EMMY AWARDS 2020 (Les meilleures séries US)

 

« Ce qui va se passer ce soir, ce n’est pas important. Ça ne va pas arrêter le Covid, ça ne va pas arrêter les incendies. Mais c’est fun et on a besoin de quelque chose de fun. »

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Ainsi parlait Jimmy Kimmel, maître de la 72ème cérémonie des Emmy Awards qui était tout sauf « fun ». Dimanche soir, au Staples Center de Los Angeles, elle s’est déroulée en mode pandémie dans une ambiance un tantinet surréaliste. « Bienvenue aux Pandemmys ! » s’est empressée de clamer l’humoriste dont les blagues d’introduction, entrecoupées par des insertions de séquences de rires provenant de cérémonies précédentes, avaient un goût amer.

« Of course, we don’t have an audience, this is not a meeting Make America Great Again, it’s the Emmys ! »

Tandis qu’avaient été disséminées dans la salle des silhouettes en carton des stars, les vraies, restées à domicile, apparaissaient sur les écrans grâce leur webcam (excepté Jason Bateman, venu faire une blague). Quelques remettants ont malgré tout répondu présents pour assister le maître d’hôte, tels Jennifer Aniston, fraîchement liftée. D’autres l’ont fait dans des petites vidéos amusantes — David Letterman avec sa longue barbe blanche mi-Père Noël, mi-hipster a fait une apparition champêtre — ou émouvantes comme celle de l’infirmière qui a annoncé un prix en direct de l’hôpital. Les lauréats résidant à Los Angeles se sont vu remettre leur trophée chez eux, et chacun, où qu’il se trouve sur la planète, a déclamé son discours de son salon, de son hôtel, et parfois… du restaurant !

 

Les lauréats sont…

SÉRIE DRAMATIQUE

Il y avait du lourd en lice : Ozark, Strangers Things, The Mandalorian, The Crown, The Handmaid’s Tale… Mais cette année, il n’y avait pas photo et comme on s’y attendait après son Golden Globe, la formidable Succession de HBO a remporté quatre trophées majeurs pour sa saison 2 : Meilleure série, Meilleure réalisation, Meilleur scénario et Meilleur acteur pour Jeremy Strong, très ému. (lire critique AFAP).

Jeremy Strong

Le créateur du show, Jesse Armstrong, en direct de Londres, n’y est pas allé de main morte dans son discours :

« Pas merci au virus qui nous oblige à rester séparés cette année. Pas merci au président Trump pour sa gestion lamentable et dénuée de logique. Pas merci à Boris Johnson et son gouvernement qui fait la même chose dans mon pays. Pas merci à tous les gouvernements nationalistes ou quasi-nationalistes dans le monde qui font exactement l’inverse de ce dont nous avons besoin. Et pas merci aux patrons de médias qui font tant pour les garder au pouvoir. »

L’épatante Ozark n’est cependant pas repartie bredouille. À son grand étonnement la géniale Julia Garner (Ruth dans la série) reçoit l’Emmy du Meilleur second rôle pour la deuxième année de suite. Amplement mérité.

Julia Garner

 

C’est dans une ambiance d’euphorie générale que Zendaya a reçu son Emmy de la Meilleure actrice pour son rôle dans…  Euphoria (Jimmy Kimmel s’est empressée de dire qu’elle était « plus jeune que Bébé Yoda »). Le trophée du Meilleur second rôle est allé à Billy Crudup pour The Morning Show.

 

SÉRIE COMIQUE

C’est Schitt’s Creek une série canadienne qui n’a pas encore été diffusée en France, mais qui cartonne aux États-Unis sur la chaîne Pop TV, qui a raflé quasiment tous les prix de sa catégorie, soit neuf Emmy Awards (actrice, acteur, seconds rôles, réalisation etc). Fait étonnant, elle a remporté le jackpot avec sa sixième et dernière saison. Créée par l’acteur Dan Levy, elle narre les tribulations d’une famille déclassée après une histoire de fraude. Catherine O’Hara, entre autres, y fait des étincelles.

 

MINI-SÉRIE

 

L’audace a payé. Elle n’a pas validé ses vingt-six nominations (!) mais l’incroyable Watchmen, créée, entre autres, par Damon Lindelof de Lost remporte le trophée de la Meilleure mini-série ainsi que celui du Meilleur scénario. Deux de ses acteurs, Regina King et Yahya Abdul-Mateen II, sont respectivement sacrés Meilleure actrice et Meilleur second rôle masculin. Regina King qui portait un t-shirt à l’effigie de Breonna Taylor, Afro-Américaine de vingt-six ans tuée par la police, a exhorté ses concitoyens à voter.

« Vous devez voter. Je serais indigne de ne pas le dire en tant que membre d’un show aussi visionnaire que Watchmen. »

En effet, la série très librement inspirée du roman graphique de Alan Moore, Dave Gibbons et John Higgins, évoque des événements se déroulant trente ans après ceux du comics. Ils se situent dans l’Amérique de 2019, sous la présidence de Robert Redford. Toute l’intrigue tourne autour des réminiscences d’un événement tragique de l’histoire, le massacre de Tulsa en 1921, une émeute raciale particulièrement meurtrière et longtemps passée sous silence.

Yahya Abdul-Mateen II dans Watchmen

« Les feux sont toujours en train de brûler, il faut qu’on les éteigne ensemble » a asséné Damon Lindelof en recevant son Emmy.

L’Emmy du Meilleur acteur est revenu à Mark Ruffalo pour I Know This Much Is True(HBO) de Derek Cianfrance, qui a plaidé en faveur d’un vote pour « la compassion, la gentillesse et le bien ». Le trophée du Meilleur second rôle féminin a été remporté par Uzo Aduba pour Miss America (FX Networks). L’outsider Unorthodox, une des rares séries Netflix récompensées durant cette soirée, est repartie avec celui de la réalisation.

On laisse à Jimmy Kimmel le mot de la fin :

« The world may be terrible, but TV has never been better. »

Succession

Site Officiel des Emmys 2020

HOMELAND/LE BUREAU DES LÉGENDES

De la paranoïa, des trahisons, des agents russes, un personnage principal pétri de névroses… beaucoup de points communs entre les deux plus grandes séries d’espionnage de leur époque dont l’une vient de tirer sa révérence (en beauté) et l’autre est à un tournant de son histoire. Ça ne les empêche pas, dans la forme, d’être aux antipodes l’une de l’autre. Et rien n’empêche d’aimer les deux, même si…

 

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« Tout ce qu’elle fait, elle le fait parce qu’elle n’oublie jamais ce qui est essentiel. Et franchement, elle est la seule dont je peux dire ça. Et nous, on est là à tergiverser en vain… » (Saul, à propos de Carrie)

 

HOMELAND – The End

Série créée en 2011 par Howard Gordon et Alex Gansa
Saison 8 diffusée sur Canal + depuis le 10 février 2020
Saisons de 1 à 7 actuellement sur Netflix

Après son séjour douloureux en Russie, Carrie (Claire Danes) est rappelée par Saul (Mandy Patinkin), devenu conseiller à la sécurité nationale du nouveau Président des États-Unis (Beau Bridges). Chargé de négocier la paix avec les talibans d’Afghanistan, il compte sur l’expérience de sa protégée pour servir sa cause dans ce pays miné. Mais les relations troubles de Carrie avec l’espion russe Yevgeny Gromov (Costa Ronin) la rendent suspecte aux yeux des agents de la CIA sur place…

Preuve que « trop de séries tuent les séries », celle qui s’est achevée quasiment dans l’indifférence le 26 avril dernier est pourtant un monument. Inspirée par l’israélienne Hatufim de Gideon Raff — façon de boucler la boucle, le dernier épisode d’Homeland s’intitule Prisonniers de guerre, titre anglais de Hatufim — elle a été créée sur la chaîne américaine Showtime par Howard Gordon et Alex Gansa, deux des producteurs exécutifs de l’addictive 24 h Chrono. Sur fond de Patriot Act, Homeland a débuté un an après la fin des aventures de Jack Bauer, en 2011, année de la mort de Ben Laden et montrait, via le visage de son héroïne Carrie Mathison, celui d’une Amérique paranoïaque, traumatisée par les attentats du 11 septembre et repliée sur elle-même. Durant huit saisons, Carrie portera le poids du monde sur ses épaules, sera confrontée aux doutes, aux séparations, aux trahisons et à la mort. Véritable soldat avec bien autre chose que du plomb dans la tête (comme Jack Bauer), cet officier traitant de la CIA, d’une efficacité redoutable sur le terrain, n’en est pas moins faillible (elle est bipolaire et psychologiquement fragile). A cran, pétrie de tics, sourcils constamment froncés, toujours à deux doigts d’éclater en larmes lorsqu’elle ne parvient pas à convaincre son interlocuteur, Claire Danes retranscrit physiquement et de manière impressionnante les tourments de son personnage ; au point que lors de certaines scènes, on a pu craindre pour la santé mentale de l’actrice. Pour un peu, on en oublierait qu’elle fut l’adorable Juliette du Roméo + Juliette de Baz Luhrmann. Et puis, il y a Saul Berenson, le mentor, la figure paternelle, protectrice et sage, mais capable de dureté (formidable Mandy Patinkin). Homeland eu ses périodes : celle de Brody (Damian Lewis), celle de Quinn (Rupert Friend) et puis celle de Carrie en électron libre, seule contre tous et… elle-même. Au cours des saisons, il y eut des flottements, de la lassitude, mais rien qui puisse véritablement entamer le capital de sympathie de cette série passionnante qui, malgré les apparences, explore davantage les dégâts collatéraux (et donc humains) du terrorisme, que le terrorisme lui-même. Sa faculté à avoir souvent fait écho à l’actualité et à s’être révélée parfois prophétique est bluffante, et, bien que fiction, Homeland a permis d’analyser avec pertinence de nombreux aspects de la géopolitique de son temps. On pourra d’ailleurs s’amuser à trouver des ressemblances entre cette ultime saison et la cinquième du Bureau des légendes. Eric Rochant, le créateur de cette dernière, a confié avoir cessé de suivre Homeland après la deuxième saison (pour son manque de réalisme) tout en louant, magnanime, le talent des Américains « pour raconter des histoires ». Ils ont aussi un vrai talent pour fabriquer des héros. Et nul doute qu’après ce final inespéré, Carrie et Saul existeront encore longtemps dans notre imaginaire.
Saison 8 – 12 épisodes Et avec Maury Sterling, Andrea Deck, Sam Trammell, Linus Roache, Nimrat Kaur, Numan Acar, Hugh Dancy (l’époux de Clare Danes à la ville, campe dans cette saison John Zabel, l’ignoble conseiller va-t-en-guerre du Président)

 

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« Et toi t’as choisi ?
– Comme tu le vois.
– Ça ne te pose pas de problème ?
– Si ça me pose problème, mais pas suffisamment pour que je pose problème à mon tour. » (Mille Sabords et Rocambole, ex Phénomène)

 

LE BUREAU DES LÉGENDES Saison 5

Série créée en 2015 par Eric Rochant
Saison 5 Diffusée sur Canal + depuis le 10 avril 2020

Malotru (Mathieu Kassovitz) sauvé in extremis par les Russes en Ukraine, est recueilli par Mikhaïl Karlov (Aleksey Gorbunov), officier du FSB qui le convainc de travailler pour eux. Marie-Jeanne (Florence Loiret-Caille), qui n’approuve pas les décisions de JJA (Mathieu Amalric), a quitté le Bureau pour retourner sur le terrain au Caire, agissant sous la couverture de chef de la sécurité d’un grand hôtel. Mais la publication d’un mystérieux article dans Le Figaro, affirmant que la CIA aurait assassiné Malotru avec l’assentiment de la DGSE, se met à semer le trouble chez tous les agents français…

Jusqu’ici, Le bureau des légendes avait fait un sans-faute et la saison 4 s’était même révélée brillante (lire ma chronique). Hélas, la cinquième est loin d’être du même tonneau. Souvent confuse voire incohérente et souffrant d’un manque de rythme, elle n’a ébloui que par fulgurances et il était difficile d’y retrouver la patte d’Éric Rochant, même si Jacques Audiard n’a mis en scène que les deux derniers épisodes (il aurait eu une influence sur toute la saison). Louée pour son réalisme, LBDL a mis le paquet cette année pour démontrer que les espions étaient des hommes et des femmes comme les autres. Pour autant, le souci de réalisme nécessitait-il autant de scènes de sexe, ou même de voir la responsable de la cyber-sécurité d’un hôpital piraté (Joséphine de Meaux) tirer son lait au bureau ? Depuis le début, le sel du Bureau des légendes se niche dans les détails, les regards soupçonneux, et dans cette façon de tourner autour du pot dans les conversations (cette manie de répondre aux questions par une autre…). Cette fois, et avec des gros sabots, l’accent a été mis sur la psychologie et l’aspect humain : Malotru et son psy, JJA et ses hallucinations… Et puis, il y a le traitement réservé aux autres. Que diable fichait Marie-Jeanne dans cet hôtel toute la saison ? Le petit prodige Sylvain Ellenstein alias Pacemaker (Jules Sagot), entre piratage et déboires sentimentaux, se voit purement abandonné en cours de route… Louis Garrel semble être venu pour faire joli, même si ses séquences sont plutôt réussies, idem pour Sara Giraudeau, Artus et même Zineb Triki dont la réapparition sur l’échiquier est quelque peu « tirée par les cheveux ». Mais pire que tout, c’est d’avoir essayé de nous faire croire que Malotru — Guillaume Debailly, Paul Lefèbvre, Pain In The Ass — le roi des obsessionnels, des coups tordus, parano et malin comme un singe, aurait pu ne pas prévoir ce qui allait lui arriver, alors que nous, spectateurs hurlant devant nos écrans, on l’avait envisagé depuis belle lurette. Comment imaginer que reclus, au vert, n’ayant rien d’autre à faire que du jogging et cogiter, la terreur du contre-espionnage français n’ait pas pensé une seconde à mettre les siens à l’abri. I dont buy it, comme disent les Anglo-Saxons. Et la grandiloquente séquence buñuellienne censée nous en mettre plein la vue pour nous faire avaler la pilule n’y change rien. Fiasco it is.
Saison 5- 10 épisodes Et avec Jonathan Zaccaï, Irina Muluile, Stefan Crepon, Anne Azoulay, Laurent Grévill, Judith Henry…

Eric Rochant ayant envie de tourner la page et Audiard ne souhaitant pas s’engager sur une série quelle qu’elle soit, on ignore, à l’heure du déconfinement balbutiant, ce qu’il adviendra de la suite du Bureau des légendes et qui en reprendra les rênes. Faire mieux que Rochant va être difficile.

 

WESTERN FOREVER (El Perdido, L’attaque de la malle-poste, Willie Boy, Sur la piste des Cheyennes)

Coup de projecteur sur trois westerns, un classique et deux atypiques, parus en DVD/Blu-ray chez Sidonis Calysta en février dernier. Et puis, cerise sur le gâteau, la série vintage Sur la Piste des Cheyennes, chère au cœur des fans de Kurt Russell, est désormais disponible chez Elephant Films.

 

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« D’accord, je vous donne un cinquième, mais vous m’avez parlé de deux conditions, qu’elle est la seconde ?
– Oui… la seconde… je veux votre femme. »

 

EL PERDIDO (The Last Sunset)

Robert Aldrich
1961

En fuite vers le Mexique, l’aventurier et renégat Brend O’Malley (Kirk Douglas) rend visite à Belle (Dorothy Malone) une femme qu’il a aimé seize ans auparavant, désormais mariée à un éleveur, John Breckridge (Joseph Cotten). Ce dernier a besoin d’hommes pour conduire son troupeau jusqu’au Texas. Brend parvient aisément à convaincre cet individu lâche et alcoolique de l’embaucher contre un cinquième du cheptel, avec l’idée de lui ravir sa femme au passage. Le shérif Dana Stribling (Rock Hudson), qui poursuit Brend depuis plusieurs mois, décide, lui aussi, de faire partie de l’expédition, afin de le tenir à l’œil puis le livrer à la justice…

Il faut redécouvrir cette curiosité, qualifiée de « grand film malade » par Bertrand Tavernier. El Perdido a décontenancé lors de sa sortie en 1961, mais en dépit de ses failles, il brille par fulgurances, grâce à ses personnages féminins attachants (campés par de sensationnelles Dorothy Malone et Carol Lynley), mais aussi parce qu’il aborde des thèmes complexes et plutôt osés, notamment dans le western (adultère, inceste, humiliation, névroses en tous genres…). Marqué par une distribution et un lyrisme dignes d’un film de Douglas Sirk, il avait pourtant tout pour plaire, à commencer par son scénario signé Dalton Trumbo, adapté du roman Sundown At Crazy Horse d’Howard Rigsby (alias Vechel Howard). C’est Kirk Douglas, dont la compagnie Bryna Productions avait besoin de se renflouer, qui, emballé par son travail sur Spartacus, avait sollicité le scénariste. C’est aussi lui qui, sur les conseils de son ami producteur Eddie Lewis, va faire appel à Robert Aldrich. Au départ enthousiaste, le cinéaste du Grand couteau et En quatrième vitesse, plus intéressé par d’autres projets en cours, va vite se démobiliser… à l’instar de Trumbo. Les personnalités bien trempées de ces deux-là ne pouvaient se plier aux exigences de Kirk Douglas, un peu trop « dictatorial » et control freak. Outre les tensions entre les uns et les autres, le tournage au Mexique fut houleux : les vaches n’en faisaient qu’à leurs cornes, Joseph Cotten, qui ne voulait pas boire de l’eau locale, fut le premier à tomber malade, et Douglas dut déplorer un dépassement de budget d’un million de dollars. Ce western captive malgré tout. On est séduit par son ton particulier, presque moderne, les relations inattendues entre les protagonistes, la prestation formidable de Dorothy Malone (Lauren Bacall avait refusé le rôle), qui avait été magnifique chez Sirk justement, et la fraîcheur de la jeune Carol Lynley qui sera quatre ans plus tard l’héroïne de l’excellent Bunny Lake a disparu.
1 h 52 Et avec Neville Brand, James Westmoreland, Jack Elam…

 

L’édition Combo Blu-ray/DVD propose une présentation par Bertrand Tavernier (21 mn), une seconde par Patrick Brion (10 mn) et un documentaire de 2010, Le crépuscule des héros, regroupant des entretiens avec Jean-Claude Missiaen, Patrick Brion, Eddy Moine et les historiens du cinéma Jean-louis Leutrat et Suzanne Liandra-Guigues. Tous mettent en exergue le caractère attachant du film, et reviennent amplement sur la carrière de Robert Aldrich. L’image offerte par le Blu-ray est de qualité fluctuante. La propreté laisse parfois à désirer sans nuire toutefois au plaisir de redécouvrir le film. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 est très satisfaisante. 

 

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« Tevis has no respect for the dead.
– And he just loves the living ? »

 

L’ATTAQUE DE LA MALLE-POSTE (Rawhide)

Henry Hathaway
1951

Le vieux Sam Todd (Edgar Buchanan) et son jeune assistant Tom Owens (Tyrone Power) tiennent un relais de diligence isolé, situé sur la piste qui s’étend de San Francisco à Saint-Louis. Alors que la malle-poste de la matinée s’apprête à repartir, une escouade de cavalerie prévient que quatre dangereux hors-la-loi récemment évadés ont été signalés dans les parages. Pour plus de sécurité, Vinnie (Susan Hayward), une passagère accompagnée d’un enfant en bas âge, est sommée à son grand dam de rester sur place. Hélas, les malfrats ne vont pas tarder à investir les lieux…

Sans rapport avec la série des années 60 immortalisée par Clint Eastwood, ce Rawhide est un film sans prétention, mais extrêmement bien ficelé. Henry Hathaway a réalisé plusieurs westerns mémorables, dont Le jardin du Diable et 100 dollars pour un shérif (True Grit), mais il est surtout un grand spécialiste du film noir. On lui doit Le carrefour de la mort, L’impasse tragique, Appelez Nord 777, 14 heures ou le fameux Niagara avec Marilyn Monroe. Et il est manifeste que ce western à huis clos, aux ambiances oppressantes et à la violence âpre, tient énormément du film noir. Il est d’ailleurs le remake d’un film de gangsters de 1935, Pas de pitié pour les kinappeurs (Show Them No Mercy) de George Marshall. À l’efficacité et l’inventivité de la mise en scène d’Hathaway, s’ajoute le talent du scénariste du prolifique Dudley Nichols (La chevauchée fantastique, La captive aux yeux clairs…) et la qualité de la distribution. Il est amusant de voir le beau Tyrone Power en héros malgré lui, qui doit non seulement affronter les bandits, mais aussi s’imposer face à une femme au caractère bien trempé, presque plus virile que lui (incarnée par la fougueuse Susan Hayward). Parmi les malfrats, Hugh Marlowe est ambigu à souhait et on reconnaît l’excellent et patibulaire Jack Elam dans un rôle de fripouille absolue où il excellait.
1 h 29 Et avec Dean Jagger, George Tobias, Jeff Corey…

 

Cette belle édition Blu-ray bénéficie d’une image en noir et blanc propre et lumineuse, dotée d’un joli grain. Un son très honorable est assuré par la piste DTS-HD Master Audio 2.0, plus harmonieuse en VOST. Côté suppléments, on est gâté. La présentation par Bertrand Tavernier (34 mn) est passionnante et suivie d’une intervention de 8 mn de Patrick Brion, d’un hommage à Susan Hayward (7 mn) et d’un focus sur Lone Pine, le lieu du tournage, situé en Californie et apprécié des réalisateurs de westerns pour ses montagnes neigeuses en arrière-plan. Enfin, chose assez rare pour un western, on a droit à un commentaire audio (en VOST et en français) du film par un historien du genre.

 

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« Indians don’t last in prison. They weren’t born for it like the whites. »

  

WILLIE BOY (Tell Them Willie Boy Is Here)

Abraham Polonsky
1969

En 1909, Willie Boy (Robert Blake), Indien de la tribu des Païutes, revient sur la terre de son enfance en Californie, devenue une réserve. Dans la ville avoisinante, il retrouve Lola (Katharine Ross) dont il a toujours été amoureux, au grand dam du père blanc de la jeune fille. Après avoir été surpris par ce dernier, Willie Boy le tue en état de légitime défense et prend la fuite avec Lola. Le shérif Cooper (Robert Redford) se lance à leur recherche, poussé par les autorités locales qui comptent bien faire du cas de Willie Boy un exemple, car la ville n’attend rien de moins que la visite du Président des Etats-Unis…

On doit cet étrange néo-western à Abraham Polonsky, cinéaste dont la carrière a été littéralement dévastée par le maccarthysme. Entre son premier film, l’excellent L’enfer de la corruption (Force Of Evil), paru en 1948, et Willie Boy, il a connu le purgatoire (Bertrand Tavernier préfère le terme « Frigidaire ») durant vingt ans, au cours desquels il a publié quelques livres et travaillé à la télévision sous des noms d’emprunt. C’est grâce à l’appui de Robert Redford, alors star montante (Butch Cassidy et le Kid paraît cette même année 1969) qu’il a l’opportunité de réaliser ce film adapté d’un livre (inspiré d’une histoire vraie) de Harry Lawton, journaliste, écrivain et grand défenseur de la cause indienne. Dès l’ouverture, on est frappé par la beauté de la photographie (Conrad L. Hall à l’œuvre) et par la musique de Dave Grusin qui va donner un rythme et un caractère presque hypnotique au film. Pas de lyrisme, pas d’idéalisation de l’Indien, pas de caractère épique dans cette chasse à l’homme réaliste et d’une sécheresse étonnante, au point que les intentions des uns et des autres ne sont jamais clairement définies. Face à la médecin progressiste et moderne campée par Susan Clark, le shérif Cooper et Willie Boy symbolisent à leur façon la mort du vieil Ouest, de ses mythes et traditions. Un constat qui éclate dans cette phrase lapidaire du shérif Cooper : « Dîtes leur que nous n’avons plus de souvenirs. » Trop audacieux, trop ambigu, ce film aujourd’hui encensé par la critique a déconcerté le public à sa sortie, et n’a hélas pas donné le nouveau souffle espéré à la carrière de son réalisateur.
1 h 38 Et avec Barry Sullivan, Robert Lipton, Charles McGraw, Ned Romero, Erik Holland…

 

L’édition Combo Blu-ray-DVD rend formidablement hommage à ce film méconnu. L’image, propre, vibrante et contrastée tient la route, même si quelques défauts sont notables en basse lumière. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 délivre un mono d’origine très satisfaisant qui permet d’apprécier la partition de Dave Grusin. Les suppléments sont à la hauteur. Bertrand Tavernier, qui a bien connu Abraham Polonsky, analyse très finement le film. Comme dans l’édition de El Perdido, un documentaire (ici intitulé La solitude des bannis) réunit Jean-Claude Missiaen, Eddy Moine et les historiens du cinéma Jean-louis Leutrat et Suzanne Liandra-Guigues. On peut également découvrir un commentaire audio (en VO et VF) de Pat et Jim Healy (respectivement acteur-réalisateur et directeur de la Cinémathèque du Wisconsin).

 

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SUR LA PISTE DES CHEYENNES (The Quest)

Série créée par Tracy Keenan Wynn en 1976
Disponible chez Elephant Films depuis le 26 février 2020

À la fin du 19ème siècle, Quentin Beaudine (Tim Matheson), jeune étudiant en médecine de San Francisco, retrouve son frère Morgan (Kurt Russell), enlevé huit ans auparavant par les Cheyennes et libéré par l’armée. Tous deux se lancent à la recherche de leur jeune sœur Patricia, encore aux mains des Indiens…

C’est un téléfilm qui a lancé en 1976, sur la chaîne américaine NBC, la série Sur la piste des Cheyennes (The Quest), dont l’intrigue rappelle La prisonnière du désert. Ce pilote de quatre-vingt-dix minutes a été suivi de quinze épisodes (d’environ quarante-six minutes) diffusés la même année. Pas de chance, ils se sont trouvés en concurrence avec ceux de la série Drôles de dames, qui faisait un tabac sur la rivale ABC à la même heure. Ce mauvais timing explique en grande partie la désaffection du public pour ce show qui a également pâti du fait que le western n’avait plus autant la côte à cette période. La série a été arrêtée au terme de sa première saison, laissant les fans des frères Beaudine sur leur faim. Car des aficionados, il y en avait, même en France où Sur la piste des Cheyennes a débarqué un an plus tard. Les jeunes et séduisants Tim Matheson et Kurt Russell (impayable dans le rôle de Morgan « Deux personnes ») étaient attachants. La bienveillance et l’héroïsme qui caractérisaient leurs personnages imprégnaient chaque aventure où se mêlaient action, suspense et romance. Aux manettes et à l’écriture, il y avait d’ailleurs des vétérans de la télévision américaine. Leur savoir-faire est manifeste dans cette vision de l’Ouest sans manichéisme, parfois osée et souvent sauvage. Le fait qu’elle ait longtemps été invisible a rendu la série quasiment culte, notamment pour ceux qui l’ont vue à un jeune âge et qui ont été à jamais marqués par la coupe de cheveux et le costume à franges de Kurt Russell.
Guests : Richard Davalos, Susan Dey, Gary Lockwood, Woody Strode…

 

Le coffret DVD propose le pilote de 90 mn (The Quest) et les quinze épisodes, constituant l’intégrale de la série. A noter que le premier épisode, The Captive, avec Susan Dey, n’est proposé que dans sa version de 45 minutes alors qu’il existe également sous la forme d’un téléfilm de 80 mn. Pas de bonus au programme, hélas. Ne pas s’attendre à une image restaurée, mais nostalgie aidant, on se contentera de cette qualité honorable (éviter tout de même l’écran géant…) et de la présence de la version originale sous-titrée, qui n’existait pas à l’époque de la première diffusion française.