CÉSAR, OSCARS, RAZZIES 2018

 

CÉSAR 2018, 43ème

 


@Best Image

« Pas impossible que ce soir, le César aille du côté de chez Swann »

Plan-plan. C’est l’adjectif le plus entendu dans la bouche des commentateurs de la 43ème cérémonie des César, qui se déroulait à la salle Pleyel le 2 mars dernier. Et à juste titre. Manu Payet a fait le job, mais sans originalité aucune, et ses tentatives d’humour ont été plus embarrassantes que franchement convaincantes, à l’image de cette introduction façon Broadway tellement ratée qu’elle a mis tout le monde mal à l’aise. Même les allusions à la lutte contre les violences faites aux femmes se sont révélées laborieuses (malgré le ruban blanc arboré par beaucoup d’invités, on ne peut pas dire que l’assistance se soit levée avec enthousiasme pour afficher son soutien à #MaintenantOnAgit, le mouvement lancé par les femmes du cinéma français). La seule à avoir mis véritablement les pieds dans le plat, et avec brio, est la comédienne et humoriste Blanche Gardin.

@Abaca

« Dorénavant, je crois que c’est clair pour tout le monde, les producteurs n’ont plus le droit de violer les actrices. Par contre, ce qu’il va falloir clarifier assez vite, c’est : est-ce que nous, on a encore le droit de coucher pour avoir les rôles ? Parce que si on n’a plus le droit, alors il faudra apprendre des textes… passer des castings… et on n’a pas le temps… franchement… je vous le dis, on n’a pas le temps. »

 

Reflet des préoccupations de la société française, le palmarès a privilégié, cette année encore, les films engagés, sans négliger toutefois les ambitions artistiques. Ont donc été honorés en cette 43ème édition, 120 battements par minute, fresque sur les années Sida et le combat de la fondation Act Up, et Petit Paysan, de Hubert Charuel, thriller rural qui évoque les angoisses d’un éleveur face à la crise de la vache folle.

Les six César, dont celui du Meilleur film, obtenus par le film de Robin Campillo, déjà lauréat du Grand Prix du Jury à Cannes l’année dernière où il avait fait l’unanimité de la critique, ont donné un ton particulièrement grave à la soirée. Notamment lorsque le président d’Act Up Paris est monté sur scène pour souligner l’absence d’un prix pour la bien-pensance avant de clamer « Sida, Migrants, ne détournez pas le regard. »

@Philippe Lopez/AFP

Récompensé par le César de la Meilleure adaptation pour le film d’Albert Dupontel Au revoir, là-haut, l’écrivain Pierre Lemaitre, dont le livre homonyme avait obtenu en 2013 le prix Goncourt, a également asséné en recevant son trophée :

« Au revoir là-haut raconte l’histoire de deux hommes qui ne trouvent pas de place dans la société alors qu’ils n’ont pas démérité. Un demi-siècle plus tard, il est un peu déprimant de se rendre compte que d’autres, qui eux non plus, n’ont pas démérité, se trouvent situés aux marges de la société, et parfois, à la limite de l’exclusion. Nous les appelons aujourd’hui les pauvres, les SDF, les mal logés, les précaires, nous les appelons aussi les réfugiés. »

 

Si les trophées obtenus par les deux jeunes comédiens de 120 battements par minute sont amplement mérités, on ne peut que se féliciter des Césars obtenus par les attachants Sara Giraudeau (l’épatante « Phénomène » du Bureau des légendes) et Swann Arlaud. Partenaires dans Petit Paysan, ils ont respectivement reçus les César du Meilleur second rôle féminin et Meilleur acteur. Le film a reçu le César du Meilleur premier film.

@Benoit Tessier/Reuters

Jeanne Balibar, couronnée Meilleure actrice pour Barbara, de Mathieu Amalric, a été ovationné pour son discours, de loin le plus « barré » et flamboyant de la soirée.

@Benoit Tessier/Reuters

« Merci Mathieu, d’abord je suis très contente, parce que toi, l’homme aux quatre cent vingt-sept mille César et aux quatre-vingt-dix-huit milliards de nominations, je soupçonne tel que je te connais qu’aucun ne te fait plus plaisir que ceux que les autres obtiennent par ton entremise. Et puis je voudrais te dire merci pour l’attention et le regard si constant, mais non seulement constant, mais aussi vraiment précis et concret, et réel, et qui ne sont jamais du bla-bla, même quand personne ne comprend rien à ce que tu dis. Et puis je voudrais te dire merci d’être celui qui toujours ose dire qui il est, c’est-à-dire faire un film de barge, et non pas suivre un cahier des charges, c’est-à-dire faire du cinéma. »

L’hommage aux disparus de l’année a été curieusement découpé en plusieurs séquences, et Aure Atika a créé une drôle de sensation en arrivant sur scène pour remettre le César des Meilleurs costumes avec une robe similaire à celle que portait Mireille Darc dans Le Grand Blond avec une chaussure noire. L’actrice, courageuse sous sa perruque blonde, a dévoilé sa chute de reins, suscitant autant d’admiration que de gêne de la part des spectateurs.

@AFP

Bien plus incontesté était l’hommage à Penelope Cruz, venue recevoir un César d’honneur, qui a eu droit à un « Te Quiero » touchant de Marion Cotillard (vêtue d’un sac-poubelle selon les dires de nombreux internautes, mais signé Michael Halpern tout de même). Pedro Almodovar, son mentor, était au rendez-vous. Son discours enflammé a ému l’actrice espagnole jusqu’aux larmes.

@Best Image

« Elle appartient à cette culture où est née une lignée de femmes fortes et fragiles en même temps, mères toutes-puissantes et imparfaites, personnages viscéraux qui souffrent sans pudeur et se réjouissent sans limites. »

 

I’m Not Your Negro de Raoul Peck, qui reprend les mots de l’écrivain James Baldwin pour retracer la lutte des Noirs américains pour les droits civiques, et le beau Faute d’amour de Andreï Zviaguintsev remportent respectivement les César du Meilleur documentaire et du Meilleur film étranger.

L’audace du Redoutable de Michel Hazanavicius, de L’atelier, de Laurent Cantet et de Patients, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, n’a pas été récompensée. Et s’il avait existé, comme aux Golden Globes, un César de la Meilleure comédie, Le sens de la fête, d’Olivier Nakache et Eric Toledano, ne serait pas reparti bredouille. Mais l’Académie a choisi de créer un César du public, en comptabilisant le nombre d’entrées (comme si c’était un gage de qualité), qui est allé cette année à Raid Dingue, sympathique au demeurant, de Dany Boon, ravi, mais pas dupe. Quant à Grave, le premier film horrifique et prometteur de Julia Ducourneau, il devra se contenter de cette belle exposition, et d’avoir fait le buzz toute l’année.

@AFP

Glamour

Doria Tillier, César AFAP de la robe de princesse (Dior Couture)

INTÉGRALITÉ DU PALMARÈS DES CÉSAR 2018 

 

OSCARS 2018, 90ème

 

« Grâce à Guillermo del Toro, on se souviendra que c’est en 2017 que, les hommes ayant tellement déconné, les femmes se sont mises à sortir avec des poissons. »

Elle aussi a été qualifiée de plan-plan par de nombreux observateurs, et pourtant, le 4 mars 2018 au Dolby Theatre de Los Angeles, la célébration du 90ème anniversaire des Oscars s’est révélée fabuleuse à plusieurs titres.

Certes, ce n’est pas de Jimmy Kimmel, plutôt en deçà de sa verve habituelle, qu’est venu le piquant. Les blagues sur la bourde de l’année dernière et sur les discriminations ont été plus convenues que prévues, et même les allusions à Harvey Weinstein sont restées sages. Il n’est pas venu non plus du palmarès, prévisible en tous points, même si la diversité a été respectée. En revanche, les cinéphiles ont pu apprécier la part belle faite à l’histoire du 7ème art, avec notamment un montage de rêve pour le 90ème anniversaire, et la présence parmi les remettants, de légendes telles que Rita Moreno, de West Side Story, ou Eva Marie Saint, partenaire de Marlon Brando dans Sur les quais – pour lequel elle avait obtenu l’Oscar – ou de Cary Grant dans La mort aux trousses.

@Getty
« Je viens de remarquer que j’étais plus âgée que l’Académie. »

 

En référence au fiasco de l’année dernière, Jimmy Kimmel a prévenu : « Si vous entendez votre nom, ne vous levez pas tout de suite, attendez une minute. » Pas rancunière, l’Académie a demandé à Warren Beatty et Faye Dunaway, les deux responsables du La La Gate, de venir retenter leur chance, ce qu’ils ont fait avec humour.

@Lucas Jackson/reuters
« It’s lovelier, the second time around ! » 

 

Idéalement, c’est 3 Billboards, les panneaux de la vengeance qui aurait dû remporter l’Oscar du Meilleur film cette année. Mais le bonheur de Guillermo del Toro faisait franchement plaisir à voir. Au total, La forme de l’eau aura obtenu quatre Oscars (sur treize nominations). Meilleurs film, réalisation, musique (superbe, d’Alexandre Desplat) et décors.

@Abaca

« J’étais un petit garçon amoureux du cinéma, amoureux des films, lorsque j’ai grandi au Mexique. Je pensais que gagner un Oscar, c’était bien au-delà de mes rêves. »

 

@Abaca

On remarquera que comme aux César deux jours auparavant, c’est le discours de la lauréate de la Meilleure actrice qui a réveillé la salle. Couronnée pour son rôle de mère en colère dans 3 Billboards, les panneaux de la vengance, de Martin McDonagh, Frances McDormand a fait un de ses numéros survoltés dont elle est coutumière, devant son époux Joel Coen, imperturbable. Elle a invité toutes les professionnelles de l’assistance à se lever. Et Meryl Streep ne s’est pas fait prier.

@Sky

On se réjouit des Oscars obtenus par :

Gary Oldman, Meilleur acteur pour Les heures sombres de Joe Wright, dans lequel il campe un Churchill bluffant de vérité. En bon sujet britannique, il a déclaré :

@Mark Ralston/AFP
« Maman, prépare la bouilloire. Je ramène Oscar et on va se boire une bonne tasse de thé ensemble. »

Sam Rockwell, Meilleur second rôle génial de 3 Billboards, les panneaux de la vengeance a dédié son Oscar à « son vieux pote » Philip Seymour Hoffman. 

@Abaca
« Je remercie l’incroyable distribution de 3 Billboards, et tous ceux qui ont déjà regardé un panneau. »

 

Allison Janney, révélée par la série A la Maison-Blanche, Meilleur second rôle pour Moi, Tonya de Craig Gillespie
@Kevin Winter/Getty Images
« J’ai fait tout ça, toute seule… » 

Dunkerque, de Christopher Nolan, lauréat de trois Oscars (Meilleurs montage, son et mixage sonore)

 

Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve, deux Oscars pour la photo de Roger Deakins, et les effets visuels.

 

 

@Kevin Winter/Getty Images

James Ivory, le génial cinéaste de Chambre avec vue reçoit à quatre-vingt-neuf ans son premier Oscar, pour l’adaptation de Call Me By Your Name de Luca Guadagnino, avec Timothée Chalamet et Armie Hammer.

 

Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson, avec Daniel Day-Lewis, Oscar logique des Meilleurs costumes

 

Get Out, le premier film de Jordan Peele avec Daniel Kaluuya, phénomène de 2017, a été salué par l’Oscar du Meilleur scénario original

 

L’Oscar du Meilleur film d’animation est revenu à Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molina. Cette production Disney-Pixar a également reçu l’Oscar de la Meilleure chanson (« Remember Me » signée Kristen Anderson Lopez et Robert Lopez).

Les Français attendaient Visages, Villages d’Agnès Varda et JR, mais l’Oscar du Meilleur documentaire a été attribué à Icarus, de Bryan Fogel et Dan Cogan, tandis que le trophée du Meilleur film étranger est allé au Chili, pour Une femme fantastique, de Sebastian Lelia, avec Daniela Vega.

Mis sur la touche par le palmarès et repartis bredouilles malgré leurs nominations sont le très bon Pentagon Papers, de Steven Spielberg, Lady Bird, de Greta Gerwig, Mudbound de Dee Rees, Star Wars Episode VIII, de Rian Johnson, et Baby Driver, de Edgar Wright. L’équipe de Star Wars, tout comme Steven Spielberg et son actrice Meryl Streep, peut se consoler puisqu’elle est au-delà des récompenses (venu en compagnie de ses partenaires BB-8, Oscar Isaac et Kelly Marie Tran remettre des trophées sur scène, Mark Hamill a ironisé en évoquant sa retraite de Jedi). Quant à Greta Gerwig, Edgar Wright et Dee Rees, ils doivent déjà savourer le fait d’avoir été nommés.

@Kevin Winter/Getty Images

Oscars AFAP du Glamour

Nicole Kidman (Armani Privé), Margot Robbie (Chanel), Gail Gadot (Givenchy), et Emma Stone en smoking Louis Vuitton.

 

INTÉGRALITÉ DU PALMARÈS DES OSCARS 2018
Critique La forme de l’eau
Critique 3 Billboards, les panneaux de la vengeance
Critique Pentagon Papers

RAZZIE AWARDS 2018, 38ème

 

Comme il est d’usage, la veille des Oscars, avait lieu la remise des Razzie Awards, qui récompensent le pire de l’année.

Le monde secret des Emojis, de Tony Leondis, a raflé les Razzies du pire film de l’année, mais aussi du pire réalisateur, scénario et du pire couple à l’écran.

 

Au nombre de trophées, il est suivi par Cinquante nuances plus sombres, de James Foley, qui a obtenu les razzies de la Pire suite, et du Pire second rôle féminin (Kim Basinger)

 

Tom Cruise a reçu le Razzie du Pire acteur de l’année pour son rôle dans La momie, d’Alex Kurtzman. Il peut toujours se consoler en pensant que Sir Laurence Olivier lui-même avait reçu le même trophée à deux reprises (en 1981 et 1983).

Enfin l’acteur Tyler Perry est élu Pire actrice de l’année pour sa prestation dans Tyler Perry’s Boo 2 : A Madea Halloween, tandis que Mel Gibson est le Pire acteur dans un second rôle pour Daddy’s Home 2.

 

See you next year !

@Kevin Winter/Getty Images

LA FORME DE L’EAU : Oscar 2018 du Meilleur film

Bon, moi, j’étais plutôt team 3 Billboards, les panneaux de la vengeance. Mais l’Académie des Oscars a préféré récompenser le conte fantastique de Guillermo del Toro qui a donc raflé, la nuit dernière, quatre trophées dont celui du Meilleur film et Meilleur réalisateur. Ainsi, c’est quasiment avec son œuvre la moins intéressante que cinéaste mexicain aura obtenu la consécration. Infantile, glauque, et bien trop sage malgré sa splendeur visuelle, La forme de l’eau ne m’a pas bouleversée une seconde…

 

« Oh, would I tell you about the place ? A small city near the coast, but far from everything else. »

  

La forme de l’eau (The Shape Of Water)

Guillermo del Toro
2017
Dans les salles françaises depuis le 21 février 2018
Lion d’Or du festival de Venise 2017
Golden Globes 2018 du Meilleur réalisateur et de la Meilleure musique (Alexandre Desplat)
Oscars 2018 des Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleure musique et Meilleure direction artistique

Au début des années 60, à Baltimore, Elisa (Sally Hawkins) jeune femme muette (mais entendante) vit une existence plutôt solitaire. Elle a pour seuls amis son voisin, Giles (Richard Jenkins), un illustrateur sexagénaire sur lequel elle veille avec tendresse, et Zelda (Octavia Spencer), agent d’entretien, comme elle, dans un centre de recherche spatiale. Un jour, en faisant le ménage dans le laboratoire secret, Elisa découvre une créature mi-homme mi-poisson retenue prisonnière dans une cuve. Cet amphibien déniché dans un fleuve d’Amazonie par le Colonel Strickland (Michael Shannon), chef de la sécurité du site, est soumis quotidiennement à un traitement particulièrement brutal. A l’insu de tous, la jeune femme parvient à entrer en contact avec cet être mystérieux, dont elle va peu à peu tomber amoureuse…

On est bien d’accord, Guillermo del Toro est un maître. Qui a vu L’Echine du diable ou Le Labyrinthe de Pan ne peut qu’en être convaincu. Depuis Cronos, le film de ses débuts, je suis fan et même les controversés Pacific Rim et la récente série The Strain m’ont grandement emballée. Ses bidouillages horrifiques, sa passion pour les monstres et son sens de la démesure vont toujours de pair, chez lui, avec des images puissantes et un sens aigu de la mise en scène. D’où l’immense sentiment de frustration éprouvé devant La forme de l’eau, sorte de « boursouflade » nourrie de toutes ses obsessions et influences, et hommage au cinéma de genre de son enfance. En tête : L’étrange créature du Lac noir de Jack Arnold et La créature est parmi nous de John Sherwood. Mais plus que l’hommage à la série B, ce qui déborde ici, c’est l’influence de Terry Gilliam et d’un de ses disciples, Jean-Pierre Jeunet (par voie de presse, ce dernier a d’ailleurs accusé le réalisateur mexicain de plagiat). Le film baigne dans une esthétique rétro-futuriste, les tons bleu-vert, et a toutes les caractéristiques du cauchemar (tel ce long couloir qui mène à l’appartement d’Elisa). Les visuels, certes, impressionnent, mais si le cinéaste a mis les formes, il a négligé le fond, et les personnages se révèlent bien trop stéréotypés. Le camp des gentils se compose de quatre laissés pour compte (une handicapée, une femme noire, un gay vieillissant au chômage, un communiste), les méchants sont caricaturaux à souhait (Michael Shannon a mis le paquet), à l’instar des espions russes (on est en pleine Guerre froide), plutôt comiques au demeurant. Dans ce cabinet de curiosités hélas, tout est convenu, téléphoné (annoncé même) jusqu’à ce monstre policé et cette histoire d’amour précipitée, à laquelle on voudrait croire, mais qui sonne faux. Il émane même un malaise diffus de cette naïveté surjouée par cette Amélie Poulain aux tendances zoophiles. Le réalisateur mexicain a dédié son film à l’amour et au cinéma. Mais il y avait davantage de romantisme et d’émotion dans The Strain ou même dans Hellboy II. Y brillait un amphibien bien plus attachant, Abe Sapien, déjà incarné par Doug Jones, l’acteur derrière le poisson de La forme de l’eau. L’Oscar, Guillermo del Toro le méritait déjà, et bien davantage, pour Le labyrinthe de Pan.
2h 03 Et avec Michael Stuhlbarg, David Hewlett, Nick Searcy, Stewart Arnott, Lauren Lee Smith…

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3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE

En lice pour les Oscars avec sept nominations, le troisième film de Martin McDonagh, réalisateur du génial Bons baisers de Bruges, a déjà raflé quatre Golden Globes, dont celui du Meilleur film dramatique de l’année, ainsi que le Lion d’Or du Meilleur scénario au festival de Venise. Avec ce récit quasi biblique sur la loi du talion, gorgé de tendresse et de violence, le cinéaste anglais d’origine irlandaise se penche sur l’Amérique profonde et ses autochtones. Sans jamais tomber dans la caricature et avec un humour noir dévastateur.

 

« Aussi triste que soit un tel spectacle, j’espère pour ma part que ça signe la fin de cette étrange saga des trois panneaux…
– Ca signe que dalle abrutie ! Ce n’est qu’un début ! Passe ça dans ta matinale de mes deux “Bonjour Missouri” connasse ! »

  

3 Billboards, les panneaux de la vengeance (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri)

Martin McDonagh
2017
Dans les salles françaises depuis le 17 janvier 2018

Sept mois après la découverte du corps de la jeune Angela Hayes, violée et assassinée dans un champ non loin de chez elle, l’enquête locale n’a pas avancé d’un pouce. Désespérée et ulcérée par l’apathie des policiers de cette petite ville du Missouri, Mildred Hayes (Frances McDormand), la mère de la jeune fille, décide de les rappeler à l’ordre. Elle loue les trois immenses panneaux publicitaires laissés à l’abandon à la sortie de la ville, et fait afficher un message interpellant directement le chef de la police, le respecté Chef Willoughby (Woody Harrelson)…

Dramaturge renommé en Angleterre et en Irlande (en 1996, sa pièce The Beauty Queen Of Leenane, avait été encensée par la critique, et avait raflé moult récompenses), Martin McDonagh n’avait jusqu’ici signé que deux longs métrages : Bons baisers de Bruges, une petite merveille de comédie noire qui avait fait sensation à sa sortie en 2008, et le délirant 7 psychopathes, en 2012, nettement moins abouti (du propre aveu du réalisateur lui-même). Les amoureux de Bons Baisers de Bruges retrouveront dans 3 Billboards ce qui faisait son charme : cet enchaînement de situations absurdes et jamais manichéennes qui font passer du rire aux larmes, et ces personnages attachants, qui n’en finissent pas de surprendre. C’est en découvrant, au cours d’un voyage aux Etats-Unis, que des panneaux publicitaires avaient été utilisés pour interpeller la police locale, que Martin McDonagh a imaginé un récit sur les effets de ce type de propagande sur la population d’une petite ville du Midwest. Il s’est laissé ensuite porté par l’écriture, donnant ainsi une chance à chaque personnage. Si ses dialogues sont aux petits oignons (on rit énormément), le film doit aussi beaucoup aux numéros d’acteurs. En John Wayne au féminin, bandana roulé sur le front façon Robert De Niro dans Voyage au bout de l’enfer, Frances McDormand est sensationnelle et trouve ici son plus beau rôle depuis Fargo. Mais celui qui épate encore davantage, c’est bien Sam Rockwell, tout bonnement renversant dans la peau de ce flic idiot, raciste et brutal, qui se découvre peu à peu une conscience. Le bien et le mal, l’amour et la haine, la soif de justice et la quête de vengeance se confondent dans ce mélodrame encré d’Americana, réflexion sur la destinée et le pardon, illustrée par la musique ad hoc de Carter Burwell, le compositeur fétiche de Martin McDonagh. Moins satirique et plus tendre que le cinéma des frères Coen auquel on pense inévitablement, ce grand huit émotionnel, imprévisible et profondément humaniste vaut bougrement ses quatre Golden Globes (Meilleur film dramatique, Meilleur scénario, Meilleure actrice et Meilleur second rôle). On lui souhaite la même rafle aux Oscars.
1 h 55 On salue également les prestations gratinées et inspirées de Woody Harrelson, Caleb Landry Jones, Zeljko Ivanek, Peter Dinklage, Sandy Martin ainsi que les excellents Abbie Cornish, John Hawkes, Lucas Hedge, Samara Weaving, Nick Searcy…

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