne du maître de la comédie new-yorkaise, et qui est, au contraire, un petit bijou d’orfèvrerie, savamment ciselé, dont la subtilité et la fluidité émerveillent constamment. Il y avait incontestablement du Lubitsch dans ce tour de passe-passe (non sans réflexions pertinentes) illuminé par la surdouée Emma Stone, dans ces dialogues spirituels, et dans ce jeu de séduction entre les deux protagonistes, digne des meilleures screwball comedies :

Sophie (Emma Stone) : « Vous-même admettez que j’ai des traits bien dessinés ?
Stanley (Colin Firth) : Oh ils sont même plus que cela, du moment que vous êtes éclairée comme il faut.
Sophie : A quel moment du jour exactement ? Vous pouvez me dire ? Au cas où je devrais être à mon avantage… pour un entretien d’embauche.
Stanley : Au crépuscule ! Vers 20h 20 en été, quand la lumière décline.
Sophie : Oh si je comprends bien, la lumière doit décliner pour que je ne sois pas trop… visible.
Stanley : Exactement ! »

Ainsi, de Colin Firth, rationnel jusqu’à l’absurde dans Magic In The Moonlight, Joaquin Phoenix serait l’opposé dans L’homme irrationnel, dont la première partie virevolte au rythme d’un classique du jazz, « The ‘In’ Crowd » par le Ramsey Lewis Trio (c’est la première incursion musicale, le générique en étant entièrement privé). La gaieté du morceau crée un décalage savoureux avec l’apathie du héros, autour duquel les femmes tournent comme des mouches. Comme dans Magic In The Moonlight, Woody Allen introduit ses personnages avec une virtuosité et une espièglerie réjouissantes (toujours sous l’œil, magique, du chef opérateur Darius Khondji). Abe Lucas est donc une âme perdue, qui ne croit plus en rien et surtout pas au bonheur. Toute la problématique du film (et du cinéaste) est résumée dans cette mise en garde d’Abe à l’encontre de ses élèves : « Il y a une vraie différence entre un monde théorique de philosophie à la con et la vraie vie. ». Pour autant Woody Allen ne s’appesantit pas sur le travail d’enseignant de son héros (un peu de Kant par ci, de Sartre par là… ). Ce n’est pas l’essentiel. Il s’amuse surtout à tourner la philosophie en dérision, démontrant ainsi que non seulement, elle n’aide pas à vivre, mais n’est rien face à la force du réel et au caractère absurde et aléatoire de l’existence. Car, comme toujours chez le réalisateur, la légèreté apparente dissimule des réflexions personnelles, et on notera que si, dans chaque opus, le héros est une déclinaison de Woody Allen lui-même, il a toujours une identité propre, et les films ne sont jamais de simples copies des précédents.
Ainsi, c’est par le truchement du hasard qu’Abe Lucas va reprendre goût à la vie. Pour se sentir vivant, il lui faut commettre un crime. Un meurtre utile et parfait. Sans perdre pour autant son allant, le film bascule alors dans un registre plus hitchcockien (on pense inévitablement à La corde ou au Crime était presque parfait), et renoue avec les précédents Crimes et délits, Meurtres mystérieux à Manhattan, et les sombres Le rêve de Cassandre et  Match Point. Lubitsch cède peu à peu la place à Dostoïevski (Abe Lucas, comme Woody Allen, en est friand). La relation entre l’élève et son mentor prend elle aussi une autre tournure, qui va pousser la jeune fille romantique et naïve à révéler sa véritable nature. Face à un Joaquin Phoenix impeccable en dépressif torturé, Emma Stone rayonne, et finit par damer le pion à son partenaire. Woody Allen avait vu en elle une jeune Diane Keaton. Comme son aînée, l’actrice américaine excelle dans tous les registres, et se révèle même lubitschienne en diable (on l’imagine parfaitement en Cluny Brown dans La folle ingénue). Elle est le cœur du film, plus encore que ce professeur réfléchi qui se met subitement à adopter un comportement imprévisible et dangereux. Enfin, comme pour Match Point, chaque spectateur pourra mesurer son degré de moralité en fonction de son capital de sympathie envers le héros, ici le personnage tragicomique d’Abe Lucas, irrationnel malgré lui.
(1 h 35) Avec Jamie Blackley, Betsy Aidem, Ethan Phillips…

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