CHOOSE ME

Le chassé-croisé sentimental mis en scène par Alan Rudolph en 1984 renaît en Blu-ray. Un film inclassable et furieusement romantique, bercé par la voix du crooner Teddy Pendergrass, avec un trio irrésistible : Keith Carradine, Lesley Ann Warren, Geneviève Bujold.

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« God, you love to stare at women.
– Old habit. »

  

CHOOSE ME

Alan Rudolph
1984
Disponible en Blu-ray et DVD chez BQHL Éditions depuis le 28 juillet 2026

Un soir à Los Angeles, l’étrange et séduisant Mickey (Keith Carradine) débarque au Eve’s, le bar de nuit tenu par Eve (Lesley Ann Warren), une ex-prostituée au grand cœur. Il y rencontre Pearl (Rae Dawn Chong), épouse trompée et désabusée. Bientôt, Mickey va faire la connaissance de Nancy Love (Geneviève Bujold), célèbre psychologue et animatrice qui dispense à la radio ses conseils sur l’amour, et qui vient incognito d’emménager chez Eve. Tous vont voir leur destin s’entremêler…

 Cinéaste américain éclectique, atypique et un peu oublié, Alan Rudolph a signé au milieu des années 80 deux petits bijoux : Choose Me et Wanda’s Café (Trouble In Mind) pour lesquels il a inventé un style, mélange de l’esprit série B des années 40 — les affiches de films de l’âge d’or d’Hollywood se fondent dans le décor —  de romantisme (un petit côté fleur bleue) et de modernisme débridé. Dans les deux, brillent Geneviève Bujold et Keith Carradine, comédiens fétiches du réalisateur. Par ailleurs, ce formidable directeur d’acteurs a souvent offert à ses interprètes leurs meilleurs rôles, apportant aux débutants, aux oubliés ou à ceux condamnés à un seul genre, une dimension surnaturelle.

Véritable philtre d’amour, comme le sera Wanda’s Café l’année suivante, Choose Me devait à l’origine être le clip vidéo destiné à la chanson du crooner Teddy Pendergrass « You’re My Choice Tonight (Choose Me) » écrite et produite par Luther Vandross et Marcus Miller. Alan Rudolph, sollicité par les producteurs Shep Gordon (le manager historique d’Alice Cooper !) et Carolyn Pfeiffer, a suggéré d’en faire un long-métrage, dont le titre serait le thème principal de la bande originale. Malgré un budget modeste, il a tissé un ballet sentimental et jazzy, aux allures de conte de fées. Lesley Ann Warren, géniale dans Victor Victoria, est délicieuse, Keith Carradine, très séduisant, et la Québécoise Geneviève Bujold, touchante en psychothérapeute paumée. On reconnaît aussi Rae Dawn Chong, révélée par La Guerre du feu, et le Belge Patrick Bauchau, amusant en sale type éconduit. Principalement tourné la nuit pour profiter des rues désertes de Los Angeles, et magnifié par les chansons de Teddy Pendergrass, ce rêve éveillé, sensuel et un peu dingue, a quelque chose de magique.
1 h 46 Et avec John Larroquette, John Considine, Sandra Will, Robert Gould…

 

 

TEST BLU-RAY

Le Blu-ray reprend le master (et la jaquette) de la précédente édition Criterion et propose une image propre, lumineuse et contrastée. Le son en DTS Master Audio 2.0 offre une belle amplitude aux chansons de Teddy Pendergrass.  En guise de bonus, l’édition, supervisée par Marc Toullec est enrichie d’un livret de 28 pages sur l’histoire, plutôt étonnante, du tournage. On y découvre qu’Alan Rudolph a laissé une grande liberté d’improvisation à ses acteurs, que Geneviève Bujold, qui rêvait pourtant de tourner avec le cinéaste, a hésité avant d’accepter ce rôle audacieux et que Lesley Ann Warren considère Choose Me comme son préféré parmi tous les films de sa filmographie…

 

PAST LIVES, NOS VIES D’AVANT


Celine Song
2023
Dans les salles françaises le 13 décembre 2023

La jeune Na Young et son ami Hae Sung, inséparables lorsqu’ils étaient enfants à Séoul, se disent adieu lorsque la famille de la première émigre au Canada. L’adolescente de douze ans, ambitieuse, vit plutôt bien ce départ, contrairement à Hae Sung, qui en a le cœur brisé. Douze ans plus tard, ils se retrouvent grâce aux réseaux sociaux. Na Young (Greta Lee) se prénomme désormais Nora et aspire à devenir dramaturge à New York. Hae Song (Teo Yoo) vit toujours en Corée du Sud où il étudie l’ingénierie…

Les habitués des K-dramas et autres séries coréennes seront en territoire connu. L’influence du destin y est un élément récurrent. Celine Song s’est inspirée de sa propre expérience pour tisser cette relation complexe entre deux êtres aux aspirations différentes, éloignés géographiquement et qui restent profondément attachés l’un à l’autre. Cette histoire d’amour impossible, filmée avec une délicatesse inouïe, rappelle par bien des aspects In The Mood For Love de Wong Kar-wai. Entre deux balades dans un New York sublime, les deux protagonistes s’interrogent sur leurs décisions. Que se serait-il passé si ? Étaient-ils faits pour être ensemble ? Tout en simplicité et passion retenue, le beau Teo Yoo, vu dans Leto, est poignant. Greta Lee (formidable dans la série The Morning Show) est excellente dans la peau de cette intellectuelle émancipée, occidentalisée et désarçonnée par la force et la sincérité qui émanent de son amour d’enfance. Quant à John Magaro (Call Jane, First Cow, LaRoy…), il brille dans le rôle d’Arthur, le mari de Nora, qui assiste, inquiet et impuissant, à ces retrouvailles. Un premier film extrêmement séduisant, mélancolique et subtil, qui parle de déracinement, d’amour et de regrets.
1h 46 Le film a reçu cinq nominations — Meilleur film, Meilleur réalisation, Meilleur scénario, Meilleure actrice, Meilleur film en langue étrangère — pour les prochains Golden Globes, dont la cérémonie se tiendra le 7 janvier 2024.

 

DECISION TO LEAVE

Avec cette histoire d’amour impossible maquillée en polar, le cinéaste coréen de Joint Security Area, Lady VengeanceOld Boy ou de Mademoiselle atteint des sommets de virtuosité. Il y a du génie dans chaque plan de ce film noir, légitimement primé pour sa mise en scène à Cannes, qui emmène dans un jeu du chat et de la souris où se mêlent les réminiscences de Vertigo, In The Mood Of Love et Basic Instinct. (pas de spoilers dans cet article)

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« Suis-je si perfide ? »

  

DECISION TO LEAVE (Heojil Kyolshim)

Park Chan-wook
2022
Dans les salles françaises depuis le 29 juin 2022

Hae-joon (Park Hae-il), inspecteur de police chevronné à Busan, enquête sur la mort suspecte d’un homme dont le cadavre a été retrouvé au pied de la montagne qu’il venait d’escalader. Il rencontre la jeune veuve de ce dernier Seo-rae (Tang Wei), une femme séduisante au comportement un peu étrange. Il la soupçonne aussitôt tout en étant irrésistiblement attiré par elle…

Même si, lors de la conférence de presse à Cannes, Park Chan-wook s’est défendu de s’en être inspiré, impossible de ne pas penser à Vertigo (Sueurs froides) devant cette histoire d’amour ambiguë. Selon lui pourtant, ce n’est qu’en lisant les critiques que le réalisateur aurait été frappé par les similitudes entre les deux œuvres, provenant, à l’en croire, de son inconscient de cinéphile et fervent admirateur d’Alfred Hitchcock. Authentique jeu de piste, le récit retors coécrit par la scénariste Chung Seo-kyung suit les tourments d’un policier émérite et consciencieux dont le zèle frise parfois le harcèlement : il dort dans sa voiture en surveillant les fenêtres de la suspecte sans qu’on sache s’il est animé par son devoir de flic ou par un voyeurisme irrépressible. Les intentions de cette dernière ne sont pas plus transparentes. On ne sait si cette femme, qui a tout de fatale, est sincèrement attirée par l’enquêteur ou si elle le manipule. Cette incertitude troublante, constante dans le film, en fait tout le charme. La confusion qui s’empare de Hae-joon, inspecteur d’ordinaire placide, l’incite à faire des choses absurdes, qui désorientent son épouse et ses collègues (le repas luxueux en plein interrogatoire ne manque pas de piquant). Tout comme Seo-rae, la séduisante actrice Tang-wei, qui fut l’héroïne de Lust, Caution, de Ang Lee, est chinoise. Elle ne parlait pas le coréen au début du tournage. Ce qui aurait pu être un obstacle s’est avéré profitable pour le personnage qui s’exprime à l’aide d’une application de traduction simultanée, et s’inspire des répliques des séries coréennes qu’elle visionne à la télévision. Son vocabulaire et ses phrases ont ainsi des tournures singulières (cette manie de conclure ses propos par « en définitive » est irrésistible). Park Chan-wook avait habitué à un cinéma de vengeance. La violence s’invite ici par fulgurances, mais au thriller, le cinéaste privilégie l’histoire d’amour. Elle est empreinte de désir, de culpabilité et de pulsions de mort. On est happé par ce rythme lancinant, par la beauté de la photographie (elle est signée Kim Ji-yong, chef-opérateur, entre autres, de A Bittersweet Life et The Fortress) et par la mise en scène subtile, quasi-fétichiste. De la montagne à la mer en passant par la ville, le flic et sa suspecte s’observent, s’affrontent, s’éloignent, et leur manège est fascinant.
2 h 18 Et avec Go Kyung-pyo, Lee Jung-hyun, Yong-woo Park…