2019 CÉSAR, OSCARS, ETC

César 2019

 

« Et pour remettre le premier César de la soirée, celui du Meilleur espoir féminin, j’appelle Yann Moix ! Non…  je suis cool… j’déconne… Voici la magnifique Audrey Fleurot ! »

 

 

La 44èmene restera pas dans les mémoires. En dépit de sa prestation grandiloquente, déguisé en Freddie Mercury, lors de l’ouverture (« Tiens, tiens, tiens, tiens, mais y a pas Adjani… » sur l’air de « Another One Bites The Dust » ce qui lui a valu un #tropdrôle de l’actrice sur Twitter), Kad Merad, chutant sur les mots et trouvant rarement le ton juste, s’est révélé plutôt décevant tout au long de la soirée. On retiendra malgré tout de cette cérémonie présidée le 22 février par Kristin Scott Thomas (déguisée en Agnès Varda) en direct de la Salle Pleyel quelques moments vraiment drôles :

Samson/AFP

Jérôme Commandeur, venu remettre le César du Meilleur montage, a suscité l’hilarité générale en rendant hommage à Betty Marmont, star imaginaire du début du siècle qui disait « Un film, c’est comme un homme, c’est quand c’est bien monté que c’est intéressant. »

 

L’arrivée absurde de Niels Arestrup, très renfrogné, venu remettre le César de la Meilleure adaptation sur une chanson de La compagnie Créole.

 

Laurent Lafitte, maquillé comme s’il était botoxé à outrance, a provoqué les rires jaunes dans le parterre des actrices, et une franche hilarité chez ses confrères. Le résultat était si bluffant que beaucoup se sont demandé si l’acteur avait sauté le pas.

 

Gérard Darmon, désopilant dans un sketch absurde, autoportrait en « remettant idéal choisi par le comité des César ».

 

Le César du Meilleur discours revient à Philippe Katerine, plus hurluberlu que jamais, qui a remercié Thierry, qu’il incarne dans Le grand bain, d’une manière irrésistible. Et de poser cette question pertinente : « Que deviennent nos personnages quand on les quitte ? »

 

Plus embarrassant…

La remise du César du Public au film Les Tuche 3, d’Olivier Baroux, laisse songeur. Ok ! Tant mieux pour l’équipe et les fans ! Mais était-il besoin de faire monter les acteurs sur scène et de remettre le prix par le père de Kad Merad, façon fête de famille.

Le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda, réalisateur d’ Une affaire de famille, en lice pour les Oscars, étant à Los Angeles, avait pourtant laissé des consignes (dont un discours) à son équipe française en cas de victoire, mais personne n’est venu chercher son César du Meilleur film étranger. Le lauréat de la Palme d’or de Cannes 2018 s’en est désolé et excusé dans les colonnes du Figaro, qui a publié son discours de remerciement le lendemain de la cérémonie.

La légende vivante Robert Redford, venue recevoir un César d’honneur, a évoqué ses souvenirs de jeunesse en France d’une manière un tantinet soporifique. Le sketch diffusé en amont, dont il était le héros, était bien plus réussi.

@Vu/Benaroch/Sipa

 

PALMARÈS

En fait, on n’était pas là pour rigoler…

Avec dix nominations chacun, Le Grand Bain,de Gilles Lellouche et Jusqu’à la gardede Xavier Legrand faisaient figure de favoris. Illustrant la tonalité d’une soirée placée sous le signe du social (l’époque est aux gilets jaunes… ), c’est Xavier Legrand qui a remporté la mise. Son drame sur les violences conjugales, sec et percutant, a raflé quatre César dont ceuxi du Meilleur film et de la Meilleure actrice, pour la touchante Léa Drucker. La comédie de Gilles Lellouche ne sera honorée qu’à travers la récompense dont on se réjouit, de Philippe Katerine, Meilleur acteur dans un second rôle. Force est de constater que En liberté ! l’exquise comédie de Pierre Salvadori, connaîtra un sort encore moins enviable en repartant bredouille malgré ses neuf nominations !

LP/OlivierCorsan

Autre terme entendu au cours de la soirée : la pédo-criminalité. C’est ce fléau que dénonce avec brio Les Chatouilles, autre film social qui avait obtenu un beau succès en salles en 2018. L’adaptation de la pièce autobiographique d’Andréa Bescond, réalisée par ses soins et son compagnon, Eric Métayer, s’est vue attribuer le César de la Meilleure adaptation et du Meilleur second rôle féminin, pour la toujours excellente Karin Viard, arborant un maquillage smoky du meilleur effet.

On se félicite de la victoire de Guyd’Alex Lutz, film sur un chanteur de variété vieillissant, salué par le César de la Meilleure musique (de Vincent Blanchard et Romain Greffe), tandis qu’Alex Lutz est sacré Meilleur acteur, ce qu’il n’a pas volé. « J’aimerais qu’on n’ait pas peur et qu’on continue d’inventer parce qu’il n’y a que l’imagination et la poésie qui font du bien… »

Getty Images

Les frères Sisters (voir critique), le plus américain des films de Jacques Audiard, a fait main basse sur les César de la Meilleure réalisation, Meilleure photo, Meilleur son et Meilleurs décors, ne laissant que des miettes au très beau Mademoiselle de Joncquières (César des Meilleurs costumes) (voir critique). Dans un monde idéal, Cécile de France aurait été sacrée Meilleure actrice pour sa performance.

 

Contant l’histoire d’amour entre deux gamins des rues de la banlieue de Marseille, Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin, avait été plébiscité par la critique lors du dernier festival de Cannes. Il a logiquement été sacré Meilleur Premier film. Dylan Robert et Kenza Fortas, ses deux acteurs principaux, non-professionnels, ont remporté les César des Meilleurs espoirs.

 

On regrettera quand même l’absence de bons et très beaux films parus en 2018, et encensés par la critique, tels Mes Provinciales, de Jean-Paul Civeyrac ou Mektoub My Love : Canto Uno, d’Abdellatif Kechiche, qui révélaient une brochette de jeunes acteurs talentueux, dont seule Ophélie Bau, formidable dans Mektoub My Love, a été saluée par une nomination au César du Meilleur espoir.

@PathéDistribution

Et aussi

Pour avoir suivi durant trois ans la juge Anne Gruwez, Jean Libon et Yves Hinant remportent le César du Meilleur documentaire pour Ni juge ni soumise, premier long-métrage de l’émission culte belge StripTease.

Réalisé par Michel Ocelot, le papa de Kirikou, Dilili à Paris obtient le César du Meilleur film d’animation.

Et enfin, le César AFAP du plus beau look est attribué à la scintillante Virginie Efira

 

 

Oscars 2019

 

Kevin Winter/Getty

« Un point pour ceux qui sont un peu perdus : Il n’y aura pas de maître ni de maîtresse de cérémonie ce soir. Il n’y aura pas de catégorie ‘films populaires’. Et le Mexique ne paiera pas pour le mur. »

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la 91èmecérémonie des Oscars, qui s’est déroulée le 24 février au Théâtre Dolby de Los Angeles, ne restera pas non plus dans les annales. Le maître de cérémonie aurait dû être Kevin Hart, mais après la polémique suscitée par la remontée d’anciens tweets homophobes que l’humoriste avait posté en 2009 et 2011,  l’Académie a décidé de se passer carrément de chef d’orchestre, laissant les intervenants se succéder avec plus ou moins de bagout. Et après une introduction de Queen avec au micro le chanteur Adam Lambert (pas toujours juste), les trois premières remettantes, les humoristes Tina Fey, Maya Rudolf et Amy Poehler ont bien tenté de mettre un peu de peps, mais l’ambiance est très vite retombée.

Kevin Winter/Getty

 

PALMARÈS

Après les critiques des années précédentes, force est de constater que les nominations et le palmarès de cette année ont célébré la diversité, artistes afro-américains et latino-américains en tête.

Sans surprise, même si Roma, d’Alfonso Cuaron et La favorite, de Yorgos Lanthimos faisaient office de favoris avec dix nominations chacun, l’Oscar du Meilleur Film est allé à Green Book, sur les routes du sud, de Peter Farrelly, sorte de Driving Miss Daisy qui narre l’amitié entre un chauffeur italo-américain chargé de conduire un pianiste de jazz noir, Don Shirley, durant sa tournée dans le sud ségrégationniste. Le film remporte aussi les Oscars du Meilleur scénario original et du Meilleur second rôle masculin. C’est la deuxième fois que le surdoué Marhershala Ali, star de la troisième saison de True Detective, est récompensé dans cette catégorie, après son rôle dans Moonlight en 2017.

Le cas Spike Lee

« Every time somebody is driving somebody, I lose ! »

Ce n’est pas tant le fait de ne pas avoir obtenu la récompense suprême qui a agacé Spike Lee, en compétition lui aussi pour l’Oscar du Meilleur film avec BlacKkKlansman (en 1990, l’année du triomphe de Driving Miss Daisy, son film Do The Right Thing était reparti bredouille). On a en effet vu le réalisateur manquer de s’étrangler de rage à l’annonce du lauréat. Il a alors tenté de quitter la salle, mais refoulé par la sécurité, il est revenu s’assoir pour entamer une discussion intense avec son confrère Jordan Peele, réalisateur de Get Out, lui aussi fervent défenseur de la cause noire. Le film de Peter Farrelly a en effet de nombreux détracteurs dans la communauté noire, et en particulier dans la famille du pianiste Don Shirley, qui a accusé le film, dont le scénario a été écrit par un blanc, d’être « une symphonie de mensonges », ce que Viggo Mortensen a réfuté dans les médias.

« Let’s do the right thing ! »

Un peu plus tôt, Spike Lee avait reçu l’Oscar du Meilleur scénario adapté, pour BlacKkKlansman, une plongée dans l’Amérique raciste des années 70 dans laquelle un officier noir intente d’infiltrer le Ku Klux Klan pour mettre à jour ses exactions. C’est le premier Oscar obtenu par le brillant cinéaste, qui s’est littéralement jeté de bonheur dans les bras de Samuel L. Jackson. Il est quand même évident que le film de Spike Lee aurait pu prétendre à la récompense suprême. Sur un même sujet, il est dommage que les votants aient donné la préférence à la plus consensuelle des deux œuvres. Fidèle à lui-même Spike Lee a livré un discours engagé :

« L’élection présidentielle de 2020 est toute proche. Mobilisons nous, soyons tous du bon côté de l’histoire. Choisissons l’amour au lieu de la haine. Faisons la chose juste ! »

 

« Les enfants, j’espère que vous êtes devant la télé, parce que ça ne se reproduira pas ! »

La Favorite (voir critique), encensée depuis sa parution sur les écrans, n’a pas réussi le même tour de force qu’au BAFTA (les Oscars britanniques) début février, où le film avait raflé sept trophées dont celui du Meilleur film britannique. Un seul Oscar est venu saluer la tragi-comédie de Yorgos Lanthimos. Damant le pion à sa consœur américaine Glenn Close (qui échoue pour la septième fois aux Oscars…), Olivia Colman a légitimement été couronnée Meilleure actrice pour sa performance réellement bluffante. Son discours, entre rires et larmes, a littéralement illuminé la soirée.

 

Lui aussi avait triomphé aux BAFTA (et aux Gloden Globes). Rami Malek reçoit l’Oscar du Meilleur acteur pour son incarnation jubilatoire de Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody (voir critique). Le film de Bryan Singer, controversé sur le plan historique, remporte également les Oscars du Meilleur montage, montage sonore, et mixage sonore.

 

Roma : Mexican power 

Et donc, le Mexicain Alfonso Cuarón n’a pas été pénalisé pour avoir choisi la plate-forme vidéo Netflix comme producteur/diffuseur de son bijou en noir et blanc, quasi-autobiographique. Cette chronique du quotidien d’une jeune employée de maison à Mexico (dont Roma est un quartier) durant les années 70 lui vaut l’Oscar du Meilleur réalisateur, mais aussi de la Meilleure photographie (il est le directeur photo du film) et du Meilleur film étranger. Déjà lauréat de deux Oscars (réalisations et montage) pour Gravity en 2014,  Alfonso Cuarón peut désormais aligner quatre statuettes sur sa cheminée. Et ce n’est sûrement pas fini. Pour rappel, Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick ou John Cassavetes n’en ont pas décroché un seul…

Comme Thierry Frémaux, on peut néanmoins s’interroger sur la présence aux Oscars d’un film uniquement diffusé sur une plate-forme vidéo. Steven Spielberg lui-même s’en est affligé il y a quelques jours, suscitant une vaste foire d’empoigne sur Twitter entre les pro-Netflix (arguant du fait que la plate-forme propose de financer des œuvres qui n’existeraient pas sans elle), et les puristes pour qui un film doit se voir au cinéma avant tout.

« Dieu est amour »

Après avoir obtenu un Golden Globe, la pétillante Regina King reçoit l’Oscar du Meilleur second rôle féminin pour sa performance dans If Beale Street Could Talk en remerciant sa mère et… Dieu.

Valerie Macon/AFP/Getty

Discrimination positive

On notera le succès de Black Panther. Sur les sept nominations (très étonnant pour un divertissement très très très léger, qui disons le tout net, n’avait rien à faire ici), le film Marvel de Ryan Coogler a obtenu les Oscars de la Meilleure musique (Ludwig Göransson), Meilleurs décors et Meilleurs costumes. 

Les grand perdants

Malgré ses huit nominations A Star Is Born, de Bradley Cooper, ne repart qu’avec l’Oscar de la Meilleure chanson (« Shallow »co-écrite par Lady Gaga) que Lady Gaga et Bradley Cooper ont interprété avec beaucoup d’émotion au cours de la soirée. Camouflets pour Vice d’Adam McKay qui n’est salué que pour les Meilleurs maquillages, ainsi que pour First Man, la merveille de Damien Chazelle, qui n’obtient qu’un Oscar, pour les Effets spéciaux (voir critique).

Et dans cette soirée où les légendes Barbra Streisand et Bette Midler étaient de sortie, l’Oscar du plus beau look AFAP est attribué à Brie Larson (en Céline par Hedi Slimane).
Frazer Harrison/Getty

Razzies 2019

Le 23 février, la veille des Oscars, avait lieu la cérémonie des Razzie Awards, qui récompense le pire du cinéma.

Le Razzie du Pire Film de 2018 a été attribué à Holmes & Watson, d’Etan Coen, qui remporte également les trophées du Pire Réalisateur, Pire Second rôle masculin (John C. Reilly), et du pire remake.

Melissa McCarthy s’est vue couronnée du Razzie de la Pire actrice de l’année pour son rôle dans Carnage chez les Puppets, de Brian Henson.

Et le Pire Acteur de 2018 n’est autre que Donald Trump pour sa piètre performance dans le documentaire Fahrenheit 9/11 de Michael Moore.

A L’ANNÉE PROCHAINE !

CÉSAR, OSCARS, RAZZIES 2018

 

CÉSAR 2018, 43ème

 


@Best Image

« Pas impossible que ce soir, le César aille du côté de chez Swann »

Plan-plan. C’est l’adjectif le plus entendu dans la bouche des commentateurs de la 43ème cérémonie des César, qui se déroulait à la salle Pleyel le 2 mars dernier. Et à juste titre. Manu Payet a fait le job, mais sans originalité aucune, et ses tentatives d’humour ont été plus embarrassantes que franchement convaincantes, à l’image de cette introduction façon Broadway tellement ratée qu’elle a mis tout le monde mal à l’aise. Même les allusions à la lutte contre les violences faites aux femmes se sont révélées laborieuses (malgré le ruban blanc arboré par beaucoup d’invités, on ne peut pas dire que l’assistance se soit levée avec enthousiasme pour afficher son soutien à #MaintenantOnAgit, le mouvement lancé par les femmes du cinéma français). La seule à avoir mis véritablement les pieds dans le plat, et avec brio, est la comédienne et humoriste Blanche Gardin.

@Abaca

« Dorénavant, je crois que c’est clair pour tout le monde, les producteurs n’ont plus le droit de violer les actrices. Par contre, ce qu’il va falloir clarifier assez vite, c’est : est-ce que nous, on a encore le droit de coucher pour avoir les rôles ? Parce que si on n’a plus le droit, alors il faudra apprendre des textes… passer des castings… et on n’a pas le temps… franchement… je vous le dis, on n’a pas le temps. »

 

Reflet des préoccupations de la société française, le palmarès a privilégié, cette année encore, les films engagés, sans négliger toutefois les ambitions artistiques. Ont donc été honorés en cette 43ème édition, 120 battements par minute, fresque sur les années Sida et le combat de la fondation Act Up, et Petit Paysan, de Hubert Charuel, thriller rural qui évoque les angoisses d’un éleveur face à la crise de la vache folle.

Les six César, dont celui du Meilleur film, obtenus par le film de Robin Campillo, déjà lauréat du Grand Prix du Jury à Cannes l’année dernière où il avait fait l’unanimité de la critique, ont donné un ton particulièrement grave à la soirée. Notamment lorsque le président d’Act Up Paris est monté sur scène pour souligner l’absence d’un prix pour la bien-pensance avant de clamer « Sida, Migrants, ne détournez pas le regard. »

@Philippe Lopez/AFP

Récompensé par le César de la Meilleure adaptation pour le film d’Albert Dupontel Au revoir, là-haut, l’écrivain Pierre Lemaitre, dont le livre homonyme avait obtenu en 2013 le prix Goncourt, a également asséné en recevant son trophée :

« Au revoir là-haut raconte l’histoire de deux hommes qui ne trouvent pas de place dans la société alors qu’ils n’ont pas démérité. Un demi-siècle plus tard, il est un peu déprimant de se rendre compte que d’autres, qui eux non plus, n’ont pas démérité, se trouvent situés aux marges de la société, et parfois, à la limite de l’exclusion. Nous les appelons aujourd’hui les pauvres, les SDF, les mal logés, les précaires, nous les appelons aussi les réfugiés. »

 

Si les trophées obtenus par les deux jeunes comédiens de 120 battements par minute sont amplement mérités, on ne peut que se féliciter des Césars obtenus par les attachants Sara Giraudeau (l’épatante « Phénomène » du Bureau des légendes) et Swann Arlaud. Partenaires dans Petit Paysan, ils ont respectivement reçus les César du Meilleur second rôle féminin et Meilleur acteur. Le film a reçu le César du Meilleur premier film.

@Benoit Tessier/Reuters

Jeanne Balibar, couronnée Meilleure actrice pour Barbara, de Mathieu Amalric, a été ovationné pour son discours, de loin le plus « barré » et flamboyant de la soirée.

@Benoit Tessier/Reuters

« Merci Mathieu, d’abord je suis très contente, parce que toi, l’homme aux quatre cent vingt-sept mille César et aux quatre-vingt-dix-huit milliards de nominations, je soupçonne tel que je te connais qu’aucun ne te fait plus plaisir que ceux que les autres obtiennent par ton entremise. Et puis je voudrais te dire merci pour l’attention et le regard si constant, mais non seulement constant, mais aussi vraiment précis et concret, et réel, et qui ne sont jamais du bla-bla, même quand personne ne comprend rien à ce que tu dis. Et puis je voudrais te dire merci d’être celui qui toujours ose dire qui il est, c’est-à-dire faire un film de barge, et non pas suivre un cahier des charges, c’est-à-dire faire du cinéma. »

L’hommage aux disparus de l’année a été curieusement découpé en plusieurs séquences, et Aure Atika a créé une drôle de sensation en arrivant sur scène pour remettre le César des Meilleurs costumes avec une robe similaire à celle que portait Mireille Darc dans Le Grand Blond avec une chaussure noire. L’actrice, courageuse sous sa perruque blonde, a dévoilé sa chute de reins, suscitant autant d’admiration que de gêne de la part des spectateurs.

@AFP

Bien plus incontesté était l’hommage à Penelope Cruz, venue recevoir un César d’honneur, qui a eu droit à un « Te Quiero » touchant de Marion Cotillard (vêtue d’un sac-poubelle selon les dires de nombreux internautes, mais signé Michael Halpern tout de même). Pedro Almodovar, son mentor, était au rendez-vous. Son discours enflammé a ému l’actrice espagnole jusqu’aux larmes.

@Best Image

« Elle appartient à cette culture où est née une lignée de femmes fortes et fragiles en même temps, mères toutes-puissantes et imparfaites, personnages viscéraux qui souffrent sans pudeur et se réjouissent sans limites. »

 

I’m Not Your Negro de Raoul Peck, qui reprend les mots de l’écrivain James Baldwin pour retracer la lutte des Noirs américains pour les droits civiques, et le beau Faute d’amour de Andreï Zviaguintsev remportent respectivement les César du Meilleur documentaire et du Meilleur film étranger.

L’audace du Redoutable de Michel Hazanavicius, de L’atelier, de Laurent Cantet et de Patients, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, n’a pas été récompensée. Et s’il avait existé, comme aux Golden Globes, un César de la Meilleure comédie, Le sens de la fête, d’Olivier Nakache et Eric Toledano, ne serait pas reparti bredouille. Mais l’Académie a choisi de créer un César du public, en comptabilisant le nombre d’entrées (comme si c’était un gage de qualité), qui est allé cette année à Raid Dingue, sympathique au demeurant, de Dany Boon, ravi, mais pas dupe. Quant à Grave, le premier film horrifique et prometteur de Julia Ducourneau, il devra se contenter de cette belle exposition, et d’avoir fait le buzz toute l’année.

@AFP

Glamour

Doria Tillier, César AFAP de la robe de princesse (Dior Couture)

INTÉGRALITÉ DU PALMARÈS DES CÉSAR 2018 

 

OSCARS 2018, 90ème

 

« Grâce à Guillermo del Toro, on se souviendra que c’est en 2017 que, les hommes ayant tellement déconné, les femmes se sont mises à sortir avec des poissons. »

Elle aussi a été qualifiée de plan-plan par de nombreux observateurs, et pourtant, le 4 mars 2018 au Dolby Theatre de Los Angeles, la célébration du 90ème anniversaire des Oscars s’est révélée fabuleuse à plusieurs titres.

Certes, ce n’est pas de Jimmy Kimmel, plutôt en deçà de sa verve habituelle, qu’est venu le piquant. Les blagues sur la bourde de l’année dernière et sur les discriminations ont été plus convenues que prévues, et même les allusions à Harvey Weinstein sont restées sages. Il n’est pas venu non plus du palmarès, prévisible en tous points, même si la diversité a été respectée. En revanche, les cinéphiles ont pu apprécier la part belle faite à l’histoire du 7ème art, avec notamment un montage de rêve pour le 90ème anniversaire, et la présence parmi les remettants, de légendes telles que Rita Moreno, de West Side Story, ou Eva Marie Saint, partenaire de Marlon Brando dans Sur les quais – pour lequel elle avait obtenu l’Oscar – ou de Cary Grant dans La mort aux trousses.

@Getty
« Je viens de remarquer que j’étais plus âgée que l’Académie. »

 

En référence au fiasco de l’année dernière, Jimmy Kimmel a prévenu : « Si vous entendez votre nom, ne vous levez pas tout de suite, attendez une minute. » Pas rancunière, l’Académie a demandé à Warren Beatty et Faye Dunaway, les deux responsables du La La Gate, de venir retenter leur chance, ce qu’ils ont fait avec humour.

@Lucas Jackson/reuters
« It’s lovelier, the second time around ! » 

 

Idéalement, c’est 3 Billboards, les panneaux de la vengeance qui aurait dû remporter l’Oscar du Meilleur film cette année. Mais le bonheur de Guillermo del Toro faisait franchement plaisir à voir. Au total, La forme de l’eau aura obtenu quatre Oscars (sur treize nominations). Meilleurs film, réalisation, musique (superbe, d’Alexandre Desplat) et décors.

@Abaca

« J’étais un petit garçon amoureux du cinéma, amoureux des films, lorsque j’ai grandi au Mexique. Je pensais que gagner un Oscar, c’était bien au-delà de mes rêves. »

 

@Abaca

On remarquera que comme aux César deux jours auparavant, c’est le discours de la lauréate de la Meilleure actrice qui a réveillé la salle. Couronnée pour son rôle de mère en colère dans 3 Billboards, les panneaux de la vengance, de Martin McDonagh, Frances McDormand a fait un de ses numéros survoltés dont elle est coutumière, devant son époux Joel Coen, imperturbable. Elle a invité toutes les professionnelles de l’assistance à se lever. Et Meryl Streep ne s’est pas fait prier.

@Sky

On se réjouit des Oscars obtenus par :

Gary Oldman, Meilleur acteur pour Les heures sombres de Joe Wright, dans lequel il campe un Churchill bluffant de vérité. En bon sujet britannique, il a déclaré :

@Mark Ralston/AFP
« Maman, prépare la bouilloire. Je ramène Oscar et on va se boire une bonne tasse de thé ensemble. »

Sam Rockwell, Meilleur second rôle génial de 3 Billboards, les panneaux de la vengeance a dédié son Oscar à « son vieux pote » Philip Seymour Hoffman. 

@Abaca
« Je remercie l’incroyable distribution de 3 Billboards, et tous ceux qui ont déjà regardé un panneau. »

 

Allison Janney, révélée par la série A la Maison-Blanche, Meilleur second rôle pour Moi, Tonya de Craig Gillespie
@Kevin Winter/Getty Images
« J’ai fait tout ça, toute seule… » 

Dunkerque, de Christopher Nolan, lauréat de trois Oscars (Meilleurs montage, son et mixage sonore)

 

Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve, deux Oscars pour la photo de Roger Deakins, et les effets visuels.

 

 

@Kevin Winter/Getty Images

James Ivory, le génial cinéaste de Chambre avec vue reçoit à quatre-vingt-neuf ans son premier Oscar, pour l’adaptation de Call Me By Your Name de Luca Guadagnino, avec Timothée Chalamet et Armie Hammer.

 

Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson, avec Daniel Day-Lewis, Oscar logique des Meilleurs costumes

 

Get Out, le premier film de Jordan Peele avec Daniel Kaluuya, phénomène de 2017, a été salué par l’Oscar du Meilleur scénario original

 

L’Oscar du Meilleur film d’animation est revenu à Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molina. Cette production Disney-Pixar a également reçu l’Oscar de la Meilleure chanson (« Remember Me » signée Kristen Anderson Lopez et Robert Lopez).

Les Français attendaient Visages, Villages d’Agnès Varda et JR, mais l’Oscar du Meilleur documentaire a été attribué à Icarus, de Bryan Fogel et Dan Cogan, tandis que le trophée du Meilleur film étranger est allé au Chili, pour Une femme fantastique, de Sebastian Lelia, avec Daniela Vega.

Mis sur la touche par le palmarès et repartis bredouilles malgré leurs nominations sont le très bon Pentagon Papers, de Steven Spielberg, Lady Bird, de Greta Gerwig, Mudbound de Dee Rees, Star Wars Episode VIII, de Rian Johnson, et Baby Driver, de Edgar Wright. L’équipe de Star Wars, tout comme Steven Spielberg et son actrice Meryl Streep, peut se consoler puisqu’elle est au-delà des récompenses (venu en compagnie de ses partenaires BB-8, Oscar Isaac et Kelly Marie Tran remettre des trophées sur scène, Mark Hamill a ironisé en évoquant sa retraite de Jedi). Quant à Greta Gerwig, Edgar Wright et Dee Rees, ils doivent déjà savourer le fait d’avoir été nommés.

@Kevin Winter/Getty Images

Oscars AFAP du Glamour

Nicole Kidman (Armani Privé), Margot Robbie (Chanel), Gail Gadot (Givenchy), et Emma Stone en smoking Louis Vuitton.

 

INTÉGRALITÉ DU PALMARÈS DES OSCARS 2018
Critique La forme de l’eau
Critique 3 Billboards, les panneaux de la vengeance
Critique Pentagon Papers

RAZZIE AWARDS 2018, 38ème

 

Comme il est d’usage, la veille des Oscars, avait lieu la remise des Razzie Awards, qui récompensent le pire de l’année.

Le monde secret des Emojis, de Tony Leondis, a raflé les Razzies du pire film de l’année, mais aussi du pire réalisateur, scénario et du pire couple à l’écran.

 

Au nombre de trophées, il est suivi par Cinquante nuances plus sombres, de James Foley, qui a obtenu les razzies de la Pire suite, et du Pire second rôle féminin (Kim Basinger)

 

Tom Cruise a reçu le Razzie du Pire acteur de l’année pour son rôle dans La momie, d’Alex Kurtzman. Il peut toujours se consoler en pensant que Sir Laurence Olivier lui-même avait reçu le même trophée à deux reprises (en 1981 et 1983).

Enfin l’acteur Tyler Perry est élu Pire actrice de l’année pour sa prestation dans Tyler Perry’s Boo 2 : A Madea Halloween, tandis que Mel Gibson est le Pire acteur dans un second rôle pour Daddy’s Home 2.

 

See you next year !

@Kevin Winter/Getty Images

LA FORME DE L’EAU : Oscar 2018 du Meilleur film

Bon, moi, j’étais plutôt team 3 Billboards, les panneaux de la vengeance. Mais l’Académie des Oscars a préféré récompenser le conte fantastique de Guillermo del Toro qui a donc raflé, la nuit dernière, quatre trophées dont celui du Meilleur film et Meilleur réalisateur. Ainsi, c’est quasiment avec son œuvre la moins intéressante que cinéaste mexicain aura obtenu la consécration. Infantile, glauque, et bien trop sage malgré sa splendeur visuelle, La forme de l’eau ne m’a pas bouleversée une seconde…

 

« Oh, would I tell you about the place ? A small city near the coast, but far from everything else. »

  

La forme de l’eau (The Shape Of Water)

Guillermo del Toro
2017
Dans les salles françaises depuis le 21 février 2018
Lion d’Or du festival de Venise 2017
Golden Globes 2018 du Meilleur réalisateur et de la Meilleure musique (Alexandre Desplat)
Oscars 2018 des Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleure musique et Meilleure direction artistique

Au début des années 60, à Baltimore, Elisa (Sally Hawkins) jeune femme muette (mais entendante) vit une existence plutôt solitaire. Elle a pour seuls amis son voisin, Giles (Richard Jenkins), un illustrateur sexagénaire sur lequel elle veille avec tendresse, et Zelda (Octavia Spencer), agent d’entretien, comme elle, dans un centre de recherche spatiale. Un jour, en faisant le ménage dans le laboratoire secret, Elisa découvre une créature mi-homme mi-poisson retenue prisonnière dans une cuve. Cet amphibien déniché dans un fleuve d’Amazonie par le Colonel Strickland (Michael Shannon), chef de la sécurité du site, est soumis quotidiennement à un traitement particulièrement brutal. A l’insu de tous, la jeune femme parvient à entrer en contact avec cet être mystérieux, dont elle va peu à peu tomber amoureuse…

On est bien d’accord, Guillermo del Toro est un maître. Qui a vu L’Echine du diable ou Le Labyrinthe de Pan ne peut qu’en être convaincu. Depuis Cronos, le film de ses débuts, je suis fan et même les controversés Pacific Rim et la récente série The Strain m’ont grandement emballée. Ses bidouillages horrifiques, sa passion pour les monstres et son sens de la démesure vont toujours de pair, chez lui, avec des images puissantes et un sens aigu de la mise en scène. D’où l’immense sentiment de frustration éprouvé devant La forme de l’eau, sorte de « boursouflade » nourrie de toutes ses obsessions et influences, et hommage au cinéma de genre de son enfance. En tête : L’étrange créature du Lac noir de Jack Arnold et La créature est parmi nous de John Sherwood. Mais plus que l’hommage à la série B, ce qui déborde ici, c’est l’influence de Terry Gilliam et d’un de ses disciples, Jean-Pierre Jeunet (par voie de presse, ce dernier a d’ailleurs accusé le réalisateur mexicain de plagiat). Le film baigne dans une esthétique rétro-futuriste, les tons bleu-vert, et a toutes les caractéristiques du cauchemar (tel ce long couloir qui mène à l’appartement d’Elisa). Les visuels, certes, impressionnent, mais si le cinéaste a mis les formes, il a négligé le fond, et les personnages se révèlent bien trop stéréotypés. Le camp des gentils se compose de quatre laissés pour compte (une handicapée, une femme noire, un gay vieillissant au chômage, un communiste), les méchants sont caricaturaux à souhait (Michael Shannon a mis le paquet), à l’instar des espions russes (on est en pleine Guerre froide), plutôt comiques au demeurant. Dans ce cabinet de curiosités hélas, tout est convenu, téléphoné (annoncé même) jusqu’à ce monstre policé et cette histoire d’amour précipitée, à laquelle on voudrait croire, mais qui sonne faux. Il émane même un malaise diffus de cette naïveté surjouée par cette Amélie Poulain aux tendances zoophiles. Le réalisateur mexicain a dédié son film à l’amour et au cinéma. Mais il y avait davantage de romantisme et d’émotion dans The Strain ou même dans Hellboy II. Y brillait un amphibien bien plus attachant, Abe Sapien, déjà incarné par Doug Jones, l’acteur derrière le poisson de La forme de l’eau. L’Oscar, Guillermo del Toro le méritait déjà, et bien davantage, pour Le labyrinthe de Pan.
2h 03 Et avec Michael Stuhlbarg, David Hewlett, Nick Searcy, Stewart Arnott, Lauren Lee Smith…

BANDE-ANNONCE